Six ans que je travaille dans ce service - depuis sa création en fait, six ans que je connais ce grand dadais lunaire, et que nous nous mobilisons - équipes académiques, équipes de soins, pour que quelque chose tienne malgré son inaptitude à rentrer dans les cases, et ses douleurs identifiées ou tues. Je l'ai vu de loin en loin, mais ai plaidé sa cause auprès de l'école, l'ai adressé à des soignants de confiance, et puis de temps en temps, nous faisions le point. Très grand, très mince, musicien à ses heures, toujours l'air de venir d'un ailleurs incertain... Il termine ses études, enfin, plus ou moins, et doit entamer un stage dont nous espérons qu'il ouvrira sur la possibilité d'une insertion malgré tout. Il est inquiet de ce saut vers une nouvelle étape qu'il n'est pas sûr de pouvoir réussir, et du fait que tout son système de soins à ce jour repose sur sa qualité d'étudiant. Un enfant dans un corps d'adulte, une sensibilité à fleur de peau, et un handicap nommé mais qu'il ne veut pas à ce jour faire reconnaître, malgré l'évidence.
Et ce soir il m'a émue aux larmes, en me disant, je sais que ce n'est pas possible, mais je voudrais vous faire un câlin. D'accord, en effet, mais peut-être pourriez-vous me dire pourquoi vous auriez envie de me faire un câlin ? Parce que depuis la première fois où nous nous sommes rencontrées, vous êtes apaisante - sinon je ne serais pas revenu. Et nous avons évoqué ces premiers entretiens, il y a six années de cela - il était si perdu alors, touchés de constater la précision de ces souvenirs partagés. C'est rare dans ce métier, et toujours bouleversant, de constater qu'avant toute autre chose c'est d'abord une rencontre humaine, un lien tissé, une histoire commune... je suis partie avec un vrai sourire, c'était un beau cadeau.
Et ce soir il m'a émue aux larmes, en me disant, je sais que ce n'est pas possible, mais je voudrais vous faire un câlin. D'accord, en effet, mais peut-être pourriez-vous me dire pourquoi vous auriez envie de me faire un câlin ? Parce que depuis la première fois où nous nous sommes rencontrées, vous êtes apaisante - sinon je ne serais pas revenu. Et nous avons évoqué ces premiers entretiens, il y a six années de cela - il était si perdu alors, touchés de constater la précision de ces souvenirs partagés. C'est rare dans ce métier, et toujours bouleversant, de constater qu'avant toute autre chose c'est d'abord une rencontre humaine, un lien tissé, une histoire commune... je suis partie avec un vrai sourire, c'était un beau cadeau.
Il n'est pas le seul d'ailleurs, il y a aussi cet étudiant chinois, vu depuis les débuts du service car impossible à adresser, et avec lequel s'est tissé comme une amitié d'un genre particulier, un génie mathématique que j'aurai vu passer de l'adolescent post-traumatique au doctorant prêt à se lancer dans une carrière internationale (mais toujours adolescent d'une certaine façon), et plus habité par des questions métaphysiques que scientifiques...