31 décembre 2006

Tout est bien qui finit bien

Un Noël au coin du feu, 70 bougies soufflées dans une atmosphère familiale paisible. Des enfants couverts de cadeaux (Et toi Elsa, c'est quoi ton cadeau préféré ? Celui que le Père Noël a laissé tomber de son traîneau et qu'on a retrouvé dehors...), et des adultes aux attentions délicates.

Trois jours de vie de château, à naviguer entre la piscine intérieure, le jacuzzi et le hammam, les grands crus et les repas raffinés, et le réveillon trio de cordes, cantatrice ET improbables cotillons. Le 1er janvier 2007 après minuit, où étiez-vous ? Dans une piscine couverte, à regarder à travers la verrière les convives s'agiter sur la piste de danse, sans autre son que celui de l'eau.

24 décembre 2006

Oedipe joyeux

David se lève, Léo saute dans notre lit : - J’te remplace Papa !
David, en descendant l’escalier : - Va te faire foutre Œdipe !
Léo : - Toi aussi !
(plus bas, à sa mère et avec un grand sourire :
- Je sais que je ne devrais pas dire ça…)

Juliette des esprits

"Nous sommes deux... au minimum ! D'un côté, il y a Gréco, la statue, et de l'autre, moi, Juliette, toute petite. J'ai quelque chose d'intact à l'intérieur de moi : l'enfance."
"Je suis profondément femme, avec tout ce que cela comporte de jeu."
"Je ne sais pas ce que veut dire nostalgie. Je n'ai jamais su et je ne pense pas que je vais apprendre. J'espère ne pas en avoir le temps."

Juliette Gréco, qui à presque 80 ans vient de sortir un album de reprises sensuelles et malicieuses, une leçon de féminité et d'intelligence intactes.

23 décembre 2006

Un pas après l'autre

"Mes premières chaussures de tango achetées... la semaine dernière. Enfant, je rêvais beaucoup et j'avais peur de rien. Ado, j'ai découvert que ça allait être beaucoup plus court et beaucoup plus dur que prévu et j'ai lâché beaucoup de rêves. Et puis un jour, adulte (ah ah ah ah... enfin bref) j'ai regardé derrière moi et j'ai vu ces choses si précieuses si loin. J'ai vu comme il était facile de passer à côté de soi-même. Je suis en train de réapprendre à marcher, c'est si bon !!!"

20 décembre 2006

Rats de bibliothèque

Ce matin, nous lisons l'histoire de Ferdinand l'attrapeur d'histoires - dans ce pays, on lit des histoires pour se réveiller, des histoires pour s'endormir, Léo dit, "C'est comme chez nous !". Dans la même fournée de livres de la bibliothèque, l'excellent Château d'Anne Hiversère, et le plaisir de constater que les enfants connaissent une large majorité des personnages de la littérature enfantine représentés dans l'hilarante page des invités.

18 décembre 2006

Petites phrases

"- Maman toi t'es pas vraiment une adulte !
- ???
- Parce que, tu as des parents."
Elsa, psychanalyste en herbe

"- Nous sommes issus de la haute bourgeoisie. Nous excellons dans l'art d'ignorer l'éléphant qui se trouve dans la pièce."
Bree van der Kamp, philosophe du XXIème siècle

16 décembre 2006

Juste une illusion

La nuit, Greenson retrouva un souvenir mêlé d'angoisse. C'était il y a longtemps. Un soir qu'il avait réuni quelques disciples, le maître avait abordé la question de la fin du transfert. Il employait un mot étrange : dissolution et expliquait qu'on ne se détache d'un patient, comme dans la vie on ne se détache d'une personne, qu'en s'attachant ailleurs, à un autre être ou à une partie du même être. "Aussi longtemps qu'on vit et qu'on désire, disait Freud, on ne fait que troquer une prise contre l'autre, changer d'emprise." Et il avait ajouté, pour ôter aux disciples recueillis leurs dernières illusions : "Se dire qu'il s'agit de méprises ne sert qu'à en commettre de nouvelles."
Michel Schneider, Marilyn dernières séances

15 décembre 2006

Variation

Nougaro sauce Elsa : "Ah tu verras tu verras tout recommencera tu verras tu verras La vie c'est fait pour TOI tu verras tu verras..."
Et voilà - c'est tout elle.

13 décembre 2006

Durs et tendres

Ils ont entre 16 et 18 ans, élèves de lycée professionnel - déjà hors des rails scolaires officiels. Ils ont une tête ou deux de plus que moi, et possiblement plus d'expérience - en tous cas un vécu qui m'est étranger. Mais - à la différence des petits garçons ricaneurs des beaux collèges parisiens, ils abandonnent très vite les provocations d'usage dans ces interventions sur la sexualité pour aborder des questions de fond : moi, ce que je voudrais savoir, c'est comment on peut être vraiment sûr qu'on aime quelqu'un... (Ben mon p'tit gars, si t'as la réponse un jour, fais-moi signe...)

Est-ce que ça nous fait pareil si c'est une fille qu'on n'aime pas ou un garçon qui nous dit je t'aime ? (Il est rare que le débat sur l'homosexualité soit lancé avec autant de douceur.) Est-ce que (quand je baratine une fille pour coucher avec elle) ma parole m'engage vraiment, et jusqu'où ? Mais de toute façon, on ne sait jamais, jusqu'à quand on va aimer quelqu'un ? Est-ce que c'est grave de sortir avec plein de filles sans jamais tomber amoureux (un beau gosse hâbleur mais sincèrement inquiet) ?

Un autre confie, la blessure laissée par la réflexion désobligeante d'une demoiselle sur son anatomie (il en faut, de la confiance dans le groupe, pour oser aborder cela). Un troisième nous fait éclater de rire avec son couplet bien senti sur le porno : d'abord les hommes c'est pas des hommes, c'est du bétail à concours, les acteurs, c'est pas des humains, c'est des Playmobils - et on dit toujours que le porno, ça rabaisse les femmes, mais c'est aussi humiliant pour les hommes, en fait. Eh bien !

Et dans un groupe comme dans l'autre tout le le temps d'aborder de vraies questions autour du plaisir donné, reçu dans ses composantes physiques ET relationnelles - les deux aspects étant amenés par le groupe, ce qui a donné lieu à des discussions riches et souvent émouvantes...

Alors... alors le couplet prévention classique a été peu abordé, hormis la page non pas sur le préservatif, mais sur les freins réels à son usage. Mais j'ai rarement eu autant l'impression d'être au coeur de ma mission : "N'essayons pas de convaincre, contentons-nous de faire réfléchir" (Georges Braque)

11 décembre 2006

Voix off

Quel jour on est c’est quoi aujourd’hui ah oui préparer les babous lait signer le carnet de correspondance faire le chèque de la cantine débarbouiller les frimousses racheter du dentifrice penser à faire le plein du scooter tout à l’heure y plus rien dans l’frigo emmener le sac de docs pour les interventions en lycée quelqu’un a donné à manger au chat ? finir le compte-rendu de séance et tous ces livres inachevés appeler ma grand-mère qu’est-ce qu’on fait pour Noël j’voudrais aller chez le coiffeur attention la route est glissante j’ai froid fais-moi un thé s'il te plaît accueillir cette femme qui porte un enfant ce couple qui ne sait plus cette adolescente qui ne sait pas encore rédiger le rapport de stage une lettre de motivation un billet pour la Care Box vérifier où sont mes priorités qu’est-ce qu’on fait pour les vacances repartir vers l’hôpital le collège l’association du jour accueillir sans déborder l’individu l’équipe la classe c'est à quelle heure qu'on peut rêver ? travailler sur le divan en groupe en supervision ce n’est pas toujours reposant répondre à un mail caler des agendas organiser un dîner se dire ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu(e) s’appeler se promettre bientôt ne pas tenir est-ce que c'est bien cette vie-là que je voulais ? chercher un moment pour soi un moment pour l’autre un temps à deux un autre pour les enfants as-tu fait tes devoirs si on faisait un memory un coloriage un collier de perles je n’ai pas le temps viens prendre ton bain pas maintenant finis ton assiette non j’avais dit une histoire pas deux maintenant c’est le temps des adultes lire quelques pages tomber de sommeil sans le trouver – quel jour on est demain ?

Bande originale

Après Marie Cherrier et Claire Diterzi, dans la famille grandes filles impertinentes, je demande, Adrienne Pauly - pas seulement pour le réjouissant et médiatique J'veux un mec, mais aussi pour le grinçant Méchant cafard, le nostalgique L'herbe tendre. Et puis le toujours lyrique, poétique, magnifique, Higelin d'Amor doloroso, avec mention spéciale à J't'aime tel et Se revoir et s'émouvoir, encore que le choix soit difficile aussi entre Prise de Bec, Queue de paon et Crocodaïl - bon, tout l'album en fait, aussi réjouissant et voyageur que Tombé du ciel ou Illicite.

05 décembre 2006

Jardinage

"Si on veut avoir de jolies roses, il faut tailler le rosier ; sélectionner les meilleures branches, se séparer des autres. Faire un choix, exercer sa liberté ... Renoncer c'est grandir. S'il n'y a pas la liberté, on ne renonce pas, on arrache. C'est différent et très douloureux.

Le travail sur la liberté prend du temps. Mais après tout, est-ce très important ? Je crois qu'un bon renoncement est un renoncement qui, finalement, ne coûte rien. C'est pour ça qu'il faut attendre qu'il sonne juste. On le sait, on le sent. On accepte de laisser mourir quelque chose pour laisser grandir autre chose. Et de choisir, librement, d'aller vers un mieux."
Gonzague Masquelier

04 décembre 2006

Portrait craché

18h, je cherche du regard mon Elsa dans la cour de récréation. Un mouflet à lunettes rigolard que je connais pas s'approche : Elle est là ! Ben, comment tu sais que c'est cette petite fille-là que je cherche ? Bah c'est facile rétorque-t-il, elle a presque la même tête que toi !

Aller à l'essentiel

"J'ai découvert que quatre données sont particulièrement pertinentes en matière de psychothérapie : l'aspect inéluctable de la mort, pour chacun de nous et ceux que nous aimons ; la liberté de diriger notre vie comme nous l'entendons ; notre solitude fondamentale ; et enfin, l'absence d'une signification ou d'un sens évident de l'existence. Pour oppressantes que soient ces données, elles contiennent les germes de la sagesse et de la rédemption. (...)
Nous ne pouvons leur dire : il s'agit de vous et de vos problèmes. Nous devons au contraire parler de nous et de nos problèmes, car notre vie, notre existence, sera toujours rivée à la mort, l'amour à la perte, la liberté à la peur, et la maturité à la séparation. Nous sommes tous engagés dans la même épreuve."

Irvin D. Yalom, Le bourreau de l'amour, histoires de psychothérapies

30 novembre 2006

Trop polie

- C'est quoi un gros mot Elsa ?
- Un gros mot c'est quelque chose qu'on dit pas !

