14 juillet 2026

Quand l’avenir ne protège plus les vivants

Il y a des deuils qui ne portent pas encore le nom de deuil.

Ils ne concernent pas seulement un être disparu, un visage aimé, une maison quittée, une enfance perdue. Ils concernent un monde qui se retire sous nos yeux. Une terre qui brûle. Des forêts calcinées. Des animaux morts de soif, de feu, de chaleur, de disparition de leur milieu. Des oiseaux moins nombreux. Des insectes absents. Des saisons qui ne tiennent plus parole.

Le deuil climatique est peut-être cela : la douleur d’assister à la fragilisation du vivant sans pouvoir encore en faire un récit collectif suffisamment protecteur.

Ce n’est pas seulement avoir peur de l’avenir. C’est sentir que l’avenir lui-même devient incertain comme lieu d’accueil. Là où les générations précédentes pouvaient imaginer transmettre une maison, un métier, un jardin, une culture, une confiance minimale dans demain, beaucoup de jeunes reçoivent aujourd’hui une planète menacée, des institutions hésitantes, des discours contradictoires, des promesses molles, des étés invivables, des incendies, des pénuries d’eau, des animaux qui meurent.

Il ne s’agit donc pas simplement d’anxiété. Il s’agit d’une atteinte du lien à l’avenir.

Quand le monde ne fait plus abri

Grandir suppose de pouvoir croire, au moins un peu, que le monde tient.

Même si l’enfance est traversée par les conflits, les manques, les blessures, elle a besoin d’un fond : une terre sous les pieds, des saisons reconnaissables, des adultes qui veillent, une promesse que quelque chose continuera après soi.

Or l’éco-anxiété vient attaquer ce fond-là.
Elle ne dit pas seulement : “J’ai peur.”
Elle dit : “Le monde qui devait me porter est en train de se défaire.”
Elle dit : “Ceux qui devaient protéger ne protègent pas assez.”
Elle dit : “Ce que j’aime est menacé.”
Elle dit : “Comment désirer un avenir si cet avenir ne semble plus désirable ?”

Il faut entendre cette angoisse dans sa profondeur. Elle n’est pas une fragilité narcissique de jeunesse. Elle est une réponse psychique à une menace réelle. Les jeunes ne sont pas seulement plus “sensibles” ; ils sont placés en première ligne temporelle. Ils auront à vivre plus longtemps dans les conséquences de ce que les générations précédentes ont produit, toléré, nié ou repoussé.

Leur anxiété est aussi une forme de lucidité.

Le feu comme scène traumatique

Les incendies ont une force symbolique particulière. Ils ne détruisent pas seulement des arbres. Ils dévorent des paysages. Ils transforment un lieu vivant en scène de guerre. Ils font disparaître les repères, les odeurs, les ombres, les chemins, les nids, les terriers, les bêtes lentes qui n’ont pas pu fuir.

Le feu climatique est une image presque insoutenable : celle d’un monde qui ne parvient plus à contenir sa propre chaleur.

Pour le psychisme, l’incendie produit une sidération. Il y a le visible : flammes, fumées, cendres, évacuations, maisons perdues. Mais il y a aussi l’invisible : la perte d’un sentiment de continuité. Après le feu, le paysage n’est plus le même. Il reste debout parfois, mais il n’habite plus de la même façon.

Les jeunes qui voient ces images, qui respirent ces fumées, qui entendent parler de forêts détruites, d’animaux brûlés, de terres ravagées, ne reçoivent pas seulement une information. Ils reçoivent une scène. Une scène qui peut s’inscrire comme effraction : le vivant n’est plus garanti.

La mort des animaux : douleur muette du vivant

La mort des animaux touche une zone très archaïque de notre sensibilité.

Un animal qui meurt dans un incendie, une sécheresse, une marée de chaleur, n’est pas seulement une donnée écologique. Il est un visage sans parole. Il est l’innocence exposée. Il est le vivant qui subit sans avoir participé à la destruction.

C’est peut-être pour cela que ces morts nous atteignent si fortement. Elles réveillent un sentiment d’injustice radicale. Les animaux n’ont pas voté, pas produit, pas spéculé, pas organisé l’épuisement des sols, pas inventé les logiques de surextraction. Et pourtant ils meurent avec nous, souvent avant nous, parfois à cause de nous.

Dans la psyché, l’animal peut représenter une part vulnérable du monde : une présence qui ne parle pas mais qui témoigne. Quand il disparaît, quelque chose de notre propre humanité se trouve atteint.

La souffrance écologique passe souvent par là : par l’image d’une biche fuyant le feu, d’un hérisson écrasé par la sécheresse, d’un oiseau tombé du nid sous la chaleur, d’un poisson mort dans une eau sans oxygène. Ce sont des scènes minuscules et immenses. Elles disent : la protection du vivant a failli.

