27 septembre 2009

Au coeur

Dans les turbulences du moment, ce qui est inscrit dans les lignes de Winckler (voir post précédent) est un fil rouge. L’espace où je me sens être, où je me sens être ce que je suis, une petite grande dame, grande dame en devenir, j’espère. Oh bien sûr pas toujours, et avec une grande humilité, et beaucoup d’incertitudes. Mais de rencontre en rencontre, c’est une constante : c’est la place où je souhaite être, celle où je peux être ce que je suis de meilleur.

Dans les consultations, dans l’espace d’écoute en collège aussi. Ce vendredi, deux enfants encore, trop tôt adultes... Un qui aura su mettre des mots sur sa réaction violente face à un éducateur de l’établissement, reparti apaisé (si on avait exigé de voir ma mère sur-le-champ, alors qu'elle est alitée depuis plusieurs semaines et encore en attente d'un diagnostic - comment aurais-je réagi ?).

Un autre, première entrevue, déjà catalogué futur irrécupérable, qui a pu énoncer son besoin d’être regardé autrement, son souhait de faire de sa vie autre chose que son frère tout juste majeur, plus ou moins squatteur, plus ou moins dealer, déjà abonné aux gardes à vue, maintenant à l’âge d’une véritable incarcération. Conscient de tout ce qui l’entraîne sur ce chemin, mais pas encore désespéré – peut-être encore en capacité de reprendre la barre… Un gamin sensible, pas bête, qui peut peut-être encore ne pas devenir Un prophète de notre temps...

Me suis fait remonter les bretelles, les jours passés : ce que tu es vraiment est là – cesse de te battre pour tes amours d’enfance, pour tes peines d’enfance – quand tu es dans cet espace c’est là que tu donnes ta pleine mesure…

Et aussi, quand je larmoyais sur les dites peines d’enfance (et ma terreur de les voir se rejouer), sur le mode, s’il n’y avait pas eu tout ça j’en serais pas là, une affectueuse engueulade : et ALORS ? Tu crois vraiment que tu as à te plaindre, de là où tu en es ? De la personne que tu es devenue, aussi à travers tout cela ? Ouais. OK.

26 septembre 2009

Livres-ressources

Comme toujours – les livres comme compagnons de route – livres qui réchauffent, accompagnent, prennent par la main…

La mariée mise à nu, Nikki Gemmel. En poche, ce qui ne gâte rien ! Un journal de femme, 35 ans, mariée, avec encore tant de choses à découvrir de sa féminité, de sa sexualité… Deux années du journal d’une femme qui se découvre, se révèle, s’invente, trébuche et se relève. Un bouquin bouleversant, drôle, cru, érotique, dérangeant – un livre qui dit souvent tout haut ce que nous pensons tout bas, mais ne dirions jamais au grand jamais à haute voix. Un livre à offrir à ses amies, à ses sœurs, à toutes les autres femmes. Et aux hommes aussi, pour qu’ils apprennent, pour qu’ils comprennent…

Et Le chœur des femmes, de Martin Winckler. Bien sûr, j’y suis comme chez moi : la contraception, l’IVG, les relations amoureuses, ces consultations à mains nues et à cœur ouvert, où l’on reçoit si souvent autant que l’on donne – c’est mon quotidien, mon (extra)ordinaire professionnel. Mais au-delà de cela, c’est aussi un livre à mettre entre toutes les mains – celles des engagés des Plannings Familiaux et des services d’obstétrique, celle de tous les internes en médecine avant qu’il ne soit trop tard, celles des femmes pour qu’elles puissent s’y reposer, celles des hommes pour qu’ils sachent – celles des thérapeutes et futurs thérapeutes aussi… Quelques perles :

Quand on pose des questions, on n’obtient que des réponses.

Elles savent toujours de quoi elles souffrent.

Le soignant, c’est celui à qui le patient prend la main.

Tu ne sauveras peut-être jamais personne. Mais tu peux soulager et soigner presque tout le monde. Choisis.

Tout le monde ment. Les patients mentent pour se protéger. Les médecins mentent pour garder le pouvoir.

Qui soignes-tu en cet instant ? Eux, ou toi ?

Le docteur est pressé. Le soignant est patient.

Partage ce que tu sais. Elles te le rendront au centuple.

Oublie le secret, souviens-toi du chagrin.

Ce qu’une femme ressent est plus important que ce que tu sais. Et ce que tu crois compte beaucoup moins que ce qu’elle ne dit pas.

