21 mars 2009

Sans réponse

Et puis la vie, elle ne passe pas comme tu imagines. Elle va son chemin. Et toi le tien. Et ce n’est pas le même chemin. Alors... ce n’est pas que je voulais être heureuse, non. Je voulais... me sauver de tout ça, voilà : me sauver. Mais j’ai compris tard de quel côté il fallait aller. On croit que c’est autre chose qui sauve les gens : le devoir, l’honnêteté, être bon, être juste. Non. Ce sont les désirs qui sauvent. Ils sont la seule chose vraie. Si tu marches avec eux, tu seras sauvée. Mais je l’ai compris trop tard. Si tu laisses le temps à la vie, elle tourne d’une drôle de manière, inexorable : et tu t’aperçois que là où tu en es maintenant, tu ne peux pas désirer quelque chose sans te faire du mal. C’est là que tout se complique, il n’y a aucun moyen de s’échapper, plus tu t’agites, plus le filet s’emmêle, plus tu te rebelles et plus tu te blesses. On ne s’en sort plus. Quand il était trop tard, c’est là que j’ai commencé à désirer. De toute la force que j’avais. Je me suis fait tant de mal, tu ne peux même pas imaginer.

Alessandro Baricco

19 mars 2009

Les enfants grandissent

...et il est d'usage de dire que c'est merveilleux. Et, de fait - ça l'est. Les voir grandir, réfléchir par eux-mêmes, affirmer leur caractère et leurs priorités. Mais aussi, ça laisse un drôle de petit pincement au coeur...

Schoolbag in hand, she leaves home in the early morning
Waving goodbye with an absent-minded smile
I watch her go with a surge of that well-known sadness
And I have to sit down for a while
The feeling that I'm losing her forever
And without really entering her world
I'm glad whenever I can share her laughter
That funny little girl
Slipping through my fingers all the time
I try to capture every minute
The feeling in it
Slipping through my fingers all the time
Do I really see what's in her mind
Each time I think I'm close to knowing
She keeps on growing
Slipping through my fingers all the time
Sleep in our eyes, her and me at the breakfast table
Barely awake, I let precious time go by
Then when she's gone there's that odd melancholy feeling
And a sense of guilt I can't deny
What happened to the wonderful adventures
The places I had planned for us to go
(Slipping through my fingers all the time)
Well, some of that we did but most we didn't
And why I just don't know
Slipping through my fingers all the time
I try to capture every minute
The feeling in it
Slipping through my fingers all the time
Do I really see what's in her mind
Each time I think I'm close to knowing
She keeps on growing
Slipping through my fingers all the time
Sometimes I wish that I could freeze the picture
And save it from the funny tricks of time
Slipping through my fingers...

ABBA

17 mars 2009

Françoise

Quans j'étais adolescente, ils m'ont accueillie, adoptée sans conditions et sans contrepartie, Eric et Françoise. Une fille de plus dans une famille comme j'en rêvais alors - des parents qui s'aiment, une fille qui était, et qui est toujours, mon amie, deux garçons, une belle maison comme les enfants les dessinent, avec un jardin, une cheminée et même un chien. Tant de souvenirs dans cette maison, fous-rires, fêtes de famille, mes dix-huit ans, nuits blanches à bavarder, escalier qui craque, révisions du bac dans le jardin, fiançailles, mariages, naissances...

Mon chemin de vie, est inséparable des souvenirs de cette famille de coeur. J'ai traversé l'adolescence en prenant appui sur leur hospitalité, et sur la conviction qu'ils m'ont donnée que le couple, la famille, pouvaient exister autrement que dans les livres de contes. Existe-t-il tant de couples qui s'aiment ? Je ne sais pas - mais ces deux-là s'aimaient, j'en suis sûre.

Nous avons tous grandi - et nous avons nos propres enfants maintenant. Le lien s'est transformé, sans se rompre : je suis la marraine de leur petit-fils, nous nous sommes retrouvés lors du baptême de celui-ci en juin dernier ; et si je suis triste aujourd'hui - c'est parce qu'elle est partie.

14 mars 2009

Gens que j'aime

C'est une longue histoire, un cycle qui s'achève. Cinq années à cheminer ensemble... J'aurai beaucoup appris ici - beaucoup ri, beaucoup pleuré, beaucoup dansé, rencontré des humains bouleversants - dont certains deviendront thérapeutes, et d'autres non, et ce n'est pas si important... et je m'y suis aussi rencontrée moi-même. Au premier jour c'est le groupe, qui m'a accueillie, et donné l'envie de rester - jusqu'à intégrer la formation ; au dernier jour, ce sera encore le groupe, qui m'aura rattrapée, et accompagnée jusqu'à la dernière minute... et même un peu plus loin.

07 mars 2009

So sweet

Lulu bougonne : cinq ou six fois Jennifer Aniston dans le même ELLE, ça fait beaucoup.
Léo : Pourquoi elle est partout ?
Lulu : Parce que c'est le genre de fille qu'ils aiment bien : actrice, bronzée, ravissante...
Léo : Ah bon, ravissante ? Il jette un second coup d'oeil. Ben en tout cas, moins que toi.
Lulu : Tu le penses vraiment ou tu as quelque chose à me demander ?
Léo, espiègle : Les deux...

P'tit Gibus

Les enfants viennent de découvrir La guerre des boutons. David : Mais Elsa, ça ne se dit pas Si j'aurais su j'aurais pas v'nu ! Alors on dit comment ? Elsa - ... je boude ?!?

02 mars 2009

Politiquement incorrecte

C'est partout pareil non ? A part chez le psy... A dîner, au boulot... on ment tous. On fait tous semblant d'aller bien... J'ai encore dit une bêtise ?

Emmanuelle Seigner dans Le code a changé

OUI. Et NON. Comment dire ? Peut-être, dire ceci : que l'idée serait d'aller doucement, de tendre vers, de plus en plus d'espaces où aller bien, où pouvoir dire, quand cela va moins. Et prendre un intérieur appui sur les êtres qui sont dans ce même mouvement.

01 mars 2009

Vacances à Paris

Nous allons au Palais de la Découverte, pour assister à une séance du planétarium (que nous ne verrons pas, mais c'est une autre histoire). Dans le bus, j'entends Elsa marmonner pour elle-même : il ne faut pas parler aux planètes qu'on ne connaît pas ! Et puis, suis retombée en enfance à l'heure de l'exposé sur l'électrostatique, enfants électrisés, cage de Faraday et papas aventuriers transformés en Dark Vador au doigt-laser...

En clin d'oeil à un mot d'enfant plus ancien, je reparle des pépins qui sont aussi de petits problèmes. Elsa : et les gros, c'est des noyaux ???

Toujours dans la série "Touristes parisiens", nous emmenons les enfants au 3ème étage de la Tour Eiffel. Je montre : l'arc de Triomphe, la place de la Concorde, Notre-Dame... Elsa, espiègle : mais je vois pas la Tour Eiffel ?

Je profite d'un temps d'attente pour démêler les cheveux de la Zaza, en bataille depuis le saut du lit. Léo me demande quelque chose. - Attends, je démêle les idées de ta soeur ! lui réponds-je. Elle en a trop, d'idées, me rétorque-t-il. Et surtout des mauvaises... Tête amusée de la dame à côté.

Pêle-mêle cette semaine, une expo sur Quand je serai grand, une autre sur la publicité à la télé (pubs madeleine : le chocolat Nestlé fondant sur une poire, du Vittel du vélo, Quand je fais de la purée Mousline...), une autre sur la dame-qui-met-les coutures-à-l'envers, c'est ce qu'Elsa a retenu des créations de Sonia Rykiel - tout ça, au Musée des Arts Décoratifs. Un goûter au Starbucks, un autre chez Pierre Hermé (trop frime mais trop bon).

Une journée à Disney... ça marche, même les grands ont eu la larme à l'oeil à l'heure de la Parade. Avons découvert qu'il y avait un dragon authentiquement terrifiant sous le château de la Belle au Bois Dormant, et visité pour la première fois la cabane des Robinsons Suisses.

Une dégustation de cocktails au China Club retrouvé, intimité simple et sincère, suivi d'une chouette soirée dans un incroyable appart de colocs' au-dessus de Barbès... Avec une inconnue qui m'adopte immédiatement, parce que, dit-elle, je ressemble à une dame qui compte beaucoup pour elle, et qui me promet une vieillesse identique, magnifique et pleine d'amour... Cadeau, je prends !

Pour terminer, un très joli spectacle à la maison de la Poésie, mise en scène aérienne, comédienne à la voix profonde, enfants sous le charme, poèmes contemporains qui composent une histoire-patchwork, évocations de rêves, d'animaux, de souvenirs d'enfance...

La Trafiquante s'expose. Elle a des trucs dans des boîtes fermées. Parfois elle les ouvre devant tout le monde. Au fond il y a des mots. Courts, longs, en vers, en prose. Des animaux, des femmes en ville, des vieilles tortues, les deux chats poilus de maman. Des poèmes. Mélangées aux mots, il y a des images qui sont comme les prolongements en couleur des poèmes. Au fond des boîtes, les mots sont muets, les images immobiles. Mais La Trafiquante aime quand ça parle et quand ça bouge. Elle ouvre les boîtes, elle secoue, elle construit, elle installe, elle tend des câbles, elle parle. Chaque boîte est un monde à jouer. Les images sortent, on les entend. De boîte en boîte, cette fille - La Trafiquante - déploie son intérieur comme un beau papier peint couvert d’histoires. Des fois, elle range.

23 février 2009

Princesses d'un jour

J'avais le projet depuis quelque temps d'aller acheter une robe de princesse pour Elsa chez les marchands de robes de mariée de Barbès. Nous avons fait mieux que ça : essayage sur place, en cabine s'il vous plaît, de robes de poupée de foire orange, bleues, violettes, blanches... J'ai craqué et essayé aussi, il y a les mêmes pour les grandes ! Elsa a choisi la plus blanche, la plus froufroutante de toutes. Et moi, j'ai longuement hésité sur la robe de la Belle et la Bête -version Disney, la jaune à gros bouillonnés...

Déchiffrage

Elsa (en grande section) fait mine de déchiffrer le nom du yaourt : Ac-ti-vi-us. Ouais, ouais, c'est ça... Je lui propose de lire le mot inscrit sur la boîte de sucre : plus dur !? Et là, j'entends : CA-SSO-NA-DE... Bluffés, les parents !

18 février 2009

Refuge

Quelques jours sous les toits, une parenthèse enchantée – pour retrouver un autre rythme, m’extraire du quotidien, respirer… Tout oublier, pour mieux tout retrouver ; une solitude d’autant plus luxueuse qu’éphémère. Mesurer le prix de la liberté – légèreté, sentiment d’être – juste une fois, quelqu’un d’autre, et la valeur de la sécurité – je (sais) que quelqu’un m’attend quelque part – «C’est vous mes autres », comme l’écrit Lantoine…

C’est drôle
Mais bien souvent
J’ai pensé à ça
J’aurais pu changer de rôle
Aussi souvent que je changeais de pièce, d’envie ou d’état
Renaître, connaître autre chose
Demain si tout explose
On voudrait tous être
Quelqu’un d’autre
Juste une fois dans sa vie
Que tout soit si différent...

La Grande Sophie, Quelqu’un d’autre

Menue fierté

Journée de formation – animée en funambule, dans l’accueil de ce qui émerge du groupe et des individus qui le composent, et à la fin, un bilan comme un cadeau – avec cette phrase d’un homme en grande souffrance : « Je me rends compte que tu m’as donné des clés pour vivre ce que je traverse professionnellement plus sereinement, mais pour le moment… je ne veux pas.»

