25 juillet 2023

(Couldn't agree more)

I think midlife is when the Universe gently places her hands upon your shoulders, pulls you close, and whispers in your ear:

I’m not screwing around. It’s time. All of this pretending and performing – these coping mechanisms that you’ve developed to protect yourself from feeling inadequate and getting hurt – has to go.

Your armour is preventing you from growing into your gifts. I understand that you needed these protections when you were small. I understand that you believed your armor could help you secure all of the things you needed to feel worthy of love and belonging, but you’re still searching and you’re more lost than ever.

Time is growing short. There are unexplored adventures ahead of you. You can’t live the rest of your life worried about what other people think. You were born worthy of love and belonging. 

Courage and daring are coursing through you. You were made to live and love with your whole heart. It’s time to show up and be seen.

Brené Brown

21 juillet 2023

Ce n'est rien...

 ...tu le sais bien le temps passe ce n'est rien...

(C'est ma période chanson française, cf post précédent).

Mais quand même ça fait un drôle de petit pincement au coeur en repartant, et pas mal d'émotions... Avant tout il y a la joie de leur joie - d'autant qu'il est formidable cet appart, lumineux, charmant et spacieux. Et l'émotion devant cette jeune adulte qu'est devenue ma petite fille, et la fierté devant le chemin qu'elle a parcouru, et que j'ai accompagné de mon mieux. 

Mais il y a aussi la page qui se tourne, les photos qui défilent à toute allure - ce bébé joufflu, cette gamine qui rentre à l'école, cette adolescente déboussolée, tous ces moments partagés,  et la conscience que peut-être pas tout de suite, mais à la rentrée, la maison me semblera bien vide et qu'il me sera difficile d'imaginer qu'il n'y aura pas de retour, et qu'il faut désormais écrire autrement la suite de l'histoire.

Et c'est comme une tourterelle
Qui s'éloigne à tire-d'ailes
En emportant le duvet qui était ton lit un beau matin
Et ce n'est qu'une fleur nouvelle
Et qui s'en va vers la grêle
Comme un petit radeau frêle sur l'océan...

Bonne nav' petit radeau ! Je sais maintenant que tu tiens bon les vagues, la traversée devrait être belle.

20 juillet 2023

Toujours un coin qui me rappelle

Je marche seul le long des rues
Où nous allions tous deux avant
À chaque pas je me souviens
Comme on s'aimait auparavant...
 
Je l'ai fait. Reprendre la rue Jacob - passer la place Furstenberg, m'arrêter devant chez Ladurée, voir que la galerie Dina Vierny n'a pas changé de déco, mais que la petite bijouterie Lucile a disparu, que le vendeur de tissus orientaux Simrane est toujours là mais que la boutique Blanc Bleu a été remplacée. 
 
J'ai jeté un coup d’œil dans le hall de chacun des beaux hôtels du quartier (et celui-ci, y étions-nous allés, voyageurs sans bagages et sans réservation ? et souvent la réponse est : oui...), marché jusqu'au tout premier, l'Hôtel du Danube avec sa façade en boiseries, et cette petite chambre mansardée aux draps fleuris avec vue sur les toits de zinc - un fantasme parisien, et tellement d'émotions contradictoires alors.

J'ai cherché nos vélos du regard, nous ai aperçus remontant vers Saint-Germain, nous disant silencieusement au revoir devant la librairie la Hune, remplacée depuis par une enseigne de luxe. Je t'entends devant la joaillerie me dire, il n'y a rien que tu ne puisses décider d'avoir, et plus qu'une promesse matérielle, j'y entends ta perpétuelle invitation à rêver grand, à oser vouloir le meilleur.

J'ai hésité à m'enfuir, c'était beaucoup, trop peut-être ? et puis non - au contraire je suis allée prendre un café au Pré aux Clercs, le garçon m'a fait un gentil compliment (un prix d'ami ? non, un prix de beauté plutôt), je l'ai pris comme un clin d’œil de ta part, là-haut, comme un souffle léger sur la tristesse douce mais profonde qui me serre la gorge encore maintenant.