23 septembre 2009

Questions

Décidément cette Care Box, qui se voulait élégante et légère, qui privilégiait la pudeur, est quelque peu à la dérive - comme la plume qui l'encre (l'ancre ?). Si elle devient un joli moyen de dire - sans grandes conversations pour le moment douloureuses, vacillantes - après tout pourquoi pas...

C'est le mot du moment - pourquoi pas. Quand l'éventail des possibles est à ce point déployé, il y a une certaine légèreté à laisser aller, ne rien exclure. Et une redoutable exigence, à maintenir ouvert, garder la possibilité de se laisser surprendre.

Que dire ?

Merci... pour les messages on ou off, l'amitié vigilante. Pour les gestes anonymes aussi - un cafetier qui, désemparé par mes larmes sur le trottoir et à court de mots, est venu me tendre un verre d'eau, une préparatrice en pharmacie qui, à son conseil sur un contour des yeux, a ajouté spontanément, "Moi, vous savez, mon remède c'est la crème glacée... n'importe quel parfum, mais j'aime bien pistache."

Que dire encore ?

Je ne sais pas. S'il faut se battre ou renoncer. S'il faut laisser couler - dans le sens d'une acceptation, ou dans celui d'une philosophie : cela aussi passera, la patience suffit. Ce qui est juste. Si la vie propose un changement - ni de quel changement il s'agit. Ce qui est possible. Ce qui est souhaitable. Pris dans la déferlante, comment savoir ce qui appartient à la peur et ce qui appartient à l'amour, ce qui appartient à la tête, ce qui appartient au corps et ce qui appartient au coeur ?

22 septembre 2009

Pleure pas

Pleure pas
L'amour s'en va
Mais tu le savais déjà
C'est mieux d'être seule
Que de se mentir à deux
Quand tout se désagrège,
Quand l'amour se défait,
Quand l'habitude est un piège
Où l'on s'est enfermé
Laisse aller ma chérie,
Laisse aller, viens
On ira Rue de Vam chercher pour toi
Ces boucles d'oreilles en cristal, comme tu aimais autrefois.
J'ai vu ce matin qu'il est sorti chez Moussia
Ce livre d'Eluard que tu attendais, je crois.
Pleure plus, c'est bien d'être venues
Dans ce parc Montsouris
Où tu jouais, lorsque tu étais enfant.
C'est fou comme Paris est séduisant, aujourd'hui
Viens, asseyons-nous près du kiosque à roudoudou
Tu sais, quand le désir
N'est plus le désir,
Quand, dans un regard,
On ne se reconnaît plus,
Si tu ne tremblais plus
Quand tu l'entendais venir,
Si tu ne savais plus
Le rejoindre partout, n'importe où,
Laisse aller ma chérie, laisse aller
Allez viens, ma petite fille, viens
Allons rue de Vam te chercher ces boucles en cristal
On rentrera par la rue du petit lézard gris.
Regarde comme Paris est superbe aujourd'hui
Allez, pleure plus, ma chérie
Pleure plus, mon enfant
Pleure plus, pleure plus, ma chérie...

Barbara

13 septembre 2009

Lunambule

Sur le fil, entre l’angoisse qui s’infiltre, s’agrippe (mais n’est pas de l’amour, mais une marée noire, qui englue et noie, moi, toi, et le lien, et le temps) - et – les élans d’amour vrai, qui se heurte à la crainte d’embarrasser, à la peur de n’être pas reçu, s’élance quand même, se réjouit quand il est accueilli, partagé, s’étonne de pouvoir (parfois !) rester tranquille quand il ne peut pas l’être (et c’est un bel apprentissage).

Sur le fil, entre les moments de déchirure, de fermeture, d’incompréhension, de découragement, de dés-espoir, et des instants de grâce – une qualité de relation, d’intimité, d’intelligence réciproque, de rencontre auparavant jamais touchée. Il y a du bonheur là-dedans ! Un bonheur inédit, vivant, joyeux, aux possibilités créatives infinies – et que je n’échangerais certes pas pour le statu quo d’il y a quelques années… ah ça non ! Un bonheur où la femme et l’homme que nous sommes peuvent enfin se reconnaître, se re-connaître… J’aime l’homme que tu es, que tu es devenu, que tu deviens – ou que tu as toujours été mais qui aujourd’hui apparaît, s’incarne, rayonne. Et il en est de même pour moi.