L'oeuvre de l'un, la part de l'autre

Convergence - une journée de psychodrame, une semaine de formation autour de l'entretien de couple, et des interrogations personnelles en avalanche sur la place de l'un, la place de l'autre, la place professionnelle, la place dans le couple - une vraie semaine de chaises musicales : un petit air et hop, changer de chaise, encore et encore, tous ces jours.
Des notes au vol - psychodrame, formation, échanges de groupe.
Dans ce que j'adresse à l'autre, en particulier à l'autre amoureux, le risque toujours d'une demande de ce que je ne peux trouver qu'en moi - une demande qui peut être si avide qu'elle pousserait l'autre au désespoir de ne pas pouvoir y répondre, ne laisserait pas la place à l'avènement d'une relation.
"Ce n'est pas un choix, c'est une liberté illusoire. C'est la réponse à une question trop ancienne, la trace lumineuse d'une étoile qui n'est plus, ne sera plus. Des blessures gigognes, dont la guérison ne peut être qu'intérieure..."
"Ils repartent avec ça" - mais ils sont venus avec, aussi... relativiser !
Ce que nous pensons, jugeons inacceptable, l'autre sera empêché de le formuler. Et l'inacceptable, ne se confond pas avec l'inhumain - peut-être avec, le trop humain - celui que nous ne saurions, reconnaître en nous..
"L'authenticité" serait-elle parfois prétexte à faire à l'autre ce que nous aurions aimé - ou non... - qu'on nous fasse - sans nécessairement nous être souciés de son désir à lui ?
Une question intérieure toujours - à qui est-ce que je m'identifie ? A l'un, à l'autre, à l'absent(e) - suis-je encore avec celui, celle, que j'accueille ?
"Quand on me dit - j'y arriverai pas - je demande toujours : où ça ?"

25 novembre 2006

24 novembre 2006

Demandez l'programme

Les 10 commandements du Clown

I. Tout va bien.
II. Pour trouver la liberté, tu chercheras la contrainte.
III. Tu seras toujours dans le présent et tu arriveras toujours à l'heure.
IV. Tu ne seras sûr de rien, mais tu ne douteras jamais.
V. Tu diras toujours oui, même quand tu diras non.
VI. Tu vivras sans protections, avec tes résistances.
VII. Tu seras toujours détendu, vif et élégant.
VIII. Tu chercheras le petit pour trouver le grand.
IX. Tu iras toujours jusqu'au bout.
X. Tu jubileras de tout.

Célébration

Avant - pour la première année, pas l'énergie d'organiser quoi sur ce soit - un temps de novembre un peu, pas forcément gris mais une humeur plutôt à se tapir au chaud sous la couette...

Le jour J, une longue tablée inattendue et chaleureuse, avec les rencontres improbables et les retrouvailles qui font partie de l'indéniable charme de ces moments, des cadeaux à vivre qui allument des petites étoiles dans les yeux, avant d'aller les contempler sur la mer ou... sur la piste... ;-)

Aujourd'hui, malgré la fatigue, une énergie radieuse, un deuxième temps cadeau, celui de savourer - la tendresse reçue, les petites attentions sur mesure, et la joie de me sentir en lien - en liens. Aujourd'hui il y a de la lumière douce, Marilyn qui fredonne, le chat en rond sur mes genoux tandis que j'écris - et une réserve de bonheur dans laquelle puiser.

18 novembre 2006

Permanence de l'objet

Zaza dit, "C'est pas grave que je m'en vais parce que tu sais que je suis là." Si seulement on m'avait dit ça avant, j'aurais peut-être gagné quelques années de divan ?!? :-))))

13 novembre 2006

Copyright

Elle dit Samia, une rencontre, une vraie rencontre, c’est celle qui ne se laisse pas définir, arrêter dans une case, mais celle dont nous pourrons dire un jour, qu’elle nous a redéfinis.

Elle dit Samia, un miracle, c’est être là où nous n’avions jamais été capables d’être – faire ce que nous ne nous imaginions pas capables de faire.

Elle dit Samia, un miracle, c’est cesser d’anticiper pour laisser advenir, se laisser surprendre – cesser d’aller là où nous sommes censés nous trouver, dans les émotions que nous sommes censés éprouver, là où l’on s’attend soi-même et se précède sans cesse. Peut-être les occasions de miracles sont-elles bien plus nombreuses que nous le croyons, mais que nous n’en finissons pas de passer à côté.

Elle a dit d'autres choses encore, toujours dans cette parole aimante, inspirée qui la caractérise - et moi je me réjouis, de cette rencontre - un fil qui s'étire et puis rassemble, un lien qui ne se perd pas.

12 novembre 2006

Poésie pure

10 novembre 2006

A suivre

Elle a seize ans – il y a trois mois elle était déçue de n’être pas enceinte, aujourd’hui elle l’est – pas de son amoureux actuel, mais la valse est rapide - et elle est heureuse. Elle dit, personne n’a jamais pris soin de moi, et moi j’ai envie de prendre soin de quelqu’un, pour qui je serai importante en retour… Compter enfin sur cet autre-là (voir : Si près), sur cet autre soi (voir : Vanessa) – à une question sur le père de l’enfant, elle répond rêveusement, «Je me demande ce que ça fait, de dire Papa…».

Comme la plupart des jeunes filles que je rencontre, elle est vaguement inscrite dans un cursus scolaire sans issue, dans une famille désarticulée, dans des malentendus amoureux perpétuels – et certainement inscrite, dans une infinie solitude. Son besoin est légitime, d’un peu de chaleur et de vie, de compter enfin pour et sur quelqu’un – et qui suis-je pour juger du moyen ? Parce que le délai nous le permettait encore, j’ai décrété l’urgence d’attendre – de se donner le temps de penser, et de rêver, avant d’entrer dans quelque réel que ce soit.

Ce qui me touche en elle – peut-être la lucidité impuissante avec laquelle elle peut nommer ce qui lui advient – peut-être le fait que nous la suivions depuis deux ans, avec la sensation de ce passage inéluctable à venir – comme si ce passage par le corps était nécessaire, quoi qu’elle décide – peut-être parce que j'ai rarement senti aussi fort l’enjeu vital pour l’enfant en elle, celui qu’elle porte et celui qu’elle est encore.

Qu’elle interrompe sa grossesse ou la poursuive, j’ai le sentiment que l’enjeu est identique : que l’événement à venir ne soit pas une nouvelle blessure, mais l’occasion de traverser quelque chose, un chemin d’où sortir grandie.

08 novembre 2006

Si près

Elle a dix-huit ans, un treillis, un t-shirt moulant, et un visage d’ange. Elle est la deuxième d’une fratrie de sept, bien connue des services sociaux et judiciaires… L’année passée, son premier amour est parti en prison, lui laissant en cadeau d’adieu une grossesse qui s’est soldée par une première IVG. Aujourd’hui, elle revient pour un retard de règles.

La routine, au Centre. Mais ce qui est plus rare, c’est la possibilité de pouvoir passer ensemble progressivement des résultats du test – provisoirement négatif – aux raisons de la contraception hasardeuse, et de la contraception hasardeuse à sa vie relationnelle – l’impossibilité pour elle de vivre sans un autre qui l’étaye, quand bien même elle le maltraite et le rembarre – sa façon de sauter de chagrin en chagrin, l’un consolant de l’autre jusqu’à ce qu’elle s’attache (classiquement, quand l’autre se lasse d’être malmené) et souffre à son tour…

Dans l’entretien, nous passons des freins à la contraception aux traces de la première IVG, de l’envie affleurant d’avoir un enfant qui serait peut-être cet autre étayant - plus maîtrisable que ces garçons toujours décevants - à son incapacité de s'imaginer seule. En fil rouge, et malgré le côté volubile et rieur de la demoiselle, un parcours dans lequel elle s’expose et se malmène toujours elle-même, en fin de compte...
Ce qui me touche, c'est de la sentir si près de la possibilité d'entendre quelque chose à ce qu'elle vit néanmoins comme une fatalité - si près de l'ouverture d'une possibilité de décider d'une autre vie pour elle-même - et de n'avoir que les moyens de ce cadre. Un unique entretien peut-être, un autre encore, à la prochaine inquiétude, peut-être quelques rencontres - presque rien, ou déjà beaucoup - comment savoir ?

06 novembre 2006

Fêlés

Dans ma boîte mail ce jour ;-) :

Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d'une perche qu'elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé, alors que l'autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d'eau. À la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n'était plus qu'à moitié rempli d'eau.

Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un pot et demi d'eau. Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements. Mais le pauvre pot fêlé lui avait honte de ses propres imperfections, et se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il s'adressa un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du ruisseau. « J'ai honte de moi-même, parce que la fêlure sur mon côté laisse l'eau s'échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison ». La vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j'ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais. Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n'aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison. »

Chacun de nous, avons nos propres manques, nos propres fêlures. Mais ce sont chacune de ces craquelures et chacun de ces manques qui rendent nos vies ensemble si intéressantes et enrichissantes à trouver ce qu'ils ont de bon en eux. Rappelez-vous de prendre le temps de sentir les fleurs qui poussent sur votre côté du chemin !

Dans le même ordre d'idées, sur une ardoise de bistrot, il y a quelques années : Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière.

03 novembre 2006

Luxe, calme et volupté

Une journée entière, dans la maison sans autre présence que le chat qui vient ronronner sous la couette et mordiller les pages du gros pavé que j'ai enfin le temps de lire d'une traite, une journée entière à rêvasser, prendre un long bain, faire la sieste, travailler un peu mais sans la pression des devoirs-douches-dîners, une journée entière à contempler le désordre avec un sourire et l'idée que ce n'est pas encore aujourd'hui que l'appartement sera rangé, une journée entière avec un beau soleil aux fenêtres et la chaleur douillette qui règne ici, une journée entière à papoter un peu au téléphone, répondre à des mails en souffrance depuis longtemps, et le soir sur un coup de tête partir au théâtre dans un univers loufoque et tendre, celui de Jean-Claude Vanier dans L'envol du Pingouin. Hier le somptueux Lady Chatterley de Pascale Ferran, ce matin la voix cristalline de Michèle Bernard - tout à l'heure retrouver, ressourcée, le Chaboudo et la Feu-Follette.
...quelques heures plus tard, Elsa me saute dans les bras : "Tu sais que je t'ai manqué ?!?"

30 octobre 2006

Orient Express

Moi qui ne sais pas reconnaître ma main droite de mon pied gauche, moi qui qui ai essayé des dizaines de cours de danse et découragé je ne sais combien de professeurs, moi qui attrape de l'urticaire dès que je rentre dans une salle avec un parquet ciré et un miroir mural (celui-là même qui souligne élégamment rondeurs hivernales et tentatives de mouvement plus ou moins gracieuses)... je me suis amusée comme une petite folle - non que je sois subitement devenue moins maladroite, mais parce que la maladresse n'empêchait ni l'énergie ni le plaisir - la prochaine fois, c'est juré, je m'achète un foulard qui fait bling-bling-bling sur les hanches - à peine besoin de plus pour me sentir princesse des Mille et une nuits.

