01 juin 2017

Pas si petite


Et parfois une grande peine aussi, ou une infinie solitude.
Je lui ai promis que nous allions chercher encore,
aussi longtemps qu'il le faudrait pour trouver un moyen de la soulager.

30 mai 2017

Mais mais Mai ?

Déjà le 30 ? Mais où est donc passé le mois de Mai ? Macron a été élu, Zaza a fêté ses 14 ans, j'ai perdu une demi-oreille et gagné quelques vertiges et migraines récurrentes malgré plusieurs passages à l'hôpital (mais qu'est-ce donc que je ne veux pas entendre de cette oreille :-)?), j'ai rencontré des soignants atypiques (sans plus de succès), Léo a grandi (concours de Psycho-Prat', ouverture de compte, Journée Défense et Citoyenneté), je me suis inquiétée pour Elsa (psychiatre angoissante, déscolarisation non résolue, décision de prescription), j'ai travaillé (trop), je me suis remise à lire (ça c'est bien), j'ai commencé à ranger l'appartement pour le prochain échange, nous avons repeint les plafonds, vu quelques films oubliables, et passé un lumineux week-end amical pour finir. 

Un week-end comme je les aime, grande maison avec jardin, bande de copains, bande de gamins (qui ne sont plus tout à fait des gamins), grandes tablées au soleil et baignades... rafraîchissantes (15-16°C pas plus) mais joyeuses. De quoi reprendre plein de forces !

28 mai 2017

Bonheurs






13 mai 2017

Grands coeurs

De Léo et Saskia, sur le pas de la porte d'Elsa ce matin.
A la suite du message de Saskia, un jeu de piste
avec des petits cadeaux disséminés à travers toute la maison. So sweet.

04 mai 2017

Grande Sophie et petite Delphine

Je les aime beaucoup toutes les deux, je n'avais jamais réalisé à quel point leurs univers se répondent - mélancolie, délicatesse, humour - c'est cela : les larmes derrière le sourire, le rire dans les larmes. Réunies, elles ont lumineuses ; un bien joli duo...

Elle rêve parfois d'un homme à qui elle demanderait: est-ce que tu peux m'aimer? Avec toute sa vie fatiguée derrière elle, sa force et sa fragilité. Un homme qui connaîtrait le vertige, la peur et la joie. Qui n'aurait pas peur des larmes derrière son sourire, ni de son rire dans les larmes. Un homme qui saurait.

Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants. Il y a longtemps qu'elle le sait.
Delphine de Vigan, Les heures souterraines

02 mai 2017

Le plus beau métier du monde

C'est un grand ponte, chef d'un service hospitalier pour adolescents renommé, directeur de recherches et professeur d'université. C'était un tiers possible, une proposition pour Elsa, un deuxième avis en complément d'une prise en charge qui pour le moment n'arrive à juguler ni ses inquiétudes ni les miennes la concernant. Ce fut une rencontre au-delà de toute espérance. Et d’abord une rencontre humaine, avec quelqu'un qui prend un temps invraisemblable dans le système de soins actuel - deux heures d'entretien dont une partie avec Elsa seule, évaluation, réflexion, propositions. Une rencontre posée, respectueuse de tous, à aucun moment jargonneuse, condescendante ou angoissante comme j'ai pu le ressentir dans un autre cadre. Un clinicien comme j'aimerais l'être un jour - pour qui la théorie et l'expérience sont tellement intégrées à l'être que le travail devient invisible - l'échange est fluide, le cadre est posé sans en avoir l'air, la ré-assurance est constante sans être insistante, les propositions semblent couler de source, et il faut un oeil averti pour apprécier la profondeur et la puissance thérapeutique en oeuvre dans ce premier contact.

L'avenir nous le dira, mais j'ai la conviction que cet unique entretien sera un pivot dans le chemin d'Elsa, dans le nôtre en tant que parents.

Ce matin, j'ai trouvé un extrait d'interview dans lequel il dit ceci, qui me semble profondément aligné avec ce que nous avons partagé : 
– Pourquoi êtes-vous devenu psy pour ados ?
– Parce que c’est le plus beau métier du monde. Auprès d’adolescents, on peut ouvrir des portes, faire entrer du possible. La rencontre avec quelqu’un qui écoute peut changer la vie d’un adolescent.

NB : Je partage ce point de vue, bien sûr. Même si j'ai la conviction que c'est également vrai lorsque l'on travaille auprès des adultes !

30 avril 2017

Noces de diamant

Un moment précieux.

Parce que cette génération sera probablement la première à avoir vécu assez longtemps et peut-être la dernière à avoir été capable de s'engager pour la vie - suffisamment pour arriver à ces soixante ans de mariage.
Pour le discours de Bizzou - habituellement si discret, et qui s'est révélé dans ce moment - clair, percutant, drôle et émouvant, malgré ses 83 ans, sa santé fragile et sa surdité.
Pour la larme émue versée par une cousine à ce moment-là, qui lui a dit - quand j'aurai votre âge, j'aimerais qu'un homme me parle comme ça. Et moi donc...
Pour la vérité - rien n'a été facile dans leur chemin, et encore aujourd'hui. Et pourtant... ils sont là.
Pour le plaisir de retrouver des membres de cette famille que je n'avais pas vus depuis des années, avec la même chaleur et la même simplicité que si je les avais vus la veille.
Pour le plaisir de chanter ensemble, de voir danser les vieux mariés, ce qui n'est pas un petit miracle suite aux multiples fractures au pied de YoYo - mais il fallait un brin de musette, car il y a une histoire là...
J'appréhendais d'être bouleversée par ces noces de diamant dans les lieux où je me suis mariée, cette mairie et cette église de campagne, ouvertes et fleuries pour l'occasion. Je me suis simplement sentie heureuse pour eux, émue par l'amour qui circulait - et par le champagne qui coulait comme toujours, généreusement !
Je suis heureuse que mes enfants aient vu ça ; avec la distance amusée et un peu distraite des ados, inconscients de la richesse de cette journée et de son caractère exceptionnel à de nombreux titres, mais présents. Ils se souviendront. Quelle chance :-) !

23 avril 2017

Re-naître

Formée en novembre dernier à l'animation d'un travail EMDR en groupes, j'ai décidé de le proposer dans le groupe de parole sur les accouchements traumatiques que je co-anime avec une collègue sage-femme. Après un galop d'essai encore un peu approximatif, première "vraie" expérimentation ce dimanche.

Le processus est déjà partiellement mystérieux en individuel ; il l'est plus encore ici, puisque chacun fait son chemin intérieurement, seules les ressources et les souhaits pour l'avenir sont partagés. Feed-back en post-groupe : j'ai changé de perspective ; c'est comme si ma fille était enfin née ; j'ai envie d'être maintenant dans la vie (une mère qui a affronté la crainte de mourir lors de la naissance) ; ça m'a ouverte à des questionnements auxquels je n'avais pas accès auparavant, à un autre regard sur ce qui s'est passé.