Sur le fil, entre des blessures d’enfance, des blessures de femme qui s’entremêlent – et – une légèreté qui touche parfois à l’insouciance – pourquoi me soucier de ce sur quoi je n’ai pas prise (mais jusqu’où, ai-je cependant la possibilité et le devoir d’agir ?), une gravité dansante, vivante : le cœur serré mais ouvert

Sur le fil des questions de tout lien inscrit, construit dans une durée : faut-il tolérer ou bien affirmer ? faut-il dire la vérité ou bien se taire pour épargner, pour protéger ? faut-il laisser échapper ou persévérer ? ces autres rencontres à laquelle la vie nous amène, faut-il savoir y renoncer (et quel serait le moment juste alors) ou simplement les accueillir – puisqu’elles sont ce qui est, à ce jour (« J’honore chaque lien d’amour… », disait Nadia) - même si c’est difficile – et au risque de s’y perdre (dans toute l’ambiguïté du terme) ?

Sur le fil, entre l’envie par moments de reprendre la main de la seule manière qui serait – briser avant de voir, peut-être, (se) briser – et la confiance – quels que soient le temps, la forme, notre lien est unique, est premier ; ce n’est pas l’amour qui est mis à l’épreuve, mais la patience du cœur à accompagner une évolution, un chemin de transformation que j’ai parcouru moi-même, que je respecte fondamentalement chez toi

Sur le fil, mais dans la main d’une vie qui donne sans compter : dans cette traversée, et quelle qu’en soit l’issue, je ne suis pas seule. L’amour, l’amitié, le soin attentif veillent, là où je les attendais, et aussi là où je ne les attendais pas… et je sais pouvoir compter sur mes propres forces.

Sur la piste d’un secret qui délivre – que je devine mais auquel je ne me sens pas encore la force d’oser le OUI : ce oui inconditionnel qui embrasserait d’un même geste la possibilité d’une séparation et celle d’un nouveau départ, hors de l’exigence d’un quelconque délai. Un oui qui se libérerait de la peur – cette peur qui retient les possibles, enraye le mouvement de la vie, marchande, corrompt même ce que je désire le plus profondément… Un oui de confiance : oui à l’espace des possibles ouverts par une éventuelle séparation, oui à la liberté de nous choisir à nouveau, dans une nouvelle profondeur et avec toute la créativité et l’amour dont nous sommes capables…

A ce jour – je sens combien pour moi ce oui reste conditionnel, effrayé, douloureux. Un oui qui aurait encore drôlement une tête de non ! Mais je suis sur le chemin.

28 août 2009

Deux fils entrelacés

Le temps d’un stage, deux fils entrelacés – celui d’un espace de lumière et de paix, celui d’une douleur déchirante…

Des retrouvailles avec la part spirituelle en moi – fil d’or qui se dérobe parfois, refait surface, disparaît à nouveau, mais ne s’est jamais perdu tout à fait.

La nécessité de tolérer l’ambiguïté, les moments où l’on est ou bien se croit perdu – de la nécessité de la crise pour toute croissance.

« Nous sommes des bêtes de norme. »

Trop en trop peu de temps. Trop tôt. Trop vite. Trop tôt même pour savoir où exactement je suis atteinte.

Une demande, dans toute l’ambiguïté là aussi du terme : je souhaite que tu honores la femme en moi.

Comme un accouchement : entre la violence des contractions, des espaces de joie profonde, inespérée.

Si le couple se fonde dans l’amour, le projet, la sexualité – que nous reste-t-il, qui ne soit pas blessé ?

Laisse Marine être Marine - laisse l’instant présent être l’inconnu.

L’amour ce n’est pas, ne peut pas être dans l’effort, qui sépare de l’amour au contraire… ce n’est pas non plus la « récompense » de nos stratégies pour être aimé.

Retrouver la première enfance : celle qui est pur cœur, accueille ce qui est, sans projections ni anticipations – celle qui est traversée toute entière par les larmes ou la colère, et l’instant d’après jubile.

L’autre n’est jamais le responsable de ma souffrance – c’est toujours MA prison – l’autre est juste une chance éventuelle de m’en sortir enfin, de m’en sortir moi-même…

Générer cet amour en moi et l’agrandir – ce qui ouvre l’amour en l’autre – et l’accueillir – car pour recevoir aussi il faut une terre fertile..