Après une journée entière à interroger les « je ne peux pas », deux menues victoires, qui ne sont pas si minces : l'apparition de la responsabilité « je ne veux pas » ; l’inscription dans un à-venir « pour le moment ».

16 février 2009

Espace

Pour nous qui ne sommes ni artistes, ni poètes, ni sculpteurs, pour nous qui ne sortons rien de nos pinceaux, de nos plumes ou de nos ciseaux, il suffit de savoir patienter, de nous installer dans une attente dépouillée qui ressemble au désespoir. C'est le vide lui-même de nos existences qui appelle le souffle qui va les mouvoir. Il n'y a rien d'invisible, de secret ou de caché, il y a seulement le creux de ce qui se touche, de ce qui se sent et de ce qui se voit, et qui met tout en partage de proche en proche : l'empiètement des choses et des êtres les uns sur les autres qui les rend à l'unité d'une caresse.

François Roustang, La fin de la plainte

12 février 2009

Topée...

...au saut du lit par un Léo triomphant, dressé sur un tabouret pour mieux savourer sa victoire. Maman, la petite souris n'existe pas ! Ah bon, et qu'est-ce qui te fait croire ça ? Eh bien, hier, j'ai perdu une dent, il n'y avait que Edwige (la baby-sitter) et moi à le savoir, et elle ne m'a rien apporté !

Question subsidiaire : et tu crois que la petite souris, elle doit apporter un petit cadeau aux enfants qui ne croient plus en elle ? Pas rancunière, je lui en ai fait un l'après-midi, en ajoutant, c'est de la part de la petite souris... complicité.

07 février 2009

EHPAD

Une maison de retraite comme tant d’autres – mieux que tant d’autres sans doute – parce que flambant neuve, couloirs propres, couleurs gaies. Une aile fermée par un code, pour ceux qui ont perdu la mémoire. Une grand-mère assise parmi les autres, qui nous reconnaît mais ne se lèvera pas, peine à trouver ses mots, excès de neuroleptiques ou dégradation rapide depuis la dernière fois où je l’ai vue ? Ce que je n’arrive pas à oublier, c’est son regard, un regard d’enfant perdue qui ne sait pas ni où elle se trouve ni pourquoi, un appel à l’aide muet mais qui me poursuit encore…

05 février 2009

Nettoyage de printemps

Mais il existe encore un autre bla-bla redoutable – celui incessant qui règne en nous-même – cette radio en marche nuit et jour – ce commentaire oiseux et bavard, cette logorrhée que rien n’arrête et que personne ne songe en moi à arrêter – comme parfois dans une voiture stationnée au bord d’une route, la radio oubliée – le ratata, ratata incessant, ratiocination gloussante – chaîne associative de la plus basse sorte – humiliations qui traînent au milieu des boutons à recoudre, des factures impayées, des poubelles à descendre.

Voilà, de temps à autre, arrêter la radio ou raccrocher le téléphone. Respirer profondément – l’espace ! Créer l’espace – Jeter les vieilleries qui vous encombrent, les vieux remords, les vieux regrets, les vieilles auto-accusations, la voix éraillée de la Reine d’Alice au pays des merveilles en nous : « Qu’on lui coupe la tête ! Qu’on lui coupe la tête ! ». Les vieux ressentiments ! Ah ! comme tout cela est facile à dire et terrible à réaliser ! Tout autour de nous se conjure à nous aveugler ! Allons, ça ira aussi sans trop de chambardements, par petites doses, petits pas – par exemple un peu moins de mensonges, un peu moins d’auto-accusation et de jugement d’autrui… Mais à la vérité, il est impitoyable ce travail de voirie sur moi-même, ce travail de délivrance. Aussi longtemps que je cohabite avec mes vieux cadavres, l’empoisonnement de la source est fatal, la honte secrète me bâillonne. Voir mes détresses profondes mises au jour m’angoisse davantage que s’il s’agissait de crimes. Or nous ne parvenons à la bonne parole – claire et vive – que lorsque nous avons vidangé nos citernes.

Il est long le chemin !!! Mais sans passer par la colère, par le règlement de comptes avec Dieu, la révolte – sans laisser s’écouler la boue, il n’est pas de parole claire, pas de bénédiction. Le secret « honteux » trouble à jamais l’eau. C’est après la colère que viennent les larmes de la délivrance. Si on vient à parler trop tôt et trop vite de réconciliation, de délivrance, de paix, d’amour du prochain comme on le fait dans certaines églises – c’est comme pour s’épargner ce passage par la révolte, la mort ou le canal de la naissance. C’est comme dans l’intention de détourner l’attention du destin. Tout comme un passager qui agiterait ostensiblement un vieux billet non valide, dans l’espoir que le contrôleur, devant son assurance, n’irait pas regarder de près. Mais ces mots si je les prends trop tôt en bouche et s’ils ne sont pas ancrés dans mes entrailles, n’atteignent personne, ne touchent pas, ne sont pas même audibles. Ils constituent un brouhaha – sans plus.

Après cette metanoïa, après cette plongée dont il vient d’être question, il devient possible de réapprendre à parler, à balbutier de neuf, tout ce qui s’étonne et s’extasie balbutie et bégaie ! Il faut un long, long silence plein de respect pour que les mots retrouvent leur halo et se remettent à respirer.

Christiane Singer, Du bon usage des crises

02 février 2009

Fêtes de début d'année

Un goûter de Noël le 25... janvier (avec sapin et petits gâteaux maison, s'il vous plait), le Nouvel An Chinois le 1er février, et... de la neige sur Paris le lendemain.

31 janvier 2009

Séparation

Sur les mots d'Adriana, une invitation à écrire sur le thème de la séparation :

Je vais vous parler de la séparation
comme d’un éternel renouvellement.
Une séparation à deux faces, le yin et le yang.

On n’en finit plus de se séparer…
La vie comme une succession de séparations
Jusqu’à la dernière
Revenir en arrière, tourner en rond, repartir à zéro

Mais aussi

Le cycle des saisons
L’hiver avant le printemps
La chance d’une nouvelle donne
De rencontres inattendues

Un clin d’œil à « quelque chose qui ne meure pas »
Nous n’en finissons pas de mourir
Nous n’en finissons pas de naître
La fleur qui meurt pour donner le fruit

La continuité assurée non par l’immobilité
Mais au contraire par le mouvement de la vie.

Mes propres mots étaient : accueillir l'amour et la tristesse,
la tristesse et l'amour.

Gracias a la vida

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me dió dos luceros, que cuando los abro
Perfecto distingo, lo negro del blanco
Y en el alto cielo, su fondo estrellado
Y en las multitudes, el hombre que yo amo

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me ha dado el oído, que en todo su ancho
Graba noche y día, grillos y canarios
Martillos, turbinas, ladridos, chubascos
Y la voz tan tierna, de mi bien amado

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me ha dado el sonido, y el abecedario
Con el las palabras, que pienso y declaro
Madre, amigo, hermano y luz alumbrando
La ruta del alma del que estoy amando

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me ha dado la marcha, de mis pies cansados
Con ellos anduve, ciudades y charcos
Playas y desiertos, montañas y llanos
Y la casa tuya, tu calle y tu patio

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me dió el corazón, que agita su marco
Cuando miro el fruto del cerebro humano
Cuando miro el bueno tan lejos del malo
Cuando miro el fondo de tus ojos claros

Gracias a la vida, que me ha dado tanto
Me ha dado la risa y me ha dado el llanto
Así yo distingo dicha de quebranto
Los dos materiales que forman mi canto
Y el canto de ustedes, que es el mismo canto
Y el canto de todos, que es mi propio canto
Y el canto de ustedes, que es mi propio canto

Violetta Parra


Une traduction ?

30 janvier 2009

Sauvageons ?

Penser au lieu d’agir, ou mieux, avant d’agir. Au moins pire, après avoir agi. Auprès des adultes responsables, essayer de redonner du champ, du temps, la possibilité d’entendre et d’être entendus un peu autrement…

Auprès des adolescents, reconnaître de quel côté est la folie, la violence, l’absence de sens – donner un sens, à leurs propres violences. Je savais la violence des familles, celles des conditions de vie, inimaginables pour nous.

Cette jeune fille de 13 ans, arrivée d’Afrique il y a deux ans pour rejoindre le reste de la famille, cohabitant avec la maman et quatre petits frères et sœurs, dont un bébé constamment hospitalisé à cause de l’insalubrité d’un deux-pièces loué frauduleusement – et donc sous menace d’expulsion, comment s’étonner de ce qu’elle dérape parfois dans sa distance aux adultes, perde le contrôle ? Ce qui est étonnant là, ce serait plutôt son exceptionnel niveau d’élaboration, de vocabulaire, de recul, son émouvante volonté de bien faire, et de réussir, de faire en sorte que ses parents soient fiers d’elle… Dans ses racines africaines, des graines de résilience, semées par une grand-mère aimante assez même pour lui permettre de la quitter.

Ce qui est plus nouveau – et plus difficile à accepter, c’est la violence de l’institution, celle des adultes qui ont pour mission d’être un contre-pouvoir à un environnement social violent, d’être les garants de l’accès sinon à la soi-disant égalité des chances, tout au moins à une instruction minimale et à une initiation à l’art de vivre ensemble… Exclusions à la chaîne, punitions et réflexions humiliantes, adultes décidés à se faire justice eux-mêmes, professeurs mal traitants et identifiés comme tels – en souffrance également, mais pas aidés davantage…

Alors ? Alors… Pas renoncer. Considérer que la souffrance est partagée – ne pas choisir un camp, mais jeter des ponts – dans la mesure du possible. Et considérer avec Sœur Emmanuelle qu’aider ne serait-ce qu’une seule personne, c’est déjà beaucoup. Pour le reste – apprendre à faire avec l’impuissance.

27 janvier 2009

Sujet subversif

Il ne s’agit pas en psychanalyse de permettre aux gens de se mieux adapter, il s’agit d’acquérir cette liberté qui implique le risque, qui implique un choix qui vient prouver, montrer, démontrer que la vie n’est pas le plus précieux des biens. (…) …le sujet inventé par la psychanalyse est un dépassement de l’individu exclusivement préoccupé de sa survie. Or, si vous vous frottez à nos contemporains, nous constaterons que l’ennui qu’ils sécrètent découle de ce que leur seule préoccupation est une préoccupation de survie et si possible de survie dans le confort. Il n’y a aucun autre intérêt, aucune autre préoccupation et tout ce qui peut compromettre la stabilité de l’adaptation est honni et prohibé comme délit par les lois, comme péché par les religions. Renoncer, c’est un impératif, renoncez au désir et vous vivrez vieux et heureux. C’est pourquoi la psychanalyse est condamnée. Car ce qu’elle propose n’est pas gratuit mais coûteux, ne favorise pas la longévité, ne favorise ni le travail ni la famille ni la patrie. Par quelle folie, par quelle aberration est-on amené à entreprendre ce cheminement, cette recherche, je n’en sais rien, ou du moins c’est encore trop tôt pour le dire.

Lucien Israël, La parole et l’aliénation.

25 janvier 2009

Et si tu me vois vivre

22h47, un chagrin anonyme se faufile entre le sommeil et moi. Un petit bout de phrase me tourne dans la tête, une voix d’homme, la fin d’une strophe – Et si tu me vois vivre. A force de la tourner et de la retourner, je retrouve sa trace – c’est le début parlé d’une vieille chanson de Sardou :

Si tu pars avant moi,
Promets-moi, par un signe,
De me dire où tu vas,
De me dire ce qu'il y a,
Si tu restes toi-même
Et si tu me vois vivre.