Bien sûr, ce n'est pas magique, c'est dépendant de l’expérience singulière et des ressources initiales de chacun(e) - les pères sont les bienvenus aussi. Pour certain(e)s, ce sera une clôture ; pour d'autres un début, ou une étape. Mais le fait que cela ne laisse personne au même endroit sur la route est déjà passionnant.

Cerise sur le gâteau, l'enthousiasme de la personne qui me supervise, qui me suggère d'écrire au chercheur qui a créé le protocole pour lui parler de cette application, à sa connaissance inédite. Perspective super motivante !

18 avril 2017

Autour du monde

Petit bonheur pro : de retour de vacances, recevoir une gentille carte des USA envoyée par une patiente allemande, qui me remercie pour le chemin fait ensemble ces derniers mois. Inattendu et motivant !

17 avril 2017

Ressources

En voie de guérison, de reconnexion à ce qui me nourrit - le groupe et la solitude, l'animation joyeuse et créative et le silence, faire partie et marcher à mon rythme. La beauté. La gratitude. Lâcher prise, faire un vrai break, tant pis pour l'argent, prendre le temps d'être là. Et aussi celui de n'y être pour personne.

Pratiquer les géométries variables, fêtes de famille(s), week-end câlin, départ en solo. Marcher, nager, faire du vélo, lire, aller au concert, au cinéma, parler à des inconnus, prendre un verre seule en terrasse, observer les passants, les familles, les couples, savourer chaque instant.

M'impliquer dans la préparation de l'anniversaire de la maman de Ronan, parce que ça me parle, célébrer, créer des moments parfaits ou presque, ceux dont on se souvient. Ecrire une chanson, préparer un tajine, mais aussi jouer au foot sur la plage, fouiner dans la bibliothèque, caresser les chevaux. Me sentir "chez moi" avec tous, une sensation de toujours, cette capacité que j'ai à adopter et à me faire adopter. Sentir que mes enfants aussi peuvent y trouver leur place, petit bonheur supplémentaire. Retrouver Victor le temps d'une soirée parfaite aussi, concert des Colibris au Cabaret Sauvage, marche le long du canal et échanges inspirants et sincères - comme toujours dans cette rencontre.

 
M'émerveiller devant la beauté sauvage de Belle-Ile, inondée de soleil et quasi déserte, sentiers côtiers, plages aux eaux transparentes. Au Palais, les panneaux indicateurs proposent en direction Sauzon, Bangor, La liberté de se perdre. Ma direction préférée. Passer deux jours lumineux avec Ronan, observer ce qui là aussi change, s'intègre ? Cuisiner ensemble plutôt que d'aller au restaurant. Prendre le temps de se parler en finissant une bouteille d'un vin délicieux. Accepter un déjeuner de Pâques à Montlevon, être touchée par Saskia qui dit, j'aime beaucoup la famille de Léo, ils sont tous gentils, je n'aime pas les familles mais j'aime bien la famille de Léo. C'est vrai. Moi aussi. 

30 mars 2017

Intégration

Je me relis et je vois entre les lignes, la descente lentement mais sûrement à partir de mi-décembre... je lis ce qui ne pouvait pas s'écrire, le creux de la vague noire. Il y aura eu aussi, un message ahurissant de mon père - le temps passe, rien ne change, c'est ici aussi : et des vertiges, des maux de tête, une chute brutale de l'audition qui m'auront valu passage aux urgences et IRM, rien de grave finalement, si ce n'est la perte auditive en elle-même, sans promesse de récupération. Probablement due à un virus, ou une chute brutale de tension, au moment où j'étais le plus épuisée, défenses immunitaires à plat et anémie massive. 

A ce moment-là, le tarot d'Osho montrait au centre la solitude ; dans les freins, la comparaison et la morale ; en voie de passage, l'intégration ; en ligne d'horizon, la transformation. Un très beau tirage, au pire des moments.

Et petit à petit... la vie est revenue, le printemps s'est remis à fleurir. Et je sens oui, que certaines lignes ont bougé, intérieurement et extérieurement. Que l'intégration est en cours. Et que je me retrouve, un peu plus loin sur le chemin.

29 mars 2017

Patience

"Mon premier mouvement est de trouver quelque chose à aimer, quelque chose qui m'inspire, quelque chose d'héroïque, quelque chose que je puisse reconnaître comme le cadeau et le fardeau de la condition humaine, la douleur et la grâce qui se trouvent en chaque personne rencontrée."

R. Kurtz, Body-centered Psychotherapy

J'essaie aussi, avec chaque nouveau patient. Je n'y arrive pas toujours. Mais lorsque je trouve, la rencontre se fait, l'alliance peut se créer.

23 mars 2017

Cibles

Sur ma bucket list, il y avait, aller dans un club de tir et essayer, au moins une fois. Checked ! Expérience tout à fait intéressante. Je pensais que c'était un truc de cow-boys (mais au premier essai, on se rend compte qu'aucun duel de western n'est crédible avec une arme à l'ancienne). Je pensais que c'était possiblement aussi un truc de gros bourrins, ce que la population du club ne dément pas au premier coup d'oeil. Je pensais que ça pouvait être un défouloir (en même temps, je n'avais personne de précis à trucider).

En fait, ce n'est rien de tout ça : c'est un bel alignement geste-respiration, un moment de présence et de précision. Presque une méditation. Et plus on est centré, ancré, concentré sur le geste plus que sur la cible en elle-même, plus on est précis. Ce qui n'est pas sans me rappeler Le Zen dans l'arc chevaleresque du tir à l'arc.
En initiation, deux armes, deux expériences : un Smith et Wesson 22, celui des cow-boys, où il faut ré-armer le chien entre deux tirs. Les règles de sécurité sont draconiennes, et j'étais un peu tremblante au début - pas effrayée mais intimidée de me voir accomplir ces gestes de cinéma, remplir le barillet, le refermer, relever le chien, lever mon arme. 

Et plus encore avec le Glock - automatique, lourd, avec un recul surprenant. Puissant, précis, impressionnant. En même temps c'était franchement marrant, et assez surréaliste, de me voir en train de charger une arme automatique avec autant de sérieux !

Bon, je ne vais pas devenir une tireuse d'élite (même si je suis très fière de mon premier, et peut-être dernier carton). Ni prendre une licence - par ailleurs hors de prix, sans doute à des fins de dissuasion. Je n'oublie pas - ni n'approuve - la raison d'être de ces objets. Mais j'ai vraiment aimé l'exercice, et au-delà du plaisir de réaliser un souhait et d'expérimenter totalement hors de mon univers habituel, j'ai apprécié cette concentration silencieuse, cette recherche du geste juste.

