13 mars 2026

Vulnérable(s)

Ca fait un moment que ça tourne, enfle, et me déborde de plus en plus cette thématique de la vulnérabilité. Submergée aux niveaux individuel, familial, professionnel, social, politique, écologique, géopolitique...

...une vulnérabilité ressentie aussi par les patients - étudiants ou en cabinet, et je n'avais jamais - sauf aux débuts du Covid, quand nous n'arrivions pas à appréhender la réalité de la situation -  ressenti à quel point il peut être épuisant d'accueillir des angoisses auxquelles nous sommes tout autant confrontés que les personnes que nous recevons. Faire de la place à l'anxiété, aux deuils, aux traumatismes... pour les patients, et puis pour les proches - comme toutes les femmes dans le médico-social, et puis... pour nous, quand ? 

Moi aussi, j'ai peur, je me sens impuissante, en colère, parfois désespérée. Moi aussi, je suis tentée d'éteindre la radio, de me replier, de fermer les yeux et les oreilles. Moi aussi, je fais partie de cette classe moyenne qui se fragilise, moi aussi je fais partie de cette génération née dans un monde où l'idée de la guerre semblait appartenir au passé, tout au moins en Europe, et où la démocratie allait de soi - ainsi que la liberté de la presse et l'existence de droits acquis en termes de justice, d'éducation et de santé. Dans un monde où le fascisme était un "plus jamais ça". Dans un monde où avoir fait de bonnes études semblait garantir une certaine sécurité dans cette vie. Dans un monde où la survie de notre espèce humaine à court terme n'était pas une question (et notre incapacité à affronter ces enjeux me sidère). 


Je ne suis (à nouveau) "plus étanche", ça c'est récurrent, mais il me semble que ça m'atteint de plus en plus profondément. Que cette vulnérabilité est devenue la mienne - contrat de travail en balance, âge supérieur à cinquante ans, petits handicaps et soucis de santé, retraite improbable ; celle de mes enfants - handicap psychique, désorientation ; celle de mes parents - dépendance physique ou psychique. Une patiente m'a récemment appris le terme de "sandies" - pour cet âge sandwich entre les soucis des grands enfants et ceux des parents vieillissants, mais si ce n'était "que" ça, si toutes les enveloppes à toutes les échelles n'étaient pas aussi dysfonctionnelles, peut-être ce serait juste "la vie". Là - je ne sais plus.