25 octobre 2006

Intégration

"Quelle vie doit-on vivre ? Celle qu'on choisit pour soi, ou celle qu'ils ont choisie pour vous ? Ou quelque chose d'intermédiaire ? Cette personne devra découvrir que, parmi les différents rôles qu'elle joue, il n'y en a pas un qui "représente le véritable moi." Au contraire, une partie d'elle-même est investie et trouve son expression dans chaque rôle. Le problème est de les intégrer de telle sorte que les différentes parties de son moi s'agencent pour vivre simultanément."
Fritz Perls, Gestalt Thérapie

23 octobre 2006

La famille s'agrandit


21 octobre 2006

L'amour en plus

...l'amour maternel serait quelque chose entre le mythe et la construction sociale, dit à peu près Badinter. Mais quand même - je ne connais pas beaucoup de mythes capables de me faire prévoir des achats de ballons, bougies, assiettes et verres multicolores, de bonbons au kilo et de tous les ingrédients nécessaires à la réalisation d'un brownie géant et d'un maxi saladier de pop corn. Ni de représentations sociales susceptibles de me faire traverser Paris pour un T-shirt spécial 7 ans, Léo depuis le 23 Octobre 1999, de me faire accueillir neuf gnomes en folie le temps d'un après-midi, ou de me faire passer deux heures à monter successivement un dragon Méga-Blocks, un robot Nika, et un super vaisseau Star Wars (de loin le pire !). Et tout ça - avec un indéniable plaisir.

19 octobre 2006

Une semaine par mois

Une semaine par mois, dix-huit mois durant, pour revisiter les thèmes de l'enfance et de l'adolescence, du couple et de la famille : en écho à une collègue qui fait le lien entre ce que la formation brasse de personnel, de pratique, et de théorique, je note avec un sourire, "On est dans le pétrin..."
En cadeau (et bien que nous n'ayons pas été sages !), une image, celle d'un violon dont la sensibilité, la subtilité seraient à la mesure de sa fragilité.
Et un fil qui a couru tout au long de la session, celui de la parole - qui ne peut se déployer qu'inscrite dans le cadre qui la porte et lui donne sens - mais qui peut aussi se retenir - est-ce que tout se dit, est-ce que tout est à dire - qu'est-ce qui est de soi, et qu'est-ce qui est de l'autre - et qu'est-ce qui nous échappe ?

13 octobre 2006

C'est extra

Vendredi soir, 20h, toute la petite famille s'installe sur le canapé pour une séance de ciné grand écran grâce au vidéoprojecteur fraîchement acquis pour raisons professionnelles - Léo dit, c'est la première fois, on peut la mettre dans la Boîte à Bonheur ! (Ronronnement approbateur de la Lu)
Nous regardons E.T (pourquoi faire les choses à moitié ?), et quand le chien aboie à l'adresse de la mystérieuse créature encore tapie dans l'obscurité, je me crois obligée de rassurer Elsa - "Il aboie parce qu'il ne sait pas ce que c'est." - "Ben, un esstra-terrestre", me réplique-t-elle du ton de l'évidence... No comment.

09 octobre 2006

Trop-plein

En réponse à mon invitation à écrire sur des feuilles de couleur les "valises" symboliques avec lesquelles elles arrivent en formation, une stagiaire, infirmière scolaire de 58 ans à la tendresse intacte mais à l'émotion à fleur de peau, note : "Avec le statut, la profession, l'âge, le coeur écoute beaucoup - que faire de toutes ces douleurs qui s'y déversent, constamment ?".

06 octobre 2006

Bis repetita

Posologie : à consommer sans modération jusqu'à disparition complète des signes de grisaille.

"Il fait si beau mon amour si beau ce matin
Que je pourrais faire la cour à Christine Boutin
Il fait si beau sur la ville si beau sur les toits
Envie d’ouvrir la grille aux témoins de Jéovah
Aux terrasses des restos grecs tellement il fait beau
On pourrait trinquer avec les anciens proprios
Il fait si beau sur le train de banlieue qui retarde
Envie d’faire un câlin avec une chienne de garde
Sur les pervenches les PV – (choeurs) il fait si beau
Sur les affiches UMP – (choeurs) il fait si chaud
Les caméras d’surveillance – il y a du soleil sur la France…"

Vincent Delerm, Il fait si beau.
(Et si les symptômes persistent : Scissors Sisters - touche replay)

Ne cherchez plus l'amour

Yahoo Rencontres : Ne cherchez plus l'amour, ça dit. Comme si une fois l'amour choisi sur catalogue (âge sexe ville mensurations) les humains cessaient de chercher l'amour... Comme si l'amour n'était pas, quels que soient notre situation de famille, notre âge, nos orientations sexuelles, à la fois ce qui nous meut et ce à quoi nous aspirons. Comme si nous n'étions pas, tous sans exception, des êtres d'amour : en consultation je n'entends pas autre chose - l'amour dans tout ses états - douleur, joie, manque, enfants, parents, grands-parents, couples durables ou éphémères...
Cette semaine j'ai vu l'amour fraternel mis à mal par la maternité, l'amour conjugal qui devant l'évidence d'une intolérable violence espère encore, l'amour filial trop malmené pour permettre un accès serein à l'amour maternel - et toutes les larmes versées pour ces enfants qui furent conçus et ne naîtront pas. Cette semaine j'ai entendu un homme de 47 ans dire, tant que je ne serai pas délivré de (ce que je porte en) moi-même, je serai incapable d'aimer - et je l'ai vu pleurer - et puis sourire enfin, comme pour la première fois. Et ainsi de suite...
"C'est toujours l'amour en nous qui est blessé, c'est toujours de l'amour dont nous souffrons, même lorsque nous croyons ne souffrir de rien", écrit Bobin. Quand je me présente aux adolescents dans les interventions scolaires - j'ai coutume de dire - mon métier, c'est de m'occuper des histoires d'amour.

Une fois n'est pas coutume

Je sens une colère sans nom qui affleure sous ma peau - une tristesse anonyme qui me serre la gorge. Depuis quelques jours. Et je ne sais pas à quel temps ni à quel lieu elles appartiennent - ni même si elles m'appartiennent vraiment.
...c'est l'autre nom de nos absences, des heures sombres du chien-loup. C'est un éclat de lumière aiguë, celui-là même qui raye nos certitudes de surface, traçant une imperceptible mais profonde ligne de coupe entre nous et nous-mêmes, entre nous et le monde.

05 octobre 2006

D'un bout à l'autre

Au réveil, je me glisse sous la couette d'Elsa avec Léo - une minute de tendresse ensommeillée. A la nuit tombée, chacun un enfant sur les épaules, des éclats de rire en cascade devant les grilles fermées du Parc Montsouris.

28 septembre 2006

Ecole buissonnière

13h30, une longue après-midi de conférences sur la prévention des violences sexistes, l'IVG médicamenteuse en ville, le dépistage des chlamydiae et la nouvelle loi sur les mariages forcés m'attend. 13h30, je suis sur les quais du Canal de L'Ourcq - en terrasse - à deux pas du Mk2. Que voulez-vous que je fisse ? A 13h35, j'étais devant Little Miss Sunshine, euphorisant. Et à 15h40 - de retour au soleil - le I-Pod vissé sur les oreilles. Et voilà de quoi être d'excellente humeur quelques jours.

21 septembre 2006

Chat Pitre

Le Chat Pitre, c'est la librairie pour enfants en bas de chez nous. Le Chat Pitre, c'est une institution locale - au yeux des enfants c'est LA librairie - au point qu’Elsa, en passant devant une anonyme librairie cette semaine, se soit écriée, Maman, on va dans ce Chat Pitre ?
Et Mme Chat Pitre - Laurence, pour les habitués, c'est la seule libraire au monde qui prête les livres qu'elle aime et / ou qu'elle n'a pas encore eu le temps de lire - une utopie en marche, où la vie passe avant le commerce, ce qu'elle insuffle aussi dans le quartier avec des ateliers, des signatures, une collaboration avec le théâtre tout proche.
Voilà - si je n'avais pas fait psy (voir post précédent) j'aurais bien fait libraire-comme-au-Chat Pitre je crois. Ou écrivain. ;-)

I’m lovin’it

Non, ce n’est pas l’accroche de chez Mac Do – enfin si, mais surtout, c’est le ressenti croissant de ceci – en entretien, en stage, en formation, en animation de groupes, dans chaque espace d’échange réel – je suis à ma place – et je n’en voudrais pas d’autre. Ce n’est pas le fait d’arriver comme Zorro – ça ne marche que dans les films (le travail social se résumant trop souvent à faire avec ce qui nous manque) – ou comme la cavalerie – toujours trop tard – c’est un émerveillement renouvelé devant l’humain quand il touche à l’essentiel – la vie, la mort, le désir, la filiation.

C’est la rencontre chaque fois unique, la surprise réitérée devant les incroyables vitalité – créativité – vulnérabilité – humaines, l’émotion devant le masque qui tombe, la confiance qui s’installe, les mots enfin prononcés et ce qu’ils engendrent – ce qui glisse alors des épaules, les visages qui s’éclairent, la tendresse qui circule, l’énergie donnée et reçue dans le même mouvement. Pas toujours – pas tout le temps – avec une immense humilité quant à ce qu’il adviendra de ces croisées de chemins – mais, dans l’instant – tout.

18 septembre 2006

Petite peste

Za, un brin chouineuse : - Si tu ne me donnes pas le jus de fruits je vais PLEURER.
Lu, imperturbable : - Ben c'est bien, pleure.
Za, qui hausse le ton - Mais je vais pleurer TRES FORT !
Lu, stoïque : - Oui, et alors ? Ca ne change rien ?!!!
Za, crescendo : - Mais je vais vous CASSER LES OREILLES !

Dans le même ordre d'idées, une autre fois :
- Mais, ça a marché déjà avec nous la comédie ?
- Ben non... (elle ne se souvient pas mais, chut !)
- Et avec Mamie, ça marche ?
- Ben, oui !

15 septembre 2006

Ecarter les nuages

Hier, j'ai appris que nous autres humains étions comparables aux arbres - les racines dans le sol, et un mouvement vers le ciel - un mouvement qui devrait aller s'allégeant, mais que nos façons de vivre contrarient - trop de poids dans la tête et les épaules, si peu de contact avec la Terre. Hier j'ai nagé dans l'air, ressenti l'énergie qui se déplace, ouvre, réchauffe. Hier, j'ai écarté doucement les nuages.

09 septembre 2006

Les roses de Picardie

Une boîte à musique trop ancienne, qui égrenne une mélodie que plus personne n'a le coeur d'écouter encore... les feuillets jaunis d'un orgue de Barbarie dont les notes imperceptiblement ralentissent, jusqu'à la dernière. Cette mélodie qui me serre le coeur, c'est la voix de ma grand-mère, qui dévide sans fin la même plainte usée, les mêmes histoires désincarnées qui viennent témoigner de la faillite progressive de la mémoire, du corps qui trahit, du rétrécissement de l'espace, de la vue qui se brouille au sens propre comme au sens figuré.
Elle a ce qu'il est convenu d'appeler une belle vieillesse... une dame âgée mais autonome, sensée, soignée, à l'abri de tout souci matériel et épargnée par les handicaps du grand âge. Elle a ce qu'il est convenu d'appeler une belle vieillesse - mais je guette l'instant toujours plus rare d'un vrai regard, d'un sourire franc, d'une parole habitée - mais j'entends la mélodie qui s'éloigne, comme une absence avant l'absence.