21 mars 2017

Spring

Ce n'est pas encore gagné mais... ça va dans le bon sens. Quelque chose qui s'allège, un ciel qui s'éclaircit, une envie de renouveau tous azimuts. La situation n'a pas changé, ou pas encore, mais l'énergie revient, je me retrouve petit à petit. Il est trop tôt pour les robes légères mais... il est l'heure de vider les armoires, d'ouvrir les fenêtres.

13 mars 2017

Ronde des mercis

A ceux et celles qui demandent des nouvelles, à ceux et celles qui offrent une oreille attentive, un gros câlin, un regard différent, un conseil inattendu, un relais enfants ou du soutien logistique, à mon médecin qui me chouchoute, aux collègues qui entendent et font marcher le réseau, aux grands-mères qui assurent, à la chouette prof de soutien envoyée par la mutuelle, à la CPE d'Elsa qui tient le bon cap, à toutes les propositions "bouffée d'air" - sorties, rencontres, vacances, à l'Echappée, à mon ostéo et à ma prof de yoga (mon trio de premiers secours), à Anna et à Air-Bag. Au chat qui soutient le moral des troupes. Au printemps qui revient.

03 mars 2017

A plat


- Je pense que je n'ai pas encore touché le fond...
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je n'ai pas commencé à remonter !

C'est pas moi qui l'ai dit... mais ça me parle. Fond touché lundi... revenue à 2% vendredi ? Courage, plus que 98 !

02 mars 2017

Amy

Depuis que les enfants sont là plein temps, il n'y a plus trop d'espace pour accueillir les CouchSurfeurs, et ça manque. Très heureuse de revoir Amy cette semaine - si vivante et positive. Après dix ans comme consultante pour le Parti démocrate (entre autres, elle organise aussi des Cannabis Tours à Denver ;-D), elle estime que le job est fait : Hillary est arrivée la première dans son état et ...il n'y a jamais eu autant de volontaires, de militants, de personnes formidables qui s'engagent pour changer ce monde ! C'est assez représentatif de sa vision du monde je crois : le bon côté des mauvaises choses. Trump comme une chance. Elle dit : quand c'était Obama, nous étions endormis, pensant que tout allait bien. Ca aurait été pareil si Hillary avait été élue. Là, tout le monde bouge !

Elle va donc voyager quelques temps à travers le monde - to become an international hobo, as she said. Amy est drôle, brillante, et surtout pleine d'une bonne énergie et d'un enthousiasme communicatifs. Lors de notre première rencontre, j'avais adoré son franc-parler, nos échanges sur le monde, l'intime, la culture - comme si nous nous étions toujours connues. Idem ici : expos, lectures, politiques, amours, enfants, avenir... une vraie bouffée d'air, en toute sincérité. On a bullé à l'Echappée, mangé vegan, admiré les fresques du 13ème.

J'ai adoré qu'elle m'offre la version anglaise de Train M, de Patti Smith - la suite de Just Kids. Et je suis très fière de mon badge de campagne Obama/Biden. 

26 février 2017

Petite fleur

Ce n'est pas seulement un air de Sydney Bechet, c'est aussi mon fleuriste préféré. Conseil de Yoyo hier : multiplier les petites joies par 10. Diviser les grandes emmerdes par 10. OK. Je commence : ce matin, petit moment de grâce chez mes fleuristes préférées, un client aveugle s'est mis à improviser sur le piano de la boutique. Et je suis repartie avec un ravissant bouquet - je les connais désormais assez pour leur dire, voilà mon fond de porte-monnaie de marché, 8 euros cinquante, qu'est-ce que je peux faire avec ça ?

21 février 2017

Diver-Cité

Suis contente. D'avoir oeuvré pour que sur ce campus de 6000 étudiants, bientôt 7800, nous mettions en place des actions spécifiquement pour nos résidents LGBT. Importantes partout, indispensables pour des jeunes issus de pays ou de cultures où la différence est source d'exclusion, de violence, de poursuites légales, et qui viennent étudier en France avec l'espoir de trouver une terre d'accueil et d'ouverture où ils puissent être qui ils sont. La convention est signée, la permanence d'accueil individuelle est en place, le tout premier événement a eu lieu - et ma Cité continue à porter haut  ses couleurs multiples et ses valeurs fondatrices - un lieu de paix et d’ouverture, où la différence quelle qu'elle soit est une richesse à se partager, une chance commune.

16 février 2017

Sainte LuLu :-)

Le 16 Février, ce n'est pas seulement le surlendemain de la Saint-Glinglin, mais aussi ma fête. Personne ne le sait, et moi non plus, en tout cas, je ne l'ai pas en tête. Du coup, j'étais toute contente de recevoir sur les pistes un message de ma maman et un autre de ma petite grand-mère. #petitsbonheurs

12 février 2017

Respirer

J'avais oublié. Cette sensation de liberté, de vitesse, de plaisir. Cette nature incroyable, la lumière omniprésente, éblouissante, l'air si pur - comme si mes poumons se dépliaient à nouveau pour la première fois. La blancheur, la beauté, le silence. Des moments de jubilation simple, de pur mouvement silencieux - aussi magiques qu'à la voile : le sentiment d'être intensément vivante, enracinée dans l'instant présent. Là-haut aussi, comme sur la mer, la lumière et le vent...

Quelques jours, j'ai retrouvé cette impression d'être pleinement debout, de marcher sans béquilles, d'être à ma place. Tranquille, et rieuse, et joueuse - ça aussi, je l'avais oublié... En équilibre, légère, capable aussi d'échanges sincères, avec toute la force que confère la fragilité assumée : c'est là que j'en suis, c'est là où nous sommes. Et rassurée : je suis épuisée, mais pas cliniquement déprimée, puisque dès que la pression s'allège, je me retrouve.

Bien sûr, c'est seulement le temps de quelques jours, un miracle provisoire qui ne modifie pas le fond. Bien sûr, les réponses ne viendront pas de là - aucune des questions ouvertes actuellement ne se suffira d'une réponse simple, et il y a des actes à poser, pour les enfants, et pour moi, sur tous les plans. Mais que ce temps ait pu être à la fois un temps de vacance authentique, une respiration profonde, et un moment d'échange, et un espace dans lequel me reconnecter d'abord à moi-même, ressentir tout cela - c'est déjà un cadeau.

10 février 2017

Time out

(And far too many things for far too long). De ce soir à dimanche soir - je disparais des radars, Et je suis enfin seule, pour la première fois depuis des... mois ? ...années ? Pas d'enfants, pas d'amoureux, même pas de chat. Pas de patients, bien sûr. Pas d'heure de réveil, pas d'heure de repas, pas d'intendance, pas de conversations, pas de justifications, pas de responsabilités, pas de réflexion, pas de loisir qui exige plus que le Elle sous la couette avec un thé, pas de rumination sur tout ce qui reste à faire, sur les décisions de fond à prendre ou les rêves impossibles, pas de disponibilité pour qui ou quoi que ce soit : juste respirer, à la maison. Un luxe incroyable. Le plus beau des cadeaux.