Méditation : l’amour est en moi (inspir) / je suis dans l’amour (expir). Quelques secondes – le temps d’un sourire, plus de distinction, plus de limites, une unité… Le sourire vient quand c’est juste – la joie comme guide.

La vigilance à nos interprétations – cf. Ne fais pas de suppositions… Autant que possible, ne rester qu’avec ma roue.

Une goutte d’eau qui se croirait séparée de l’océan…

Une question (et une seule) au seuil de la mort : est-ce que j’ai aimé ?

Rien à faire. Rien à forcer. Rien vouloir. Et tout se fait tout seul.

Sortir de la plainte, pour s’orienter vers l’action juste ou la demande.

Donner toujours un petit peu plus que ce que tu reçois.

Nos mots nous créent. Passer déjà de, je suis comme cela à, je suis souvent comme cela à, je suis de moins en moins comme cela. And so on.

L’amour est entre nous ce qui grandit et nous grandit (Yvan Amar). Si différent de la satisfaction de mes ou de tes besoins… Accéder à cet espace d’amour est toujours un chemin de solitude – un chemin exigeant : il s’agit de trouver cet amour en MOI – ce choix est toujours possible.

...vous êtes cette personne qui s'est toujours relevée - a continué d'avancer...

Exercice : laisser être la tristesse, l'accueillir - sans s'y noyer. Discipline... Respirer. Accueillir. Traverser.

Une voie possible : honorer chaque lien d'amour. Une prière : puissé-je demeurer dans cette énergie d'amour.

Pas forcer pas anticiper pas vouloir... Demeurer à la fois dans l'incertitude absolue et dans la paix. Putain d'exercice !

"Tu montes la plus haute marche de ta vie, tu te sépares du cocon pour aller vers l'expansion de l'existence".

Nous sommes des "manquovores"... Il n'y a plus de manque ? Vite un manque ! A remplir par un geste compulsif, un semblant de satisfaction éphémère... trop obnubilés par le manque, nous passons à côté des bénédictions dans notre vie. S'exercer à la gratitude, à la re-connaissance (voir l'histoire des traces de pas).

A reconnaître que la vie veille - et ce stage-là, dans ce moment-là, en est l'évidence : au moment de la plus grande douleur, un espace de présence et de compassion.

Gratitudes : découvrir la puissance de la méditation, et sa vérité : il n'y a qu'à laisser être : let it be. Les émotions traversantes, les pensées parasites, les instants de paix profonde, et les élans de joie : let it be. La confiance : si je peux trouver des instants de grâce dans un moment pareil, alors c'est que faire le choix de l'ouverture du coeur est toujours possible. Et quand je n'y arrive pas, ne pas me juger pour cela, mais persévérer : un coeur faillible mais patient.

21 août 2009

Pious holidays

En direct des mails-addicts grands-mères :

"Elsa est calme, sait s'amuser dans la cour, s'occuper des fleurs, faire de longues promenades à vélo. (Jusqu'au Château de la Ville au Bois !). Des amis sont venus avec leurs petits-enfants et tous les trois ont été sages et intéressants pendant toute la soirée. Un autre soir, Elsa aime que l'on fasse du barbecue, et ensuite danse, un très bon moment ! Elle a fait six tours de manège, un manège ancien installé à Reims.

Pendant qu'il faisait très chaud, il a bien fallu que je me mette aux jeux de société dont Elsa est la grande spécialiste !

Une superbe perle de Elsa : "Monter sur un vélo, c'est pareil que monter sur un cheval, sauf qu'il n'a pas de pédales !!

Une autre : "Papi, gonfle mes pneus car ils sont moelleux" !!

Et une autre : "Ici, partout, ça sent l'air des vaches" !
Je me souviens d'une conversation avec Elsa :
Je lui demande : Comment fais-tu pour avoir autant d'idées et de les créer ?
Elsa me répond : "Déjà, tu réfléchis, et après, c'est comme si, il y avait, un mode d'emploi dans ma tête !!!

Un autre moment percutant :

C'est la fête à Artonges et Elsa me demande une "barbe à papa" que j'achète avec plaisir.
Sur la place du village, il y a là, une superbe "mare aux canards" ! Elsa me demande : "Mamie, une seule partie ? OK, Elsa.
Le jeune homme de service lui tend une ligne et me dit : 5 euros SVP !
Je dis doucement à Elsa : c'est cher pour une partie ! Et Elsa me répond sur un petit ton sec et pointu : "Oh ! 5 euros, ce n'est quand même pas du délire !!!"

