04 septembre 2019

Veilleurs

Je ne suis pas une fana des cimetières. Au moment où nous sommes passés près de Capdenac, je n'étais pas sûre d'avoir envie de rechercher une tombe que je n'étais même pas certaine de pouvoir  localiser. Mais au moment où nous passions près du village, Deezer nous a proposé une chanson d'Aznavour pour moi étroitement liée aux obsèques de ma grand-mère. 

J'y suis donc allée. Je l'ai retrouvée. Le lieu était paisible, le marbre tiédi par le soleil, et je m'y suis sentie bien, en paix et pleine de gratitude. Aussi quand Ronan m'a proposé de redescendre au village chercher des fleurs, j'ai acquiescé avec joie. Papoté avec la fleuriste, en lui parlant de cette amie de la famille qui nous avait accueillis si généreusement lors des deux enterrements. Je n'aurais pas été capable de la reconnaître, mais elle était la seule personne que j'aurais eu envie de voir là-bas. 

La fleuriste la connaissait - mais ce n'est pas elle qui a permis qu'à cet instant précis, Anne-Marie apparaisse devant la boutique et que nous tombions dans les bras l'une de l'autre. Qu'elle m'apprenne qu'elle était la filleule de mon grand-père, me montre la maison de naissance de mon père et me promette d'arroser mon rosier.

On en pensera ce que l'on voudra, mais, si chaleureuse que soit cette femme, je suis néanmoins convaincue que cette rencontre parfaitement improbable et ce gros câlin que nous avons échangé, me sont venus directement de mes grands-parents, là-haut. 

J'aurais pu passer ma route. Ne pas retrouver la tombe. Ne pas revenir pour les fleurs. J'aurais pu le faire dix minutes avant, ou dix minutes après. Nous ne nous serions pas vues. Ce soir-là, je suis restée baignée par la sensation de leur présence aimante, d'être veillée par eux.

Et quand nous avons quitté le village - Aznavour chantait à nouveau.