07 février 2017

L'âge de faire

Un coup d'oeil à l'agenda parce que je me demande où est passée mon énergie la semaine passée ? Ah oui. Trois passages à Cochin pour Maman. Deux rendez-vous médicaux pour Elsa. Réaliser qu'il faudra du matériel pour que David emmène les enfants à la montagne, aller le chercher. Faire 18 lessives et deux sessions de shampooing pour cause de poux. Faire cette mammographie qui me faisait peur (tout est normal finalement, ouf). Accompagner 20 patients. Essayer un anti-dépresseur, me sentir complètement à l’ouest quatre jours, renoncer parce qu'il majore les symptômes anxieux et ceux de l'anémie. Faire avancer le monstre APB (réaliser à quel point ce sera bien plus long que ce que je croyais). Et les candidatures BAFA. Relancer le dossier de logement social, Free qui veut m'extorquer 150 euros pour un boîtier perdu qui date de 2004, faire la comptabilité de mon premier mois de libéral non auto-entrepreneur et mesurer les dégâts. Déperdition d'énergie majorée par l'inquiétude générée par les nouvelles, un psychopathe à la tête de la première puissance mondiale, du dégoût pour le bourbier français. 

01 février 2017

Déchargée

Pleurer pour un oui, pour un non. Parce que je crois avoir perdu mes clés. Parce que le ballon d'eau chaude est vide. Parce que je ne trouve plus mon agenda. Parce qu'il faut ressortir acheter du lait, du pain, du liquide vaisselle. Parce qu'il faut renvoyer un formulaire, rédiger un mail, écouter un énième patient, et que je ne m'en sens pas la force. 

Pour rien aussi, ou plus exactement pour rien d'observable, vague d'anxiété ou de chagrin qui monte, enfle et déferle, s'apaise ensuite. Parce que je n'arrive plus à me contenir, déborde sur ceux que j'aime, tristesse, colère, plainte - et que cette impossibilité de me contrôler ajoute encore à mon désarroi.

Mais aussi parce qu'une patiente me confie quelque chose de bouleversant, parce que le vendeur de crêpes est gentil ou parce que le SDF assis dans le froid me tord le coeur.

Parce que je tiens trop de choses toute seule, depuis trop de temps - et que je me sens quand même précaire, fragile, vulnérable malgré toute l'énergie investie sur tous les plans. Parce que je suis épuisée, sévèrement anémiée, et qu'il est difficile de déterminer ce qui appartient au physiologique et ce qui appartient au psychologique - mais ce qui est certain, c'est que les deux systèmes sont à bout, batteries à plat.

Peut-être c'est une bonne chose - la Wonder-Warrior-G.0 LuLu au tapis. Peut-être que comme le téléphone, il faut d'abord laisser la batterie se décharger complètement, demander de l'aide, me laisser porter, avant de pouvoir reprendre la route. Me dé-charger. C'est ça.

30 janvier 2017

Regarder le ciel

En contrepoint au post précédent, dit Marion. Prendre de la hauteur ? Planer à quinze milles ? Chercher l'horizon ? Dans la tête retrouver un nuage de barbapapa, un coin de ciel bleu, un grain de folie, tout sauf encore un peu de plus de grisaille, oublier un peu les pieds dans la gadoue glaciale. S'élever. Respirer. Alléger.

(De toute façon les girafes n'existent pas, c'est un cou(p) monté).

Overthinking


28 janvier 2017

Mondes imaginaires


Cf post précédent : quand rien n'est simple et qu'il n'y a pas de solutions toutes faites, immédiates, il reste le recours à l'art, l'évasion vers les mondes imaginaires, la fréquentation d’humains suffisamment fous pour consacrer leur vie à la création, à la poursuite d'un rêve ou d'une idée fixe - il faut avoir la foi pour investir ces projets éphémères, transformer l'espace, s'exposer dans tous les sens du terme. Dans ces lieux alternatifs j'aime aussi la tribu silencieuse des dessinateurs, étudiants en art, groupes d'amateurs du 3ème âge, gentils allumés nostalgiques peut-être de n'avoir pas emmené leur désir jusque-là mais qui viennent faire un croquis, une esquisse, une aquarelle - parfois sans aucun rapport avec ce qu'ils ont sous les yeux, juste pour être baignés dans cette atmosphère fantasque et concentrée à la fois - dessiner comme on médite, plongés dans le monde pour mieux s'en abstraire.

27 janvier 2017

Courants d'air

Well sometimes you can't change and you can't choose
And sometimes it seems you gain less than you lose
Now we've got holes in our hearts, yeah we've got holes in our lives
Where we've got holes, we've got holes but we carry on
Passenger, Holes

21 janvier 2017

Where are we going ?

C'est le nom de l'installation, une invitation à la contemplation de nos vies qui s'échappent, une flottille de bateaux descendant le courant vers on ne sait où. Quand tout semble foutre le camp, il reste la créativité invraisemblable des humains, la poésie de leur imagination, la fragilité devenue beauté pure. Au beau milieu de l'effervescence clinquante d'un magasin de luxe inaccessible, un archipel de voiliers d'écume silencieuse, une forêt de neige et de liens entrelacés, réseau, rhizome, appel à la simplicité et à l'épure : un tissu de fils blancs, un instant suspendu.

17 janvier 2017

Tenir

C'est quoi ce joli mobile ? Oh, les urgences pédo-psy, y avait longtemps... L’adolescence et son cortège de symptômes plus ou moins aigus, l'impuissance, l'incompréhension réciproque, les heures de boulot perdues sans compensation, l'histoire qui se répète, angoisses, mouvements dépressifs, traitements, aménagements fragiles, souffrance sourde et muette, repliée sur elle-même, de génération en génération. La bonne volonté désespérée, l’énergie en fuite continue, l'impression que la balance continue de s'alourdir sur tous les plans sans horizon en vue. Voir son enfant en souffrance est difficile ; le voir refuser voire saboter toutes les tentatives d'aide est  juste insupportable - comme mère, et comme professionnelle - à fortiori quand dans l'heure qui suit il s'agit d'aller se confronter à la souffrance des autres, parce qu'il faut bien continuer à travailler tout de même (voir post précédent)  - donc à rester en prise continue avec la douleur humaine. Tenir tout de même - comment et jusqu'à quand ?

13 janvier 2017

Un moment de découragement

J'ai fait de longues études, auxquelles se sont ajoutées des formations que j'ai financées. Je fais un job que j'aime. Mon taux horaire de rémunération est bon. ET pourtant... un changement de régime libéral vient de me priver d'un TIERS de mes revenus. Ce qui, pour une maman solo, implique la disparition non seulement du superflu mais aussi des difficultés sur le nécessaire.