"C'était VRAIMENT très beau à toutes heures ... Et Léo s'est régalé de tout, il n'y a que ses cours de tennis que je n'ai pu photographier, étant moi-même occupée dans ce créneau. Il a adoré l'équitation dans ce cadre superbe, l'accrobranches au-dessus du torrent ; n'a pas rechigné aux petites randos avec cueillettes. Et a trouvé le temps de faire le cahier de devoirs de français CM1 !

A la montagne , on bronze encore mieux qu'à la mer : Léo a un corps musclé, tout doré ! Mais les oreilles ont, un peu, cramé !!!"

15 août 2009

Mettre les voiles

Une succession ininterrompue de premières fois.
Le premier souvenir, peut-être le plus fort, c'est la traversée... Quand le jour tombe, quand les côtes disparaissent, quand les phares peu à peu s'éteignent... Je ne suis jamais allée dans le désert ; mais je crois que c'est à cela que ça doit ressembler : être un tout petit point perdu entre deux immensités, une voûte étoilée vierge de toute nuisance lumineuse humaine, et la mer immense, à perte de vue... Un tout petit point qui suit une invisible route - et la nécessité corrélative de faire confiance. Un petit point dérisoire et si vivant, un petit point qui traverse l'angoisse de la nuit et de l'inconnu et découvre le bonheur d'être seul à la barre, à guetter le premier rayon du soleil. Ce qui vient alors, est un chant ; et quelque chant que ce soit, c'est un Magnificat.

(mais aussi, la parole pleine engendrée par ce temps suspendu...)

Un autre souvenir ce sont les animaux - un invraisemblable banc de cachalots, des dauphins prudents mais curieux, un phoque esseulé, une libellule qui restera à bord jusqu'au retour... un instant unique de jeu, je ne vois pas d'autre mot, avec une petite raie volant sur un fond de sable blanc.

(et puis, dormir bercée par la houle, nager en haute mer, faire un feu de bois flottés sur les galets, planer à l'avant du bateau, les yeux dans les voiles...)

Un autre encore, c'est la communion avec la nature - la prise de conscience d'être dans un environnement limité en eau douce, en énergies diverses - le respect naturellement inspiré par la beauté de l'environnement, la présence des quatre éléments : le geste écologique devient alors une évidence, le constat de l'absence de désir de consommation aussi, et l'envie grandissante de fuir l'agitation des ports... La tombée des enveloppes sociales - s'habiller, se coiffer, se maquiller, pour quoi ? Un autre rapport à l'ordre aussi - quand la mer s'agite, et elle ne prévient pas nécessairement, le verre qui casse, la bouteille mal refermée, les objets qui valsent ne deviennent pas seulement un inconfort, mais un danger... là comme ailleurs, l'exigence d'une qualité de vigilance.

Un autre encore, l'acquisition d'un autre vocabulaire - bouts et drisses, aussières, taquets - grand et petit foc, gênois, trinquette... d'autres repères - cet autre bateau encore si loin dans la nuit, vient-il vers nous ou passera-t-il son chemin sans nous croiser ? L'idée si belle qu'au-delà des instruments modernes de navigation, rassurants mais toujours faillibles, il suffit d'une carte, d'une règle et d'un compas pour tracer sa route. Penser un instant à la folie des grands navigateurs, partis non seulement sans GPS mais aussi sans carte, à la rencontre de mondes improbables.

13 août 2009

Résonances

Il est vrai que j'ai reçu un sacré don avec la naissance : celui de tout magnifier. Il ne m'a jamais tout à fait quittée et je le retrouve dans cette allégresse profonde qui, magré tout, m'habite. (...) Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. Grâce à lui, je sortirai vivante du plus sombre des labyrinthes. (...)

Excursion d'été en Tchéquie avec deux fils ! Il en reste comme une poudre d'or sur les doigts ; toute la grâce est là dans le halo d'une après-midi bleutée et dans mon regard noyé de fierté. Ainsi, ce qu'au premier degré nous ne vivons pas, pris que nous sommes au filet des humeurs, se vit dans une profondeur qui ne risque aucune altération. (...) Est sauvé depuis toujours ce que nous avions pourtant vécu avec tant de négligence ! Quelle immense compassion a la vie pour nous !

