20 juin 2026

Upside down

Il s'est donc passé une semaine depuis le message précédent. Une semaine en apnée, un cauchemar qui à se jour se termine bien - à ce jour car même si le pire est passé, rien n'est acquis encore. Une semaine qui a duré mille ans, nous laissant sidérées autant qu'épuisées Elsa et moi, une temporalité infinie en même temps qu'une accélération insensée. 

Vendredi 12, 20h, Elsa traîne littéralement Amaury aux urgences, il va mal depuis quelques jours, mais n'a pas cherché à consulter. Vendredi soir minuit, il est en soins intensifs. Samedi matin, le mot de greffe hépatique est prononcé. Dimanche, son état se dégrade, dimanche soir la médecin de garde fait une demande de passage en super urgence auprès du service national des greffes, il est admis en réanimation. Une heure après, la demande est validée (ce qui n'était pas gagné : un premier miracle). Deux heures plus tard, un greffon possible est identifié. Lundi matin, les équipes donneur/receveur donnent leur feu vert.  Lundi midi, il est transplanté - il y a des complications, trop d'incertitudes, il faudra une nouvelle intervention. Qui attendra le vendredi, sur un jeune adulte en coma artificiel depuis huit jours, intubé et fragilissime - même en bonne santé, Amaury doit peser cinquante kilos tout mouillé. Ce matin, il est réveillé, désintubé, conscient - évidemment complètement shooté par des antalgiques à dose massive mais vivant, capable de reconnaître ses parents et Elsa qui n'a quasiment pas quitté l'hôpital depuis huit jours. 

Et qui s'est montrée incroyable de courage et de maturité, un petit soldat à la présence indéfectible. Pleine de tact avec les parents, attentive aux amis, faisant au mieux de ce qui lui était possible pour elle-même. Je suis profondément émue et fière de ce qu'elle a montré d'elle-même cette semaine. 

Nous sommes toutes les deux encore en état de choc, submergées par le soulagement mais aussi par tout ce dans quoi cette semaine nous a replongées avec une incroyable brutalité - ces traumatismes d'il y a quelques années, pour Hugo comme pour elle - cette danse sur la ligne de crête entre la vie et la mort, la mort et la vie, tombera, tombera pas, les hôpitaux, les urgences, le sort qui s'acharne sur ma gamine, la vie le souffle coupé. Demain sera un autre jour - ce soir, nous respirons tous.

12 juin 2026

Apprivoiser

Six ans que je travaille dans ce service - depuis sa création en fait, six ans que je connais ce grand dadais lunaire, et que nous nous mobilisons - équipes académiques, équipes de soins, pour que quelque chose tienne malgré son inaptitude à rentrer dans les cases, et ses douleurs identifiées ou tues. Je l'ai vu de loin en loin, mais ai plaidé sa cause auprès de l'école, l'ai adressé à des soignants de confiance, et puis de temps en temps, nous faisions le point. Très grand, très mince, musicien à ses heures, toujours l'air de venir d'un ailleurs incertain... Il termine ses études, enfin, plus ou moins, et doit entamer un stage dont nous espérons qu'il ouvrira sur la possibilité d'une insertion malgré tout. Il est inquiet de ce saut vers une nouvelle étape qu'il n'est pas sûr de pouvoir réussir, et du fait que tout son système de soins à ce jour repose sur sa qualité d'étudiant. Un enfant dans un corps d'adulte, une sensibilité à fleur de peau, et un handicap nommé mais qu'il ne veut pas à ce jour faire reconnaître, malgré l'évidence.

Et ce soir il m'a émue aux larmes, en me disant, je sais que ce n'est pas possible, mais je voudrais vous faire un câlin. D'accord, en effet, mais peut-être pourriez-vous me dire pourquoi vous auriez envie de me faire un câlin ? Parce que depuis la première fois où nous nous sommes rencontrées, vous êtes apaisante - sinon je ne serais pas revenu. Et nous avons évoqué ces premiers entretiens, il y a six années de cela - il était si perdu alors, touchés de constater la précision de ces souvenirs partagés. C'est rare dans ce métier, et toujours bouleversant, de constater qu'avant toute autre chose c'est d'abord une rencontre humaine, un lien tissé, une histoire commune... je suis partie avec un vrai sourire, c'était un beau cadeau.

04 juin 2026

Graines

Ca me fait toujours plaisir de constater qu'aujourd'hui, mes enfants vont spontanément s'interesser à la culture - bouquins, conférences, expos... ici, l'expo Calder à la Fondation Vuitton (que je les avais emmenés visiter lors de l'ouverture). Mais je ne m'attendais pas à ce que Léo fasse le lien avec un atelier autour des mobiles de Calder je crois à Beaubourg alors qu'ils avaient quoi - 6 ans ? 8 ans ?

Ca m'a vraiment touchée, au point où je lui en ai reparlé le soir - un vrai bonheur de parent de voir que les petites graines plantées dans l'enfance portent leurs fruits si longtemps après - un autre beau cadeau de Fête des Mères ;-)!