Et si tu me vois vivre. Le texte parle d’un amour au-delà de la mort, mais ce soir ce qui m’arrête c’est ce regard extérieur, cette mise en perspective… Qui que puisse être ce Tu – ce soir j’aimerais qu’il existe. Un Tu présumé bienveillant, un Tu dégagé des œillères humaines, un Tu plus sage et plus indulgent à la fois – un Tu qui saurait dire – va, tu es sur la bonne route, ou bien au contraire, regarde, tu passes à côté de ce qui fait la vie, de ce qui fait ta vie… Ce soir j’aimerais croire en Dieu, peut-être, supposer une veille attentive et silencieuse, l’idée d’un sens, et d’un amour qui ne se démente pas… Ce soir j’aimerais ne pas savoir que la solitude est une donnée première, que le sens est celui que nous nous construisons, que ce regard que j’appelle – et qu’aussi je crains – n’est autre que le mien.

24 janvier 2009

Fragile

Pourtant... un merveilleux texte inédit sur l'accompagnement - dans la lignée de Martin Buber - un dîner chaleureux et plein de connivence, arrosé d'un bon cru italien, l'expérience enfin réussie de me laisser tomber, rattrapée par le groupe - au sens propre comme au sens figuré, des échanges à coeur ouvert avec des professionnels engagés, un outil inconnu de bonne santé relationnelle - je t'en veux de... je te demande d'être vigilant à... je peux prendre soin de moi en... - un concert de Patricia Kaas comme un espace d'apaisement et de présence simple, des amis vigilants... une expo chouette à la BnF avec les pioupious, sur les livres d'enfants... deux ou trois moments de belle affirmation, voici ce que je suis, voici où je me trouve - là, et pas ailleurs. Un rêve éloquent, celui d'une petite fille sur les voies du métro, ne trouvant sa survie que dans le mince interstice entre les rames, figure familière de l'entre-deux qui m'habite depuis toujours. Alors ? Je ne sais pas. Mais je devine. Il s'agit à la fois d'attendre et de lâcher prise, de laisser faire et d'accepter l'inconnu.

Il ne suffit pas de lever les mains
Ni de les abaisser
Ou de dissimuler ces deux gestes
Sous les embarras intermédiaires
Aucun geste n’est suffisant
Même s’il s’immobilise comme un défi
Reste une seule solution possible :
Ouvrir les mains
Comme si elles étaient des feuilles

Roberto Juarroz

10 janvier 2009

Anne

Qui donc peut réunir pour un concert mon mari, ma maman (une sorcière comme les autres ;-)), une amie proche (qui aurait bien pu être rejointe par une seconde), une collègue de formation avec qui nous l'avons chantée - et, trouvées sur place, quelques collègues d'il y a dix ans ? Qui se repasse de génération en génération, en commençant par la Petite Josette et les Fabulettes pour aller doucement vers les merveilles tendres, vachardes ou poétiques du répertoire adulte ? C'est Anne Sylvestre bien sûr, revue au Trianon hier soir... 75 ans bientôt, la voix plus fragile peut-être, mais l'humour et l'énergie intacts.

08 janvier 2009

Au revoir…

Amina Leyla Salimata Habibatou Kadiatou Marie-Ambre Elicia Mariama Fatoumata Sharmila Gwenaëlle Clarisse Nadège Marine Fanny Amandine Aliza Floraline Zaël Célanie Aïcha Hayet Alika Elsa Viviane Khadija Cécile Jessy Annabelle Linda Assa Nabila Malika Ibtisam Linda Kheira… et merci.

07 janvier 2009

Dernière semaine au CPEF

Rassurer une gamine de quinze ans enceinte, lui obtenir une échographie le jour même, recevoir une jeune femme avant le RV fixé pour qu'elle puisse bénéficier d'une IVG médicamenteuse, quotidien du travail en Centre de Planification.

Une patiente que je connais depuis mon arrivée là-bas, qui m'oriente sa... maman ! Un entretien joli, avec une dame d'une soixantaine d'années très vivante, drôle, et qui a manifestement déjà parcouru un bout de chemin en termes de travail sur soi - j'étais perplexe au début, que faire en un seul entretien, faut-il faire sortir la fille, bien qu'elles se réjouissent manifestement de venir ensemble, pourquoi amène-t-elle sa mère dans son espace ? Encouragée à la liberté d'action par la conviction que cet entretien serait unique, je les ai accueillies comme elles sont venues. Et pour ma part, j'ai reçu comme un cadeau un retour de mon travail simultanément par quelqu'un qui me connaît depuis que j'ai pris cette fonction, et par une personne que je n'aurai vue qu'une fois...

Un couple illégitime mais de longue date - elle est veuve avec deux grands enfants, il est marié, a une fille de 13 ans. Un bébé s'annonce - et ces vrais amants, vrais parents sont confrontés à toute une série de questions sur le devenir de leur amour, les décisions à prendre, les précautions nécessaires, leurs représentations de ce qu'est une famille, le temps psychique incompressible malgré l'urgence de la situation... J'ai rarement vu, dans ces entretiens, une telle capacité d'élaboration, un tel souci de l'autre, de prendre la décision juste, de tout mettre en oeuvre pour faire le moins de mal possible, à l'autre, à tous les autres... Ils étaient beaux, très émouvants, et je le leur ai dit. En partant, elle a eu ce joli lapsus : Merci d'avoir éclairé nos lumières...

Aimons-nous amis (2)

Je ne raffole pas des chaînes Internet, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais j'ai trouvé ce texte-là sympathique...

Un simple copain , quand il vient chez toi, agit comme un invité.
Un véritable ami ouvre ton frigo et se sert.

Un simple copain ne t'as jamais vu pleurer.
Un véritable ami a les épaules trempées de tes larmes.

Un simple copain ne connaît pas les prénoms de tes parents.
Un véritable ami a leurs numéros de téléphone dans son carnet d'adresses.

Un simple copain apporte une bouteille de vin à tes fêtes.
Un véritable ami arrive tôt pour t'aider à cuisiner et reste tard pour t'aider à nettoyer.

Un simple copain déteste quand tu appelles après qu'il soit allé se coucher.
Un véritable ami te demande pourquoi tu as mis tant de temps à appeler.

Un véritable ami s'informe de ta romantique histoire d'amour.
Un simple copain pourrait te faire du chantage avec.

Un simple copain pense que l'amitié est finie quand vous avez une dispute .
Un véritable ami t'appelle après une dispute.

Un simple copain s'attend à ce que tu sois toujours là pour lui.
Un véritable ami est toujours là pour toi.

Un simple copain lit ce message et le supprime.
Un véritable ami le fait passer et te le renvoie.

06 janvier 2009

CM1

Bulletin de Léo : Léo est un élève discret et amusé qui travaille avec sérieux et sait participer activement à la classe. J'aime beaucoup, beaucoup, discret et amusé... C'est tout à fait cela.

Bulletin de Lulu au même âge : Travail très suivi, expression orale très active et intelligente. Mais aussi : Ne tient aucun compte des remarques qui peuvent lui être faites. Je ne suis pas contre une certaine fantaisie, mais il y a des limites à ne pas dépasser... Well, je n'ai pas tant changé que cela.

05 janvier 2009

Prévert

J'ai grandi avec lui - je l'ai appris à l'école - Dans la nuit de l'hiver galope un grand bonhomme blanc - j'ai fredonné les Feuilles mortes, je l'avais rencontré dans les livres de textes de ma mère, derrière le scénario du Roi et l'Oiseau, des Visiteurs du soir, des Enfants du Paradis, dans l'Opéra de la Lune qui me parlait parce que c'était l'histoire d'un enfant seul et triste rêvant à un monde chaleureux et gai - dans Paroles, dont j'ai appris certains poèmes par coeur à l'adolescence... Je suis comme je suis, je plais à qui je plais... ou encore : A cette époque, le mot délinquance juvénile n'existait pas. Et de même que celui de l'Immaculée Conception, la virginité de mon casier judiciaire reste encore pour moi un mystère. Par la suite... enfin, raconte pas ta vie.

En parcourant l'expo Prévert à l'Hôtel de Ville, j'avais l'impression de retrouver un ami de longue date. Et une liberté qui fait écho à celle de Varda (voir post précédent) : écriture, cinéma, chanson, collage, dessin, un touche-à-touche frondeur et tendre, définitivement fâché avec la police, l'église et l'armée, mais doux aux enfants, aux chiens crottés, aux étranges étrangers...

Un poète qui télégraphie à son éditeur son refus de concourir pour quelque prix que ce soix - la poésie n'a pas de prix, même la mienne - excepté pour le Nobel de poudre aux yeux et fumisterie ou quelque chose d'approchant...

Ai ramené aux enfants un livre de poèmes et histoires conçu pour eux, que nous avons lu après la fabrication de voiliers en coquilles de noix - pour voyager "à pied à cheval en voiture... et en bateau à voile."

PS : Le désordre des êtres est dans l'ordre des choses.
Jacques Prévert

04 janvier 2009

Sincère

C'est un travail d'horloger, qui demande beaucoup d'intelligence, mais il existe plein de solutions ! On cherche, on tatônne, on évolue. Mais on ne peut pas faire non plus comme si c'était facile de s'adapter à tout. Il faut y aller avec douceur, être délicat avec soi, avec ses sentiments, ne pas prétendre qu'on est toujours fort et que tout va toujours bien.

Sophie Marceau parle de sa famille recomposée, Interview ELLE

C'est pas que ce soit génial ; mais voilà - c'est sincère - ce n'est pas du prêt-à-ronronner, papier glacé. Et ça me plaît.

03 janvier 2009

Vent du large

Dès les premières minutes, nous étions sous le charme : les miroirs sur la plage, les couleurs, la poésie, la simplicité du ton, la curiosité indéfectible pour l'humain, qui la fait délaisser les retrouvailles avec la maison de son enfance pour mieux filmer le couple qui s'y est installé...

Une leçon de vie, de sensibilité et de créativité, appel à la liberté de ton, de regard et de moyens - à l'humour, à l'émotion. Une incroyable vitalité - 80 balais, tout de même ! Et un hymne à l'amour - du cinéma, de l'amitié, du couple, de la famille. De ses proches elle dit, je ne sais pas si je les connais vraiment, ou si je les comprends - mais je sais que c'est eux qui sont mon bonheur.

02 janvier 2009

Aimons-nous amis

Puisque chacun sa route et chacun son chemin
Aimons-nous amis de loin en loin
Aux giboulées de mars ou au cœur du mois d’août
Aimons-nous amis aimons-nous un peu beaucoup
Le baiser pour la fleur le sou pour le couteau
Aimons-nous amis aimons-nous comme il le faut
Comme des oiseaux fous un retour de hasard
Aimons-nous amis aimons-nous sans crier gare

Quand le ciel se crépit et se fait menaçant
Aimons-nous amis aimons-nous de temps en temps
Par lointaine pensée ou par tendre souci
Aimons-nous amis aimons-nous sans préavis
Sans même se le dire sans même se parler
Aimons-nous amis aimons-nous sans l’avouer
Sans révéler aux autres de peur de chagriner
Aimons-nous amis aimons-nous même en secret

Dans les rues désertées ou la ville en émoi
Aimons-nous amis aimons-nous comme il se doit
Sans en faire le Saint-Graal et sans goûter l’hostie
Aimons-nous amis aimons-nous dans l’hérésie
Parce que le bonheur ne viendra pas tout seul
Aimons-nous amis aimons-nous du coin de l’œil
Et parce que c’est vous et parce que c’est eux
Aimons-nous amis aimons-nous comme il se peut

Sans cette église molle convenant les départs
Aimons-nous amis aimons-nous sans faire-part
Au creux de la mémoire et non dans un fichier
Aimons-nous amis aimons-nous perpétuité
Par nos mains en étreinte avant le grand fossé
Aimons-nous amis aimons-nous comme jamais
Et si chacun sa route et chacun son chemin
Aimons-nous amis de loin en loin


Michèle Bernard

01 janvier 2009

Nouvel An


Une année qui débute sous le signe de l'amitié, de la couleur et de la fête. Et ce matin, au réveil, cette pensée : Garder les yeux fixés sur ce que nous n’avons pas nous empêche de voir ce que nous avons – qui est incroyablement riche, complexe, chaleureux, multiple et de laisser l’espace, le temps et la joie nécessaires à l’avènement d’autre chose. En 2009, changeons d’angle de vue !