Christaine Singer, Derniers fragments d'un long voyage

10 août 2009

Estivale

Le même goût des bonheurs présents, sans parasitage passé/futur – revenir dans un lieu d’enfance avant sa vente probable (mais même là, la possibilité de lâcher), et revoir quelques-unes des personnes qui l’habitaient déjà il y a vingt ans, savourer le menu immuable et les vins du château de Jau, inscrire les enfants pour des cours de voile là où j’allais enfant puis adolescente (pas peu fière, de les voir terminer leur stage avec leur petit livret de marin apprenti, force du vent, matériel utilisé, etc.)… arriver par inadvertance aux abords d’une plage nudiste, goûter le soleil sur la peau… emmener les enfants visiter la Réserve Africaine, un labyrinthe de maïs, et même voir – à leur demande expresse ! – un spectacle de taureaux-piscine.

Un peu plus tard en Provence, nous retrouvons avec joie les cousins qui attendent leur deuxième bébé (une petite fille, cette fois) et la maison des vendangeurs, la chaleur écrasante qui oblige à la sieste, les fruits et légumes exubérants des jardins locaux. Leçons de natation pour les petits, visite régressive du musée Haribo et dîner impromptu dans la vieille ville d’Uzès (en deux tables s’il vous plaît : enfants ravis de passer commande comme des grands, parents ravis de pouvoir dîner en tête-à-tête), et, plaisir inédit, un festival de théâtre de rue à Pernes-les-Fontaines – trois jours de spectacles gratuits à travers le village, jongleurs, comédiens, musiciens, clowns…

Au nombre des plus jolis moments, un étrange jardin des poètes plongé dans la nuit mais habité de créatures illuminées (!) par un abat-jour sur la tête assemblant parfois leurs voix pour déclamer poèmes et histoires, bibliothèque à ciel ouvert autour d’un samovar de thé à la menthe, improvisations (existe-t-il des vers sans T ? il y en a un, à la fin des Yeux d’Elsa – dont le « nom de jardin secret » fut : Papillon). Elsa qui lut toute seule la dernière phrase d’un poème brésilien devant les promeneurs attendris : Il y a un fil de lumière entre moi et moi frais débarqué. On y trouvait aussi petites annonces farfelues : Ombre musclée cherche lueur fragile pour la protéger, ou encore Europe cherche constitution humaine, et un écrivain public pour lui confier nos secrets (Secret-Terre).

05 août 2009

Etonnement

Fin de l’année passée (et des précédentes…) : fatigue accumulée, sommeil capricieux, angoisses stériles, agitation consommatrice – d’énergie, d’argent, de disponibilité - irritabilité fréquente autant que vaine. Cet été – à l’organisation pourtant tardive, non exempte de doutes, et avec un petit budget (lieux familiaux, très peu de restaurants, aucun achat compulsif - ce qui est un exploit !) : le luxe d’une vaste étendue de temps, et une étrange tranquillité, bénéfice inespéré d’un passage qui s’est fait sans bruit : celui d’une conjugaison au présent.

Très peu d’hier, et encore moins de demain : ce qui semblait une angoisse majeure, sans doute pas définitivement écartée, s’est diluée dans un être-là, être bien, sans doute fragile mais délicieux. Que sont devenues les ruminations et anticipations dont j’ai pourtant le secret ? Aucune idée. Au début d’Impacts – voir post du même nom – j’avais émis le vœu suivant : avoir moins peur. Eh bien, je ne sais pas par quelle voie cela a bien pu passer, mais pour le moment au moins – je n’ai plus peur.

Un temps qui permet le temps pour soi et pour l’autre, le temps seul et le temps à partager. La certitude tranquille qu’il y aura un temps pour tout permet une qualité de présence incomparable. Une qualité de parole aussi – dans une recherche de vérité qui va croissant et réinvente la relation.

Moins d’écriture, moins de lectures – mais de stimulantes, à laisser décanter sans les recouvrir par d’autres, sur lesquelles revenir : Lucien Israël (voir les posts ci-dessous) s’avère être un compagnon exigeant et bourru, mais qui tombe à point nommé, tant sa pensée vient résonner avec ce qui m’habite.

Léo (qui me voit penchée sur le portable, quoique à l’ombre du mûrier et au chant des cigales) me dit : Il faut que tu t’arrêtes de penser, c’est les vacances.

