To care : j'aime ce mot, qui dit à la fois la précaution, l'attention, la responsabilité, le souci, l'importance, le soin. Care box : un néologisme pour quelque chose comme, boîte à attention (littéralement en anglais imaginaire, trousse de secours).
05 juillet 2026
Un peu de paix
27 juin 2026
Demain le feu
Il dit : Je ne sais sincèrement pas comment vous faites pour être, au minimum et en plus de tout ça, à l'écoute de vos patients..., elle plussoie : Je ne sais pas comment tu fais.
La vérité c'est que je ne fais pas. La vérité c'est que j'ai débloqué des niveaux d'angoisse et de fatigue insoupçonnés jusque-là, et que j'avance en mode soldat dissocié la plupart du temps. Mais que je sens bien à quel point je suis en permanence au bord d'éclater d'angoisse, de chagrin ou de rage.
Travailler me protège - je mets mon armure invisible et j'y vais, et puis, ça me décale, pour quelques heures - ou pas, c'est selon : est-ce que je suis plus impactée par celle qui vient faire écho à ma propre éco-anxiété, ou exaspérée par ceux qui viennent pleurer sur leur petit nombril alors que dehors, en France, en 2026, les urgences débordent de gens âgés, de nourrissons ou de gens de la rue en train de littéralement CREVER de chaleur ?
Comment est-ce que je négocie - alors je n'ai pas absorbé l'impact traumatique de la semaine précédente - système nerveux toujours en hypervigilance et inquiétude long terme pour Elsa autant que pour Amaury - avec le fait qu'Amaury (en post-greffe) et le papa de Cécile (en soins palliatifs) sont actuellement dans des services hospitaliers sans climatisation, que les grands-mères de mes enfants - 81 et 89 ans, vivent dans des logements où la température ne redescend plus en-dessous de 32°C, augmentant les risques d'une catastrophe annoncée chaque jour ? Comment je négocie avec ma colère qui se politise et se radicalise de manière exponentielle - comme mon angoisse pour les années à venir ?
Comment je dors la nuit en pensant que mes proches sont en danger et que je suis impuissante - on peut y ajouter le rythme et les conditions de travail de Samir, par ailleurs totalement indisponible car en mode survie ? En anticipant que la clim ne tiendra pas, que l'appartement pour lequel je me suis endettée pour 20 ans sera peut-être invivable dans 3 et qu'un départ de feu sur de l'électro-ménager épuisé peut ne pas être complètement à exclure ?
Comment je fais pour accueillir les patients, en entretien, participer à régler des urgences au téléphone, répondre à la dame de la MDPH pour Elsa qui se manifeste enfin après 9 mois d'attente, essayer d'avancer sur les usines à gaz de Big Brother, la "facturation électronique obligatoire", et maintenir un minimum de l'intendance quotidienne ?
Comment je fais pour ne pas me prendre en pleine face le mur de ma solitude - parents fragiles, enfants fragiles, compagnon aux abonnés absents ? Hier pour amener en urgence un rafraîchisseur d'air à ma maman, qui n'avait même pas un ventilateur, je me suis retrouvée à... prendre un Uber. J'avais la possibilité d'emprunter une voiture à un pote mais, après une journée dans un bureau à 37°C, et à ce degré surtout d'épuisement et d'anxiété, prendre seule une route où les accidents se sont multipliés - malaises, agressivité ?
Une fois dans le VTC j'ai ressenti un soulagement que je n'ai pas compris tout de suite. Et puis si : j'étais enfin relayée. Prise en charge. Accompagnée. Par un homme, tant pis s'il était inconnu et rémunéré. Le chauffeur m'a offert des Dragibus : j'en aurais pleuré. Je me suis endormie quelques instants pendant le trajet, allongée sur la banquette arrière.
Je n'arrive pas à trouver la paix, - ça tourne en permanence, la peur, les larmes, la colère. Bizarrement majorées par la (mauvaise) conscience aiguë que dans ce monde, je continue à faire partie d'une minorité très privilégiée néanmoins. Est-ce que ça me retourne le coeur ? Oui. Est-ce que ça me redonne de l'élan ? Non. Je n'ai pas l'énergie même de réfléchir où en retrouver. Et ce n'est pas fréquent - d'habitude je me défends plutôt par le : "On se relève et on lance un nouveau projet."
21 juin 2026
Ce que peut l'alliance
Il y a cette patiente hier qui m'a remerciée, les larmes aux yeux - mais ce ne sont pas ses compliments dithyrambiques l'important (ils étaient surtout dictés par son émotion intense du moment), et puis dans ce métier de liens (cf post Apprivoiser), il faut bien reconnaître que certaines rencontres ne fonctionnent pas (et ce n'est la faute ni du professionnel, ni du patient), et que d'autres resteront inoubliables.