Je sais depuis longtemps que je ne fais pas partie de la catégorie des héritiers, ni des propriétaires, ni de ceux qui pourront se constituer un patrimoine par eux-mêmes. Statistiquement, parent solo de deux enfants, mes revenus me placent sur le bas de la classe moyenne. Juste au bord du vide... 

Dans 5 ans, j'aurais 50 ans, c'est-à-dire plus guère de chances de trouver du travail dans un secteur médico-social sinistré et aux niveaux de salaires par ailleurs consternants. Je n'aurai pas non plus de retraite : temps partiels quand mes enfants étaient petits, multi-statuts et donc bouts de ficelle depuis : temps partiels contractuels, libéral, vacations... Si demain les honoraires s'arrêtent, je n'aurai pas non plus de chômage. Sans parler des conséquences qu'aurait un arrêt-maladie un peu conséquent. Le bon sens voudrait que j'épargne de mon côté. Le bon sens dit également : mais épargner QUOI, dans ce contexte ?

Je l'ai fait pourtant, dans la mesure de mes modestes moyens. Un peu pour la retraite, un peu pour les études des enfants (dans le public et sur Paris !), un peu en plus pour les petits imprévus, Ce qui va me permettre d'absorber le choc au moins les 6 premiers mois, peut-être la première année. Le temps j'espère de trouver de nouvelles stratégies, qui n'iront pas je crois aussi sans un minimum de chance dans le contexte actuel.

Parce que je savais que je n'aurai pas la possibilité de faire de grands projets, j'en ai aussi fait des petits mais chouettes : multiplier les idées pour voyager, naviguer, avoir une vie culturelle enrichissante, avec un budget minuscule. Je suis devenue très efficace et très bien informée pour ça ! Mais si ces modestes horizons se ferment à leur tour, que me reste-t-il pour respirer, reprendre des forces, ouvrir les fenêtres ?

Au-delà de la menace sur ces modestes luxes (et je reste très consciente que tout le monde n'a pas cette chance), et de l'insécurité croissante à moyen et long terme, profondément déstabilisante, il y a une autre peur encore. Celle d'y perdre mon âme. Ma gaieté, ma créativité, les moments d'insouciance et de légèreté, la capacité de voir et de rêver grand - alors même que j'ai la conviction qu'ils sont plus nécessaires que jamais, et la seule voie de passage ici. 

07 janvier 2017

60 ans Gene


06 janvier 2017

Manifeste




Et pas toujours ce cheval de trait, solide, fiable et responsable. Une grande force joyeuse, comme le dit gentiment mon ami Charles. Je veux être une licorne à paillettes. Au moins de temps en temps. 

05 janvier 2017

Wingardium Leviosa ;-)

Une patiente ayant vécu un accouchement traumatique il y a un an : "Je suis venue avec l'espoir d'apprendre à mieux vivre AVEC mes angoisses. Je n'avais pas imaginé que je pourrais envisager de vivre SANS !"

Après 4 séances en EMDR. Elle a du mal à y croire, anticipe leur retour éventuel. J'ai du mal à y croire aussi, mais je sais qu'elles ne reviendront pas :-) ! Je ne suis pas une magicienne - j'ai juste un outil ajusté entre les mains. Mais ça reste quand même un peu magique, et infiniment gratifiant : rendre les coeurs plus légers...

04 janvier 2017

Rappel

...ou la méthode FLY : First Love Yourself. Un clin d'oeil à Anna.

03 janvier 2017

Un message de Maman

Mais ,
TOUT VA BIEN quand même :-)
Tout le monde, il est normal,

J'aime quand tu réagis au quart de tour
Fonce... dans le brouillard !
Après l'hiver, le printemps

Sursum corda !

Ben moi, ça m'a fait du bien de savoir que je peux, de temps à autre, réagir au quart de tour. Parce que j'ai tellement l'impression de me contenir et d'essayer de faire au mieux tout le temps et partout...

Après, non, je ne suis pas certaine que dans mon entourage tout le monde il soit normal :-P... mais bon :-) : 

Il faut aimer les gens tels qu'ils sont ou ne les aimer pas, les aimer tels qu'ils sont ou n'aimer que ses propres rêves, les aimer tels qu'ils sont ou les espérer autres et leur reprocher toujours de nous décevoir.
André Comte-Sponville

01 janvier 2017

Commencer en beauté


31 décembre 2016

Finir en douceur

Un nouvel an sous le signe de l'amitié, pour les grands chez Marion, pour Elsa et ses copines à la maison. Tout pareil pour Léo, parti à une fête avec des amis qu'il connaît depuis la maternelle. Puissent leurs amitiés être aussi durables et précieuses, c'est un tel trésor !

30 décembre 2016

Le Grand Palais des Glaces


Elles sont toutes floues...
mais c'est quand même un moment magique,
dans un endroit exceptionnel.

27 décembre 2016

Mamie présidente !

Ou comment un délire Léo-LuLu se transforme en chouette cadeau d'anniversaire pour les 80 ans de YoYo...

Nous avons une très bonne nouvelle à vous annoncer, c’est que Léo sait enfin ce qu’il veut faire plus tard, ça y est, il a trouvé : il veut faire une école de Police, parce que plus tard, il veut être Josette Police !
Josette Police, un métier d’avenir, un poste polyvalent et évolutif :
  • Des compétences multiples : organisateur d’événements, chef cuisiner étoilé, astrologue, gouvernante, conseillère municipale, musicienne, et même célébrante de pompes funèbres : une vraie femme-orchestre !
  • Un métier de diplomate et de médiateur tout terrain, formé aux interlocuteurs difficiles et aux situations d’urgence et de crise
  • Un métier de services à la personne : mari impatient, enfants débordés, petits-enfants malades, paroissiens démotivés, élus récalcitrants
  • Un métier de créateur de bien-être et de chaleur humaine
Le souci, c’est que le poste est actuellement pourvu, et par quelqu’un qui l’occupe brillamment, Josette Police, souvent imitée, jamais égalée !
En fait, nous savons de source sûre que notre Josette Police aspire à évoluer encore, et même, aspirerait aux plus hautes fonctions : Mamie, présidente !
En avant-première, nous vous dévoilons les grandes lignes de son programme :
Mamie présidente, tout le monde fera cinq repas équilibrés par jour. Car la nourriture est à la santé ce que le carburant est à la voiture ! Le bio sera obligatoire à la cantine, et le pot-au-feu sera décrété plat national. Et on croque ! Et on croque !
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, personne ne prendra de poids car elle décrètera que le beurre, la crème et le sucre ne font pas grossir. La qualité de l’alimentation sera une priorité politique et même les animaux de compagnie seront nourris au jambon Label Rouge.
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, l’Eglise ouvrira ses portes aux migrants, les femmes pourront devenir prêtres et les prêtres pourront se marier ; les grenouilles de bénitier et les donneurs de leçons iront faire des stages auprès des plus démunis et copieront cinq fois l’encyclique du pape François sur la Joie dans l’amour.
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, les hommes politiques seront jugés sur la tenue de leurs promesses et l’équité de leurs décisions ; les études supérieures seront gratuites et les retraites seront revalorisées. L’accès aux soins sera un droit imprescriptible et toutes les médecines douces seront remboursées. Les décisions importantes seront prises après une consultation des astres et de leurs maisons.
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, il y aura une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ; car une maison rangée est une maison à moitié nettoyée ! Le linge propre sera relavé, les mouchoirs repassés et les petites culottes amidonnées.
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, l’apprentissage d’un instrument de musique sera obligatoire : les Français feront tous partie d’une chorale, d’un jazz band ou d’un orchestre, et ce, quel que soit leur âge.
(les chœurs : Mamie, Présidente !)