25 décembre 2008

Générations

Noël cette année est né d'une envie d'autrement - un repas comme nous le rêvions, une table de fête, ne plus être invités mais inviter à notre tour, mélanger les générations, élargir le premier cercle de famille. Les choses se sont faites toutes seules - sans crises et sans souci - des invités heureux, complètant notre menu sans même qu'il soit besoin de se concerter, une table lumineuse décorée de sablés étoiles au chocolat faits maison, les cousins du Sud invités inattendus - un Noël juste parfait. Une réflexion de ma petite grand-mère, attrapée au vol : Maintenant, c'est leur tour ! Voilà. Exactement. Et, parce que nous étions si fiers de ce que nous avions réussi à préparer, le partager ici :

Amuse-bouche :
Boudinets de homard en gelée
Foie gras au chocolat blanc et sa brioche toastée

***********
Carpaccio de Saint-Jacques aux baies roses
Lotte au vin rouge et aux épices
Brie de Meaux et sa salade
Tatin d’ananas frais et sa glace au caramel au beurre salé

Café et truffes maison

21 décembre 2008

Coup de foudre

Je l'avais croisé chez Lantoine, et puis je l'ai souvent entendu citer par les uns et les autres comme un maître-poète, comme une perle rare. J'ai découvert Allain Leprest - Ferré contemporain, frère d'âme de Léotard, fils spirituel de Brassens... La voix est rocailleuse et tendre, les mélodies superbes, et les textes sont simplement magnifiques.

Gens que j'aime
Qui se partagent, qui se livrent,
Qui se lisent comme des livres,
Qui dorment sans drap sur le cœur
Gens que j'aime me sont restés
De tous les chemins traversés
Sans le moindre aveu décousu
Et n'en eurent jamais raison
Le vent ni sa gifle traîtresse
Ou ses feuilles moche saison (...)

ou encore

Nu, j'ai vécu nu
Naufragé de naissance
Sur l'île de Malenfance
Dont nul n'est revenu
Nu, j'ai vécu nu
Dans des vignes sauvages
Nourri de vin d'orage
Et de corsages émus (...)
Nu, j'ai vécu nu
Sur le fil de mes songes
Les tissus de mensonges
Mon destin biscornu
Mais nu, je continue
Mon chemin de tempête
En gueulant à tue-tête
La chanson des canuts
Nu, j'avance nu
Dépouillé de mon ombre
J'voulais pas être un nombre
Je le suis devenu
Nu, j'ai vécu nu
Aux quatre coins des gares
Clandestin d'une histoire
Qui n'a plus d'avenue (...)

19 décembre 2008

Lulu Quichotte

J'ai un drôle de nouveau métier. Avocat du diable, ça pourrait s'appeler. Ou grain de sable dans les rouages. Ou médiatrice - comme la droite qui coupe en deux, ou relie, c'est selon. Dans l'état actuel des choses, ça consiste à rencontrer des gamins - aussi des gamines - mais plutôt des gamins - qui dérangent. Et à leur faire comprendre que mon rôle n'est pas de les remettre au pas, ou d'être la main de fer dans un gant de velours, mais de voir avec eux comment ils peuvent trouver leur place dans une institution à laquelle ils sont bien mal adaptés - à moins que ce ne soit le contraire - l'école. Le collège, très exactement.

Un collège qui se soucie d'eux assez pour leur offrir cette échappée belle, un espace de parole ; mais qui se doit aussi de conduire à bon port celles de ses brebis qui ne sont pas égarées, et de ménager ses bergers.

Je rêve d'une école où l'exclusion, temporaire ou définitive, ne soit pas la seule réponse possible ; ne soit pas le précurseur de l'exclusion sociale, quand elle n'en est pas le prolongement, l'histoire ayant tendance à se répéter. Les mômes rigolent : "La dernière fois que j'étais en vacances..." - mais il n'y a rien de drôle. J'ai appris récemment que les "exclus" étaient supposés aller travailler dans des centres plus ou moins fermés le temps de leur sanction (plutôt que d'être avachis devant la télé). Soit ; mais je ne peux m'empêcher d'y voir un avant-goût des comparatifs entre centres de détention (d'autant qu'au rythme où vont les choses, ils pourront bientôt y être à l'âge de la scolarité, en effet).

J'ai eu une discussion tout à fait intéressante avec un minot sur le terme de "récidive" ; les copains, les grands frères de la cité vivant généralement de petits ou gros trafics, ils ont généralement fait quelques allers-retours devant les tribunaux. Aussi le terme de récidive en milieu scolaire, pour des retards ou des cours perturbés, les fait sourire. Un peu étonnés, pas de mauvaise volonté, mais... quand dehors c'est la jungle, il est parfois bien difficile de comprendre la violence des réactions institutionnelles devant ce qui reste, bien souvent, des enfantillages... Bien difficile aussi de se contenir, quand l'élaboration psychique, même rudimentaire, fait défaut.

Celui-ci avait un sourire de gosse espiègle, mais aussi la conscience de ceci : se mettre en situation d'être exclu à l'âge de la fin de l'obligation scolaire, c'est un aller simple pour la rue... Derrière le gosse espiègle, se cache un adolescent en colère - qui a déjà fait les frais de cette violence à fleur de peau ; et derrière l'adolescent en colère, se cache un môme qui a peur - de n'être pas capable, de ne jamais trouver sa place, ou de ne pas en avoir...

Charge à moi de trouver les mots - d'eux à eux-mêmes, et d'eux-mêmes à l'institution ; de faire des ponts, d'inventer des accords, que les différentes parties puissent accepter sans avoir l'impression de s'y perdre... De la clinique expérimentale, aux résultats incertains ; mais la chance de pouvoir tenter ce genre de pari, c'est déjà beau...

16 décembre 2008

Coup de grâce

Repas de fin d'année dans l'équipe que je quitte, je défends Les bureaux de Dieu contre celle de nos médecins qui s'est quand même donné la peine de le voir - mais qui le trouve trop parcellaire, et médicalement erroné sur certains points - quand sa collègue lâche "Bah, de toute façon, ça n'intéresse pas grand-monde ce genre de sujet...".

Rappelez-moi où nous travaillons ? C'est sûr, quand on travaille pour son argent de poche parce que Monsieur est chef de clinique ailleurs, avant de rentrer dans sa petite maison à deux pas du Parc de Sceaux, évidemment...

Voilà. C'est pour cela, que je n'irai plus travailler là. Pour ne plus entendre la mère de cinq enfants blancs et catholiques reprocher à l'africaine sa cinquième grossesse. Pour ne plus entendre des réflexions désobligeantes sur l'hygiène approximative des patientes qui vivent dans des squats. Ou sur les possibilités intellectuelles ou les habitudes alimentaires de gamines qui se sont élevées pour la plupart toutes seules, comme elles ont pu. Elles n'ont qu'à se lever tôt (elles aussi), et se préparer des légumes frais. Ben voyons.

Voilà. C'est aussi pour cela, que je pars.

12 décembre 2008

Tunnel

Au bout il y a - de vraies vacances, une ré-organisation du temps de travail qui ouvrira à une vraie disponibilité pour de nouveaux projets, un horizon qui se dégage. Mais pour le moment, c'est plutôt une longue traversée du désert, avec quelques oasis...

Deux journées co-animées qui ont été un régal d'intelligence complémentaire et de connivence. Les clés d'un nouvel espace pour travailler, prendre mon envol dans une activité autonome, sous la protection d'une bonne fée ;-). Un hammam à partager. Une démission libératrice, deux propositions professionnelles, le luxe de refuser l'une et de s'offrir le temps de réfléchir à l'autre. Une invitation à boire le champagne, qui se termine autour d'oeufs brouillés à la truffe de Cairanne. Faire découvrir les Fanfans à Léo - ma boutique secrète spéciale cadeaux d'anniversaire et tours de magie. Madagascar 2 ! De l'amitié qui fait chaud au coeur - un pub du dimanche soir, des retrouvailles après plusieurs années d'absence, un quatuor de choc ce mercredi - et un "anniversaire-Noël" !

10 décembre 2008

Friendship

La brise faisait voler leurs cheveux dans la même direction ; à les voir ainsi, on eût dit des inséparables, appartenant tous au même petit clan. Mais je savais combien d'hésitations, combien de questionnements recelaient leurs rapports entre eux et avec moi. Et je ne les en aimais que davantage : chacun avait beau se débattre contre ses problèmes, ils étaient tous généreux, tous partants pour faire la fête avec moi. (...) J'étais émue de nous voir dans l'âge mûr bien plus que je ne l'aurais été par nos jeunes personnes. Je trouvais merveilleux que nous nous soyons arrachés à nos vies respectives pour nous rassembler au sommet de cette colline sans aucun but pratique, juste par amitié. Et bien sûr, j'ai eu la larme à l'oeil quand ils m'ont chanté "Happy Birthday, Rosie."."

Nuala O'Faolain, Best Love Rosie

Bonnes questions

Qui ose dire qu'il peut m'apprendre les sentiments
Ou me montrer ce qu'il faut faire pour être grand
Qui peut changer ce que je porte dans mon sang ?
Qui a le droit de m'interdire d'être vivant
De quel côté se trouvent les bons et les méchants
Leurs Evangiles ont fait de moi un non-croyant...


Entendu au Sancerre un mercredi soir.

30 novembre 2008

Je t'aime

Il y a tant de façons d’aimer… Je t’aime comme celui qui marche à mes côtés. Je t’aime comme celle qui m’accompagne depuis si longtemps. Je t’aime comme le frère que je n’ai pas eu. Je t’aime parce que nous sommes témoins de nos vies depuis toujours, ou presque. Je t’aime pour le rire et la légèreté, je t’aime pour la gravité attentive, je t’aime parce que nous sommes si différents, je t’aime parce que nous sommes trop semblables. Je t’aime parce que j’aurais aimé t’aimer. Je t’aime parce que tu es comme une sœur pour moi. Je t’aime parce que je peux compter sur toi, et que tu peux compter sur moi. Je t’aime parce que ton souvenir chante en moi, quand bien même nous ne nous reverrions jamais. Je t’aime parce que j’aime rire, ou danser, ou chanter avec toi. Je t’aime pour l’odeur de ta peau. Je t’aime parce que je me sens moi avec toi, que je sois triste ou bien heureuse. Je t’aime parce que je t’ai choisi(e), parce que tu appartiens à ma famille de cœur – et peu importent ton âge ou ton sexe. Je t’aime parce que j’aime aimer – ou parce que j’aime être aimée comme tu m’aimes. Je t’aime d’amour, d’amitié, de désir impossible ou satisfait, de tendresse, de complicité, de différence et de complémentarité. Je t'aime parce que je ne connais pas d'autre façon d'être vivante. Dans une église l'autre jour, une phrase de Soeur Emmanuelle : Si tu veux vivre, tu dois aimer.