08 septembre 2006

Répétition

Que les humains inconsciemment répétent, cherchant aveuglément à sortir des rails invisibles qui guident leurs existences - que ces répétitions se transmettent en silence d'une génération à l'autre - qu'elles comportent toujours une part d'espoir, celle d'une transformation - que cet espoir soit toujours déçu, parce qu'inévitablement placé là où seul l'échec était possible - je l'ai appris, je le sais.
Mais - deviner la répétition à l'oeuvre dans le silence impuissant d'un premier entretien, puis la voir se découvrir dans un second - et la voir nommée à travers deux destins de femmes où mère et fille auront rencontré au même âge les mêmes douleurs - être témoin de l'instant de la prise de conscience - de la colère, du chagrin, de la culpabilité de n'avoir pas pu empêcher, pas su voir - de l'amour réciproque et pourtant impuissant - et pouvoir à cet instant précis tisser entre elles un lien de parole qui donne sens - est définitivement un privilège.

07 septembre 2006

Sales mômes

- Qu'est-ce que tu as fait ma Zaza aujourd'hui à l'école ?
- Des âneries !

Léo est concentré sur son carnet de Sudoku.
-Tu viens prendre ta douche mon chéri ?
- Tu veux pas amener la douche ici plutôt ?

Hé bien, voilà une année prometteuse...

05 septembre 2006

Voyageuse

Pendant trois années ininterrompues, elle n'eut d'autre préoccupation que celle de voyager continuellement, de découvrir des choses hors du commun dans des lieux hors du commun, de s'étudier elle-même à travers le texte annoté de géographies étrangères. Plus tard, elle reconnut avoir voulu se constituer une bibliothèque de souvenirs chatoyants pour ses vieux jours qu'elle sentait proches. Elle voyagea donc pour connaître l'étonnement, pour devenir une femme autre que ce à quoi la destinait sa naissance. (...) A force de vagabondages, Tolitha découvrit qu'il y avait des choses à apprendre sur les extrêmes et les tangentes.
Pat Conroy, Le prince des marées

04 septembre 2006

Enfants indignes

Cette année, seuls les parents de CP sont autorisés à rentrer dans les classes ; sur le seuil de l'école, Léo nous envoie un rapide baiser du bout des doigts - un câlin ? une photo avec Elsa ? - pas le temps, il a filé retrouver les copains, des billes plein les poches.
Elsa fait sa première rentrée à la maternelle - le temps de s'approprier la classe, ici le coin bibliothèque, là les puzzles, ici la pâte à modeler, et voilà les casiers à doudous - au revoir papa au revoir maman - et ce sont les parents qui se retrouvent tout penauds et la larme à l'oeil devant les écoles - sommes allés noyer notre émotion dans le premier p'tit noir au comptoir de l'année (et autour d'un flipper avec d'autres parents abandonnés :-))).

30 août 2006

Clin d'oeil

Une collègue vient nous présenter son bébé, accompagnée de sa fille aînée qui doit avoir 7 ans. La gamine se plante devant moi, me regarde droit dans les yeux et me déclare : "Depuis la dernière fois où je t'ai vue... depuis la dernière fois où je t'ai vue, tu as grandi toi !"

29 août 2006

Pépites

"... nous sommes errants, terrorisés, dociles - et pourtant émouvants, subtils - la grâce d'être fragile."
"Laissez venir ce qui vient sans jugement ; et si des jugements viennent, accueillez-les sans les juger..."
"Laurence nous fait respirer, enrouler, dérouler le fil du souffle et de la vie en nous. Difficile de garder le fil, du fil au lien, il n'y a qu'un pas ? Je marche sur un fil, la tête haute, la tête en bas, ma tête se défile - je voudrais lâcher le fil de mes pensées, souffler, respirer. Mais je suis toute emmêlée ! Entre les pistes à suivre et les fils à tirer, je cherche le fil d'Ariane - sortir du labyrinthe - celui de mon souffle et de mon désir."
"Le chemin le plus court entre deux existences - c'est l'amour."
"Et quand on ne sait "plus quoi dire", on peut dire - presque rien - deux phrases peut-être : Je vous aime, ou encore : Aimez-moi."
"Résiste - suis ton coeur qui insiste - ce monde n'est pas le tien - viens bats-toi signe et persiste !"
"Pars, mais ne ferme pas."

19 août 2006

Bribelles

Une improbable baignade à ciel ouvert sur la Seine, un rayon de soleil inespéré sur une plage du Nord, la sensation oubliée du sel qui sèche sur la peau, une promenade à vélo à Paris Plage.

Bonheur déjanté

Fêlures

Dans les rayons du supermarché, des familles encore bronzées poussent des chariots remplis de fournitures scolaires, de chaussures neuves, de pyjamas encore un peu grands – pour cet hiver. Un samedi soir ordinaire, visages creusés par les néons, agacements minuscules, mouflets fatigués ou capricieux, dépenses inévitables – un air de rentrée déjà, un retour aux habitudes. Fêlure : mais la chance, d’être là, d’être ensemble, avec deux enfants en pleine santé et pour lesquels l’école est un plaisir, une nouvelle aventure ? Mais la chance, de pouvoir leur offrir le nécessaire, et le superflu ? Fêlure encore : et cette chance – combien elle est précaire – un grain de sable dans la machine, un faux mouvement, il suffit de si peu pour que tout s’enraye – comme c’est fragile le bonheur… De temps à autre - le monde se fêle.

10 août 2006

Emotions

Il avait dit - l'é-motion c'est ce qui nous traverse, ces mouvements qui nous traversent - il s'agit d'accepter de se laisser traverser, l'émotion n'est pas faite pour être retenue - et c'est quand nous la retenons, qu'elle fait des dégâts, engendre de la souffrance - j'ajoute, qu'elle nous fait dérailler, sortir d'une certaine justesse, interne.
Et parce que je pense à lui ce matin, j'ai ouvert le dictionnaire, qui éclaire et complète : l'émotion étymologiquement c'est ce qui nous met en mouvement - à l'origine, un mot qui signifie mouvement mais aussi fièvre, frisson - ce qui nous fait trembler, nous met hors de nous-même - pour mieux nous retrouver.
Une boussole interne ? Un thermostat ? Une carte au trésor aussi peut-être pour qui sait la lire... voici ce qui est juste pour moi à cet instant, un reflet fidèle de ce qui se joue pour peu que je me laisse traverser, sans amplifier ni retenir.

08 août 2006

Vanessa

Elle a dix-sept ans, un retard de règles d'un mois, et un sourire aux lèvres - malgré les précautions prises (?), elle est enceinte - et elle est heureuse, de se savoir féconde. Quant à la décision à prendre concernant cette grossesse... elle semble floue, jusqu'au moment où, avec une désarmante justesse et un sourire enfantin et inquiet, elle en pose les enjeux : "Avoir un enfant, peut-être que ça aide à grandir ?".
Dans l'apparente relative inconscience de ces grossesses adolescentes, se dessine toujours cette question d'un franchissement, voire d'un afranchissement de ce qui les retient encore à l'enfance, à la mère ; mais il est rare qu'elle se pose avec une telle transparence - que s'inscrive aussi nettement l'espoir d'un passage à l'acte fécond - où se confondent l'enfant en soi et l'enfant que l'on porte, comme si l'un pouvait frayer une issue aux interrogations sans réponse de l'autre.

Espérance

"Pour chacun de nous, dans le ciel, il y a une étoile suffisamment éloignée pour que nos erreurs ne puissent pas l'atteindre."
Christian Bobin
Dans le ciel, ou peut-être en nous - ou peut-être est-ce la même chose.

Florence

Pour le départ au pied levé, un bagage à main, une robe légère et basta. Pour la petite terrasse d'un restaurant de charme à la pasta exceptionnelle et au chianti capiteux. Pour le bonheur étrangement poignant de découvrir en vrai des oeuvres qui appartiennent à l'imaginaire collectif et aux livres d'art, La naissance de Vénus de Boticelli, L'Annonciation de Léonard de Vinci, La Madone au chardonneret de Raphaël... Pour l'histoire fastueuse et décadente de la famille des Médicis, princes, mécènes et assassins... Pour le concert quasi-privé dans la chapelle du palais de Machiavel, un ténor et un piano, et quelques grands airs du répertoire italien... Pour la sérénité du cloître de San Marco aux cellules enluminées par Fra Angelico... Pour la lumineuse beauté de la campagne toscane vue de la colline de Fiesole... Si !

Sur un menu de restaurant

Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences, je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants. Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence, aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite surtout d'être vous.

Jacques Brel

02 août 2006

Raccourci conjugal

Une femme en consultation, à qui je renvoyais que personne mieux qu'elle ne pouvait savoir comment parler à son conjoint - trouver le moment, trouver les mots... : "Avant, je le connaissais. Après, je ne le connaissais plus... Et maintenant (désabusée) ...je commence à le connaître !"

31 juillet 2006

Onirique

30 juillet 2006

Pédagogie

"En échange, Bartabas offre à chaque cavalier de vivre une aventure extraordinaire et de se découvrir des talents qu'il ne soupçonnait pas. Le génie que déploie cet écuyer exceptionnel pour laisser s'exprimer le cheval, fût-il en double mors, et lui restituer sinon la liberté, du moins son identité propre, s'applique également aux artistes qui travaillent avec lui. Chez tout cavalier, tout danseur, comme sur chacune de ses montures, Bartabas cherche inlassablement ce qui le rend unique, ce à quoi il est naturellement prédisposé, le don particulier qu'il possède et que, tel un galop arrière, Zingaro va développer, accomplir. "Ce qu'ils sont détermine ce qu'ils vont faire." Son principe n'a jamais varié, il est d'ailleurs inscrit sur toutes les tables de la loi équestre : ne pas imposer, mais proposer. Non pas "voici ce qu'il faut obtenir" mais "voici ce que vous devez ressentir". Et même "voici le plaisir que vous pouvez en tirer"."

Jérôme Garcin, Bartabas, roman.

27 juillet 2006

Orage

La Care Box n'est pas tout à fait l'ancienne Boîte à Bonheur, mais la soirée d'hier ne peut qu'y figurer : un pique-nique sur l'île Saint-Louis, le vent se lève, le ciel s 'assombrit, la Seine se creuse soudain, les djembés de Paris Plage martèlent une hypothétique danse de la pluie.
Aux premières gouttes nous étions en voiture, pour un Paris by night inédit - pavés des Champs-Elysées vernissés par la pluie diluvienne, éclairs sous l'arc de Triomphe, au Trocadéro, au-dessus des Invalides, de Saint-Germain, de Montparnasse - le premier album de Camille à fond dans les baffles "Paris, tu paries, Paris, que je te quitte que je change de cap, de capitale Paris, tu paries, Paris, que je te quitte je te plaque sur tes trottoirs sales..."