31 mai 2026

Ivre de mots

Pour la Fête des Mères, Elsa voulait m'offrir un livre dans notre librairie favorite. Une mission pas si facile - j'ai beaucoup lu, j'aime des choses très diverses, du coup elle est revenue avec un bon cadeau et cette excellente question : en fait, comment on choisit un livre ? 

Réponses possibles : parce qu'on aime l'auteur, parce qu'on a lu ou entendu de bonnes critiques, parce qu'un ami (ou notre libraire ;-)) nous l'a recommandé, parce que le thème nous intéresse, parce qu'on a eu un coup de coeur pour la quatrième de couverture ou les premières lignes... et vous, vous voyez d'autres raisons ? 

En tout cas - ce qui me touche, c'est cette transmission du goût des mots,  car j'ai moi aussi choisi un livre pour l'offrir à ma maman dans cette même librairie. Une version illustrée du Bateau ivre (un excellent cadeau pour ancienne prof de lettres donc), un petite édition poétique et confidentielle aussi autour de la filiation, puisque co-illustré par un père et sa fille, venus faire une signature quelques jours plus tôt.

29 mai 2026

Agatha

Je la connaissais à peine, cette dame, d'autant que nous ne parlions pas les mêmes langues. Mais j'aimais son sourire lumineux, son amour pour les siens et sa foi vivante, incarnée. Elle était jeune, si jeune, 61 ans ce n'est pas si loin de moi... le week-end de l'Ascension, Cyril nous annonçait une rupture d'anévrisme  gravissime, sans retour quoi qu'il arrive. Le 29 mai, elle n'était plus là, et comme beaucoup d'âmes au moment du grand départ, elle a attendu que ses filles quittent la chambre de l'hôpital pour s'envoler... nous laissant sans voix devant la vie qui bascule en un instant, et la conscience plus que jamais de ce qu'il y a d'irremplaçablement précieux dans la présence : ensemble, c'est tout.

28 mai 2026

Lève-toi ! Lève-toi !

Franchement, je n'y croyais pas, et j'ai bien failli déclarer forfait : la ville étouffe sous 34°C depuis une semaine, alors, 200 choristes et 500 spectateurs assis au milieu des chanteurs dans un hangar non climatisé, je ne le sentais pas. Du tout. Mais l'énergie du groupe, la curiosité, et l'envie de voir ce que donnerait ce morceau de bravoure, un Bohemian Rhapsody monté en quelques semaines (spoiler : il n'y a pas eu à en rougir), et puis mon engagement dans ce collectif multicolore, et l'envie de reconnaître l'incroyable boulot réalisé par nos  non moins incroyables cheffes de chœur ont eu raison de mes appréhensions.


Et... c'était génial comme à chaque fois, la vibration qui circule est tellement galvanisante, euphorisante que la chaleur, les heures debout, le monde ne comptent plus - mais juste la joie partagée. En fait les hangars, ça a une très bonne acoustique, assez pour coller des frissons à tous sur Lève-toi foule, de Barbara Pravi, qui nous a adressé un message audio ému le lendemain. 

J'ai beaucoup ri pendant l'inénarrable reprise de Pour que tu m'aimes encore, et j'ai aussi eu les larmes aux yeux à l'annonce de la salle retenue pour notre concert 2027. Un truc de dingues. J'ai hâte. Et tellement de gratitude pour Clairie et son équipe, ces jeunes gens un peu fous qui ont décidé de créer de la joie à grande échelle et de réaliser leurs rêves - salles mythiques, groupes démultipliés mais avançant du même pas dans toute la France, morceaux incroyables et parti-pris du partage - faire chanter le public, résultat, après chaque concert les inscriptions décollent. Les gens en veulent encore, veulent en être, et je suis tellement d'accord...

23 mai 2026

Coquillages et crustacés

Il y avait longtemps, et on en avait bien besoin tous les deux de ce temps juste pour nous, et de nous échapper loin de Paris. Où j'ai retrouvé la fluidité des débuts, rien ne heurte, tout coule, les choses sont simples, lire dans le train, bien manger, bien dormir, nager en mer, aller chercher une glace, faire le marché, prendre les vélos, juste être. Quarante-huit heures de vacances, pour pré-fêter l'anniversaire de Samir.

 

21 mai 2026

Cheminer

...vers une nouvelle étape, un nouveau collectif, guidée pas après pas : faire confiance.
Une rencontre et puis trois, pour un monde qui reste à découvrir.

15 mai 2026

Annecy

J'avais rêvé longues balades à vélo, à pied, en pédalo, en parapente, et de faire découvrir aux enfants cette ville pour laquelle j'ai un coup de coeur depuis l'été 2022. On aura essayé, pendant ces quatre jours de pluie battante et de températures automnales, de profiter de la moindre éclaircie pour qu'ils puissent quand même avoir un petit aperçu de ce que j'aime là-bas : les canaux et les petites rues de la vieille ville, un petit tour sur le lac, les bleus du ciel et du lac qui se répondent...  Et pour le reste, un joli dîner d'anniversaire gentiment préparé par Delphine pour Elsa, un karaoké maison dans l'appart d'échange, et du temps tous les trois, c'est ce qui compte, non ?
 

10 mai 2026