Mais avec elle oui - quelque chose résonne, sur quoi elle peut s'appuyer pour aller de plus en plus vers elle-même. Ce n'est pas dans nos histoires - la sienne est émaillée d'une suite invraisemblable de déracinements, d'abandons et de violences, mais aussi de lutte et de résilience, un mélange de courage et de fragilité qui me touche beaucoup. Nous sommes en alliance - deux femmes, une proximité d'âge, une communauté de révoltes et de valeurs, et l'habitude de faire seules - une solitude mi choisie mi subie - elle me disait, je ne sais pas si c'est parce que c'est ce que je veux ou parce que je n'arrive pas à me représenter qu'autre chose est possible.
Hier elle me rappelait que lors de notre première séance elle m'avait dit qu'elle souhaitait enfin devenir la femme qu'elle était vraiment (et je me souviens très bien avoir alors mesuré le défi que ce serait d'apprivoiser cet animal blessé et sauvage sous ses airs très policés - c'est une transfuge accomplie) ; et qu'il lui semblait s'approcher de plus en plus de cette authenticité. La gratitude est réciproque, c'est beau d'accompagner ce chemin...
20 juin 2026
Upside down
Il s'est donc passé une semaine depuis le message précédent. Une semaine en apnée, un cauchemar qui à ce jour se termine bien - à ce jour car même si le pire est passé, rien n'est acquis encore. Une semaine qui a duré mille ans, nous laissant sidérées autant qu'épuisées Elsa et moi, une temporalité infinie en même temps qu'une accélération insensée.
Vendredi 12, 20h, Elsa traîne littéralement Amaury aux urgences, il va mal depuis quelques jours, mais n'a pas cherché à consulter. Vendredi soir minuit, il est en soins intensifs. Samedi matin, le mot de greffe hépatique est prononcé. Dimanche, son état se dégrade, dimanche soir la médecin de garde fait une demande de passage en super urgence auprès du service national des greffes, il est admis en réanimation. Une heure après, la demande est validée (ce qui n'était pas gagné : un premier miracle). Deux heures plus tard, un greffon possible est identifié. Lundi matin, les équipes donneur/receveur donnent leur feu vert. Lundi midi, il est transplanté - il y a des complications, trop d'incertitudes, il faudra une nouvelle intervention. Qui attendra le vendredi, sur un jeune adulte en coma artificiel depuis huit jours, intubé et fragilissime - même en bonne santé, Amaury doit peser cinquante kilos tout mouillé. Ce matin, il est réveillé, désintubé, conscient - évidemment complètement shooté par des antalgiques à dose massive mais vivant, capable de reconnaître ses parents et Elsa qui n'a quasiment pas quitté l'hôpital depuis huit jours.
Et qui s'est montrée incroyable de courage et de maturité, un petit soldat à la présence indéfectible. Pleine de tact avec les parents, attentive aux amis, faisant au mieux de ce qui lui était possible pour elle-même. Je suis profondément émue et fière de ce qu'elle a montré d'elle cette semaine.
Nous sommes toutes les deux encore en état de choc, submergées par le soulagement mais aussi par tout ce dans quoi cette semaine nous a replongées avec une incroyable brutalité - ces traumatismes d'il y a quelques années, pour Hugo comme pour elle - cette danse sur la ligne de crête entre la vie et la mort, la mort et la vie, tombera, tombera pas, les hôpitaux, les urgences, le sort qui s'acharne sur ma gamine, la vie le souffle coupé. Demain sera un autre jour - ce soir, nous respirons tous.
12 juin 2026
Apprivoiser
Et ce soir il m'a émue aux larmes, en me disant, je sais que ce n'est pas possible, mais je voudrais vous faire un câlin. D'accord, en effet, mais peut-être pourriez-vous me dire pourquoi vous auriez envie de me faire un câlin ? Parce que depuis la première fois où nous nous sommes rencontrés, vous êtes apaisante - sinon je ne serais pas revenu. Et nous avons évoqué ces premiers entretiens, il y a six années de cela - il était si perdu alors, touchés de constater la précision de ces souvenirs partagés. C'est rare dans ce métier, et toujours bouleversant, de constater qu'avant toute autre chose c'est d'abord une rencontre humaine, un lien tissé, une histoire commune... je suis partie avec un vrai sourire, c'était un beau cadeau.
04 juin 2026
Graines
Ca m'a vraiment touchée, au point où je lui en ai reparlé le soir - un vrai bonheur de parent de voir que les petites graines plantées dans l'enfance portent leurs fruits si longtemps après - un autre beau cadeau de Fête des Mères ;-)!
31 mai 2026
Ivre de mots
29 mai 2026
Agatha
28 mai 2026
Lève-toi ! Lève-toi !