25 juillet 2006

Toucher l'instant

Un clin d'oeil à Grand Corps Malade, pépite découverte ces derniers mois.
"C'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l'espace-temps
Les moment rares et irréels que la quiétude inonde
Rouda, n'oublie jamais notre parole du bout du monde
On ressent comme une coupure dans la vie, comme un rêve
On oublie les coups durs de la vie, comme une trêve
C'est un phénomène puissant, je ne te parle pas d'inspiration
Mais d'un souffle plus profond comme une seconde respiration..."
Toucher l'instant, c'est garder de ces semaines écoulées autant de trésors... Dans un hamac avec Léo, les yeux dans les étoiles, lui expliquer le principe de la Boîte à Bonheur - et dans sa boîte mettre avec lui ce premier instant. Découvrir (enfin) les Fred Vargas. Sauter en trampoline avec Elsa. Faire quelques brasses dans une somptueuse piscine, vue sur le Ventoux et les Dentelles de Montmirail. Pouvoir proposer aux enfants un baptême de parapente, une balade en poney, un tour en quad, une marche en montagne - courir après les papillons, chercher la marmotte qui met le chocolat dans le papier d'alu. Voir David rentrer la tête dans les nuages d'un vol de deux heures en parapente. Pique-niquer de charcuterie et de fromages à la Fête du Vin à Cairanne. Partir au soleil levant pour une rando à cheval, éclater de rire, le souffle coupé par un long et jubilatoire galop dans les champs. Partager un merveilleux déjeuner sur un petit pont à l'Isle-sur-Sorgue. Faire une balade nocturne en quad dans les vignes et les chemins de campagne. Traîner les enfants dans les ocres de Roussillon, ou encore voir le moulin à papier de Fontaine de Vaucluse. Avoir le temps de paresser au soleil, le temps de lire, le temps de partir en fous-rires, le temps de jouer.
Laisser derrière nous les fatigues, les absences, l'effet de saturation des derniers mois. Respirer large. Vivre au rythme du soleil, longues siestes, larges ciels. Prendre conscience du rythme fou que nous nous imposons tout au long de l'année. Prendre conscience de ce qu'il nous manque de temps, de silence et de simple contact avec la nature. Prendre conscience de ce que l'épuisement rabote la créativité, sape le sens de l'humour, amenuise la disponibilité à soi et à l'autre. Se retrouver. Nous retrouver.

07 juillet 2006

Fin d'année

Voilà - c'est le temps des petits cadeaux de fin d'année, Elsa quitte définitivement la crèche, sa pochette de dessins sous le bras, l'image avec les tortues qui la symbolisait dans la poche. Je retrouve au passage le tour de lit que je lui avais cousu quand elle y est entrée voilà deux ans et demi, son coussin, son album photo... Léo offre des roses à la maîtresse délicieusement vieille France qui lui a appris à lire, quel voyage ! Le début d'une grande aventure, dont pour ma part je ne me suis jamais lassée... Demain, nous serons sur les routes.

06 juillet 2006

Multicolore

Cette semaine, j’ai vu un homme cambodgien, dont toute la famille avait été massacrée par les Khmers rouges, malade d’un remariage qui n’avait sans doute pas d’autre raison d’être que de procurer des papiers à sa seconde femme.
Cette semaine, j’ai vu une famille congolaise, réfugiés politiques d’un pays à feu et à sang, se déchirer autour d’un enfant atteint de troubles du comportement – C.M.P.P. ou marabout – recours d’ici ou de là-bas ?
Cette semaine, j’ai vu des femmes enceintes, l’une africaine, l’autre brésilienne, une autre chinoise, une autre encore maghrébine, échanger sur ce qui leur a été transmis autour de la grossesse et de l’accouchement dans leurs cultures respectives, sur les conditions et les raisons de leur exil ou de celui de leurs parents, les raisons de leur présence ici.
Et puis cette semaine, j’ai vu les drapeaux tricolores brandis place de la Bastille, les voitures folles dans Paris, klaxons, Marseillaise à fond dans les auto-radios, et je n’ai pas pu me défendre d’un vague sentiment de malaise – joie populaire et bon enfant, ou nationalisme exacerbé – ces Français qui ont triomphé devant leur poste de télévision, qui descendent dans la rue pour un ballon de foot mais plus pour quelque cause humaine que ce soit, qui n’aiment la France black-blanc-beur que sur les pelouses des stades – quelle France célèbrent-ils, pour quels lendemains ?

02 juillet 2006

Special guest

J’écris rarement maintenant : les mots ont trouvé d’autres voies pour sortir, pour prendre forme régulièrement. J’écris maintenant pour un « usage externe » !
J’écrivais beaucoup avant : des chansons, des poèmes, des lettres d’amour, des sketchs et des petits mots de tous les jours. J’écris en ce jour dans la veine d’hier et la conscience du moment…

L’écriture pour moi est un instant d’émotion garantie : concentré sur le jeu des mots, et centré sur l’émotion, volatile. L’écriture, la « vraie », est spontanéité. Elle est plaisir du mot juste, du rythme de la phrase, des paragraphes qui passent et des idées qui naissent et qui prennent une forme, imprévisible. Elle joue autant de moi que je me joue d’elle.

L’écriture me fait dire des émotions sensibles. Les mots que j’écris, je ne pourrais les dire : j’écris pour épancher les maux. J’écris dans les instants de douleur, en somme. J’écris ce qui reste en moi de l’autre, de la relation, de la Vie. J’écris ce que je suis.

David, le 28 juin 2006

Petites notes

Après une semaine dense de formation, quelques notes échappées du classeur, parce qu'au-delà de la spécificité du thème il y a à partager là. Les petites notes en marge, ni contenu académique ni recettes de cuisine, mais ce qui vous parle, dans l'instant où c'est dit...
Faire une place : Les connaissances elles vont venir à vous, à partir du moment où vous avez une place pour elles à l'intérieur. Comme les grossesses...
Urgence : même dans très peu de temps, on peut prendre LE temps.
Une définition possible de l'amour : c'est travailler à l'existence de l'autre... et du travail thérapeutique : nous aider à développer notre potentiel à mettre des limites à notre souffrance, à ne plus être débordés par elle - même si nous la rencontrerons, encore. Et encore.
Parler le vivant.


Après une semaine dense de formation, le besoin d'une re-création. Pour danser encore mieux ensemble... c'est ici. Salsa !

27 juin 2006

Coup franc

21h40, ça crie et ça chante dehors, Léo se relève, ensommeillé, qui c'est qui a marqué Maman ? Ben, la France mon chéri, sinon ils ne crieraient pas... Oui mais quel joueur ??? Oh là là tu m'en demandes beaucoup là... (Ribery, ou comment bluffer son fils grâce à Internet).

22h40, la France marque un deuxième but, des hurlements et des sifflets retentissent dans la cour. Je vais rassurer Elsa qui venait de se lever pour aller aux toilettes - Maman y a du cri qui s'approche dans ma chambre !

22h48, 3 ème but, fin de match - tout le monde dort, chut... Sommeil : 2-0.

26 juin 2006

Fenêtres

"La condition nécessaire de la formation d'un concept, c'est donc l'oubli : l'oubli du propre, du singulier, du différent. Je dis une table et j'oublie cette table ; je dis : c'est un obsessionnel et j'oublie celui qui me parle ; je dis identification au père et je n'ai rien dit du tout ; je dis transfert et je crois m'être délivré de cet amour démesuré ou de cette haine sans merci ; je dis transfert maternel et j'ignore à quelle mère il ou elle s'adresse."
"Mais je crois que son mal d'un pays natal a une autre source. Ce n'est pas le passé qu'il idéalise, ce n'est pas au présent qu'il tourne le dos, c'est à ce qui meurt. Son souhait : que partout - qu'il change de continent, de ville, de métier, d'amours - il puisse trouver son pays natal, celui où la vie naît, renaît. Le désir que porte la nostalgie est moins celui d'une éternité immobile que de naissances toujours nouvelles."
J-B Pontalis, Fenêtres ;-)

Madeleines cathodiques















Grâce au téléchargement, ai retrouvé Zora la rousse, feuilleton de mon enfance (1978). Hé bien, mon goût pour les idéalistes rebelles ne date pas d'hier. Zora a fait un tabac auprès des minus (bon sang ne saurait mentir), et je me réjouis d'entendre fredonner dans ma maison "Zora la rousse Zora belle et farouche ta vie a un goût d'aventure Zora rebelle Zora l'espoir t'appelle toi la sauvageonne au coeur pur. "

Et la moue boudeuse, irrésistible, de Charlotte Gainsbourg dans l'Effrontée, plus doux-amer que dans mon souvenir d'alors - en 1985, j'avais 13 ans aussi, les mêmes chemises blanches et les mêmes maladresses qu'elle, et aussi, les grosses lunettes et "l'exclusivisme" farouche de la p'tite Lulu (!) - et j'ai retrouvé intacte, l'euphorie communicative de Sara per che ti amo....

24 juin 2006

Minimots

Nous discutons avec les enfants de être, ou ne pas être, ou ne plus être, un bébé. Même s'il est toujours mon bébé, Léo est-il encore un bébé ? Elsa : "Moi, je suis une vieille bébé !".
*******
Mimes animaux dans la cuisine :
Léo : - Un éléphant d'Asie !
Lulu : - Un éléphant oui mais pourquoi d'Asie ???
Léo, du ton de l'évidence :
- Ben parce que tu as des petites oreilles !

20 juin 2006

Proverbe chinois

Si quelque chose d'idiot vous rend heureux, faites-le !
(Des suggestions ?)
Prendre les sens interdits à vélo. Lire Gala chez le coiffeur - surtout la page des soirées où les stars, prises sur le vif, ont le nez qui brille. Manger tout le pot de Haagen Das devant la télé ...Et puis aussi, fermer la porte sur une maison dévastée, et partir au cinéma, en me disant que peut-être une fée sera passée avant mon retour. Chanter à tue tête Charles Aznavour en roulant, de nuit, sur le périph, après une interminable journée pleine de drames, de cris et de larmes. L'hiver, me glisser sous la couette, et poser mes pieds glacés contre mon homme, tout chaud. Qui râle, et m'ouvre ses bras.
Improviser des sketches avec les enfants (l'autre jour avec Léo, tôt le matin, sur le thème, mais que faites-vous dans ma cuisine jeune homme ?). Faire des bulles de savon. Briser la couche de caramel des crèmes brûlées avec ma petite cuillère, comme Amélie Poulain. Chanter ou danser dans la rue. Faire du toboggan aquatique. Lire un canard féminin de la première à la dernière page avec le même sérieux. Improviser une restropective Julia Roberts - Meg Ryan à la maison. Aller chercher du pain, revenir avec un Mister Freeze. M'offrir un vrai, jubilatoire quart d'heure langue de p... Faire des sauts périlleux à la piscine.
(D'autres joueurs ?)

Signifiant

...ou quand la folie maternelle, vraisemblablement transgénérationnelle (voir : Volver), expose l'adolescence à tous les risques. Et quand à la fin de l'entretien, une mère affolée, affolante replace dans sa serviette l'épais dossier qu'elle a monté contre sa propre fille, je lis au vol, presque malgré moi, le titre du livre de poche qui en dépasse - et c'est Le livre de ma mère, d'Albert Cohen - Le livre de ma mère, ou l'indépassable fusion maternelle.

