Ce titre magnifique d'un chapitre des Misérables, retrouvé grâce au film Victor comme tout le monde. Le texte est à la hauteur, dont voici la fin :
L’avenir arrivera-t-il ? il semble qu’on peut presque se faire cette question quand on voit tant d’ombre terrible. Sombre face-à-face des égoïstes et des misérables. Chez les égoïstes, les préjugés, les ténèbres de l’éducation riche, l’appétit croissant par l’enivrement, un étourdissement de prospérité qui assourdit, la crainte de souffrir qui, dans quelques-uns, va jusqu’à l’aversion des souffrants, une satisfaction implacable, le moi si enflé qu’il ferme l’âme ; — chez les misérables, la convoitise, l’envie, la haine de voir les autres jouir, les profondes secousses de la bête humaine vers les assouvissements, les cœurs pleins de brume, la tristesse, le besoin, la fatalité, l’ignorance impure et simple.
Faut-il continuer de lever les yeux vers le ciel ? le point lumineux qu’on y distingue est-il de ceux qui s’éteignent ? L’idéal est effrayant à voir ainsi perdu dans les profondeurs, petit, isolé, imperceptible, brillant, mais entouré de toutes ces grandes menaces noires monstrueusement amoncelées autour de lui ; pourtant pas plus en danger qu’une étoile dans les gueules des nuages.
Dans cette période, l'accélération des aberrations sociales, politiques et écologiques et l'approche des présidentielles m'amènent plus que jamais à une envie croissante d'action. Outre la librairie-café coopérative (et sa chorale pour garder de la joie), j'envisage fortement une inscription syndicale à la rentrée, la participation à des manifestations, et peut-être l'engagement dans l'action associative (je pense notamment à la LDH). Ce qui me ramène à la question du temps, non extensible, et de la part à garder pour... juste vivre, avec ou malgré tout cela... "Etre heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple", comme l'écrit Prévert.
Et aussi à des questions sur une autre vigilance, celle à ma colère comme moteur, à qui Jean-Yves Leloup souffle une ou deux pistes de réponse peut-être, comme un garde-fou bienveillant : Avant de descendre dans la rue, descendre en soi-même : QUI descend dans la rue ? écho à son fameux, Qui tourne la clé ? Descendre à partir de ce qui transforme la colère. Ou encore : revenir dans son axe, retrouver un espace en soi où il y a en soi un peu de paix et de bonheur, c'est par là qu'il faut commencer. Et après, à partir de ce lieu-là, agir.
Hier avec Marion nous sommes allées apporter des packs d'eau et de la nourriture sur le lieu d'occupation conjointe Samu Social / Utopia 56. Un enfer sur une dalle de béton brûlante, des femmes, des petits enfants, aucune réponse de l'Etat. Ce qui m'a appelée là-bas plus encore qu'ailleurs, c'est cette convergence entre les professionnels impuissants et les usagers, leurs souffrances en écho qui pour une fois se solidarisent. Ce que nous avons apporté - littéralement, des gouttes d'eau, dérisoires, pour une tentative qui a toutes les chances de se terminer par une évacuation brutale. Fallait-il ne rien faire pour autant ? Je crois que pour moi, ce n'est plus possible.