Mamie présidente, nous aurons droit à des cours de maintien et à des séances d’ostéopathie pour tous : nous nous tiendrons droits, car nous ne devons rien à personne !
(les chœurs : Mamie, Présidente !)
Mamie présidente, nous aurons un gouvernement d’exception : Bizzou sera Vice-Président et Ministre du Café et du Bricolage, David sera Ministre de la Musique et des Situations Exceptionnelles, Léo Ministre de l’Humour et des Sports, Elsa Ministre des Câlins et des Bonnes Idées. LuLu sera Chef des Relations Diplomatiques et de l’Evènementiel et Grand-Mère sera à l’Enseignement et à la Culture, bien sûr ! Vous voulez un gouvernement qui ne ressemble à aucun autre ?
(les chœurs : Mamie, Présidente ! VOTEZ Josette Police !)

24 décembre 2016

Un Noël tout doux

Avec une messe enjouée, un repas délicat entièrement fait maison avec amour, des cadeaux qui illuminent ou enveloppent, des messages qui font chaud au coeur. Un Noël tranquille et nature, tellement qu'on en a oublié de prendre des photos ! Juste occupés à savourer les plats (foie gras maison, salade aux agrumes rôtis, magrets aux clémentines, monts-blancs à la crème de marrons) et à découvrir les surprises imaginées pour chacun.

Quelques jours de calme, à vivre au rythme des préparatifs (avec le temps d'une expo, d'un ciné, d'une bulle, d'un spectacle, d'une piscine...), puis à atterrir doucement. Un vrai bonheur, après ces dernières semaines !


23 décembre 2016

Coup de coeur

Tu ne peux contrôler tous les événements qui t'arrivent, mais tu peux décider de ne pas être réduite à eux. Essaie d'être un arc-en-ciel dans le nuage d'autrui. Ne te plains pas. Fais tout ton possible pour changer les choses qui te déplaisent et si tu ne peux opérer aucun changement, change ta façon de les appréhender. Tu vas trouver une solution.

Ne geins pas. Gémir informe la brute qu'une victime est dans les parages.
Fais en sorte de ne pas mourir sans avoir accompli quelque chose de merveilleux pour l'humanité.

Maya Angelou, Lettre à ma fille... à faire lire à nos enfants. A explorer plus avant. Une femme phénoménale, un clin d'oeil à l'un de ses poèmes.

16 décembre 2016

Maman Blues

Pas tous les jours facile d'être maman solo à temps plein de deux adolescents. De lutter contre la tentation du repli, portes fermées, écrans omniprésents, de défendre les repas communs, la parole vraie échangée, la création d'instants partagés, la rupture des routines. Contente des derniers - un petit restau spontané hier, la création d'un calendrier de l'Avent avec Elsa, l'improvisation d'un texte pour les 80 ans de Yoyo avec Léo, la décoration ensemble du sapin de Noël, la patinoire du Grand Palais bientôt.

Pas tous les jours facile même (et surtout) quand je suis l'unique force de proposition - la soupe à la grimace, l'ado-boulet, l'absence de remerciements spontanés, de reconnaissance de ce qui est fait - les petits gestes comme les projets de fond. De faire face à ce sentiment que tout est dû, qu'il n'y a aucune conscience des privilèges sociaux, intellectuels, culturels mais au contraire une comparaison avec quelques autres encore plus favorisés.

Pas tous les jours facile d'assurer l'intendance jour après jour, frigo rempli, linge lavé, maison rangée, copies ou carnets signés, démarches diverses faites en temps et en heure. Et de ne pas me transformer en mégère non apprivoisée pour la litière du chat jamais nettoyée, les assiettes sales non débarrassées, le rouleau de PQ non changé, les médicaments pas pris, les paquets de gâteaux vides qui traînent, les provisions manquantes et qui le restent, le ballon d'eau chaude vidé et jamais remis en marche.

Pas toujours facile de faire la part des choses entre la nonchalance adolescente "normale" et l'abus caractérisé. Pas toujours drôle de faire quinze fois la même demande, et de passer de surcroît pour la mère pénible (ce qui vaut également pour tout ce qui suit). De devoir contrôler les étapes même des tâches simples, personnelles (se préparer le matin) ou collectives (lancer une machine) - il m'arrive de me demander si je n'en fais pas autant, voire plus que lorsqu'ils avaient huit et quatre ans.

Pas être dupe que le contrôle et l’assistanat systématique renforcent cependant tristement ce type de comportement. Que faire ? Car renoncer au motif que le faire moi-même ira plus vite n'est pas non plus la solution.

De faire la part des choses entre la quantité de flemme lycéenne socialement acceptable et le semi-sabotage par manque de maturité, procrastination systématique, absence d'initiative. Lycée médiocre ? La difficulté compte double, faute de points de comparaison sains. D'être accusée d'être une Tiger Mother - et puis de voir mes craintes confirmées point par point à la première réunion parents-profs.

De faire la part des choses entre le malaise adolescent inévitable (et finalement constructif) et le vrai signal d'alerte, surtout quand il est exprimé de façon aussi intensive que spectaculaire - quitte à re-basculer dans les heures qui suivent en joie de vivre, complicité amicale et créativité (enfin, aussi longtemps qu'une nouvelle limite contrariante n'est pas posée...)

Pas toujours facile de me rendre disponible dans la seconde où c'est urgent, de mettre en sourdine ma propre angoisse, ou mon propre épuisement, de proposer des repères convaincants - surtout quand l'ado en face ne me donne aucune indication sur ce qui fait mouche ou non. Pas toujours confortable de proposer aussi un peu de prise de recul, de mise en perspective, d'appel à un peu plus d’indulgence, de tolérance voire de douceur avec soi-même mais aussi avec autrui.