18 juin 2006

Le goût du bonheur

Faire la sieste sous les arbres, manger des cerises tout juste cueillies, savourer la nouvelle tournée de confitures de fraises, déguster un champagne rosé devant une jolie table dressée dehors, étrenner un nouveau maillot de bain, marcher main dans la main sur un chemin de campagne (OK, entre deux mi-temps ;-)), se laisser cocooner, nourrir, prendre en charge le temps de deux journées de plein été - savoir que c'est un privilège, le goûter sereinement.

14 juin 2006

L’un ou l’autre

Elle a 24 ans, elle est accompagnée d’un petit garçon souriant et paisible, qui s’installe immédiatement au milieu des jeux de la salle d’attente. La porte du bureau refermée, elle raconte, une suspicion tardive de grossesse, et le choc à l’échographie la veille – 15 semaines – un bébé parfaitement visible, et des délais légaux pour envisager une IVG largement dépassés.

Que s’est il passé ? Rien… des rapports protégés, une rupture de préservatif, la contraception d’urgence prise dans les délais – et depuis, aucun signe, des saignements à la date attendue des règles. Une histoire banale – le premier compagnon démissionnaire, une nouvelle histoire encore fragile, des emplois précaires, une mère et une sœur gravement malades – autant d’arguments rationnels, raisonnables, avancés – et le sentiment que l’essentiel n’est pas là.

L’essentiel… il joue tranquillement dans la salle d’attente. L’essentiel, c’est ce petit garçon de 4 ans, leucémique en rémission, et dans le discours de sa mère j’entends successivement, la vie qui s’impose quand l’ombre de la mort plane, la tentation d’un marchandage, d’une conjuration, ou bien encore, l’idée que garder l’enfant à naître, condamnerait l’enfant vivant – quelque chose de l’ordre de : l’un ou l’autre.

L’un ou l’autre… que faut-il porter en soi, pour s’infliger une telle douleur ? Dans cette première rencontre, il n’est pas question d’autre chose que d’entendre ces enjeux vitaux, et d’orienter vers les structures qui seront à même d’accompagner cette femme à l’étranger. En ouvrant la possibilité d’une parole pour que, dans le temps d’accomplir les démarches à venir, elle puisse essayer de donner un sens à ce qui se joue – et faire le même choix peut-être, mais autrement.

13 juin 2006

Dire sa vie (2)

"...elle racontera ses souvenirs traumatiques avec plein de détails parfois violents pour celui qui l'écoute car, et c'est là une marque du trauma, le récit traumatique "traumatise" en retour celui qui l'écoute, à un moindre degré certes, l'effet ne peut être comparé, mais la marque traumatique existe sur l'autre dans la rencontre thérapeutique - c'est ce qui marque que la rencontre a eu lieu (...).
Qu'est-ce qui fait partie de la transmission intergénérationnelle et qu'est-ce qui n'en fait pas partie ? Quelles sont les conditions qui font qu'un événement ne sera pas transmis, ou du moins ne sera pas transmis comme un événement traumatique impensable et destructurant ? Il faut ici discuter la nature du trauma individuel ou collectif, la capacité de celui qui le vit de le subjectiver, de lui donner un sens, de lui faire servir d'humus aux racines de l'arbre de vie sans les enserrer dans une gangue mortifère."
Marie-Rose Moro, Enfants d'ici venus d'ailleurs

12 juin 2006

Jardins intérieurs

Prière de (ne pas) déranger.
C’est pas là… c’est pas dans l’blog, jardin public. Intérieur - extérieur, un pied dedans, un pied dehors : toujours à interroger la limite. Une promesse d’avant les mots – ne jamais jeter l’ancre. Ni l'éponge ! Une autre – remédier à l'irréparable. Démissionner ? A la frontière, sur le fil du rasoir, funambule : aux extrémités du balancier - douleur, et tendresse. Là où je me sens vivante, c’est à la marge, sur le trait. Un moineau sur la table d'un café, prêt à s'envoler.

11 juin 2006

Rouler dans l'herbe

08 juin 2006

Piliers de comptoir

A la sortie de l'école, Léo : Maman, on va au Père Tranquille ? (le troquet sympa du coin de la rue, rendez-vous matinal des parents indignes après le marathon p'tit-dèj-toilette-habillage-vérification-du-cartable-largage-école-crèche).
Bah, pourquoi pas ? Il fait beau, j'aime bien l'idée d'un truc incongru, inhabituel, l'idée de nous attarder pour une fois ! ....nous voilà donc tous les trois avec Elsa, les petits devant leur grenadine et moi avec un Coca-glaçons (mère indigne mais sobre). Commentaire de Léo : "Et maintenant c'est la Mère Tranquille !". Y a un message là ?

07 juin 2006

Dire sa vie

" ...il importe cependant de créer les conditions de la reconnaissance de l'identité, de la singularité et de la liberté de chacun, pour que la transmission interne soit possible - transmission entre les générations.
De la qualité de cette transmission interne, transmission de l'intimité, de la sensorialité, dépendra en partie le devenir de la transmission externe, celle effectuée par les institutions de la société d'accueil : l'école en tout premier lieu, mais aussi la justice, la médecine, les médias...
D'où cette constante intrication que nous analyserons entre filiation - transmission à l'intérieur de la famille dans un axe vertical conscient et inconscient - et affiliation - transmission interne à la famille et transmission externe assurée par les groupes d'appartenance traversés aux différents âges de la vie."
Marie-Rose Moro, Enfants d'ici venus d'ailleurs

01 juin 2006

Children's corner

Ce matin, je me suis réveillée tôt, et me suis glissée dans la chambre des enfants pour les réveiller avec des câlins - leur dire combien je les aime. - Encore de l'amour, trop d'amour ! a rigolé Léo, ravi. - Bon, je vais descendre en donner un peu aussi à Elsa alors, lui ai-je répondu. - Ah, non, je veux tout pour moi !
*****
Un peu plus tard, Elsa touille le chocolat en poudre qui s'agglomère dans son bol de lait : - Regarde Maman, y a des grelots !!!
*****
Léo - Les pirates, ils tuent, ils détruisent, ils volent...
Elsa - Ben non, ils z'ont pas des ailes !
*****
Lulu, qui part travailler : - Dans une heure je serai au bout du monde !
Léo : - Ben, c'est pas loin le bout du monde !
Lulu : - ?
Léo : - Ben oui, comme la Terre elle est ronde, t'as qu'à faire le tour et revenir ici, en fait t'as même pas besoin de partir...

Signal d'alarme ?

Une patiente, mercredi soir : - Ce doit être difficile parfois, d'accueillir toutes ces histoires, non ? C'est vrai, il faut vous protéger...
A elle j'ai dit - que chaque rencontre était un échange, une surprise - et qu'elle n'avait pas lieu de se faire du souci pour moi.
Mais pour moi-même j'ai senti, l'émotion affleurer - le besoin que ce travail soit reconnu et compris, quand il l'est si rarement. Les soignants du corps ou de l'âme, les travailleurs sociaux, les enseignants - qui prend conscience de la part impalpable, irremplaçable de ce qu'ils tissent jour après jour, de leur extraordinaire, invisible, inchiffrable travail de prévention ?

26 mai 2006

Wishlist

J'aimerais bien, être une maman toujours disponible et souriante, reine des travaux manuels et toujours impeccablement coiffée.
J'aimerais bien, être habillée comme dans Elle, épilée en toute saison, avec jamais une rondeur de trop ou alors judicieusement placée.
J'aimerais bien, être bien payée pour faire ce que j'aime, et ne pas avoir à me soucier du solde de mon compte en banque.
J'aimerais bien, avoir un appartement rangé et des enfants propres et peignés en pyjamas repassés, comme dans la pub Ricoré.
J'aimerais bien, être une professionnelle à la distance ajustée, à l'écoute toujours attentive et à l'intervention percutante.
J'aimerais bien, être une épouse, une mère, une fille, une petite-fille, une cousine, une amie, une marraine, j'en passe (et des forcément meilleures !), modèle, parfaite, qui n'oublie jamais les anniversaires, les feuilles d'impôts, le chèque pour la cantine, le petit mot qui fait plaisir, les chaussettes taille 27, les étrennes de la gardienne.
J'aimerais bien être toujours de bonne humeur, la fée du logis, l'ange du foyer.
...
J'aimerais bien, n'avoir que des réactions matures, des désirs autorisés, des bonheurs modestes, des rêves raisonnables.
...
... ça va pas, la tête ?
...
J'aimerais bien, m'ouvrir à tous les possibles. J'aimerais bien, être réellement la petite fille que je suis, l'adolescente que je suis, la femme que je suis - mettre en oeuvre la force que je pressens dans l'émotion, le désir, la joie, la créativité qui existent là.
"Je n'ose pas être aussi sérieuse que je le suis. Je n'ose pas être aussi peu sérieuse que je le suis. Je n'ose pas prier autant que je le voudrais, chanter autant que je le voudrais, me mettre en colère autant que je voudrais, aimer les gens autant que je voudrais, envoyer les gens promener autant que je voudrais, écrire avec autant de force et de mauvais goût que je voudrais, avec autant de naïveté - et de pages - que je voudrais. Dans mes moments d'optimisme, je me dis : je n'ose pas encore."
Françoise Mallet-Joris, La maison de Papier

24 mai 2006

Le coeur gros

Hier, ou aujourd'hui, j'ai écouté une fille exilée dire le deuil impossible d'une mère morte au pays, et ses errements de contraception à chaque date anniversaire, être ou ne pas être, ou ne plus être, mère.
Hier, ou aujourd'hui, j'ai entendu une maman d'adolescente qui n'a pas su voir qu'à trop se fondre l'une dans l'autre la rupture ne saurait qu'être brutale et dangereuse. Là encore, le deuil, l'exil, la perte de repères familiaux et culturels ont pesé lourd : une dame cambodgienne, maman de quatre enfants, un deuil, et la petite cinquième, enfant d'un homme parti à l'annonce de la grossesse, enfant chérie, enfant parfaite, enfant poupée, jusqu'à ce jour...
Hier, ou aujourd'hui, j'ai accueilli une femme veuve, maman de trois enfants qui a rebaptisé l'enfant né deux mois avant le décès de son mari du prénom de celui-ci, et qui dit le chagrin qui s'approfondit maintenant, la spirale descendante.
Hier, ou aujourd'hui, j'ai accompagné une jeune mère célibataire qui dit à mots fragiles les liens d'enfance toxiques, l'accident bête qui l'oblige aujourd'hui à quitter un métier qu'elle aimait parce qu'elle perd la vue, le compagnon épisodique qui ne s'assume pas père - et les joies pourtant.
Hier, ou aujourd'hui, j'ai cherché avec une jeune femme antillaise l'hôpital qui lui permettrait d'interrompre rapidement une grossesse pourtant désirée, parce que le père de l'enfant, immature et violent, a disparu dans la nature - et je l'ai entendu dire après les larmes, enfin soulagée, si mes propres parents ne s'étaient pas séparés, ils se seraient entretués - et je ne veux pas de cette vie-là pour moi - j'entends, il y a peut-être une chance à saisir, l'espoir de sortir du cercle de la répétition.
Hier ou aujourd'hui, j'ai reçu une mère totalement désorientée avec sa fille de 6 ans - une femme psychiquement malade, incapable de contrôler le flux et le sens de son discours devant l'enfant qu'elle n'a pas accepté de faire sortir - arguant qu'elle "savait déjà tout", dans le double sens du terme - de l'intimité parentale d'une part, de la sexualité et de la violence d'autre part. Que faire sinon contenir le discours de l'une, ménager une place à l'autre ? Une petite fille infiniment sérieuse, pertinente dans ses remarques, protectrice envers la mère, encore espiègle pourtant - bouleversante. De cet entretien qui m'a fait violence, je ne retiens rien, sinon d'avoir dit pour l'enfant qu'elle avait à vivre sa vie d'enfant, et d'avoir exigé devant elle de la mère qu'elle revienne sans sa fille, ou qu'elle la laisse jouer tranquillement dans la salle d'attente.
Et ce soir - j'ai le coeur gros.