L’éco-anxiété n’est pas seulement une peur

Il faut se méfier du mot “anxiété” lorsqu’il enferme le sujet du côté du trouble individuel.

Bien sûr, il y a de l’angoisse. Des nuits inquiètes. Des pensées envahissantes. Une difficulté à se projeter. Un sentiment d’impuissance. Mais l’éco-anxiété n’est pas seulement une pathologie à calmer. Elle est aussi un signal. Elle témoigne d’un conflit entre ce que le sujet perçoit et ce que la société continue parfois à nier.

Le jeune entend : “Il faut réussir ses études.”
Mais il voit : “Le monde se réchauffe.”
On lui dit : “Projette-toi.”
Mais il se demande : “Dans quel monde ?”
On lui dit : “Travaille, consomme, avance.”
Mais il sent que ce modèle participe peut-être de ce qui détruit.

Cette contradiction produit une tension psychique considérable. Comment investir un avenir quand les adultes ne semblent pas suffisamment engagés à le rendre habitable ? Comment croire à la valeur du projet individuel lorsque le projet collectif paraît si fragile ?

L’éco-anxiété devient alors une angoisse du lien social. Ce n’est pas seulement la planète qui inquiète ; c’est l’absence de réponse commune à la hauteur du danger.

Le deuil d’un avenir désirable

Le deuil climatique est aussi le deuil d’une représentation.

Longtemps, l’avenir a été pensé comme progrès. On pouvait critiquer ce progrès, en voir la violence, mais il portait malgré tout une promesse : les enfants vivraient mieux, plus longtemps, plus librement, plus protégés.

Aujourd’hui, cette promesse est profondément entamée.

Beaucoup de jeunes ne se demandent plus seulement quel métier ils exerceront, où ils vivront, qui ils aimeront. Ils se demandent si l’eau manquera, si les étés deviendront dangereux, si les forêts brûleront, si les villes seront respirables, si avoir des enfants est encore possible moralement, si la vie sera soutenable.

Cette interrogation est vertigineuse.

Elle touche au désir même de transmission. Car désirer un enfant, désirer une maison, désirer un métier, désirer un jardin, désirer une vieillesse suppose de pouvoir imaginer un monde suffisamment stable pour accueillir ce désir. Lorsque l’avenir devient menaçant, le désir lui-même peut se contracter.

Le sujet ne cesse pas forcément de vouloir vivre. Mais il peut avoir du mal à croire que le monde veuille encore de la vie.

L’absence de protection : blessure politique et psychique

Ce qui exaspère tant, ce n’est pas seulement la catastrophe. C’est le sentiment que la catastrophe était annoncée, pensée, documentée, et que pourtant l’action demeure insuffisante.

Cette absence de protection produit une blessure particulière. Elle rappelle au psychisme infantile une scène ancienne : celle où le danger est là, visible, mais où les adultes ne se lèvent pas assez vite.

Pour beaucoup de jeunes, les générations adultes peuvent apparaître comme ambivalentes : aimantes dans l’intime, mais défaillantes dans le collectif. Elles offrent parfois des soins, de l’éducation, de l’argent, des conseils, mais elles semblent incapables d’organiser la protection du monde commun.

D’où cette colère : vous nous aimez, mais vous nous laissez un monde abîmé.

Cette colère mérite d’être entendue. Elle n’est pas caprice. Elle est demande de tiers. Elle demande que la loi, l’État, les institutions, les adultes, les entreprises, les collectivités, se tiennent enfin du côté du vivant. Elle demande une limite posée à la destruction. Elle demande que le monde ne soit pas laissé à la seule logique de l’exploitation.

Fragilité et exaspération

L’éco-anxiété rend fragile, mais elle rend aussi exaspéré.

Fragile, parce qu’elle touche des zones profondes : peur de mourir, peur de manquer, peur de perdre les lieux aimés, peur de ne pas pouvoir protéger les animaux, les enfants, les paysages.

Exaspéré, parce que l’inaction devient insupportable. La lenteur politique est vécue comme une violence. Les discours rassurants paraissent obscènes lorsqu’ils ne modifient rien. Les gestes individuels, bien que nécessaires, semblent dérisoires si le collectif ne suit pas.

Cette exaspération peut devenir un moteur. Elle peut conduire à militer, à créer, à cultiver autrement, à refuser certains modèles, à inventer d’autres formes d’habitat, de sobriété, de soin, de solidarité. Mais elle peut aussi se retourner contre le sujet lui-même : fatigue, retrait, cynisme, désespoir, sentiment d’être seul à sentir.

La clinique doit alors accueillir sans pathologiser trop vite. Il ne s’agit pas de dire au jeune : “Votre peur est excessive.” Il s’agit peut-être d’abord de reconnaître : “Votre peur a un objet. Votre colère a une adresse. Votre tristesse dit quelque chose de l’état du monde.”