25 juillet 2009

Franchir le pas

Entre le premier aspect, la première formulation : « il est important de satisfaire une certaine attente » et la deuxième formulation : « ce n’est important que pour nous », il y a un gouffre, une faille par-dessus laquelle il nous faut sauter. Cette faille nous menace, il faut que nous la franchissions. C’est ça le pas à franchir ! Cette faille pourrait s’exprimer par « ça n’a aucune importance ». Entre « c’est important pour l’autre » et « ça n’est important que pour nous » il y a ce passage menaçant, ce passage devant lequel bon nombre de gens échouent, ne fût-ce que provisoirement, ce passage du « ça n’a pas d’importance ».

C’est un piège. Le piège de la dépendance, le piège qui s’illustre dans ce que je vous rappelais tout à l’heure de la fonction du témoin. Tout se passe, au moment de ce piège ou de la chute dans ce piège, dans cette béance, tout se passe comme si notre existence n’avait de d’intérêt qu’à être valorisée par un autre désirant, par un témoin (…) comme si notre désir n’avait de valeur, n’avait d’importance que parce que justement un autre comptait sur nous, que c’était en fait le désir d’un autre. (…) Suivre son propre désir, c’est témoigner envers soi-même de l’aptitude à un risque qui, lui aussi, comporte la mort. Mais l’aliénation vise à une garantie de vie qui prolonge peut-être l’existence mais au détriment du sujet.

Lucien Israël, Marguerite D. au risque de la psychanalyse

Nosographie

L’obsessionnel, répète, l’obsessionnel essaie que rien ne change, tente que rien ne change par opposition du coup à l’hystérie qui va s’avérer créatrice. Le démon créateur que l’on peut repérer chez chacun a ceci de démoniaque qu’il passe son temps à tenter de rompre les amarres. Rompre les liens qui nous rattachent à un certain passé et qui nous obligent à remplacer ce passé mythique par une création nouvelle. Ce qui fait que l’hystérie n’est une névrose que du point de vue de la stabilité obsessionnelle ou, à la limite, de la certitude délirante. Si l’institution est fondée sur la stabilité, sur l’absence de risques, il est évident que la création hystérique va, elle se fonder sur le risque. Il n’y a de création que s’il y a possibilité de ratage. L’obsessionnel, dans les bons cas, ne rate que ses actes manqués.

Lucien Israël, Marguerite D. au risque de la psychanalyse

Amour

La solution qui serait à inventer ce serait celle d’un lien sans contrainte, c’est-à-dire la transformation d’un lien en une relation. La solitude évoquée plus haut (…) devient disponibilité créatrice, mais elle ne s’acquiert qu’au prix de l’arrachement à cet objet, qu’au prix de l’arrachement et du renoncement à ce reflet de soi-même, pour être capable de construire dans ce lieu ou à ce lieu laissé vide, pour être capable d’inventer quelque chose qui n’était pas prévu au programme. (…) …comme si l’amour n’existait que conformément à une représentation idéale valable pour tous ? Alors qu’il n’y a d’amour que dans la mesure où une certaine création permanente, donc paradoxale, donc violente existe, sinon cette création disparaît, on vit l’amour des autres. Ce qui serait peut-être un symptôme à étudier, à moins que des autres parentaux nous obligent à vivre l’amour qu’ils n’ont pas su créer.

Lucien Israël, Marguerite D. au risque de la psychanalyse

23 juillet 2009

Thérapeutique

« Nombreux sont les cas où le retour à la santé d’un enfant anxieux peut être hâté par une position et un comportement de compréhension, ce qui veut souvent dire observation non intervenante d’un médecin non angoissé. » D.W. Winnicott

Le dessein de l’organisme était, selon Freud, de mourir à sa façon. Winnicott, qui allait développer un sens tout à fait différent de ce qu’est une vie, ajouterait à cela que le dessein de l’individu était de vivre à sa façon, ce qui, pour lui, incluait l’acte ultime, non conforme, d’être en vie quand il mourrait. Adam Phillips, Winnicott ou le choix de la solitude.

Une biographie mais aussi revue critique à lire absolument, comme invitation à la liberté et à la créativité cliniques, au non-empiètement comme thérapeutique, à la défense inconditionnelle de l’intime intimité comme signe de notre absolue singularité et comme irremplaçable moteur de notre croissance psychique.