29 novembre 2008

Happy Birthday


28 novembre 2008

Le Secret

Prenez juste un dicton. "Aide-toi, le ciel t'aidera". Développez un peu mais pas trop, avec une poignée d'idées. 1/ Si vous voulez un truc, demandez. 2/ Soyez attentif à la réponse qui risque de venir. 3/ Vous avez obtenu ce que vous désirez : remerciez. C'est tout. Ça s'appelle "Le Secret" et c'est un gros succès. Je suis un peu jaloux, car j'aurai dû y penser avant :-)

Ce "secret" a bien des avantages, dont le premier est de ne pas chercher la source. Avant, les hommes aimaient bien savoir qu'on s'occupe d'eux, là haut. Le Dieu Local (Bouddha si vous êtes en Orient, Dieu le Père si vous êtes en Europe, etc) ou votre Ange, vos Ancêtres (majuscules partout, attention) et tralala. Ici, on se moque de savoir qui vous aide, c'est pas mal, car ça recentre (un peu) le boulot sur vous. Ça demande à ce que vous soyiez attentif. Et puis ça décomplexe le demandeur de l'utilitarisme de ses questions. On hésiterait à demander une place de parking libre à Jésus, mais pas au Secret. Hop ! Une place libre !

Maintenant, je ne peux m'empêcher d'imaginer les gens qui deviennent intégristes de ce truc, et qui donc interprètent TOUT ce qui leur arrive comme étant des SIGNES envoyés de là-haut pour vous indiquer la "marche à suivre". Là ! Nous voici bien en enfer. Il suffit de développer un peu. De se mettre, pour de rire, à la place d'une telle personne...

Jean-Pascal

27 novembre 2008

Epuisement

Je la connais déjà, elle n'a pas encore seize ans, une beauté à la Noémie Lenoir, un bébé de six mois - le père ne l'a pas reconnu, il est bien plus âgé et a déjà une famille - elle a maintenant un amoureux de son âge, des cycles irréguliers depuis son accouchement, une histoire de famille impossible évidemment - elle a réussi à rester scolarisée cependant - et elle est à nouveau enceinte. Lorsque je le lui annonce, elle fond en larmes. Je contacte directement l'hôpital en l'imposant comme absolument prioritaire, lui demande si elle sait comment y aller - oui, son bébé est suivi là-bas pour une drépanocytose, maladie sanguine qui entraîne notamment des infections pulmonaires chez les tout-petits... STOP. Trop de misères sans issue, trop d'histoires différentes et trop semblables, trop peu de moyens, trop peu d'équipe ici pour penser, contenir, accompagner ensemble...

26 novembre 2008

Matière à réflexion

Tout le monde a enflé cette idée qu'il faut avoir une bonne opinion des gens, aimer les gens. Dans cette vie, on se retrouve jeté parmi des individus, et dans la plupart des cas on n'a pas eu son mot à dire - ses parents, ses enfants, la personne de qui on a eu la chance étrange de tomber amoureux, peut-être un ami ou deux - et voilà les gens qu'il est de notre devoir d'aimer parce que ce sont les gens qui nous appartiennent. Il n'est pas nécessaire de les apprécier ou de les admirer ou d'avoir une bonne opinion d'eux. Si l'amour en dépendait, quelle valeur aurait-il ? (...) Tu aimais ta mère et tu as rempli ton devoir envers elle, et c'est tout ce qu'on peut raisonnablement attendre d'un être humain. On regarde autour de soi et on détermine qui nous appartient, et puis on agit en conséquence. Le reste n'est pas de notre ressort.

Glenn Savan, White Palace

25 novembre 2008

Délices et... orgues

J'ai accompagné la classe de Léo au Conservatoire de Paris voir un spectacle de percussions autour des musiques de films. Nous parlons des instruments rares que nous avons observé - le marimba, les cloches - quand Elsa dit : C'est quoi déjà celui avec les grands tuyaux qui crachent la musique ?

22 novembre 2008

Secret

« Freud évoque cette nécessaire préservation d’un espace de secret inavouable à soi-même. Ce secret inavouable n’est pas seulement celui qui constitue la culpabilité : il est aussi l’inaccessible à soi-même, la face négative du Soi, l’irréductible contreface de silence dans la parole. C’est seulement la présence d’un tiers détaché – pervers – qui porterait atteinte à « l’unité de la personnalité » et à « l’autonomie sociale de la personne ». (…) divisé entre la nécessité de préserver ce noyau secret pour être et penser, et celle de livrer son intime inaccessible aux autres, le sujet pourrait n’avoir d’autre ressource que le clivage, l’acting ou le faux. Ce serait alors l’investissement de la règle par le surmoi archaïque cruel qui serait ici en cause. L’énoncé de la règle fondamentale dans les groupes (…) ne peut exprimer une telle exigence de dire absolument, coûte que coûte ».

20 novembre 2008

...mon semblable, mon frère !

Chez Léa, bistrot de quartier en bas de la rue Claude Bernard qui nous faisait de l'oeil depuis un moment. La clientèle est mélangée, habitués, bobos de passage, petits groupes au fur et à mesure que la soirée s'avance, la déco est sympa, le service aussi - et les petits verres de Terre d'Antan, un sympathique Côtes du Ventoux se succèdent.

Assis au bar, nous bénéficions d'un poste d'observation imprenable sur le jeune barman qui "essuie les verres au fond du café", comme dans la chanson, si ce n'est qu'il marmonne en même temps des choses incompréhensibles tout en jetant des coups d'oeil fréquents sous le comptoir.

Pris en flag', il se trouble : "Mais non je ne parle pas tout seul !", puis nous explique, avec l'humilité déconcertante de qui n'est pas familiarisé avec cette littérature - il aspire à devenir comédien, un habitué lui a suggéré, pour faire travailler sa mémoire et parce qu'il aime la poésie, de travailler Les Fleurs du Mal, aussi, après La servante au grand coeur, et Correspondances, il est en train d'apprendre Au lecteur. Minute de connivence improbable entre l'apprenti comédien et les clients inconnus mais amoureux des mots que nous sommes...

19 novembre 2008

Pas si TOC

Il ressentit une sorte de satisfaction nerveuse à constater que son principal grief contre la réalité se trouvait une fois de plus confirmé par la réalité elle-même : rien ne restait immobile. Dès que vous tourniez le dos, quelque chose avait pourri, s'était cassé, ou avait carrément disparu. Dans un univers auquel on ne pouvait se fier, qui pouvait, comme un rien, à tout moment, vous exploser au nez comme une bombe, il fallait se tailler son propre ilôt d'ordre et de contrôle, si aribitraire, si illusoire qu'il fût, pour vivre, tout simplement. (...) il prit le temps d'arroser son philodendron, d'épousseter sa table basse et, grâce à ces tâches rituelles, de prétendre tenir le chaos en échec.

Glenn Savan, White Palace

Ouvertures

Grâce à Cy-Real, nous avons découvert le délicieux album pour enfants, Les cartes de ma vie. Toute la famille s'est donc mise à dessiner qui une carte de son coeur, qui une carte de son chat, et pour ce qui me concerne, une carte de ce qui me rend heureuse. La liste est longue ; ce dont j'avais envie de parler dans ce billet, c'est du contact avec l'art sous toutes ses formes. Le concert de Rokia Traoré, vendredi ; emmener les enfants voir l'exposition Nés pour sentir au Palais de la Découverte (souvenirs, souvenirs...) ; me faire offrir pour mon anniversaire l'album qu'Hélène Grimaud vient de consacrer à Bach ; les livres, toujours ; et pour les lecteurs parents, un autre bon tuyau, la reprise au Studio des Champs-Elysées d'Amnesia, délicieuse comédie musicale pour les enfants, que Léo et Elsa connaissent aujourd'hui par coeur.

18 novembre 2008

Génétique

Elsa : "Les mamans ça fait qu'on naît (sic) mais c'est la nature qui dit comment on est."

13 novembre 2008

Trousse de secours

Un prof de taï-chi m'a dit un jour: "Nous ne sommes jamais seuls. Nous sommes toujours entre le ciel et la terre, quoi qu'il arrive." Je pense souvent à cette phrase et je sens l'énergie du ciel et de la terre se rejoindre en moi et me chauffer le coeur.

Isabelle

Peut être : sois douce pour les autres et vivante pour toi et puis moins sérieusement et au moins au 3ème degré, une phrase que Guy aimait bien et qui peut être un bon outil : "Qu'est ce que je ferais si j' étais moins con ?"

Marion

10 novembre 2008

La Honte

Elsa encourage son papa à accélérer en voiture : "Vas-y Papa balance la sauce !" Trop classe...
David reproche à Elsa sa consommation de BN : "Oui Papa j't'ai niqué la moitié de ton paquet !". Mais Elsa tu savais que c'est un gros mot ? Ben non, j'savais pas...

05 novembre 2008

Les dames de mon quartier

En complément au post Silhouettes, cette magnifique chanson d'Anne Sylvestre :

Les dames de mon quartier
De mon quartier d'orange
Jamais ne se mélangent
Aux familles d'à côté
Sur leur dos attaché
Un drôle de petit ange
Dort sans qu'on le dérange
Les pieds bien écartés
Elles sont environnées
D'une belle marmaille
Un peu de toutes les tailles
Aux cheveux bien nattés
De leur pas chaloupé
On attendrait qu'elles aillent
Marcher dans les broussailles
Au lieu de ces pavés

Les dames de mon quartier
Quartier de pamplemousse
Elles ont la peau si douce
Qu'on dirait de la soie
Et leur décolleté
Que l'épaule repousse
Parfois nous éclabousse
Quand elles se déploient
Quelques bijoux dorés
Eclairent leur visage
Parfois un tatouage
Met une ombre bleutée
Qu'elles ont rapporté
De leur lointain village
Pour vivre dans des cages
Sans rien à regretter

Les dames de mon quartier
De mon quartier de mangue
Quand elles montrent la langue
On dirait un rosier
Mais brève est leur gaité
Quand le rire s'étrangle
En silence elle tanguent
Rejoindre leur clapier
Ignorant les passants
Leurs petits à la traîne
Marchant comme des reines
Et le regard absent
Elles savent que les attend
Semaine après semaine
La chambre déjà pleine
Et le prochain enfant

Les dames de mon quartier
De mon quartier de lune
Je n'en connais aucune
Mais je peux bien rêver
Les avoir rencontrées
Au détour d'une dune
A l'épaule chacune
Une cruche à porter
Remplie aux sources oubliées

04 novembre 2008

Grongron

Loupé. Y a des jours comme ça... Une patiente déjà vue pour IVG l'année dernière, pour la même raison ce matin, modalités de contact identiques aux précédentes - agressive, dévalorisante, attaquante, mise en échec systématique de chacune des mes interventions, fuite en avant dans l'agir - un tir de barrage en continu... Je me suis laissée agacer. Et je suis passée à côté. J'ai compris, mais trop tard. Que la colère pouvait se dire : Une part de moi est furieuse et bouleversée de renoncer à cette grossesse, qui sera peut-être la dernière. Qu'au-delà de la pathologie par ailleurs manifeste (border-line ?), il y avait bien un (tir de) barrage. Elle avait déjà la main sur la porte, je l'ai arrêtée pour le lui dire. Elle a fondu en larmes - mais elle a fui tout de même...

01 novembre 2008

Droit au coeur

"Aux chemins de la vie, l'obstacle lui-même devient signe, pour qui accepte de l'inclure dans la perspective qui le définit et le dépasse." Eliane Lamy-Valensi

"Tu m'offres une belle cocasion d'agir au lieu de rétro-fléchir ou réfléchir trop. Tu es vraiment la belle et grande personne que je pensais. Yes, you can!" Fabrice
PS : (J'ai laissé le lapsus de clavier sur la cocasion, il est trop beau !)

30 octobre 2008

Silhouettes

Ce qui me plaît dans ce métier, c'est la rencontre toujours renouvelée de la singularité de chacun. Pourtant, avec l'expérience, se dessinent dans les consultations quelques silhouettes récurrentes...