La solastalgie : être exilé sans partir

Il existe une douleur particulière : celle d’être encore chez soi, mais de ne plus reconnaître son lieu.

Un paysage qui change, une rivière asséchée, des arbres morts, des étés trop longs, un jardin qui ne tient plus, une mer trop chaude, une campagne silencieuse sans insectes ni oiseaux : tout cela crée un exil immobile.

On n’a pas quitté le lieu, mais le lieu s’est éloigné.

Ce deuil est discret. Il ne donne pas toujours lieu à des cérémonies. Personne n’organise de rituel pour les saisons perdues, les espèces disparues, les odeurs d’enfance qui ne reviendront plus, les étés devenus menaçants. Pourtant le psychisme a besoin de rites pour traverser les pertes.

Peut-être sommes-nous en manque de rites écologiques. Nous ne savons pas pleurer collectivement les arbres, les bêtes, les sols, les rivières. Nous passons trop vite de l’information à l’adaptation, de la catastrophe au plan technique. Mais entre les deux, il y a le chagrin.

Et si le chagrin n’est pas reconnu, il devient angoisse ou rage.

Psychanalyse du déni climatique

Le déni climatique n’est pas seulement une erreur intellectuelle. Il peut être compris comme une défense psychique.

Reconnaître pleinement la destruction en cours oblige à renoncer à des illusions : illusion de maîtrise, de croissance infinie, de toute-puissance technique, de séparation entre l’humain et le reste du vivant. Cela oblige à accepter que notre mode de vie ait un coût, que notre confort soit parfois construit sur une dette envers les générations futures et les autres vivants.

Ce savoir est difficile à supporter. Alors certains minimisent, ironisent, repoussent, attaquent les écologistes, ridiculisent les jeunes, parlent d’hystérie, de catastrophisme, de naïveté.

Mais ce mépris protège souvent de l’effondrement intérieur.

Il est plus facile de traiter les jeunes d’excessifs que d’entendre ce qu’ils disent : nous héritons d’un monde que vous avez aimé sans assez le protéger.

Réinventer un avenir désirable

L’enjeu n’est pas de fabriquer une espérance artificielle. Les jeunes ne demandent pas des slogans. Ils demandent des actes, des limites, des preuves, des formes concrètes de protection.

Un avenir désirable ne peut plus être seulement un avenir de consommation. Il devra être un avenir de liens, de fraîcheur, d’ombre, d’eau préservée, de lenteur retrouvée, de villes respirables, de jardins partagés, de soin aux animaux, de réparation des sols, de sobriété choisie plutôt que de pénurie subie.

Il faudra réapprendre à désirer autrement.
Désirer non plus l’accumulation, mais l’habitabilité.
Non plus la domination, mais l’alliance.
Non plus l’expansion infinie, mais la juste mesure.
Non plus le monde comme ressource, mais le monde comme milieu vivant.

Ce changement est aussi psychique. Il suppose de sortir d’un imaginaire de toute-puissance. Il suppose de reconnaître que l’humain n’est pas au-dessus du vivant, mais dedans. Dépendant. Relié. Vulnérable.

Le soin comme réponse politique

Face au deuil climatique, le soin ne peut pas rester seulement individuel.

Bien sûr, il faut soutenir les sujets : écouter leur angoisse, leur permettre de parler, de pleurer, de transformer la peur en action possible. Mais il faut aussi que le soin devienne une catégorie politique.

Prendre soin des enfants, c’est prendre soin de l’air.
Prendre soin des adolescents, c’est prendre soin des forêts.
Prendre soin des familles, c’est prendre soin de l’eau.
Prendre soin des animaux, c’est prendre soin de notre propre humanité.
On ne peut plus séparer la santé psychique du monde qui l’abrite.

Une jeunesse à qui l’on demande de s’adapter à l’effondrement devient une jeunesse trahie. Une jeunesse à qui l’on donne des moyens d’agir, des adultes fiables, des institutions courageuses, des récits désirables, peut transformer son angoisse en puissance de vie.

Conclusion : pleurer, puis protéger

Le deuil climatique ne doit pas nous paralyser. Mais il doit être reconnu.
Il faut pouvoir pleurer ce qui disparaît.
Pleurer les animaux morts.
Pleurer les forêts brûlées.
Pleurer les paysages abîmés.
Pleurer les promesses trahies.
Pleurer l’avenir devenu inquiétant.

Mais pleurer ne suffit pas. Il faut protéger.
Protéger, c’est sortir du déni.
Protéger, c’est limiter ce qui détruit.
Protéger, c’est rendre l’avenir à nouveau habitable.
Protéger, c’est dire aux jeunes : votre angoisse n’est pas folle, elle nous oblige.

Peut-être que l’éco-anxiété est le nom contemporain d’une exigence éthique : refuser de s’habituer à la disparition du vivant.

