31 janvier 2007

Inconditionnel

Parce que nous n’aimons jamais nos enfants, nos conjoints, nos familles d’un amour si inconditionnel, ni si totalement désintéressé, m’est venue l’idée que le seul amour inconditionnel peut-être, est celui que nous accordons, ou tendons à accorder, à nos patients, celui que nous recevons de nos thérapeutes. A ébaucher quelques lignes autour de cette idée – la place du thérapeute, et ce qui m’anime, je retombe sur ceci (2004) :

Ce serait si beau si pour chaque être, il existait quelque part un autre être pour veiller sur lui de loin, une présence constante mais invisible, un souffle d'air, une veilleuse allumée. Un être à qui il ne serait rien qu'on ne puisse dire, vers qui aller quand nous serions ou perdus ou blessés, quelqu'un dont nous puissions dire, il ou elle ne me fera jamais de mal.

Quelqu'un auprès de qui trouver ce que jamais nous n'aurions trouvé ailleurs, quelqu'un auprès de qui reprendre des forces avant de repartir vers la vie, plus légers et plus forts. Quelqu'un pour accueillir nos timides tentatives d'être et de dire, nos retours en arrière et nos avancées maladroites.

Quelqu'un à qui confier le plus fragile et le plus vulnérable en nous, dans une absolue confiance. Quelqu'un auprès de qui abaisser nos armes, déposer nos armures. Quelqu'un auprès de qui trouver, retrouver, la paix profonde d'après les sanglots, le sentiment d'être enfin arrivés - mais pour mieux repartir.

Quelqu'un qui serait porteur d'un respect et d'une tendresse infinie, bien au-delà des liens de l'amitié, de l'amour ou du sang. Quelqu'un vis-à-vis duquel être dans une absolue liberté réciproque. Quelqu'un qui nous prenne par la main et nous ouvre les yeux, qui berce nos chagrins et nous pousse vers la vie.