J'ai beaucoup ri pendant l'inénarrable reprise de Pour que tu m'aimes encore, et j'ai aussi eu les larmes aux yeux à l'annonce de la salle retenue pour notre concert 2027. Un truc de dingues. J'ai hâte. Et tellement de gratitude pour Clairie et son équipe, ces jeunes gens un peu fous qui ont décidé de créer de la joie à grande échelle et de réaliser leurs rêves - salles mythiques, groupes démultipliés mais avançant du même pas dans toute la France, morceaux incroyables et parti-pris du partage - faire chanter le public, résultat, après chaque concert les inscriptions décollent. Les gens en veulent encore, veulent en être, et je suis tellement d'accord...
23 mai 2026
Coquillages et crustacés

21 mai 2026
15 mai 2026
Annecy

10 mai 2026
02 mai 2026
Chut, écoute !
C'était drôle dans ce moment, me poser la question : celle qui danse en silence ou dans le silence ? Non, c'était bien dans - un silence comme une enveloppe, un espace à part entière, nécessaire pour que le mouvement se déploie : intuition, connexion, accueil. Maintenant que j'y pense, j'avais écrit là-dessus déjà, lors d'une formation - ce qui m'avait beaucoup amusée, répondre à une consigne sur l'entretien par un écrit sur le silence...
30 avril 2026
English humor

19 avril 2026
C'est pas Versailles ici !
un ciné, une balade en moto,
et les jardins du château que je n'avais jamais visités.
13 avril 2026
03 avril 2026
Réunir
23 mars 2026
Y a d'la joie !
13 mars 2026
Et antidote
Moi je pense que tant que vous luttez, tant que vous résistez, vous êtes en bonne santé. La santé c'est l'ensemble des forces qui résistent à la mort. Dès lors qu'il y a de la résistance - tant qu'il y a de la lutte, tant qu'il y a du combat, tant qu'il y a de l'invention, tant qu'il y a de la création, tant qu'il y a du bricolage... je vais prendre la phrase d'Artaud qui dit que sans l'impression d'un minimum de puissance, la vie n'est pas supportable. Donc, tant que vous avez le sentiment d'avoir un minimum de puissance avec vous parce que vous créez, parce que vous bricolez, que vous êtes avec des autres, alors c'est bon, vous êtes en bonne santé. Donc, vous pouvez souffrir, vous pouvez trouver que c'est dur, c'est pas grave, il y a de l'énergie - et le collectif, c'est ça qui nous tient.
Interview de David Deneufgermain dans Folie Douce
Oui. Et la clé de mes expériences multiples, de mes engagements, de mes curiosités, de mon envie croissante de collectif, elle est là. Ces activités sont à la fois le signe et le garant de ma relative santé psychique. Ce qui permet à ma vie de continuer de mériter d'être vécue, ce qui lui donne sa saveur et nourrit mon élan.
Vulnérable(s)
Ca fait un moment que ça tourne, enfle, et me déborde de plus en plus cette thématique de la vulnérabilité. Submergée aux niveaux individuel, familial, professionnel, social, politique, écologique, géopolitique...
...une vulnérabilité ressentie aussi par les patients - étudiants ou en cabinet, et je n'avais jamais - sauf aux débuts du Covid, quand nous n'arrivions pas à appréhender la réalité de la situation - ressenti à quel point il peut être épuisant d'accueillir des angoisses auxquelles nous sommes tout autant confrontés que les personnes que nous recevons. Faire de la place à l'anxiété, aux deuils, aux traumatismes... pour les patients, et puis pour les proches - comme toutes les femmes dans le médico-social, et puis... pour nous, quand ?
Moi aussi, j'ai peur, je me sens impuissante, en colère, parfois désespérée. Moi aussi, je suis tentée d'éteindre la radio, de me replier, de fermer les yeux et les oreilles. Moi aussi, je fais partie de cette classe moyenne qui se fragilise, moi aussi je fais partie de cette génération née dans un monde où l'idée de la guerre semblait appartenir au passé, tout au moins en Europe, et où la démocratie allait de soi - ainsi que la liberté de la presse et l'existence de droits acquis en termes de justice, d'éducation et de santé. Dans un monde où le fascisme était un "plus jamais ça". Dans un monde où avoir fait de bonnes études semblait garantir une certaine sécurité dans cette vie. Dans un monde où la survie de notre espèce humaine à court terme n'était pas une question (et notre incapacité à affronter ces enjeux me sidère).