Elle nous rappelle que la sensibilité n’est pas une faiblesse. Elle est ce qui reste vivant en nous lorsque le monde brûle.

Et si les jeunes sont plus sensibles, peut-être est-ce parce qu’ils entendent encore ce que les adultes se sont trop longtemps autorisés à ne pas entendre : le vivant appelle. Il ne demande pas seulement à être admiré. Il demande à être défendu.

Joëlle Lanteri, psychanalyste

12 juillet 2026

Indicible ?

Comment trouver les mots ici ? C'est délicat... ce n'est pas de l'envie, ou de la jalousie, juste une tristesse venue du fin fond de l'enfance, et qui me poursuit - en écoutant les mots des enfants d'Eric, en regardant toutes ces familles qui traversent le temps - avec plus ou moins de bonheur, je ne les idéalise pas non plus - et l'autre jour en regardant aussi les photos envoyées par Samir d'une vaste cousinade (sa grand-mère récemment décédée a eu eu 14 enfants), en sortant toute seule de l'église ce vendredi, je ressens aussi... tellement de chagrin pour moi. Parce que, quelque soit l'amour que je porte à cette famille, et qui me le rend bien, je n'en suis pas. Ni de celle-ci, ni de celle de Samir, ni d'aucune autre. 

Comme à chacun des Noël récents, où je me dis que s'il y a beaucoup d'amour et de paix entre nous quatre, Maman, les enfants et moi, c'est un tout petit groupe déjà bien éprouvé par la vie... si on ouvre un peu, mes demi-frère et soeur - père et belle-mère déjà en EHPAD, mes deux uniques cousins - mais nos mères n'ont quasi plus de lien. Et c'est tout. 

Je ne sais pas ce que c'est, une famille comme celle des films, celles que je connais dans la réalité me semblent presque relever de la fiction - et je chiale toujours au moindre mélo avec des parents en couple (quel que soit leur âge) et des papas aimants (une maman ça j'ai). Une famille où l'enfance bâtit des forces et de la confiance pour toute une vie, où le soutien est indéfectible, où le groupe fait clan, tribu, où le sentiment d'appartenance génère de la sécurité, une solidarité acquise. Une famille où il existe des lieux fondateurs, et des endroits où revenir. 

C'est un peu idiot - j'ai 50 ans passés, et je ne suis plus censée avoir besoin de parents - dans une certaine mesure, ce sont plutôt eux qui ont besoin de moi, et c'est dans l'ordre des choses. Et dans les faits, cette solitude datant de l'enfance m'a construite comme celle sur qui on peut compter, et comme une infatigable tisseuse de liens. L'héritage de cette histoire, c'est incontestablement ma sensibilité à l'autre, au fragile, et au lien, qui fait aussi de moi la thérapeute que je suis.

C'est probablement aussi ce qui m'a fait m'engager un peu trop tôt dans une tentative de réparation avec un homme tout aussi vulnérable mais pour d'autres raisons - et ce qui nous a fait échouer. Sans mettre de côté nos responsabilités respectives, je n'ai que de la compassion pour les jeunes gens que nous étions... et pour nos enfants, qui en ont souffert à leur tour. 

Comme cette patiente, je me sens dans une solitude mi choisie mi subie - elle me disait, je ne sais pas si c'est parce que c'est ce que je veux ou parce que je n'arrive pas à me représenter qu'autre chose est possible. Cette précaire mais émouvante histoire avec Samir, ces solitudes qui s'entrelacent à ce jour, mais toujours à ce jour, qu'est-ce que ça dit de ça ? De la peur, du désir, de l'incapacité de faire autrement, de croire à autre chose peut-être ? 

Vendredi aux obsèques d'Eric, j'ai eu peur. Parce que nous sommes à l'âge où le grand départ de nos parents est une possibilité, j'ai pensé, le jour où Maman partira, il n'y aura pas son compagnon pour dire un mot de leur amour, pas de frère ou de sœur pour porter notre parole à plusieurs, et pas forcément d'homme à mes côtés non plus. Et encore bien moins de baignade et de maison de famille à la fin de la journée pour adoucir et partager la peine. Ca m'a terrifiée. Comme si tout ce qui précède me submergeait - une vague trop haute pour moi. Je me suis effondrée dans le train retour, et à nouveau le lendemain matin. Aujourd'hui ça va. Un pas après l'autre.

11 juillet 2026

Eric

Papa, mon Papa, mon Papou.

Un mot qu'on ne dit qu'à une seule personne.

Ce qui nous a fait sourire en préparant ce texte, c'est qu'on a eu du mal à trouver de toi une photo où tu ne fasses pas le clown. Une grimace, la langue tirée, les dents de morse avec tout ce que tu trouvais, ou ce fameux sourire de travers — le sourire Baude, on en a tous les 3 hérité, merci papa.