14 juillet 2023

Un moment doux

J'aurais pu garder beaucoup de clichés de ce week-end de 14 juillet : le plateau d'huîtres et de crevettes, les images poétiques de l'expo-projection aux Franciscaines, un château de sable à marée montante, le coucher du soleil mordoré du premier soir, mais c'est celle-ci qui  m'émeut le plus. Parce qu'elle dit quelque chose de la fragilité, de la distance respectueuse mais attentive entre ma maman convalescente et mon amoureux. De leur fragilités respectives en fait, pour elle après un mois d'hospitalisation, pour lui qui vit comme un oiseau sur la branche mais sait se rendre disponible pour l'autre, sans jamais le faire remarquer. C'était joli et doux - et puis, les moules-frites et le Chablis ce soir-là étaient délicieux.

07 juillet 2023

Plus grand que nous

Il suffit de plonger dans les eaux claires de Port-Cros, au-dessus des fosses de sable blanc, au milieu des posidonies, pour observer la vie qui foisonne, l'infinie créativité de la nature - ou encore de descendre ne serait-ce que le début du sentier botanique de la Fondation Carmignac, de se laisser émerveiller par la stupéfiante variété des plantes grasses ou des arbustes fleuris, qui répondent à la non moins émouvante créativité humaine - artistique, architecturale, esthétique. Il suffit d'ouvrir les yeux, de se relier au souffle du vent, à l'énergie de la mer. Il suffit, et il devient impossible d'ignorer ce que Bobin nomme les preuves en miettes de l'existence de Dieu - Dieu ou l'Univers, la Source, ou le nom qu'on voudra bien lui donner, l'essentiel n'est pas là. Ce que Walsch écrit aussi à sa manière lorsqu'il donne la parole à Dieu : "Je parle à chacun. Tout le temps. La question n'est pas : à qui je parle, mais : qui écoute ?"

06 juillet 2023

Un lieu sûr

Un lieu sûr, c'est ce qu'on installe en hypnose ou en EMDR avant d'aller à la rencontre des traumas petits ou grands - un refuge intérieur, un signal pour le cerveau qu'à cet instant précis, nous sommes bien vivants, calmes et en sécurité. Ce peut être un lieu d'enfance, un lieu de vacances, un lieu imaginaire - l'essentiel c'est d'apprendre à notre esprit à l'évoquer de la façon la plus complète et sensorielle possible afin de pouvoir y revenir.

Depuis la première fois que j'ai fait cet exercice, mon lieu sûr, c'est l'avant d'un voilier en navigation. Il n'y a pas plus complexe ni plus apaisant pour moi en termes de sensorialité. Je vois : le bleu de la mer et celui du ciel, la voile gonflée, l'écume qui déferle et la petite girouette en haut du mât. J'entends - les vagues qui se coulent le long de la coque, le vent qui siffle à mes oreilles, le cliquetis des filins contre les haubans. Je sens la chaleur du soleil, la caresse de l'air, le contact du teck sous ma main. Mais surtout, je ressens la danse du bateau sur les vagues, le mouvement dans mon corps, cette berceuse lente et sensuelle, et, ce que j'aime par-dessus tout, cette suspension du temps et de la pensée. Enfin les mots s'arrêtent, le mental fait silence... Juste : être.

Il y a aussi des souvenirs magnifiques, le lien aux forces de la nature et à leur pouvoir de régénération, la présence d'un absent, la confiance et l'abandon aussi ; si je suis là, c'est que j'ai passé la main, confié la barre : je peux me reposer, sur l'onde et sur l'autre. Juste : respirer.

Cette année j'ai réalisé aussi que ce rythme coulé de l'étrave qui fend les flots, au-delà d'être hypnotique, avait aussi quelque chose de profondément érotique. Une vague lente et cyclique qui résonne loin au creux du ventre au portant, une sensation de puissance à peine domptée au près, et je me suis surprise à me poser la question : suis-je la vague ou bien le voilier, le mouvement ou bien l'accueil ? Les deux mon capitaine - comme dans l'amour, les frontières s'effacent, les questions n'ont plus cours. Juste : sentir.

