21 août 2026

Que la montagne est belle...

...comment peut-on s'imaginer ?..

Toutes mes vacances d'enfant ont été placées sous le signe de la mer : je n'imaginais même pas que d'autres soient possibles, et l'eau reste mon élément favori, et celui qui me res-source par excellence. J'ai découvert la montagne sous la neige à plus de vingt ans, et elle est restée une exception ; en été, plus tard encore et de façon ponctuelle. 

Mais depuis quelques années, je découvre la lune : il y a de l'eau aussi à la montagne ! (Mais nooon ?) Des lacs - d'abord à Annecy, puis en Suisse, ici à Saint-Gervais, de grandes piscines en plein air (à Chamonix, j'ai nagé dans le bassin olympique, les yeux grands ouverts sur le Mont Blanc), des torrents - la découverte de cet été, c'est le canyoning.

Kesaco ? Un jeu d'enfants, de la descente de torrents ultra-ludique, sauter dans les flaques et les cailloux, mais parfois de plusieurs mètres de hauteur (en toute sécurité, avec un guide), descendre en rappel dans les cascades, cheminer dans les rochers - parfois à quatre pattes - sur un site magnifique, au milieu de la forêt. J'ai adoré - je résiste rarement au bonheur d'expérimenter un truc nouveau - et c'est aussi un bel exercice de confiance - se jeter à l'eau et/ou dans le vide, parce que je vois que c'est possible - il faut juste faire ce petit pas, de ma propre volonté, confiance en soi - ou parce que le guide tient la corde de rappel d'une main ferme, confiance en l'autre. Nature somptueuse, éclats de rire sous la douche des cascades (une petite réminiscence de la Jamaïque, et une pensée tendre pour Halo), et franchement bluffée par l'intrépidité des jumeaux - aucune hésitation de leur part dans un parcours théoriquement destiné à des plus grands.

Quatre étés après Annecy, retrouver cette sensation de petite famille imaginaire, avec moins d'illusions mais toujours de la joie. Les jumeaux ont grandi, leurs différences s'affirment, et j'aime beaucoup le lien paisible et affectueux que nous avons construit.

Imrane me touche par son côté observateur silencieux et réfléchi (ça me rappelle quelqu'un je crois), parfois nettement agacé par les tourbillons impulsifs de Naïm comme de Samir. Nous partageons aussi le goût de la lecture, et je me suis régalée à l'entraîner dans une librairie pour choisir un bouquin avec l'aide du libraire - il n'était pas fan de celui qu'il avait emmené, et j'ai pensé à Pennac, et au droit imprescriptible de ne pas finir un livre quand on ne l'aime pas. Son enthousiasme quant à notre choix m'a fait tellement plaisir !

Et Naïm par sa sensibilité à l'autre et la finesse de ses réflexions comme de ses questions. Un petit échantillon ? Nous visitons une ravissante église baroque, il me questionne sur le "parloir" (confessionnal), je lui explique et lui demande en rigolant, tu crois que tu as des péchés à confesser ? Il me répond, oui, mais, tout le monde en a, non ? Je regrette de ne pas avoir eu plus de temps solo avec chacun, mais pas le petit moment d'intimité où nous avons échangé sur sa sensibilité particulière et la façon dont ça impacte sa relation avec son frère et son père (à qui j'en ai touché deux mots). Notre lien a subtilement changé ensuite, sa confiance m'a émue.

Samir... n'a pas plus qu'avant de possibilité de mettre des mots sur ses émotions, mais je sais qu'il écoute ; et je le vois veiller à sa façon au bien-être de chacun, en prenant en charge toutes les conduites, en faisant les courses qui feront plaisir à l'un ou à l'autre, moi comprise, en donnant toujours à ses enfants le meilleur de ce qu'il peut. J'étais heureuse qu'il ne s'oublie pas tout à fait et de lui offrir le baptême de parapente qu'il s'était réservé. Lui s'est fait une joie de nous inviter dans un excellent restaurant le dernier soir, sa façon à lui de prendre soin.

Il y a eu des temps calmes aussi - de la lecture, de longues siestes, des brasses tranquilles dans le petit lac de Passy en fin de journée, une bière fraîche sur le balcon du chalet... juste vivre.

Je me suis réservé le temps d'une balade solo - un chemin de forêt ravissant partait juste derrière notre chalet. De grimper un peu au hasard, sans itinéraire arrêté - j'ai su que j'étais arrivée quand j'ai découvert une des nombreuses chapelles désertes des hauteurs, où je me suis arrêté un moment pour chanter. Un petit moment de grâce et de paix, de communion avec le plus-grand-que-soi, quel que soit le nom qu'on lui donne, et je trouve que les paysages de montagne, plus encore que la mer, renvoient à cela : nous sommes tout petits devant l'immensité, et pour ma part je trouve cette idée infiniment réconfortante.