Ce côté grand gosse te ressemblait tellement. On se souvient des batailles légendaires de pistolets à balles jaunes à travers la maison, des courses en ballon sauteur dans le couloir, de toi jouant avec les voitures télécommandées, ou envoyant les têtards morts au bout de ta sarbacane depuis l'appartement des Orres sur les gens en contrebas — et aussi de Maman te hurlant dessus quand elle l'a découvert. Cet humour tu l'auras eu jusqu'au bout : mardi dernier à l'hôpital, tu avais un capteur rouge lumineux au bout de l'index, tu pouvais à peine parler, mais tu as quand même trouvé le moyen d'articuler « E.T. téléphone maison ». Ce qui nous a valu un bon fou rire.

Indissociables de toi, il y a tes chiennes, tes « toutounes », qui ont toujours été le quatrième enfant de la maison. Sans doute les plus mal élevées de la famille, celles qui avaient tous les droits, qui partageaient ta glace ou ton gâteau, et qui t'accompagnaient partout, à la chasse comme ailleurs. La chasse cela voulait aussi dire te voir découper tranquillement un sanglier ou découvrir les bois de chevreuil cuisant dans la marmite le matin pendant qu'on prenait le petit déjeuner : bonne chance pour manger après.

Chasseur d’images aussi depuis que nous sommes tous petits, les tonnes de photos dans les albums photo de famille sont autant de souvenirs à garder de toi. Celles des photos de nature que tu nous as appris à regarder aussi, autant de souvenirs vivants de ton œil de photographe.

Grand bricoleur depuis toujours, Leroy Merlin a sans doute perdu un de ses plus gros clients détenteur de la carte Gold Platine. Il n'y a pas une seule pièce de la maison que tu n'aies refaite — salle de bain, cuisine, cabinet dentaire, salon, entrée, terrasse — souvent en attaquant les travaux un peu trop vite, parfois avec une vision pharaonique,, sans plan de bataille élaboré et nécessitant 36 allers retours au magasin. On avait toujours dit que tu t'arrêterais quand tu serais mort ; je crois que tu es parti avant d'avoir fini la salle de bains, ça nous ferait presque sourire. Et dans ton antre, dans cet atelier en bordel, il sortait de tes mains de magnifiques maquettes de bateaux, faites avec les outils de chirurgien-dentiste que Maman cherchait au cabinet.

La musique aussi a rythmé nos années. Toi, le son à fond sur les grosses enceintes du salon — des Beatles à Michael Jackson en passant par AC/DC, le classique, l'opéra, le jazz manouche — et Maman qui hurlait parce que c'était trop fort. Le tout à écouter de préférence sur le matériel dernier cri acheté en douce en pensant qu'elle ne le verrait pas.

Il y a aussi ce goût des belles choses que tu nous as transmis : collectionneur de beaux objets, de dessins, cette passion pour les brocantes à faire au lever du jour — même si cela voulait dire te suivre à vingt mètres derrière.

Et puis il y a les vacances. L'hiver aux Orres, à dévaler les pentes à fond, parce que si ça ne chauffait pas dans les cuisses, c'est qu'on n'attaquait pas assez les pistes. L'été à Batz-sur-Mer, initiant les garçons à la pêche sous-marine, a la plongée en apnée, tout ça pour ne ramener qu’une vieille. A fond sur le 4,20 de Jean-Pierre aussi, jusqu'à l'achever au large de la baie de La Baule et devoir se faire rapatrier par les sauveteurs en mer. C'est toi aussi qui nous à tous emmené chasser le mulet à l'épuisette dans le Traict les pieds dans la vase, en poussant de grands cris — pas sûr que ce soit très légal mais qu’est ce qu’on a ri.

Grâce à toi Philippe a très tôt bidouillé des ordinateurs, découvert ses premiers jeux vidéo, et finalement, indirectement, trouvé le métier qu’il fait aujourd'hui. Cécile bricole et crée dans son atelier a peu près autant en bazar que le tien et Xavier dessine encore mieux que toi.

Tout cela continuera à vivre à travers chacun de nous. Il y a une partie de toi qu'on retrouve chez nous trois, chez tes petits-enfants, dans les valeurs que tu nous as transmises, dans ce que nous sommes devenus et dans la fratrie que l'on forme.

Merci pour tout ça, pour tout le reste, et bien plus.

Sois heureux là-haut parmi ceux qui sont déjà partis — Maman, nos grands-parents, et tes nombreuses chiennes.

On t'aime, Papa.