21 juillet 2009

Rétrospectif

Pourquoi suis-je aussi triste, quand je repense à ce temps-là ? Est-ce le regret du bonheur passé ? (…) Est-ce de savoir ce qui vint ensuite, et que ce qui se révéla ensuite était en fait déjà là ? Pourquoi ? Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il ensuite détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? (…) Parce qu’on ne saurait être heureux dans une situation pareille ? Mais on était heureux ! Parfois le souvenir n’est déjà plus fidèle au bonheur quand la fin fut douloureuse. Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? Parce que ne peut finir douloureusement que ce qui était douloureux, inconsciemment et sans qu’on le sût ?

Bernhard Schlink, Le liseur

20 juillet 2009

Mots d'été

Elsa : Mais Maman l’oursin c’est pas le petit de l’ours ???

Elsa pleurniche : Je me suis cassé le genou ! Léo : Dommage que tu ne te sois pas cassé la langue…. Elsa : Ca se peut pas la langue c’est un mollux (sic) !

13 juillet 2009

Impacts

Après l’Odyssée de l’an passé, un nouveau voyage commence… Ne rien raconter, pour ne pas trahir la créativité des propositions de Patrick et de Cathy (pour en savoir plus, c’est ). Mais donner envie… Un voyage en trois escales – la finitude, l’agressivité, le désir – quelle meilleure ouverture à ce temps de vacances, de vacance, avant la prise de nouvelles fonctions, l’expérience d’une nouvelle alliance ?

Ce qu’il en reste – des visages, un immense sentiment d’amour et de gratitude, de réconciliation, avec moi-même et avec l’humanité – à travers ces humains en quête, fragiles, impliqués, courageux, chancelants, magnifiques. Ca m’évoque le sketch de Nougaro sur la plume d’ange – qu’un seul humain te croie avec ta plume, et le monde sera sauvé – alors, avec trente humains comme ceux-là, que n’est-il pas permis d’espérer !

Et encore, un mot, sur une carte de tarot : Richesse – avec immédiatement, ces questions : ce dont je me sens riche aujourd’hui, qu’est-ce que j’en fais ? Et aussi – comment je le partage ?

Impacts, ce sont aussi des phrases – inscrites sur un tableau : Que ta parole soit impeccable… Quoi qu’il arrive, n’en fais pas une affaire personnelle… Ne fais pas de suppositions… Fais toujours de ton mieux… Fais passer ton ressenti avant ton besoin de comprendre… Remplace la parole par un geste… Honore le silence.

Mais encore, des phrases vivantes, encore portées par les voix qui les prononcèrent : M’ouvrir ou mourir… Tu coupes et t’en rejoues… Ce serait la maison du bonheur, même à fort loyer je suis preneur… Qu’est-ce qu’on s’emmerde avec la parole de l’autre (sur notre vulnérabilité face à la sexualité)… La femme en toi mais encore la mère, la fille, l’amante, la pute, la sainte… (en écho, « moi je suis une femme, mère, fille, amante, salope – oui, salope – et ce que je voudrais, c’est dire aux femmes que je les aime, peut-être encore plus que les hommes, et que les hommes ici rendent hommage à cette femme sacrée en nous »)… Ne pense pas trop vite en ou/ou – n’insulte pas l’avenir… Rappelez-moi au désordre – ces stages ça fout le bordel dans ma vie !

OUI. Et du bordel comme ça j’en veux bien encore – j’en veux bien autant qu’il y en aura, j’en veux bien chaque été parce que ça me nourrit tout au long de l’année qui suit, parce que ça me pousse en dehors de mes retranchements, parce que ça me fait VIVRE.

11 juillet 2009

Jours sans enfants

Ce qui signifie, le temps de paresser, de flâner dans Paris comme si nous découvrions la ville – à Vélib, l’expo Cartier-Bresson à la MAP, le village Saint-Paul où nous sommes tombés sous le charme d’une calligraphe japonaise, les cocktails du Pub Saint-Germain et le tartare parfait du bistrot Pères et filles, la bonne humeur contagieuse du film Good Morning England – à pied, le retour tranquille à la maison. Même pas, l’envie de voir des amis – à deux, comme pour une nouvelle rencontre.

07 juillet 2009

Fêlure

There’s a crack in everything, that’s how the light gets in. Leonard Cohen, 75 ans, élégance totale. Ecouter le Live in London, pour les orchestrations sensuelles, définitives. Ce qui n’est pas sans m’évoquer la phrase d’Audiard, qui portait dans son coeur les fêlés, parce qu’ils laissent passer la lumière…