05 juillet 2023

Lars

C'est une rencontre de hasard comme on en fait dans les ports - un homme solitaire sur un magnifique bateau, venu confirmer l'hypothèse de Charles sur les marins qui sont "ces grands tendres partis bouder au fond des mers". Ici un étranger récemment veuf, qui après de graves soucis de santé avait formé avec son épouse un projet de tour du monde - et qui se retrouve seul à bord, avec un chien pour seul compagnon.

De Lars je garde une série de clichés solaires - son arrivée dans le plus simple appareil, sa complicité avec le chien Hans, le repas délicat qu'il nous a préparé, le cappuccino qu'il m'a spontanément offert tôt un matin, livré en annexe s'il vous plaît, un récit de vie au travers des tatouages qui couvrent le haut de ses bras - mais aussi un sentiment de profonde mélancolie.

Du charisme, de l'humour, mais une infinie solitude - des enfants adultes qui vivent au loin, aucun ami intime, une blessure paternelle que l'on devine entre les lignes (I looked in my father's eyes...) - une sincérité touchante aussi, lorsqu'il évoque sa vie à bord - les rencontres de mouillage qui amènent une brève chaleur humaine, une joie éphémère mais le renvoient tôt ou tard à la cabine trop grande et trop vide où le sommeil ne vient pas. Pour le moment il est perdu et l'admet - lost in translation. Au lendemain de cet échange il me dira : Merci d'avoir posé les vraies questions. 


04 juillet 2023

S'adapter

Beaucoup plus tard, devenue adulte, la cadette s'entendrait dire à une amie : "Si un enfant va mal, il faut toujours avoir un œil sur les autres". Avant d'ajouter, pour elle-même : "Car les bien-portants ne font pas de bruit, s'adaptent aux contours cisaillants de la vie qui s'offre, épousent la forme des peines sans rien réclamer. Ils seront les gardiens du phare détestant les vagues mais tant pis, refuser serait déplacé. Un sentiment de devoir les guide. Ils se tiendront là, vigies dans la nuit noire, se débrouilleront pour n'avoir ni froid ni peur. Or, n'avoir ni froid ni peur n'est pas normal. Il faut venir vers eux."

(...) Dira-ton un jour l'agilité que développent ceux que la vie malmène, leur talent à trouver chaque fois un nouvel équilibre, dira-t-on les funambules que sont les éprouvés ?

(...) Il sentait qu'une frontière le séparait des enfants de son âge. Il perçait l'épaisseur humaine très facilement. Il attrapait un regard, une mélancolie, une attente, un sentiment d'infériorité, un amour secret, une peur. Il flairait autrui à la façon d'un animal. Mais il veillait à rester humain pour éviter le rejet car, il le devinait, les grands sensibles sont des proies.

Clara Dupont-Monod, S'adapter

03 juillet 2023

Revenir

Plus ma vie se transforme, plus la notion d'une continuité se perd, et plus - en tout paradoxe - il me devient précieux de revenir.

Ces dernières années tout a changé si vite - lieux de vie, de travail, amours, et les enfants sont passés de l'adolescence à l'âge de jeune adulte en à peine le temps de reprendre mon souffle. Et si j'ai posé mes valises dans mon nid sous les toits, à bien des égards je me sens encore nomade.

Je n'ai nulle part où revenir - pas de maison de famille (l'île de Ré, autrefois ?), pas de maison-famille, ce cocon rassurant autant que possiblement aliénant, pas de terroir ou de racines, de filiation ou d'affiliation forte à une culture, une langue, une terre -  et je ne suis pas sûre qu'aujourd'hui cela me manque encore. Pourtant - je ressens un indicible bonheur à revenir. Cette semaine, c'est la maison d'Agnès et Yves qui m'a inspiré cette réflexion - la piscine bleue, le petit studio du fond de la cour, la visite à Mamé et puis bien sûr, habiter sur l'eau, le bruit du vent, la berceuse des vagues, l'horizon ouvert.