Pas toujours facile de prendre du recul face aux inévitables reproches adolescents, de dédramatiser, de garder mon calme - ne pas me laisser blesser, ne pas laisser passer non plus, garder en tête le mot de Winnicott - la seule mission des parents d’adolescents ? Survivre. Pour le bien de tous.

Pas facile d'attendre trop souvent en vain que le mot pour remercier, la joie partagée, la petite attention, les croissants du petit déjeuner, le service spontanément rendu, le cadeau pour le plaisir ou au moins à date officielle - bref, la prise en compte de l'autre, pour moi-même comme pour tous les adultes qui les entourent pourtant tous de leur mieux, ne soient pas à sens unique. D'appeler à un peu plus d'empathie, de générosité, un peu moins d'égocentrisme.

Pas toujours évident de les garder plus ou moins à l'abri des conflits des adultes, des soucis  ou des charges professionnels, et des angoisses matérielles, qu'il faut pourtant bien gérer de front.

Pas facile de se demander tous les jours si on en fait trop, ou pas assez, si tel ou tel comportement est tolérable, ou inacceptable, normal, ou inquiétant, d'avoir constamment le sentiment d'être coupable, insuffisante, voire impuissante - malgré tout l'amour et la bonne volonté du monde.

Pas facile de faire passer le message que dans le contrôle, l’exigence, l'appel à la responsabilité, il y a bien plus d'amour et de confiance dans leur capacité à grandir que dans la complaisance, le nivellement par le bas et la facilité.

Et pas facile enfin, dans ce contexte, de lutter pour garder de la bonne humeur, de la disponibilité, de l'humour, du plaisir de vivre ensemble, des projets communs, de la solidarité, de la joie qui font pourtant tout le bonheur d'être une famille, non :-)?

Envie de câlins, de fous-rires, de simplicité, d'amoûûûûûr ! De garder un regard émerveillé, parce qu'il y a aussi de quoi - devant ces adultes en devenir, si pleins de charme et d'intelligence malicieuse, de promesses à venir.

Bref - je crois qu'il est temps que mes ados partent en vacances... pour mieux les retrouver.

14 décembre 2016

Anges déchus


Du Cirque du Soleil aux Elégies de Bartabas, une même image, celle d'Icare ou des anges déchus, une humanité tombée du ciel, vulnérable, menacée. Le Cirque du Soleil s'adresse aux enfants - on reste dans le conte, tout est bien qui finit bien, la virtuosité et les paillettes neutralisent le savant fou d'ailleurs moins méchant qu'il n'en a l'air - c'est plutôt un passeur, un prétexte narratif dans une forêt de légende aux couleurs chatoyantes. Les costumes et la mise en scène sont féeriques, les artistes défient les limites du corps humain et de la pesanteur - c'est un monde parfait, enchanté et enchanteur.

Chez Bartabas, c'est une toute autre histoire qui se joue - bien plus sombre, traversée par les drames de notre temps, intégrismes, massacres - ses anges sont si humains, fragiles et dépenaillés, et ses clowns, vaguement terrifiants. Un monde perdu, tragique, dans lequel pourtant la beauté, la poésie et même, la tendresse, sont omniprésentes - dans la voix rocailleuse de Tom Waits, dans ces anges qui veillent les clowns endormis - endormis, ou assassinés ? Il y a du Charlie, du Bataclan dans les niveaux de lecture toujours multiples chez Bartabas - l'horreur n'est jamais loin, mais médiatisée, transfigurée par la création, par la culture aussi - j'adore ça chez lui, ces échos de livres, de tableaux, de films - d'oeuvres majeures qui traversent et nourrissent tous ses spectacles. Et l'humour aussi, le tragi-comique, le burlesque, le clin d’œil affectueux - le petit poney shetland porté par un troupeau d'anges ou les dindons qui gloussent sur un solo équestre tout de rigueur et de gravité. A cet athée farouche, je trouve une forme de profondeur, de spiritualité qui parle de l'âme à l'âme - une émotion qui ne se dément pas.

Chez Zingaro comme au Cirque, je reste émerveillée par cette capacité de l'homme aussi au meilleur : la créativité renouvelée, le désir de repousser les limites, la recherche d'une forme de perfection, de propos total où tous les arts se mêlent - dressage, acrobatie, danse, chant - costumes, lumières et musique. Chaque image est parfaite - certaines me resteront longtemps...

05 décembre 2016

Fugu

Le fugu est ce poisson japonais qui peut être aussi exquis que potentiellement mortel. Et qui enfle démesurément lorsqu'il a peur, afin d'intimider l'ennemi. Intéressant. Possible que certains humains fonctionnent d'une façon assez similaire, finalement.

03 décembre 2016

Kifs 2

Dont acte :
- Un petit bistrot de marché avec Laurent à Lyon
- La rencontre d'une collègue expérimentée et chaleureuse dans le train retour du congrès EMDR
- La pluie de petits messages du monde entier pour mon anniversaire
- Le bouquet anonyme envoyé par... ma Môman
- La colonne vertébrale déverrouillée par mon ostéo préféré
- Les gens dans l'enveloppe, offert par les enfants, qui mérite un billet à part entière
- Lire au lit le samedi matin
- Une coupe de champagne offerte par la fleuriste
- La tarte au citron meringuée faite spécialement à mon intention par ma copine de toujours (le droit de choisir mon dessert d'anniversaire, comme les enfants)
- Et la liste de kifs de l'année proposée ce soir-là !
- De chouettes sorties passées et à venir (le Cirque Invisible la semaine dernière, Zingaro bientôt). Le spectacle vivant me régénère, me fait voyager, surtout quand il parle aussi directement à la part d'enfance et de poésie en moi...
- La réalisation d'un calendrier de l'Avent maison, moment de complicité avec Elsa
- Le beau froid ensoleillé de ces derniers jours
- Des nouvelles bottines d'hiver qui me ravissent (il en faut peu... pour être heureux)
- Une improbable soirée de danse à la Cité (qui mériterait aussi son propre post)
- Un post-it avec un coeur laissé par Léo un soir de retour tardif du travail
- Ma thérapeute qui m'adresse une première patiente
- Un déjeuner doux avec Ghislaine, qui me raconte une renversante histoire de vies antérieures
- Le plat à gâteau rendu par Marion... avec un nouveau gâteau dedans :-)!
- La douceur et la continuité du lien avec Ronan, un kif au quotidien, si précieux quand la vie secoue un peu trop fort, ce qui est aussi le cas ces temps-ci.

Kifs 1

...et convergences d'information. Il y a eu le bouquin de Florence Servan-Schreiber. Il y a la formation EMDR et le travail sur les ressources. Et ce document envoyé par une participante du congrès (un kif à part entière, ce partage spontané !) sur l'exercice des trois questions. 

