16 février 2026

Double standard

J'ai pu quelquefois être agacée par les positions féministes radicales de la jeune génération - par toutes les positions qui clivent d'ailleurs, les hommes sont nos alliés, victimes aussi d'un système moribond (en le sachant ou non) et je suis résolument pour la convergence de toutes les luttes.

Je suis consciente d'être préservée - je suis dans le petit pourcentage des femmes ayant échappé aux VSS graves (personne n'échappant aux exhib, aux mains aux fesses ou aux propositions tarifées), mes compagnons ont toujours été capables d'en faire autant que moi dans les tâches du quotidien (plus, si on considère mon inaptitude chronique au bricolage), et sont des gens fondamentalement respectueux dans la sexualité.

Jusqu'au jour où ça m'a sauté au visage : dans quel monde c'est OK que les pères refassent leur vie et d'autres enfants en laissant à la mère la totalité de la charge mentale et la large majorité de la charge financière pour les enfants de leur premier couple, a fortiori quand le handicap s'invite - avec ses conséquences vertigineuses sur l'ensemble de la vie ? Où est-il écrit que le soutien au jour le jour, la recherche de solutions de scolarisation, de soins, de formation, et le paiement des factures du quotidien repose sur un seul parent ? Que penserait-on de moi en tant que mère, si la situation était inversée ? 

Il m'est allé droit au coeur, le monologue de Scarlett Johansson dans Marriage Story :

Les gens n'acceptent pas les mères qui boivent trop de vin, qui crient après leur enfant et le traitent de connard. Je comprends. Je le fais aussi. Nous pouvons accepter un père imparfait. Soyons réalistes, l'idée d'un bon père n'a été inventée qu'il y a environ 30 ans. Avant cela, on attendait des pères qu'ils soient silencieux, absents, peu fiables et égoïstes, et nous pouvons tous dire que nous voulons qu'ils soient différents. Mais à un niveau fondamental, nous les acceptons. Nous les aimons pour leurs faiblesses, mais les gens n'acceptent absolument pas ces mêmes défauts chez les mères. Nous ne les acceptons pas structurellement et nous ne les acceptons pas spirituellement. Parce que le fondement de notre judéo-christianisme, peu importe, c'est Marie, la mère de Jésus, et elle est parfaite. C'est une vierge qui donne naissance, qui soutient son enfant sans faiblir et qui tient son corps sans vie quand il est parti. Et le père n'est pas là. Il n'a même pas baisé. Dieu est au paradis. Dieu est le père et Dieu ne s'est pas montré. Donc, tu dois être parfaite, et Charlie peut être un raté, ça n'a pas d'importance. Tu seras toujours soumise à une norme différente, plus élevée. Et c'est nul, mais c'est comme ça.