10 juillet 2026

Papa Baude

Pour moi c'était la maison du bonheur - un papa, une maman, trois enfants, un chien, des albums photos pleins de sourires, une maison magnifique remplie de beaux objets, un grand jardin planté de pivoines et de souvenirs. Ado un peu perdue et pas très gaie, j'y ai trouvé une famille d'adoption, des années durant. Des fous-rires à en pisser dans ma culotte, des révisions de bac puis de partiels, des vacances, des repas de famille, une fête pour mes 18 ans et une autre pour ceux de Cécile où Marion a rencontré Guy, des baisers en cachette et des escaliers qui craquent, des chiens qui se succèdent avec toujours la même bonne bouille noire et blanche, des blagues de cul à table (shocking !), Starmania à fond dans les super enceintes du salon et l'odeur du tabac Amsterdamer. Cette maison je pourrais encore en redonner tellement de détails de mémoire... la petite chambre de Léone, les toilettes à mi-escalier, la couleur de la salle de bains des parents, l'odeur du parfum de Françoise, l'atelier d'Eric, la salle de jeux où nous avons fait des courses en sac... de couchage, et tant d'autres.

Françoise est partie il y a quelques années déjà, et maintenant c'est Eric qui s'en va, et avec lui toute une part de mon histoire. Ce Papa Baude à qui j'avais envisagé de demander de m'accompagner jusqu'à l'autel lors de mon mariage, mon propre père semblant pour le moins ambivalent à ce sujet. Hier nous nous sommes tous retrouvés à Batz - un autre lieu familial lui aussi marqué de tant de souvenirs, baptêmes, mariages, obsèques. C'était triste et doux de voir ou de revoir des êtres qui font ou ont fait plus ou moins partie de ma vie depuis si longtemps, mais grandis, ou vieillis, riches d'enfants ou de petits-enfants, de penser aux absents aussi. Ca s'appelle comment une amitié où l'on connaît non seulement toute la famille mais même les amis de la famille de l'autre sur plusieurs générations ? (Un trésor, probablement). 

Je me suis fait cueillir plusieurs fois - par la maquette de bateau sur le cercueil, par les mots de Cécile, Xavier et Philippe pour leur père, par le contact du cercueil sous ma main, par sa sortie de l'église, par la peine de tous. Dans la journée j'ai fait un détour par le cimetière, faire un petit signe à Guy à qui nous avions dit adieu aussi ici... Et puis cette journée caniculaire s'est terminée par une baignade en mer, les petits-enfants ont retrouvé leur droit aux rires et à la légèreté, et les adultes ont trouvé un peu de douceur dans la fraîcheur de l'eau et dans les retrouvailles de tous avec tous - un bonheur inespéré dont j'espère qu'il a été contemplé avec beaucoup de tendresse depuis là-haut par Eric et Françoise (Cécile me disait, on attend encore le SMS laconique : "Bien arrivé, Maman est avec moi, bises !").

05 juillet 2026

Un peu de paix

Avant que les températures ne remontent, ou l'arrivée de la prochaine catastrophe. Elsa et Amaury sont à Saint-Malo, les soins sont organisés et pour le moment la convalescence se passe bien. J'ai signé mon CDI après 6 ans de contrats précaires - avec ou sans revalorisation, l'avenir nous le dira. Un peu avancé sur les absurdités administratives. Léo recommence à travailler à la mi-août. Samir est d'humeur tendre, m'a aidée sur quelques trucs à la maison, sa façon à lui de dire je t'aime. La clim a donné des signaux d'alerte mais elle est repartie, ouf. Je commence un bon bouquin de la pré-rentrée littéraire - les prêts de Points Communs, j'attends avec impatience mon séjour en Irlande et je vais approfondir ma formation TSA/TDAH. Normaliser tout ce qui peut l'être : vivons heureux avant la fin du monde. 

27 juin 2026

Demain le feu

Il dit : Je ne sais sincèrement pas comment vous faites pour être, au minimum et en plus de tout ça, à l'écoute de vos patients..., elle plussoie : Je ne sais pas comment tu fais.

La vérité c'est que je ne fais pas. La vérité c'est que j'ai débloqué des niveaux d'angoisse et de fatigue insoupçonnés jusque-là, et que j'avance en mode soldat dissocié la plupart du temps. Mais que je sens bien à quel point je suis en permanence au bord d'éclater d'angoisse, de chagrin ou de rage. 

Travailler me protège - je mets mon armure invisible et j'y vais, et puis, ça me décale, pour quelques heures - ou pas, c'est selon : est-ce que je suis plus impactée par celle qui vient faire écho à ma propre éco-anxiété, ou exaspérée par ceux qui viennent pleurer sur leur petit nombril alors que dehors, en France, en 2026, les urgences débordent de gens âgés, de nourrissons ou de gens de la rue en train de littéralement CREVER de chaleur ? 

Comment est-ce que je négocie - alors je n'ai pas absorbé l'impact traumatique de la semaine précédente  - système nerveux toujours en hypervigilance et inquiétude long terme pour Elsa autant que pour Amaury - avec le fait qu'Amaury (en post-greffe) et le papa de Cécile (en soins palliatifs) sont actuellement dans des services hospitaliers sans climatisation, que les grands-mères de mes enfants - 81 et 89 ans, vivent dans des logements où la température ne redescend plus en-dessous de 32°C, augmentant les risques d'une catastrophe annoncée chaque jour ? Comment je négocie avec ma colère qui se politise et se radicalise de manière exponentielle - comme mon angoisse pour les années à venir ? 