Celle de la gamine de quinze ans, stressée par un risque qu'elle n'a pas pris, mais qui vient témoigner là de ce bouleversement qu'est le moment de la première fois - découverte de soi, de l'autre, sensation de grandir d'un coup, d'une soudaine séparation psychique d'avec les parents - Il n'a pas vu que tu pleurais - l'enfance qui s'en allait...

Celle des couples qui se déchirent, parce que cette nécessaire séparation, ne s'est jamais achevée. Alors, faute de mots, les rivalités et les haines éclatent, parfois culturellement exprimées (maraboutage, sorcellerie), les clivages font rage, on hait l'autre parce qu'il est bambara alors qu'on est soninké - on hait l'autre surtout parce qu'il est autre, et la famille (qui a pourtant souvent décidé du mariage) ré-intègre celui ou celle qui avait pensé pouvoir s'en différencier...

Celle de la femme africaine qui va se préparer à accueillir un enfant de plus - dans des conditions matérielles et psychiques qui dépasseraient n'importe quelle occidentale - pour rien, sans envie, sans désir, parce que Dieu le lui a envoyé, parce que son mari le veut, sinon il prendra une co-épouse, puisque la virilité se mesure au nombre des enfants, parce que la contraception est trop chère ou bien trop compliquée, parce que le qu'en dira-t-on, parce qu'elle n'est ni sera rien d'autre, qu'une mère - ça m'occupera, dit-elle...

Menus plaisirs

Un anniversaire d'enfant qui se termine en dîner improvisé d'adultes, trip nostalgie des dessins animés des années 80 à la clé. Un spectacle de magie avec les enfants sur scène, médusés de voir apparaître et disparaître dans leurs mains pièces de monnaie et balles de mousse. Un repas de famille chaleureux. 1h30 de massage chinois. L'excellent Mamma mia !, directement promu au rang de film culte. Un sympathique bar à vins. Un tartare parfait (Le spécial, au Daguerre, rue Daguerre).

22 octobre 2008

Ouf que...

...comme dirait Zaza. Ouf que des fois, dans mes consultations, il y a un peu d'espoir.

Cet après-midi, deux mini-minettes complices et futées, les pieds sur terre, avec lesquelles aller plus loin que le kit de survie indispensable - pouvoir aborder tranquillement les relations avec les parents, la place de la sexualité dans leur relation avec le petit copain, et même, mais si, leur propre désir. Ce qui va de soi pour nous, mais qui est si rarement possible dans ces rencontres... Bon, d'accord - elles ont quatorze et quinze ans - et la plus jeune a des relations sexuelles depuis plus d'un an (et 5 ans de différence avec Léo). Mais... elles vont bien. Vraiment.

Et une autre mineure - 17 ans, entretien pré-IVG - qui dit, je ne veux pas mettre un enfant au monde maintenant, parce que je sais ce que c'est, être dans l'incapacité d'élever un enfant. Elle a été placée à 9 mois... mais dans une famille d'accueil qui l'élève depuis - pas de ruptures ni de déplacements "sauvages", une famille aimante, dans laquelle elle a été traitée comme une petite dernière qui a manifestement reçu une éducation, aimante, structurante - bref - un plaidoyer pour l'option familles d'accueil, pourvu que celles-ci aillent suffisamment bien pour pouvoir jouer ce rôle essentiel d'accompagnement et de réparation qui est le leur... Ouf qu'il y a aussi des familles comme ça, et des mômes qui s'en sortent.

Il y a quelques années, j'avais écrit, pour ces familles... Imaginez un métier qui vous confronterait, 24 heures sur 24, à l'impossible. Un métier qui consisterait à accueillir dans votre propre foyer des enfants aux vies chaotiques, aux problématiques insolubles. A accueillir pour un week-end, un mois, un an, vingt ans - sans pouvoir le prévoir - des enfants dont vous ne sauriez rien, ou si peu, devinant l'impensable derrière leurs comportements erratiques, leurs blessures mal cicatrisées.

Un métier sans appuis logistiques, sans bagages théoriques - rien d'autre que votre propre cœur et votre propre histoire - votre volonté fondamentale de prendre soin. Un métier de longue patience et d'amour au quotidien ; un métier d'apprivoisement, de reconstruction lente, de réussites minuscules et d'échecs douloureux, parce qu'apprendre à aimer, et déjà à se laisser aimer, est si difficile pour ces enfants-là.

Un travail qu'aucun travailleur social, aucun psy, aucune institution se serait à même de faire : dans chaque instant du quotidien, prendre soin. Un métier peu reconnu, à peine considéré, et qui ferait parfois sérieusement tanguer votre propre famille ; un métier forcément trop peu rémunéré, parce que le dévouement de chaque minute avec des enfants toujours abîmés dans leur cœur, souvent dans leur corps, ne se chiffre pas.

"C'est parce qu'elles ne savent pas que c'est impossible, qu'elles le font… ".

20 octobre 2008

Escales

En écho à la sagesse de Christiane (voir post Collègue ;-)), me suis remise à cultiver les petits bonheurs. Sécher une journée de formation, pour profiter de la maison au calme - enfants à la campagne, homme en formation - juste le chat qui me regarde jouer avec les pastels que je me suis offert pour l'occasion - la boîte d'aquarelle et le bloc d'argile achetés le même jour attendront.

Rouler en calèche au pas lent d'un percheron - surprise d'anniversaire concoctée par Yoyo et Bizzou pour l'anniversaire de leur petit-fils : couleurs d'automne, soleil de début d'hiver, trois heures passés comme un souffle tant nous étions, tous sous le charme. Dans le panier de pique-nique, une bouteille de champagne et des biscuits roses, au retour, les enfants pas peu fiers de conduire l'un après l'autre l'attelage, sous le regard vigilant de notre cocher.

Baguenauder le long du Canal Saint-Martin, avec escale incontournable chez Antoine et Lili. Acheter un drôle de pull châle doudou, une salière et une poivrière en forme de champignons (rouges à pois blancs) pour mettre de la gaieté sur la table, et du bon pain de campagne dans une boulangerie inconnue mais bien achalandée. Au retour - lire le Elle frais du jour dans notre nouveau canapé... Ah, et puis : mettre à jour la Care Box !

18 octobre 2008

Toiles

Deux regards sur l'adolescence, La belle personne et Entre les murs - deux rapports au langage - élaboré, presque précieux, outil de connivence et de reconnaissance sociale, la maîtrise d'autres idiomes allant de soi pour les uns (l'exposé sur Lucia di Lammermoor) - fragmentaire, insuffisant, explosif pour les autres - la question de l'identité, de l'insulte, du sens littéral ou multiple des mots comme fil conducteur... Eric me disait, sa lecture de la "bêtise" calculée des adolescents, qui prennent au pied de la lettre les mots du professeur, cette ignorance délibérée de la polysémie des mots, comme un retour à l'envoyeur, une réponse à la surdité des adultes que nous sommes - adressée au moins sourd d'entre eux...

Je pense aussi à ces recherches qui ont montré le lien proportionnel entre la pauvreté du vocabulaire et les passages à l'acte de tous ordres ; ces enfants sont pourtant souvent, comme ceux de La belle personne, au moins bilingues... et cette richesse, n'est jamais exploitée - ni source de valorisation.

Quoi qu'il en soit, pour moi qui les côtoie au quotidien, les adolescents d'Entre les murs sont plus vrais que nature ; comme sont plus vrais que nature - quoi qu'un peu moins violents que là où je travaille, les entretiens au planning familial des Bureaux de Dieu, vu en avant-première l'autre semaine... La construction du film - de vrais entretiens joués pour les conseillères, par des actrices prestigieuses, pour les consultantes, par des comédiennes non professionnelles, est lumineuse. Et quel bonheur, que quelque chose de ce métier invisible soit restitué avec tant de justesse !

En guise de dessert, Vicky Cristina Barcelona, qui malgré ses images splendides et son séduisant trio d'actrices, nous a laissés mélancoliques : passion ou raison ? ennui ou souffrance ? danger ou sécurité ? telle est la question, mais la réponse n'est pas livrée avec...

16 octobre 2008

Je-Tu

Car le moi interrogé, s'il transcendait l'interrogation, s'il dérogeait à la grâce infinie de la rencontre, tomberait dans le monologue ou dans la confession, dans ce qui vante ou dans ce qui regrette, dans le plat récit des désirs et des peines. Il dirait ce qu'il était avant de dire ce qu'il est ; il dirait ce qu'il est, avant de dire ce que par la rencontre, il est devenu. (...)

...puisque l'être humain est relatif à l'humain, c'est dans le lien du
je-tu, sur l'axe du je-tu, qu'on découvrira les véritables caractères de l'homme. (...)

Martin Buber nous montre les deux sources de la parole, qui sont, bien entendu, les deux sources de la pensée : les choses d'une part, les personnes d'autre part, le
cela et le tu. (...) Et c'est ici qu'intervient la catégorie bubérienne la plus précieuse : la réciprocité. Cette réciprocité, on ne la trouve jamais clairement sur l'axe du je-cela. Elle n'apparaît vraiment que sur l'axe où oscille, où vibre le je-tu. Alors, oui, l'être rencontré se soucie de moi comme je me soucie de lui ; il espère en moi comme j'espère en lui. Je le crée en tant que personne dans le temps même où il me crée en tant que personne.

(...) Un monologue peut être long et disert, il exprime moins d'âme que le dialogue le plus naïf. Si étouffé, si mal balbutié que soit le dialogue, il porte la double marque du donné et du reçu, ou tout au moins, comme un prélude, la double tonalité de l'aspiration et de l'inspiration des âmes. Alors l'oreille est active puisque tendre l'oreille c'est vouloir répondre. Recevoir, c'est s'apprêter à donner. Encore une fois, notre substance spirituelle n'est en nous que si elle peut aller hors de nous. Elle ne peut aller hors de nous, vaguement, comme une odeur ou un rayonnement. Il faut qu'elle s'offre à quelqu'un, qu'elle parle à un
tu.

Gaston Bachelard, préface à Je et Tu, de Martin Buber

15 octobre 2008

Proposition d'écriture

Je ne l'ai pas inventée, mais empruntée à François Bon - au moins pour le fond, sinon pour la forme. Mais je ne résiste pas au plaisir de la partager... avec la joie de cette première rencontre entre l'animation de groupes professionnels et mon rêve récurrent d'atelier d'écriture...

Cartographie :

A la veille d'un voyage dans des terres inconnues, il peut être utile de disposer d'une carte. Géographique ou maritime, carte au trésor, carte du monde ou carte d'orientation, parcheminée ou informatisée, la carte fait partie de notre imaginaire. Ceux d'entre vous qui se sont intéressés à la PNL se souviendront qu'elle n'est pas le territoire, mais qu'elle permet de le visiter...

La proposition d'écriture est une invitation à décrire l'équipe avec laquelle vous travaillez sous une forme cartographique qui peut être :

- celle d'un pays : étendue, frontières, reliefs, ressources naturelles ou importées, climat, régions différentes avec leurs spécificités, gouvernement, population, us et coutumes, modalités de communication internes et externes, commerce extérieur...

- celle d'une maison : disposition, pièces, voies de communication (escaliers, ascenseurs, passages secrets...), ouvertures (portes, fenêtres...), parties endommagées ou en construction, sources d'énergie, jardins et dépendances...

- celle d'un océan : étendue, profondeur, faune et flore, récifs, fosses, tempêtes et accalmies...

- ou toute autre métaphore cartographique qu'il vous plaira de filer, pourvu qu'elle permette de mettre en oeuvre les notions d'espace, de frontières, d'inter-relations... et tout ce qu'il vous semblera important d'y faire figurer.