Je ne suis (à nouveau) "plus étanche", ça c'est récurrent, mais il me semble que ça m'atteint de plus en plus profondément. Que cette vulnérabilité est devenue la mienne - contrat de travail en balance, âge supérieur à cinquante ans, petits handicaps et soucis de santé, retraite improbable ; celle de mes enfants - handicap psychique, désorientation ; celle de mes parents - dépendance physique ou psychique. Une patiente m'a récemment appris le terme de "sandies" - pour cet âge sandwich entre les soucis des grands enfants et ceux des parents vieillissants, mais si ce n'était "que" ça, si toutes les enveloppes à toutes les échelles n'étaient pas aussi dysfonctionnelles, peut-être ce serait juste "la vie". Là - je ne sais plus.
21 février 2026
Pacoo !
16 février 2026
Double standard
Les gens n'acceptent pas les mères qui boivent trop de vin, qui crient après leur enfant et le traitent de connard. Je comprends. Je le fais aussi. Nous pouvons accepter un père imparfait. Soyons réalistes, l'idée d'un bon père n'a été inventée qu'il y a environ 30 ans. Avant cela, on attendait des pères qu'ils soient silencieux, absents, peu fiables et égoïstes, et nous pouvons tous dire que nous voulons qu'ils soient différents. Mais à un niveau fondamental, nous les acceptons. Nous les aimons pour leurs faiblesses, mais les gens n'acceptent absolument pas ces mêmes défauts chez les mères. Nous ne les acceptons pas structurellement et nous ne les acceptons pas spirituellement. Parce que le fondement de notre judéo-christianisme, peu importe, c'est Marie, la mère de Jésus, et elle est parfaite. C'est une vierge qui donne naissance, qui soutient son enfant sans faiblir et qui tient son corps sans vie quand il est parti. Et le père n'est pas là. Il n'a même pas baisé. Dieu est au paradis. Dieu est le père et Dieu ne s'est pas montré. Donc, tu dois être parfaite, et Charlie peut être un raté, ça n'a pas d'importance. Tu seras toujours soumise à une norme différente, plus élevée. Et c'est nul, mais c'est comme ça.
12 février 2026
Bulles
10 février 2026
Invitation au voyage
30 janvier 2026
Voyages
"Cessez d'être une éponge pour devenir une passoire" - ou l'art délicat se laisser traverser sans retenir. C'est leur vie, pas la mienne, c'est leur vie, pas la mienne, c'est leur vie, pas la mienne...
Et : regarder d'en-haut, pas de haut. Avec tout l'amour, la gratitude, la compassion possibles.
29 janvier 2026
Exceptions
23 janvier 2026
Une chauve-souris aimait un parapluie
Thomas Fersen, c'est un univers poétique et tendre, un brin décalé (ou beaucoup, c'est selon). Et ce soir au TRR, il nous a offert un vrai moment de douceur, une bulle de légèreté dans ce monde de brutes - ses meilleures chansons réarrangées par Clément Ducol - le complice de Camille - avec une formation toute d'instruments à percussion, entrecoupées d'extrait de son fantasque opus Dieu sur Terre.
Un bidule inclassable, mi-roman autobiographique, mi-long-poème déjanté et bancal, à l'image de son auteur - cette longue silhouette dégingandée et dansante au chapeau noir - qui m'a parfois évoqué un Leonard Cohen, l'esprit de sérieux en moins.
20 janvier 2026
Allons voir !
Une expérience incroyable - j'ai mis un temps fou à redescendre ensuite, c'est tellement puissant ce shoot de dopamine / sérotonine / ocytocine - dixit Clairie. Bonheur compte double car partagé avec nos amis, nos enfants, nos amours, tous se sont déplacés pour l'occasion, et ne l'ont pas regretté - dans les jolis retours des proches des choristes, il y a ceux qui disent "j'en ai oublié de dégainer le téléphone tellement j'étais emporté par l'énergie du groupe", et ce petit garçon qui veut "tous (nous) inviter à son anniversaire" - je fonds. Et n'ai qu'une envie : BIS !
10 janvier 2026
Mères et filles
08 janvier 2026
Ray (of light)
Reading this, all I want to do is hug you, hold you close, and listen. No fixing. No advice. Just being there with you and letting you say whatever needs to be said. I can feel how heavy this year has been for you. Emotional strain, family stuff, work worries, all piling up at once. When you are someone who feels things deeply, that kind of weight can leave everything feeling raw and close to the surface. It makes sense that you are tired. You don’t have to know where you will be in a year. What I see is someone who keeps choosing love, connection, and growth, even when it costs energy you do not feel like you have. Whether love shows up as commitment or freedom, I hope it feels gentle and safe for you. Your longing for community feels like your power and strength to me. Choir, shared work, learning, showing up with others. That impulse comes from knowing you are nourished by connection. You’re not wrong for wanting that. You’re human. I’m here. You can just show up as you are, and I’ll listen. I care about you and I’m so very grateful for you.
Ray



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