Comment je dors la nuit en pensant que mes proches sont en danger et que je suis impuissante - on peut y ajouter le rythme et les conditions de travail de Samir, par ailleurs totalement indisponible car en mode survie ? En anticipant que la clim ne tiendra pas, que l'appartement pour lequel je me suis endettée pour 20 ans sera peut-être invivable dans 3 et qu'un départ de feu sur de l'électro-ménager épuisé peut ne pas être complètement à exclure ? 

Comment je fais pour accueillir les patients, en entretien, participer à régler des urgences au téléphone, répondre à la dame de la MDPH pour Elsa qui se manifeste enfin après 9 mois d'attente, essayer d'avancer sur les usines à gaz de Big Brother, la "facturation électronique obligatoire", et maintenir un minimum de l'intendance quotidienne ?

Comment je fais pour ne pas me prendre en pleine face le mur de ma solitude - parents fragiles, enfants fragiles, compagnon aux abonnés absents ? Hier pour amener en urgence un rafraîchisseur d'air à ma maman, qui n'avait même pas un ventilateur, je me suis retrouvée à... prendre un Uber. J'avais la possibilité d'emprunter une voiture à un pote mais, après une journée dans un bureau à 37°C, et à ce degré surtout d'épuisement et d'anxiété, prendre seule une route où les accidents se sont multipliés - malaises, agressivité ? 

Une fois dans le VTC j'ai ressenti un soulagement que je n'ai pas compris tout de suite. Et puis si : j'étais enfin relayée. Prise en charge. Accompagnée. Par un homme, tant pis s'il était inconnu et rémunéré. Le chauffeur m'a offert des Dragibus : j'en aurais pleuré. Je me suis endormie quelques instants pendant le trajet, allongée sur la banquette arrière.

Je n'arrive pas à trouver la paix, - ça tourne en permanence, la peur, les larmes, la colère. Bizarrement majorées par la (mauvaise) conscience aiguë que dans ce monde, je continue à faire partie d'une minorité très privilégiée néanmoins. Est-ce que ça me retourne le coeur ? Oui. Est-ce que ça me redonne de l'élan ? Non. Je n'ai pas l'énergie même de réfléchir où en retrouver. Et ce n'est pas fréquent - d'habitude je me défends plutôt par le : "On se relève et on lance un nouveau projet."

21 juin 2026

Ce que peut l'alliance

Il y a cette patiente hier qui m'a remerciée, les larmes aux yeux - mais ce ne sont pas ses compliments dithyrambiques l'important (ils étaient surtout dictés par son émotion intense du moment), et puis dans ce métier de liens (cf post Apprivoiser), il faut bien reconnaître que certaines rencontres ne fonctionnent pas (et ce n'est la faute ni du professionnel, ni du patient), et que d'autres resteront inoubliables

Mais avec elle oui - quelque chose résonne, sur quoi elle peut s'appuyer pour aller de plus en plus vers elle-même. Ce n'est pas dans nos histoires - la sienne est émaillée d'une suite invraisemblable de déracinements, d'abandons et de violences, mais aussi de lutte et de résilience, un mélange de courage et de fragilité qui me touche beaucoup. Nous sommes en alliance - deux femmes, une proximité d'âge, une communauté de révoltes et de valeurs, et l'habitude de faire seules - une solitude mi choisie mi subie - elle me disait, je ne sais pas si c'est parce que c'est ce que je veux ou parce que je n'arrive pas à me représenter qu'autre chose est possible. 

Hier elle me rappelait que lors de notre première séance elle m'avait dit qu'elle souhaitait enfin devenir la femme qu'elle était vraiment (et je me souviens très bien avoir alors mesuré le défi que ce serait d'apprivoiser cet animal blessé et sauvage sous ses airs très policés - c'est une transfuge accomplie) ; et qu'il lui semblait s'approcher de plus en plus de cette authenticité. La gratitude est réciproque, c'est beau d'accompagner ce chemin...

20 juin 2026

Upside down

Il s'est donc passé une semaine depuis le message précédent. Une semaine en apnée, un cauchemar qui à ce jour se termine bien - à ce jour car même si le pire est passé, rien n'est acquis encore. Une semaine qui a duré mille ans, nous laissant sidérées autant qu'épuisées Elsa et moi, une temporalité infinie en même temps qu'une accélération insensée. 