21 mai 2006

Coup de coeur

Je vais bien. Je fais du théâtre de rue avec des gens que j'aime, qui me respectent, qui ne me prennent pas pour une folle qu'il faut impérativement guérir de l'envie de vivre différemment, qui m'acceptent telle que je suis. J'ai participé il y a quelques mois à un carnaval à Dunkerque avec les enfants d'une école. Ils étaient pleins de vie et tellement heureux d'être là, tellement heureux que je les fasse rire avec mon nez rouge et ma trompette (oui, j'ai enfin appris la trompette, et j'adore ça). J'ai couru et chanté, joué et dansé toute la journée et nous avons tant parcouru les rues de la ville en tous sens que j'ai fait mine de m'évanouir d'épuisement. Une maman a pris une photo à ce moment-là. J'ai eu envie que vous la voyiez, que vous mesuriez l'espace entre mon bonheur et l'idée que vous vous faites de ce qu'il devrait être.

20 mai 2006

Mots du jour

Blague psy
Elsa : - Faut pas tirer la queue du Ca,
c'est une grosse bêtise...

Illuminé
Léo, dans notre chambre tôt le matin :
- Je peux allumer les rideaux ?

19 mai 2006

Kafka sur le rivage

Mais je peux te dire une chose: les oeuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisément parce qu'elles sont imparfaites. Toi, par exemple, tu as aimé Le mineur de Sôseki. Parce que ce roman possède une force d'attraction dont sont dépourvues ses oeuvres parfaites telles que Le pauvre coeur des hommes ou Sanshirô. Tu as rencontré cette oeuvre. Ou plutôt, c'est elle qui t'a rencontré. C'est la même chose pour la Sonate en fa mineur. Ces oeuvres ont le don de parler au coeur comme aucune autre.(...)
- Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu'on ne pourra pas retrouver. C'est cela aussi, vivre. Mais à l'intérieur de notre esprit - je crois que c'est à l'intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquiions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu'il y a dans nos coeurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque.
Haruki Murakami, Kafka sur le rivage

14 mai 2006

Soufflées !

35 bougies, à la fenêtre pour un anniversaire surprise au-dessus d'une rue en fête, deux guitares et les badauds tête levée chantant joyeux anniversaire - 35 petits cadeaux en portrait chinois comme autant de gages d'amitié.
3 bougies, mais souflées plusieurs fois, par une authentique princesse en robe à crinoline avec diadème et baguette magique roses.
35 bougies encore, dans un lieu atypique et chaleureux - d'une année à l'autre les amis de nos amis, que deviennent-ils, rencontres, séparations, bébés en cours ou en projet, déménagements, changements de poste - à l'année prochaine - c'est tout, c'est bien.

08 mai 2006

Retrouvailles

Elsa Labbé est une femme qui s'applique, qui est raisonnable, et pourtant elle est attirée par ce qui n'est pas raisonnable. Elle sait qu'elle est ambiguë, qu'elle est équivoque, qu'elle est capable de n'importe quoi, que c'est fondamental en elle. Elle n'aime pas la guerre, mais elle est subversive. C'est pour ça que l'errance mentale l'attire, parce que l'errance mentale trouble l'ordre en-dedans, elle bouleverse les indications, elle les contrarie, elle peut les forcer à changer sans les attaquer directement. Il y a cette ambiguïté en Elsa : elle n'aime pas l'ordre mais elle n'aime pas se faire remarquer.
Marie Cardinal
(Cahiers de Lu, janvier 1990 : naissance d'une vocation, et peut-être, réalisé-je aussi, d'un choix de prénom - avec Aragon bien sûr.)

Un bonheur incompréhensible

Il est huit heures du matin, il fait doux malgré la pluie fine, je sors chercher des croissants - quelque chose dans l'air - mais quoi ? fait revenir la mémoire des petits matins d'Ars-en-Ré - enfourcher un vélo, le chant des oiseaux et la cloche de l'église qui vibre dans l'air tiède - je ne saurai jamais, pourquoi l'image s'est imposée soudain avec tant de force - une odeur imperceptible...
Un bonheur incompréhensible
Comme un sourire irrépressible
Ou comme l'ineffable joie
Qu'on éprouve à rentrer chez soi...
Anne Sylvestre
PS : Bonheurs compréhensibles : pique-niquer le long des quais de Seine avec les enfants et gaver les mouettes de frites grecques, retrouver les joies adolescentes des collages-montages, modeler des animaux en pâte à pain crue avec des raisins secs pour les yeux, et déguster nos créations dorées à l'oeuf battu.

07 mai 2006

Villa Amalia

"C'était une tristesse trop grande, vertigineuse, qui ne cessait pas, qui même s'acroissait. Tristesse trop grande même s'il n'y a jamais de tristesse trop grande pour les petits. Les petits connaissent les terreurs qui sont les premières, les terreurs princeps, celles qui sont sans référence dans l'expérience, qui plus jamais ne se retrouvent sur leur chemin. Les pires. Les tristesses abyssales."
"Finalement ils s'aimèrent. Ils ne s'aimèrent pas sexuellement. Mais ils s'aimèrent vraiment. Ils s'aimèrent comme deux enfants de six ans se seraient aimés. Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller. Aimer comme on aime les enfants c'est sauver de la mort. Ne pas mourir c'est nourrir. Sur ce dernier point, il l'aima plus encore qu'elle ne l'aima jamais."
Pascal Quignard, Villa Amalia

Love and let fly

(…)

A qui peut-on les dire, où peut-on les écrire, les phrases comme celles-ci ? Jamais, à leurs destinataires… Ceux-là ne peuvent être qu'absents – peut-être appartiennent-ils à une autre histoire, ou bien à une histoire ancienne, peut-être sont-ils morts, ou bien ailleurs, dans un insaisissable ailleurs – ou peut-être encore ne voulons-nous pas peser, mais simplement laisser aller – une forme d’amour ultime, aimer, et laisser aller.

Elles résonnent dans les harmonies mineures d’un concerto, elles illuminent les bleus-gris d’une esquisse au pastel, elles courent entre les lignes de lettres qui ne seront qu’un songe – elles perlent parfois au bord des paupières, voilent un regard, se trahissent dans un sourire. Et c’est tout.

Familles modernes

Elsa ne voit que rarement son grand-père maternel, qui vit à l'autre bout de la France. Comme il est de passage à Paris, nous partageons un goûter, passons un moment ensemble. Et puis, à peine la porte refermée, Elsa s'enquiert : "Y s'appelle comment, le grand gars bleu ?"
*****
Nous bavardons avec les enfants à propos du conte, La princesse et la grenouille. Léo avise une petite grenouille en plastique qui traîne près de nous, et me propose de l'embrasser pour voir si elle va se transformer en prince. Je m'exécute en riant ; après une imperceptible hésitation, Léo se met au garde-à-vous et, sourire mi-triomphant mi-j'ose-ou-j'ose-pas, dit "Et voilà un beau Prince !".

03 mai 2006

Autobiographie

I
Je marche dans une rue
Il y a un grand trou sur le trottoir
Je tombe dedans
Je suis perdue... impuissante
Ce n'est pas ma faute
Il me faut une éternité pour en sortir
II
Je marche dans la même rue
Il y a un grand trou dans le trottoir
Je fais semblant de ne pas le voir
Je retombe dedans
Je n'arrive pas à croire que je suis au même endroit
Mais ce n'est pas ma faute
Il me faut encore longtemps pour en sortir
III
Je marche dans la même rue
Il y a un grand trou dans le trottoir
Je le vois bien
Je tombe quand même dedans, c'est une habitude
J'ai les yeux ouverts
Je sais où je suis
C'est ma faute
J'en sors immédiatement
IV
Je marche dans la même rue
Il y a un grand trou dans le trottoir
J'en fais le tour
V
Je prends une autre rue.

Portia Nelson

Chiffons

Une collègue : "Ma grand-mère disait, dans une garde-robe de femme, il faut : du va-toujours, du pimpant, et du triomphant !"

25 avril 2006

Les p'tits mots magiques

- Et le p'tit mot magique ?
- Abracadabra !

(essaye encore...)
- Et le p'tit mot magique ?
-Euh, bonjour ?

(same player...)
-Et le p'tit mot magique ?
- Tout de suite !

Et puis, du côté des adultes :
- On reprend un café, t'as l'temps ?
- J'ai le temps si j'suis en retard - donc, j'ai le temps.

24 avril 2006

Au vol - journée d'étude

...avoir suffisamment assis sa compétence, pour accepter son incompétence (toujours présente, mais toujours relative), pour pouvoir accueillir, réellement, la compétence de l'autre.
...la solution, l'issue, la résolution ne sont ni chez le thérapeute ni chez celui qui le consulte - elle émerge, ne peut émerger, que de l'intersubjectivité.
...pas de permission sans protection, pas de protection sans que quelque chose soit proposé - renoncer à nos impasses, suppose l'ouverture de l'accès à d'autres issues.

Bulles d'oxygène

Vendredi soir, une bouffée d'air, retrouver un plaisir d'avant la naissance d'Elsa, traverser Paris en roller.
Au retour des enfants, une nuée de câlins, et quelques définitions enfantines et lapidaires : "Un Prince charmant, ça sert à danser", dit Elsa. A mettre en lien avec une citation lue je ne sais plus où dans la semaine, il y a bien des façons de faire l'amour à une femme, mais la plus belle c'est la danse... Et Léo, envieux : "Grand-Mère, elle est à la retraite. Et la retraite, c'est quand t'es en vacances pour toute la vie !".