Par ailleurs, je vous avais parlé aussi d’un exercice qui consiste à « muscler » l’hippocampe, cette structure cérébrale responsable de la capacité à se concentrer, et de la mémoire. Nous savons aujourd’hui que cette structure peut diminuer jusqu’à un tiers de sa taille chez les personnes qui souffrent de dépression chronique et de troubles dissociatifs. Il y a donc une raison cérébrale, anatomique, qui explique les troubles de la mémoire et de la concentration. La bonne nouvelle est que cette structure peut retrouver sa taille normale avec une bonne psychothérapie et avec de l’exercice.

 De quoi s'agit-il ? Des trois kifs, en version journal de bord quotidien sur trente jours, avec renforcement via la technique du papillon, et variante intéressante qui intègre la question de la gratitude, car le 2ème kif doit être lié à quelque chose que quelqu'un d'autre a fait pour vous. (L'autre point sympa, c'est que la Care Box dans sa version originelle, la Boîte à Bonheur, était déjà un exercice d'observation et de gratitude... et qu'elle le reste).

02 décembre 2016

Les gens dans l'enveloppe

C'est l'histoire d'une romancière qui achète un lot de photos de famille sur le net, et décide de leur inventer une vie. C'est l'histoire d'un chanteur qui décide d'offrir à ces personnages des chansons qui les racontent.

Et parce que la romancière est aussi journaliste, c'est l'histoire de la recherche et de la rencontre des "vrais" gens dans l'enveloppe, qui à leur tour influencent l'écriture et fredonnent les chansons. Le chanteur, c'est Alex Beaupain (Les chansons d'amour, Les biens-aimés), la romancière, Isabelle Monnin, que je connaissais pas mais dont j'ai tout de suite reconnu la petite musique - l'observation sensible et la vulnérabilité à ce qui passe et disparaît.

Un vrai coup de foudre, pour la forme et le fond, ces narrations - fiction, enquête, musiques qui se répondent et se complètent, et cette tendresse profonde pour les vies ordinaires, ces souvenirs d'enfance qui ressemblent aux nôtres.

Je crois que toute vie vaut la peine d'être racontée, chaque vie est un témoignage de toutes les autres (...) On racontera la vie des gens dont on ne parle jamais. Elle vaut autant que celles dont on on parle - autant et aussi peu (...) ...elle est universelle et singulière, elle est 
 par essence bouleversante, je crois à ça dur comme fer, c'est même la seule chose en laquelle je crois.

01 décembre 2016

Danse avec la Cité

Mon utopique Cité m'a offert ce jeudi un petit moment de grâce. Dans le cadre de la Sexweek - semaine de débats et de prévention co-organisée avec un résident motivé, nous avons travaillé sur la question de la rencontre, de l'approche, du rapport au corps de l'autre, des différences culturelles lors d'une soirée de danse.

Le concept : offrir au groupe une série d'initiations à des danses du monde entier, à deux ou en groupe ; mini-démo par des pros, mini essai sur les pas de base - et beaucoup de rires, de jeu, de légèreté, et des instants improbables : les habituels caïds des soirées étudiantes vissés à leur chaise (quoi ? inviter à danser une fille que je ne connais pas alors que je ne suis même pas bourré ?), la timide étudiante japonaise qui rigole avec le résident hindou (deux cultures où pourtant, l'entrée dans la sphère intime de l'autre est quasi interdite), le mélange d'horizons et de générations dans la superbe salle de bal de la Fondation des Etats-Unis, où on s'attendrait plus à voir arriver des princesses en prom' dress avec leur gardénia au poignet que des étudiants qui tentent une sautillante java ou un sensuel souk brésilien...

Un peu de magie, beaucoup de bonne humeur, et pour moi un instant bulle de savon, infiniment bienvenu cette semaine-là.

17 novembre 2016

Trajectoires

Pas de posts ces dernières semaines ? Rien qui m'ait marquée ? En fait si. L'extraordinaire diversité et le courage des humains que mon métier me donne la chance de rencontrer, parfois brièvement, parfois au contraire dans un accompagnement au long cours. Le privilège de la confiance qu'ils m'accordent. L'émotion devant leurs tâtonnements, leurs questions, leurs avancées. Instantanés :

- cette femme qui a perdu il y a deux mois sa compagne d'un cancer, après dix-neuf ans d'amour - et leur incroyable parti-pris d'être dans la vie jusqu'au bout, de se réjouir de chaque possibilité restante, même réduite - conquise sur une fin pourtant inéluctable

- cette migrante mauricienne, qui a changé deux fois déjà de pays, de langue, perdu ses deux parents sans pouvoir revenir chez elle, sans papiers, qui porte à bout de bras un mariage dysfonctionnel, un mari hospitalisé et un enfant à la santé fragile, et qui me dit, je consulte parce que je me sens un peu fatiguée...

- cette très vieille dame aveugle, espagnole, dont le père a disparu dans les geôles de Franco et qui vient me raconter son récent voyage à Saint-Jacques de Compostelle et son sentiment de s'être réconciliée avec ses racines

- cette jeune femme adoptée qui a retrouvé la trace de sa mère de naissance, une démarche d'autant plus vitale qu'elle a perdu aussi sa mère adoptive, et qui nomme de plus en plus clairement la difficulté qu'il y a à entrer de plain-pied dans le monde adulte lorsque ce regard aimant vous a fait par deux fois défaut

- ce matin cet homme qui rencontrait un psy pour la première fois de sa vie, arrivé alcoolisé et amer, reparti ému et curieux, peut-être prêt à s'aventurer finalement sur ce chemin de connaissance de soi

- cette jeune adulte gravement accidentée à l’adolescence et qui retraverse avec courage les douleurs de cette période, construisant peu à peu un sentiment de sécurité et d'intégrité qui ne s'était jamais  complètement reconstitué depuis

- cette autre qui apprivoise petit à petit les absences dont elle était inconsolable pour avancer à petits pas timides dans une nouvelle relation, retrouver confiance en elle et en l'autre

- et cette dernière qui a survécu à une relation infiniment destructrice, et que j'accompagne depuis le début de ce mouvement de survie qui la laisse aujourd'hui épuisée mais libre, lumineuse, incroyablement fragile mais vivante psychiquement, preneuse de toutes les pistes, téméraire parfois (c'est toute sa question, jusqu'où aller trop loin, apprendre à se protéger, à être douce avec elle-même) mais déjà sauvée.

Les trois dernières ont remarquablement avancé aussi grâce aux outils de l'EMDR ; même à mon niveau de grande débutante, je ne cesse d'être émue par la puissance de cet outil, que je n'utilise pourtant certainement que dans une faible mesure de ses possibilités.

Ce qui me vient à me relire c'est de la gratitude : j'apprends sans cesse à leur contact, je réfléchis, je me laisse émouvoir, je remets en perspective, je progresse aussi, professionnellement grâce à leur confiance mais aussi, j'espère, humainement. C'est un drôle de métier ; mais je n'en ferais pas d'autre.