Revenir - mettre mes pas dans mes propres traces. Reconnaître. Savourer ce sentiment d'enfiler un vêtement confortable et doux, cette simplicité sereine du familier. Etre comme à la maison - mais ailleurs. Ce qui tient beaucoup sans doute à la qualité des êtres au moins autant que des lieux. Mais aussi aux détails qui n'en sont pas : parce que je connais les prénoms des enfants, l'endroit où ranger le sucre et l'histoire de la famille, et peut-être aussi le nom du chien, la façon de faire tourner la clé du portail, alors je suis un peu chez moi...

C'est bon de revenir. De retrouver - des visages, des voix, des couleurs - il y a quelque chose de très profondément nourrissant, réconfortant dans cette continuité dans la discontinuité, qui est pour moi beaucoup liée aux maisons. Celle d'Emilie, celle de Ghislaine, Pen Wern auparavant, Montlevon encore un peu, Trouville, peut-être ? Aux maisons, ou aux jardins - ce n'est sans doute pas un hasard si toutes ces maisons sont en connexion directe avec la nature ? Ou peut-être au lien - ou à l'idée que je m'en fais - peut-être ces lieux sont-ils intacts dans mon coeur parce qu'ils ne sont associés qu'à des instants lumineux ?

Des maisons à mi-chemin entre la réalité et l'imaginaire, des maisons transitionnelles - comme autant de doudous mentaux ou de madeleines invisibles - et peut-être ma terre à moi est-elle un archipel de liens, une mappemonde affective, une collection de refuges. 

02 juillet 2023

Les Tisserands

Les créatifs culturels ont entrepris de créer une nouvelle culture, fondée sur la restauration de la qualité de tous les liens endommagés ou rompus : le lien d'écoute et d'estime entre soi et soi, le lien de solidarité et de fraternité avec autrui, le lien de symbiose avec la nature (...) L'ensemble forme ce que j'appelle le triple lien (à soi, à autrui, à la nature). Il y a donc trois grandes familles de Tisserands : celle du lien intérieur, celle du lien social, celle du lien écologique. Leur engagement complémentaire est fondamental parce que la mère de toutes les crises que connaît actuellement notre civilisation humaine est la menace d'une déchirure du monde.

Abdennour Bidar, Les Tisserands ou Réparer ensemble le tissu déchiré du monde

Un petit essai qui me va droit au coeur - ce titre merveilleux... et rejoint mon intuition et ma conviction que si espoir il y a, il passera par la reconnaissance et l'amplification de ce travail de tissage à tous les niveaux, dans un monde marqué par les clivages et les ruptures. Cette question du lien et de sa réparation me tient tellement à coeur, qu'elle explose dans toutes les dimensions de ma vie, affective, professionnelle, et à travers mon écriture aussi - forcément, je suis réceptive ! Réceptive aussi à sa conscience aiguë de l'interdépendance de ces dimensions, et à la conviction de l'auteur que cette conscience croissante pourrait amener vers une spiritualité nouvelle, multiple, nourrissante car au service du vivant sous toutes ses formes - sa compréhension du lien à soi dépassant largement le cadre du développement personnel ou du soin psychique pour ouvrir à la transcendance.

Résolument de la première famille, celle des tisserands du lien à soi, j'espère aussi apporter un peu, à ma modeste mesure, un peu au lien social comme au lien écologique... à tout petits pas, à tout petits points, comme un fil de plus dans la trame du monde.

01 juillet 2023

Quatre saisons

Quatre rencontres avec des femmes remarquables, en recherche, toutes plus ou moins dans des métiers d'accompagnement. C'était la dernière ce week-end, et vraiment encore une fois ce fut beau et bon de partager, d'expérimenter, d'apprendre les unes des autres - comme dans tous les groupes, c'est comme si chacune faisait un petit bout du chemin pour les autres, comme si chacune avait sa pièce du puzzle - toutes différentes mais toutes avec les mêmes questions - nos vies, nos familles, nos enfants, nos amours, nos métiers, nos choix...

De cette dernière rencontre je retiens cette remontée de l'arbre familial au travers des souffrances enfantines, pour redescendre sereinement à la femme thérapeute, tisserande que je suis aujourd'hui. Et aussi ce souhait : laisser retourner le(s) passé(s) à la Terre, pour s'élever vers la légèreté.