14 octobre 2008

Anatomie

La classe d'Elsa travaille sur le corps humain, je les accompagne au musée Bourdelle. Par ailleurs, j'ai bien noté une recrudescence des questions sur comment on fait les bébés, ces derniers temps... Les enfants rigolent devant le célèbre bronze d'Héraklès, "il est tout nu" ! La guide ajoute des remarques sur le métal, si solide et quasi éternel, la maîtresse souligne le travail sur les articulations, qui lui donnent l'air presque vivant, un petit garçon, regard fixé sur "le zizi d'Hercule" (!) commente : "Il bouge pas, alors il fait pas l'amour !?". Un ange (Cupidon ?) passe...

Collègue ;-)

Il ya une phrase toute simple qui a été prononcée par une formatrice de l'AFCCC à propos des techniques d'entretien individuel ou de couple: "votre meilleur outil c'est vous-même", qui est à mes yeux un des fondamentaux de la relation d'aide. Comment aider l'autre si on ne peut ou ne veut pas puiser dans nos propres richesses, celles qu'ont a bâties à partir de notre enfance, de nos échecs, de nos joies, de nos souffrances, de nos bonheurs et malheurs conjugaux, familiaux ?

C'est un formidable potentiel, mais nous nous devons de continuer à l'alimenter en restant des êtres VIVANTS, certes avec la tête emplie de nos "noeuds" mais aussi avec les pieds dans l'humus de notre bonne vieille terre. Celle qui a nourri les vergers de mon enfance et aussi les vignes de tes parents.

Pourquoi tant douter de nos capacités à aider, à aimer ? Certes c'est quelquefois bien lourd de recevoir la souffrance de l'autre, mais peut-être faut-il mettre la barre un peu moins haute et accepter avec humilité les toutes petites limites de notre travail et avoir davantage confiance en nous, bordel.C'est dit, et ça fait du bien de le dire.

Christiane

13 octobre 2008

Subversive

Le gouvernement nous prépare un décret instituant des thérapeutes d'état, l'enseignement de la psychanalyse dans les universités est mis à mal, les psys sont invités à s'asseoir sur leur déontologie dans les domaines de la justice et de l'éducation, l'hôpital ne recrute plus que des praticiens TCC ou neuro-biologistes, la consommation de psychotropes explose...

Et une principale adjointe se propose, me propose l'ouverture dans un collège réputé difficile d'un espace de parole - une personne attentive aux questions du transfert, de la prévention, de la difficulté d'évaluer ou de quantifier une telle action, mais désireuse de donner une autre chance - encore une autre chance - à ses élèves les plus en souffrance... Une personne capable de dire, quand bien même cela permettrait de ne pas en exclure ne serait-ce qu'un seul - cela en vaut la peine. Je ne sais pas, comment ce dispositif s'inventera, entre contraintes politiques de l'une et souffrance aiguë, peut-être indicible, des autres. Mais, ne serait-ce que pour le projet... chapeau !

03 octobre 2008

Eternel masculin ?

Bien sûr, on peut changer d'avis : la première fois que j'ai vu Autant en emporte le vent, j'étais fou amoureux de Scarlett O'Hara ; la deuxième fois, après quinze ans d'analyse, je disais, quelle garce ! surtout ne pas s'en approcher ; vingt ans plus tard, je la trouve à nouveau sensationnelle !

Woody Allen, interview TRA

Test de grossesse : positif

17 ans – une petite maghrébine à la mine triste et au regard charbon – une douceur résignée qui sied mal à son âge… Son père est très âgé, sa mère régulièrement hospitalisée pour des épisodes dépressifs graves, sa petite sœur se remet progressivement d’un cancer, une fratrie de 6 enfants élevés comme des chèvres – une famille trop bien connue des services sociaux. Quand sa sœur est tombée malade, puisque elle est l’aînée, elle a arrêté l’école - elle travaillait bien pourtant, c’est manifestement une jeune fille intelligente. Le petit ami sort de prison, la malmène – elle rêve toujours à son ancien amoureux, qui ne valait guère mieux…. Lui souhaiterait qu’elle garde sa grossesse (mais au nom de quoi ?), elle voit se refermer le piège d’une relation qui ne la satisfait pas – la fin de ses modestes projets, reprendre une formation, passer son permis de conduire… Se voit-elle demander à son éducatrice d’être son référent majeur si elle choisit d’avorter ? Non. Mais qui, alors ? Autour d’elle, personne… Que va-t-elle faire ? Je ne sais pas.

15 ans, mince comme un fil, une très jeune Zaïroise flanquée d’une copine qui sert plus ou moins d’interprète – non pour des raisons de langue mais pour des questions de compréhension – elle est en classe de Segpa, adressée par le petit copain qui a saisi qu’il pouvait y avoir un problème, ignore la date de ses dernières règles (juillet ? juin ?), sourit à l’annonce du résultat du test – c’est la copine, qui a l’air consternée. Qu’est-ce qu’elle veut ? Elle ne sait pas. Est-ce qu’elle veut que je l’aide à prendre un RV d’échographie ? Pas cet après-midi. Est-ce qu’un majeur de son entourage pourrait l’accompagner ? Elle ne sait pas. Est-ce qu’elle m’autorise à joindre son infirmière scolaire ? Oui. Le tout avec le même air absent - définitivement non concernée.

18 ans tout juste, la tête sur les épaules et les pieds sur terre – une petite jeune femme décidée qui se doutait bien du résultat du test, se laisse le temps de la réflexion, et me raconte comment ballottée de famille en famille, de France en Haïti, petite dernière après quatre frères, elle a appris à ne compter que sur elle-même et à prendre ses décisions seule. Elle exprime (comme toutes les autres) son refus de principe concernant l’avortement – Un enfant c’est pas un insecte qu’on écrase, dit-elle – avant de s’informer sérieusement sur l’IVG, et ses aspects médicaux, financiers, psychiques… Elle est à peine plus âgée que les autres, mais infiniment mieux armée pour penser les choses. Quelque chose est construit, structuré chez elle, qui la soutiendra dans sa décision quelle qu’elle soit – c’est évident. Elle dit, je me suis éduquée toute seule – fantasme ou demi-réalité ? Toujours est-il que des valeurs lui ont été transmises, et une volonté, qui la tiennent debout.

17 ans, jolie comme un cœur, tout sourire aux lèvres – au décours de l’entretien j’apprends la rupture avec le copain à l’annonce d’un risque de grossesse, le travail de nuit, dans un pub (au noir bien sûr à cet âge – donc sans couverture sociale, ni jours de repos, ni…), puis qu’elle est depuis la veille à la porte de chez elle avec sa sœur de 20 ans – qu’elles ont dormi chez une amie, qu’elles ne savent pas de quoi demain sera fait – que non, elle ne veut pas aller voir l’assistante sociale parce qu’elle ne veut pas qu’on la sépare de sa sœur. Je préfère être avec elle dans la rue que sans elle. Bien – nous en reparlerons, au prochain rendez-vous… ne rien forcer, mais rester en alerte. Je l’interroge sur son prénom, rare – tunisien ? égyptien ? Ibtisam signifie : sourire.

27 septembre 2008

La princesse et les croque-notes

Samedi soir, une balade improvisée dans la rue des Lombards, une conversation à bâtons rompus au Sunside et la découverte d'une petite perle, pour les amateurs de jazz et de chanson française : Mélanie Dahan.

23 septembre 2008

Regard neuf

L’écoute qui cherche à vouloir maîtriser le discours de l’autre et qui déjà fige le propos de l’interlocuteur ou sa position, le met à une place présupposée en le guettant dans un scénario ou des comportements attendus. Elle induit souvent l’autre dans une direction en obstruant de ce fait l’instant de l’échange. C’est souvent une peur de l’inconnu, voire de la mort, qui dicte ces attitudes. (…) La relation par définition est mouvante, elle est le produit du rapport entre les êtres, des énergies en présence, qui sont toujours en mouvement. (…) Autrement dit, il faut se présenter dépouillé d’évidences, d’a priori, pour donner une chance à la nouveauté, à l’inattendu d’une situation. Afin de donner une chance à l’autre pour nous surprendre, pour nous étonner, et le découvrir différent de la façon dont on le percevait.

Michèle Taïeb, Improviser

22 septembre 2008

A la petite semaine

De ces derniers jours que me reste-il ? Les brumes de la fièvre, une fatigue persistante que je n’ai pas écoutée, un arrêt-maladie qui ne m’aura pas arrêtée.

Be Happy, concentré de bonne humeur en VO, dans la lignée de Toi, moi et tous les autres, ou Little Miss Sunshine.

Une nouvelle patiente, adressée par une grande dame dont la confiance m’honore.

Tanguera, ou West Side Story au pays du tango – danseurs virtuoses, sensualité qui affleure dans la lenteur bien plus encore que dans les tempos enfiévrés…

La préparation inquiète de deux journées sur la relation d’aide – l’envie de plus en plus affirmée de lâcher le contenu pour laisser la place à l’improvisation, à l’émergence et à la légèreté – défi de funambule, à fortiori dans l’état second dans lequel je me trouve encore.

Un colloque était prévu je crois – j’ai préféré emmener Léo et Elsa visiter les animaleries et mes souvenirs d’enfance Quai de la Mégisserie.

Se précise, le devoir d’accompagner ma grand-mère dans une maison spécialisée dont elle ne reviendra pas – la perspective de l’aider dimanche prochain à faire ses valises – mais que met-on dans sa dernière valise ? Comment transformer l’appartement de toute une vie, les souvenirs de l’autre omniprésent, en deux colis pratiques – chemises de nuit, brosse à dent, serviette de table et de toilette, et .. ?

Un dîner doux au Café Bibliothèque, une qualité de relation et de dialogue rares. A la librairie du même Mk2, deux livres à savourer, le dernier Alice Ferney, et L'art de la Joie, que je croise et recroise sur mon chemin.

Ce soir j’ai trouvé un espace de paix à inventer un nouveau rite – pas l’énergie de lire un ou deux chapitres de quoi que ce soit, aussi ai-je décidé de lire à mes enfants quelques poèmes. Qu’est-ce qu’un poème ? C’est comme une chanson mais sans chanter, dit Elsa.

Au menu, Le Cancre de Prévert – commencer en douceur, avec un texte qui a toute ma tendresse depuis toujours – La Rose et le Réséda, d’Aragon – je leur ai dit, il avait deux amours, Elsa, et une certaine idée de la liberté… Je leur ferai écouter la version mise en musique par La Tordue, ai rappelé à mon Elsa qu’elle portait ce prénom parce que cet amour était à l’origine de poèmes parmi les plus beaux de la langue française. Un poème d’amour de Ramuz, qui les a fait rire aux éclats, l’histoire d’un paysan fou amoureux fou qui parle de son amour secret à ses vaches. Pari gagné, à refaire, et pour moi j’en suis sortie comme momentanément lavée, rafraîchie.

14 septembre 2008

Pêle-mêle

Petit miracle à la réunion de rentrée hier matin : maître subtil et délicatement provocateur, qui a pour projet pédagogique transversal le décodage du monde qui nous entoure, soutient l'accès à l'autonomie sous toutes ses formes et privilégie les entrées multiples dans la culture - théâtre, cinéma, concert au Conservatoire, sorties scientifiques - jamais assisté à une réunion pédagogique aussi stimulante, je retournerais bien en CM1 moi...

Une expo très bien faite sur les incroyables cétacés (j'aurai enfin compris pourquoi il y a des mammifères marins), un thé à la menthe à la Grande Mosquée (pâtisseries du Ramadan à tomber par terre), d'amicales et chaleureuses lasagnes de rentrée, un brunch au soleil de Bercy (au Chai 33, animations gratuites pour les enfants le dimanche, avis aux jeunes parents), un anniversaire chez Mac Do (sans nous, hein ;-), une journée de formation shiatsu (pas pour moi, mais suis bénéficiaire !!!), une Zaz' émerveillée par les robes Valentino (bien qu'elle déplore qu'il n'aie pas crée de robes avec des chats, on le lui suggèrera... moi j'aurais aimé les croquis initiaux et les étapes de la création, mais c'était sublime quand même.)