Vendredi 12, 20h, Elsa traîne littéralement Amaury aux urgences, il va mal depuis quelques jours, mais n'a pas cherché à consulter. Vendredi soir minuit, il est en soins intensifs. Samedi matin, le mot de greffe hépatique est prononcé. Dimanche, son état se dégrade, dimanche soir la médecin de garde fait une demande de passage en super urgence auprès du service national des greffes, il est admis en réanimation. Une heure après, la demande est validée (ce qui n'était pas gagné : un premier miracle). Deux heures plus tard, un greffon possible est identifié. Lundi matin, les équipes donneur/receveur donnent leur feu vert.  Lundi midi, il est transplanté - il y a des complications, trop d'incertitudes, il faudra une nouvelle intervention. Qui attendra le vendredi, sur un jeune adulte en coma artificiel depuis huit jours, intubé et fragilissime - même en bonne santé, Amaury doit peser cinquante kilos tout mouillé. Ce matin, il est réveillé, désintubé, conscient - évidemment complètement shooté par des antalgiques à dose massive mais vivant, capable de reconnaître ses parents et Elsa qui n'a quasiment pas quitté l'hôpital depuis huit jours. 

Et qui s'est montrée incroyable de courage et de maturité, un petit soldat à la présence indéfectible. Pleine de tact avec les parents, attentive aux amis, faisant au mieux de ce qui lui était possible pour elle-même. Je suis profondément émue et fière de ce qu'elle a montré d'elle cette semaine. 

Nous sommes toutes les deux encore en état de choc, submergées par le soulagement mais aussi par tout ce dans quoi cette semaine nous a replongées avec une incroyable brutalité - ces traumatismes d'il y a quelques années, pour Hugo comme pour elle - cette danse sur la ligne de crête entre la vie et la mort, la mort et la vie, tombera, tombera pas, les hôpitaux, les urgences, le sort qui s'acharne sur ma gamine, la vie le souffle coupé. Demain sera un autre jour - ce soir, nous respirons tous.

12 juin 2026

Apprivoiser

Six ans que je travaille dans ce service - depuis sa création en fait, six ans que je connais ce grand dadais lunaire, et que nous nous mobilisons - équipes académiques, équipes de soins, pour que quelque chose tienne malgré son inaptitude à rentrer dans les cases, et ses douleurs identifiées ou tues. Je l'ai vu de loin en loin, mais ai plaidé sa cause auprès de l'école, l'ai adressé à des soignants de confiance, et puis de temps en temps, nous faisions le point. Très grand, très mince, musicien à ses heures, toujours l'air de venir d'un ailleurs incertain... Il termine ses études, enfin, plus ou moins, et doit entamer un stage dont nous espérons qu'il ouvrira sur la possibilité d'une insertion malgré tout. Il est inquiet de ce saut vers une nouvelle étape qu'il n'est pas sûr de pouvoir réussir, et du fait que tout son système de soins à ce jour repose sur sa qualité d'étudiant. Un enfant dans un corps d'adulte, une sensibilité à fleur de peau, et un handicap nommé mais qu'il ne veut pas à ce jour faire reconnaître, malgré l'évidence.

Et ce soir il m'a émue aux larmes, en me disant, je sais que ce n'est pas possible, mais je voudrais vous faire un câlin. D'accord, en effet, mais peut-être pourriez-vous me dire pourquoi vous auriez envie de me faire un câlin ? Parce que depuis la première fois où nous nous sommes rencontrés, vous êtes apaisante - sinon je ne serais pas revenu. Et nous avons évoqué ces premiers entretiens, il y a six années de cela - il était si perdu alors, touchés de constater la précision de ces souvenirs partagés. C'est rare dans ce métier, et toujours bouleversant, de constater qu'avant toute autre chose c'est d'abord une rencontre humaine, un lien tissé, une histoire commune... je suis partie avec un vrai sourire, c'était un beau cadeau.

Il n'est pas le seul d'ailleurs, il y a aussi cet étudiant chinois, vu depuis les débuts du service car impossible à adresser, et avec lequel s'est tissé comme une amitié d'un genre particulier, un génie mathématique que j'aurai vu passer de l'adolescent post-traumatique au doctorant prêt à se lancer dans une carrière internationale (mais toujours adolescent d'une certaine façon), et plus habité par des questions métaphysiques que scientifiques...

04 juin 2026

Graines

Ca me fait toujours plaisir de constater qu'aujourd'hui, mes enfants vont spontanément s'interesser à la culture - bouquins, conférences, expos... ici, l'expo Calder à la Fondation Vuitton (que je les avais emmenés visiter lors de l'ouverture). Mais je ne m'attendais pas à ce que Léo fasse le lien avec un atelier autour des mobiles de Calder je crois à Beaubourg alors qu'ils avaient quoi - 6 ans ? 8 ans ?

Ca m'a vraiment touchée, au point où je lui en ai reparlé le soir - un vrai bonheur de parent de voir que les petites graines plantées dans l'enfance portent leurs fruits si longtemps après - un autre beau cadeau de Fête des Mères ;-)!