20 avril 2006

Disneyworld

Dans le monde d'où je viens, les femmes enceintes ne dorment pas un soir sur deux dans les hôtels du Samu social, l'autre chez des hébergeurs douteux, ne se demandent pas avec quel argent elles vont acheter le strict nécessaire pour l'enfant à venir.
Dans le monde d'où je viens, l'honneur familial n'oblige pas les jeunes femmes à accoucher sous X puis à épouser un homme qu'elles n'ont pas choisi, ni à prendre une contraception en cachette pour ne pas tomber enceinte suite à des viols conjugaux répétés.
Dans le monde d'où je viens, les jeunes filles de 18 ans n'ont pas pour amants des hommes mûrs qui sortent de prison, et leur offrent dans la foulée IST diverses et le risque constant d'une grossesse non désirée.
Cela - pour la seule journée d'hier.
De mes allers-retours entre un monde et l'autre, je ne sors pas indemne.

19 avril 2006

Un ange passe

S. est une jeune maghrébine de 18 ans, verbe haut et débit saccadé, bijoux clinquants, maquillée comme une voiture volée - et le rimmel coule, parce qu'elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Que s'est-il passé ? Elle a arrêté sa pilule... plus ou moins au moment où elle a commencé à avoir des rapports sexuels avec son nouvel amoureux, mais dans la plus parfaite inconscience... ou bien ?
Entre deux appels sur son portable, elle déballe sa vie comme on vide son sac - une vie de conflits et de violence, allers-retours foyer - famille, agressions, amours douloureuses - et puis elle se pose enfin, et arrive ceci : "Je vais devoir avorter, et ma grande soeur ma mère l'a perdue à la naissance" - mais sa phrase n'est pas si claire, au point que je lui demande de préciser, si cette soeur est décédée au moment de sa naissance à elle, ou bien s'il s'agissait d'un bébé mort-né, ce qui s'avère être le cas.
Elle s'est donc trouvée en position d'aînée de substitution, d'enfant de remplacement, d'elle-même elle parle de "bébé-fétiche" à propos de la place qui lui a été assignée. Et je me demande à part moi, ce bébé qui ne naîtra pas, de qui s'agit-il ? D'elle-même définitivement coupable de n'être (naître ?) pas le bébé perdu, ni l'aînée parfaite, de ce fantôme qu'il s'agirait de faire disparaître enfin une bonne fois pour toutes, ou d'une conjuration du mauvais sort - si ce bébé-là disparaît, peut-être l'accès à la maternité, le moment venu, pourra-t-il se faire sans effroi excessif - parce que le tribut à l'histoire maternelle aura été payé ?

18 avril 2006

Avec tant d'amour

Coucou !

Des nouvelles de Mademoiselle Zaza pour le week-end de Pâques à M.

Très grande sagesse de Zaza lors de la messe à C. qui a duré plus d'une heure en raison d'un baptême au milieu de l'office. (J'ai trouvé formidable ce baptême au milieu du c(h)oeur, et où le prêtre expliquait tous les gestes).

Zaza, au premier rang, regardait ce qu'il se passait, et à notre grand étonnement, elle a été intéressée et très, très sage. De temps en temps, elle agitait son petit livret de messe aux prêtres ! (On avait pris aussi papier, crayons et livres)

On a eu droit aux félicitations de plusieurs personnes, alors je vous les envoie.

Les oeufs de Pâques de la Mairie (plus les nôtres dans le jardin) ont eu lieu lundi à 11 h. devant notre maison, et tous, nous cherchions les sacs d'oeufs, de lapins, etc... Ensuite, le maire a fait le partage, et depuis, Bizzou et moi, dégustons le trop plein de chocolat !

Zaza avait son panier plein d'oeufs ; ce qui l'intéresse, ce n'est pas de les manger mais....de les promener à vélo ! La casse d'oeufs est grande, et comme elle ne les mange pas, ce n'est pas perdu pour tout le monde !

Promenades inévitables aux poules avec du pain (nous n'avons plus de grains), et trois fois la promenade à la fontaine-lavoir ! (Pourquoi on lave le linge, là ?)

Ensuite, regarder les papillons ; aussitôt rentrée de la promenade, elle a dessiné les chenilles devenues papillons ; il faut dire que les couleurs de ces petites bêtes étaient magnifiques.

Tous les jours, Zaza s'amuse dehors, et quelquefois, c'est délicat pour la faire rentrer à l'intérieur !

Je crie "A table" et alors tout se passe très bien !

Et voilà, gros bisous à vous deux de nous trois.

La morale de l'histoire


... Y en a pas. Dans la même journée, Jules et Jim puis Nos plus belles années, et une conclusion qui s'impose : c'est toujours des grandes emmerdeuses, dont on tombe amoureux.
PS : Le lendemain, ai revu La Fleur de mon Secret. Et je confirme.

16 avril 2006

Notes de lecture

"Une petite quantité d'enfance - affamée de complicité, joyeuse, vite effrayée - circule dans toute relation avec l'autre. Elle fait de l'être avec des significations... on peut cesser d'exister faute d'avoir été écouté."
Max Dorra, Heidegger, Primo Levi et le sequoia
"Je suis mort parce que je n'ai pas le désir. Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder. Je crois posséder parce que je n'essaie pas de donner. Essayant de donner, on voit qu'on n'a rien. Voyant qu'on n'a rien, on essaie de se donner. Essayant de se donner, on voit qu'on n'est rien. Voyant qu'on n'est rien, on désire devenir. Désirant devenir, on vit."
René Daumal, Poèmes

13 avril 2006

Instantanés

Un couple d'adolescents descend le même tobbogan dans l'aire de jeu du Luxembourg, Elsa et Léo tournent à perdre haleine dans un coquelicot rouge.
A son téléphone portable dans la rue, un homme dit, "Mais non, des parallèles, c'est quand ça va dans la même direction !"
Nous avons construit des dragons à cinq têtes au Museum d'Histoire Naturelle, pris un thé à la menthe à la grande Mosquée, et Elsa a fait six tours de manège sous le regard attendri et lointain à la fois de son arrière grand-mère. Pourquoi il est parti Papi ? Je ne sais pas, Elsa. Parce qu'il avait fini de vivre ?
Dans le 13 ème arrondissement, un français dit à une touriste japonaise : "You can tell your friends you've seen the french Mac Donald's on Place d'Italie !".
Au cinéma, Elsa fait un gymkhana entre les fauteuils pendant l'Age de Glace 2.
Sur une scène ronde, le chagrin d'un petit garçon et un échiquier de papier permettent d'évoquer les naissances du monde et l'invitation au voyage sur une rivière d'encre, la découverte des pays "qui sont plus grands que le plus grand pays du monde, plus grands que les océans, plus grands que la Terre" - ceux de nos voyages intérieurs.

Abandonnique

La Promise : Alors ?
L'Autre : Alors quoi ?
La Promise : Est-ce que tu t'en iras ?
L'Autre : On va pas commencer par la fin.
Philippe Dorin, Ils se marièrent et eurent beaucoup
(et autres merveilles ; c'est l'écrivain du Monde, point à la ligne - voir fin du post Instantanés)

08 avril 2006

Pré-délinquante ?

CP : L. vit dans son monde intérieur.
CP encore : Pourrait participer davantage mais s'amuse souvent avec un objet futile.
CE2 : Excellent travail, mais quelle rêveuse !
CE2 encore : L. est une artiste. Si elle voulait...
CM1 : Je voudrais que L. comprenne qu'elle doit travailler dans toutes les matières, y compris celles qui ne lui plaisent pas. (...) Travailler en dilettante ne pourra suffire dans les années à venir.
CM1 encore : Ne tient aucun compte des remarques qui peuvent lui être faites. Je ne suis pas contre une certaine fantaisie, mais il y a des limites à ne pas dépasser.
Eh bien, heureusement que je ne suis plus à l'école primaire...
Parents de futurs délinquants ? Faites signer...

07 avril 2006

Scriptomane

Cette semaine, des questions sur les liens entre la vie et l'écriture - de l'écriture comme moyen de retenir la vie, ne pas laisser s'envoler, ne pas laisser tomber dans l'oubli, au danger d'instrumentaliser la vie pour nourrir l'écriture - une démarche de touriste japonais, l'oeil rivé à la caméra, aveugle de trop avoir cherché le meilleur point de vue. Le risque serait de ne plus rien voir de ce qui est hors champ.
Et puis une phrase ce matin - elle a laissé tomber son blog, parce qu'elle n'en avait plus besoin. Flash - oui, c'est un besoin - après deux ans et demi, on pourrait même dire, c'est un symptôme !
Ce soir je me sens sereine et vidée à la fois, une semaine trop dense pour la mettre en mots (l'aligner ?) - pêle-mêle, un massage surprenant, une histoire de vie qui se dessine de rencontre en rencontre, une journée de vacance(s) au soleil, une (trans)formation, et deux ou trois phrases qui en émergent - "Transformer la plainte en demande" ; "Le CCF s'adresse à toute personne (...) qui souffre dans son lien à l'autre, présent à son côté ou non." ; "Si la sage-femme aide le passage à travers le corps, la CCF, elle, aide le passage symbolique vers la fonction maternelle. Ce n'est plus le corps le support de la naissance, c'est la parole. La CCF peut être, en maternité, le passeur entre l'espace du corps et un espace qui se crée pour une parole à apprivoiser."

Liens

Le lien n'est pas une chaîne, ni un leurre, ni un piège.
Le lien n'est pas une ficelle de marionnettiste, le prétexte à une manipulation.
Le lien n'est pas un titre de propriété, ni un renoncement à soi.
Le lien ne peut pas être à sens unique - ou il n'est pas un lien.

Le lien est une source de risque pour ceux qui ont accepté de se lier - celui de donner et de recevoir, celui de voir le lien s'effilocher ou se transformer, celui de la blessure, de la trahison ou de la rupture.

Le lien est une source de danger - celui d'être transformé par la rencontre, débouté de ses certitudes, plus ou moins durablement désorienté.

Le lien est une source de plaisir - une confirmation d'existence réciproque, tendresse, présence, confiance.

Le lien est une source de vie - là où je sens mon coeur battre, c'est là où la vie en moi rencontre la vie en l'autre, unique, irréductiblement différente, définitivement insaisissable.

03 avril 2006

La Cabane Magique

Avec Léo, j'ai commencé une série pour les lecteurs en herbe, tous les soirs, nous retrouvons Tom et Léa - dans la vallée des dinosaures, avec un mystérieux chevalier noir, etc, etc.
Une page toi, une page moi, une phrase toi, une phrase moi, Léo lit sans s'en rendre compte, et moi ce dont je me rends compte ce sont ses incroyables progrès - l'intonation qui montre la compréhension de la ponctuation, les liaisons bien-z'à-propos, tout ce qui montre l'intégration d'un code complexe - et la porte qui s'ouvre vers un univers inépuisable.
Ce soir en l'écoutant je pensais, un jour il lira le Petit Prince, Le lion de Kessel, le Comte de Monte-Cristo...
Ce soir en l'écoutant je pensais à mon grand-père lisant à voix haute pour moi, peut-être parce que la lecture à la fois soigneuse et hésitante de Léo m'évoquait cette voix d'homme âgé - d'une génération à l'autre, l'idée d'un amour entre les lignes.

Eclats de rire

pfououououououu
sur le petit ventre rond de la Zaza
que je mets en pyjama
éclats de rire
arrête !
pfouououououuuuu
éclats de rire
recontinue !
pfououououououuu
encore !
éclats de rire
et
ainsi
de suite
...