Et une blague du Léo :
- Moi je suis déjà astronaute !
- Ah bon et tu navigues dans quel espace ?
- Ben dans la lune !
(Quand on sait combien le Léo peut-être distrait et rêveur, ça vaut son pesant de cacahuètes...)

12 septembre 2008

Sablier

Maman parisienne multi-employeurs, je jongle avec le temps... et me demande parfois à côté de quoi je passe. Dire hier à Léo qui avait mal au ventre - pas aujourd'hui (parce que j'anime un groupe auquel je tiens), nous irons chez le docteur demain si tu as encore mal - est-ce que c'est juste ? Ce matin Léo n'a pas l'air plus malade... mais j'ai pris la matinée pour l'accompagner - peut-être que c'est ce qui compte. Avoir le temps de conduire Elsa sans l'expédier, dessiner une sirène, papoter avec la maîtresse, avec une maman d'élève. Revenir à la maison, décider qu'après le médecin, nous irons déjeuner tous les deux avec Léo, tête-à-tête exceptionnel et moment privilégié. Peut-être ça devrait être possible plus souvent - peut-être je devrais m'organiser pour que la priorité soit là. Peut-être...

11 septembre 2008

Bulle

A noter dans le dîner de retrouvailles ce jour, une observation rare - la possibilité d'un échange à dix personnes, qui laisse sa place à chacun, où l'on puisse entendre chaque voix singulière, et pas uniquement le brouhaha de conversations particulières.

09 septembre 2008

Rentrée

Deux naufragés agrippés l’un à l’autre – 37 et 25 ans, des enfances et des vies dévastées par la violence, l’alcool, le mensonge et la disqualification. Elle a deux grands enfants, passablement abîmés eux aussi, il s’auto-mutile depuis l’enfance. Ils sont intelligents, créatifs (elle écrit, il peint, sculpte, fait de la musique), dotés d'un humour ravageur, émouvants – et complètement déglingués.

Une grossesse s’annonce, c’est ce qui les amène, à laquelle ils semblent en fait assez d’accord pour mettre fin – mais que viennent-ils faire ici au juste ? Est-elle venue interroger son ambivalence, face à une grossesse qu’elle s’imagine comme la dernière ? Demander des soins pour elle ? Demander des soins pour lui, par le biais de cette consultation pré-IVG ? Et lui, qu’est-il venu confirmer, venu affirmer, de sa position nihiliste apparemment argumentée mais rempart dérisoire contre une détresse que je devine insondable ? La transparence psychique de la grossesse fait ici coup double - l'un et l'autre déversent, digressent, marée noire que je dois à plusieurs reprises endiguer pour ne pas perdre le fil, rester dans le cadre de l'entretien.

Deux funambules, qui m’ont laissée vidée, épuisée par ce qui circule de violemment incestuel et de violent tout court dans leur discours, dans leurs histoires, dans leur relation, dans leurs prises de position d’adultes ou supposés tels aujourd’hui… Elle aimerait se dispenser de l'étape échographique, il souhaite au contraire en être témoin ; ils sont d’accord pour revenir ensemble au prochain rendez-vous, ensuite. Quelque chose a accroché... Pourquoi, et pour quoi ?

08 septembre 2008

Second degré

David raconte fièrement à ma maman : "La maîtresse d'Elsa a dit qu'elle était une élève parfaite - mais qu'il ne faudrait pas le répéter devant elle." Et là, on entend une petite voix de cinq ans dans la pièce à côté : "T'inquiète pas Papa, j'ai rien entendu !".

02 septembre 2008

Hameau 2008

Préférer la prise de terre à la prise de tête ;-)

(...) Ce point d'équilibre que je retrouve naturellement ici, pouvoir le trouver ou tout au moins le retrouver aussi régulièrement dans ma vie. Pouvoir accueillir ce qui vient avec la même tranquillité, la même disponibilité, la même joie, la même gratitude. Que me manque-t-il au dehors, pour que je sois si peu en connexion avec ça ? D'extérieur ? D'intérieur ? Qu'est-ce qui est bon ici, dont je ne crée pas les conditions d'existence au dehors ? Qu'est-ce qui me gêne au dehors, qui n'interfère pas ici ? Qu'est-ce qui ne dépend que de moi, dans les deux cas ? (...) Je ne veux pas attendre ? Mais je n'ai pas le choix... Il est urgent d'attendre. (...) Cinq minutes de bonheur - un bain-douche d'amour. Et une citation : "Et souviens-toi. Il existe deux sortes de fous, ceux qui ne savent pas qu'ils vont mourir, et ceux qui oublient qu'ils sont en vie."

19 août 2008

La main à la pâte

Décoller des papiers peints (en quadruple couche, et la dernière, centimètre carré par centimètre carré). Poncer des murs. Poser du parquet. S'initier à la peinture des plafonds, à la pose d'enduit à la chaux. Ca occupe la tête et les mains, fatigue d'une bonne fatigue, c'est plus facile que prévu, c'est la porte ouverte à des blagues discutables ("je ponce donc j'essuie") - bref, c'est salutaire. M'est avis que les travaux de décoration n'ont pas qu'un effet de "ravalement" (!) mais possiblement une portée supérieure - choisir son environnement, habiter sa maison, ça pourrait bien être thérapeutique aussi...

13 août 2008

Versailles

...c'est un film rugueux et tendre, à l'image de Guillaume Depardieu, déglingué, habité, lumineux comme jamais. C'est l'histoire d'une adoption réciproque, la confirmation qu'on ne saurait se sauver tout à fait seul, un film sur la naissance d'un père. Un film pas fait pour "plaire" - personnages habituellement socialement invisibles, scènes nocturnes, musique discrète, dialogues minimalistes mais qui touchent au coeur. Un film qui laisse sous le charme - émotion rare, tendresse brute. Le Kid, version 2008...

10 août 2008

Avedon

"Toutes mes photographies sont exactes. Aucune n'est la vérité." Il disait aussi, "Il n'y a rien derrière mes photos. Il ne s'agit que de la surface." Coquetterie de créateur ? Car ses images ont bel et bien une profondeur - celle de leur sujet, qu'il savait capter comme personne, celle du photographe - "Je vois les gens et les choses comme les musiciens entendent, c'est-à-dire d'une manière extra-sensorielle et sans porter de jugement", celle de l'observateur - renvoyé à sa propre humanité, mais aussi à sa créativité : parce que les portraits d'Avedon, et tout particulièrement ceux des anonymes, s'imposent à nous, nous prennent à témoin, et simultanément suggèrent mille romans possibles...

J'ai souvent eu l'envie de photographier certaines des personnes que je reçois - ces patients... ; les images d'Avedon me donnent l'envie réciproque d'écrire la vie de ses modèles - récits de vie ou fictions, rencontre ou imagination, mais d'écrire... Je ne suis pas photographe - ni écrivain. Mais ce qui me meut, est la même chose : un certain regard sur l'humain.

09 août 2008

Disparitions

Avant de partir en congés, son médecin de famille a dit à ma grand-mère, ce n'est pas à la cliente que je dis au revoir, mais à une amie qui n'est plus la même - plus celle que j'ai connue. Qu'est-ce qu'elle en a entendu ? Je ne sais pas, mais la phrase me serre le coeur. Le désert de sa mémoire s'étend un peu plus chaque jour, qu'elle essaie de combler par des histoires toujours plus absurdes. L'histoire s'emmêle, les générations aussi...

Le désert affectif autour d'elle aussi - parce qu'elle n'a jamais su nouer de liens profonds, petite fille narcissique, capricieuse, agressive, et plus que jamais hors réalité. Une vie sans intériorité, toute entière tournée vers l'extérieur... Elle m'a donné le goût des belles choses ; mais elle ne transmettra pas non plus cela, puisqu'elle vient de perdre ? trop bien cacher ? se faire voler ? les bijoux de prix qu'elle possédait. Indépendamment de leur valeur marchande, je ne peux m'empêcher d'y voir un redoublement de ce que j'observe - une vie dont il ne reste rien, l'absence de toute forme de création ou de transmission.

07 août 2008

Iconoclaste ?

Analyse, relation et représentation :
L'analyse là ne se joue pas fondamentalement et prioritairement (...) dans l'élaboration mentale-et-verbale, mais dans l'élaboration affective-et-charnelle à travers la relation et le cadrage analytiques, et elle s'avère devenir en même temps un voyage régressif dans lequel le sujet aura non seulement à reconnaître le refoulé dans son retour, mais à retrouver les racines plus profondes de son être-en-devenir (...).

Plus que faire des liens, c'est "faire du liant" qui est le plus important. (...) Il n'y a pas à réduire la passion, le non-sens, la folie, le conflit, il n'y a pas à les "comprendre" au sens de les objectiver, les rationnaliser, les ex-pliquer, mais seulement à les "com-prendre" au sens de les prendre en compte tels qu'ils apparaissent : les "con-tenir", "rester avec" et "laisser être, laisser passer, laisser avec...". L'affectivité se régule ainsi elle-même au contact d'une "présence" charnelle et "contenante", qui lui sert de pare-excitations et apaise ses intensités pulsionnelles. Non seulement elle n'a pas besoin de la représentation pour cette régulation, mais c'est toujours, contrairement à ce qui se dit généralement, la représentation qui vient faire obstacle et créer des problèmes (...)

La représentation (…) est un déplacement fictif hors d’eux-mêmes, hors de leur vérité, des « représentés ». Par la représentation, on les fait s’absenter de leur corps, de leur être, de leur actualité réelle et mouvante, de leur potentiel de devenir et d’irreprésentabilité pour les changer en quelque sorte de perspective et pouvoir les objectiver, les transformer en objets. Finalement, il s’agit d’une nouvelle présentation dans une autre place que la leur, à une place de substitution et de mort, dans l’ailleurs de l’image ou l’ailleurs du langage.

Le silence :
Ce silence, matrice de la parole, toile de fond d'où jaillit toute parole et sur laquelle se déploie tout discours, n'étant pas le silence des non-dits, le silence du mutisme, mais le silence du corps (...), c'est-à-dire un silence qui n'est pas fait de l'absence de bruits, mais de l'absence de paroles (...), un silence plein et habité affectivement, le silence où parle dans son propre langage inarticulé et archaïque la vie dans toutes ses tonalités et modulations, ses vibrations (...).

C'est là que j'ai découvert la différence entre les mots insérés organiquement dans le silence et les mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer ce silence, pour le fuir en fait, et j'ai réalisé combien les analysands qui ne parlent pas à partir d'un point de silence sont hors d'eux, combien leur parole est une mascarade, qui leur permet de se cacher derrière semblant et leurre... Les analysands qui parlent sans silence ne font que du bruit, on n'entend pas leur source.

Alain Amselek, L'écoute de l'intime et de l'invisible

02 août 2008

Parigote...

...émerveillée. Parce qu'en arrivant chez les cousins de Provence, nous avons été accueillis par un panier de légumes fraichement cueillis, une bouteille de l'huile de leurs oliviers, et le rosé au frais. Plus fort que la corbeille de fruits exotiques des grands hôtels ! Parce que les enfants se sont goinfrés de pêches et de brugnons encore chauds du soleil qui les a dorés, cueillis directement sur les arbres. Parce que l'espace - le silence, la maison au bout d'une route de cailloux, le soleil qui se couche sur la vallée. Parce que dans la maison des vendangeurs, qu'ils nous prêtent, la fenêtre de notre chambre ouvre directement sur les vignes.