04 mai 2022

Choisir le lien

Cette semaine, il y a eu aussi la tentative de suicide d'une patiente à laquelle je me suis profondément attachée. Elle est sauvée - pour le moment. Mais les échanges que nous avons eus durant cette semaine, lorsque le pronostic était encore incertain, sont sans doute les plus bouleversants que j'ai vécus à ce jour dans ma vie professionnelle. Rien dans mon parcours ne m'a préparée à une telle situation : quand on n'a plus que son humanité et ses mains nues pour faire face, sans certitude sur l'issue. J'ai écrit ensuite bien sûr, pour moi, pour retrouver une distance plus juste, relancer ma capacité de penser cette situation et donc de l'accompagner au mieux de mes possibilités. Si cet écrit dans sa totalité n'a pas sa place ici, il me tenait à coeur d'en dire quelque chose, de garder une trace... 

Au-delà de son histoire singulière, cet accompagnement m'a définitivement confirmée dans une posture assumée, celle du sur mesure. Avec elle j'ai accepté de négocier point par point les diktats de la distance dite professionnelle officielle (...). Elle était parfaitement au clair avec ce qui était ou non de l'ordre du cadre classique et en comprenait le sens. Chaque décision d'un pas de côté a été nommée, et argumentée entre nous. Elle a pu me dire à quel point elle pensait essentiel, après avoir posé les bases du cadre, de pouvoir s'en abstraire pour établir un lien, créer la rencontre. 

(...) à quel point ma façon de chercher en permanence à me mettre à sa hauteur, à inventer des façons de nous rencontrer avait été précieuse, et à quel point elle avait été déçue de la distance (et parfois du rejet ou de la culpabilisation, tant son contact peut être déroutant parfois) de tous les autres soignants auxquelles elle a été confrontée, et il y en a eu beaucoup (...). J'ai pu lui dire que j'avais infiniment appris grâce à elle, et à sa question de savoir si je pensais que l'avoir rencontrée avait modifié ma pratique, j'ai pu répondre sincèrement, OUI.

30 avril 2022

Se mettre au vert


L'été dernier, j'ai adopté le principe des micro-vacances : en 4 jours, sortir de Paris, faire le plein d'oxygène, ici dans une jolie maison accueillante, et hop ! C'est reparti, avec une belle énergie. 

22 avril 2022

Fin de cycle 2

Je me serai beaucoup, beaucoup bagarrée avec ce psychanalyste pur jus qui m'a accompagnée ces trois dernières années. Et... je pense que sa façon d'affronter mon exaspération chronique a fait partie des points qui m'auront le plus aidée. Lui souffler dessus sans qu'il s'envole comme la maison en paille des trois petits cochons, transformer une partie de ma colère. Et lui qui ne s'était jamais départi de cette posture que je lui ai tant reprochée, a conclu notre dernière séance par un "Que les vents vous soient favorables !" qui m'a profondément touchée. 

18 avril 2022

Pâques

Un repas tout simple à la maison, et des anniversaires en avance, avant que nos étudiants partent faire leur tour d'Europe - Autriche, Italie, Portugal, Allemagne !

17 avril 2022

Sakura


Le Japon ? Non, le Parc de Sceaux... mais c'est assez pour être émerveillée par ce miracle éphémère, et ressentir la dimension sacrée de cette explosion du printemps, malgré la foule ce jour-là, ou peut-être aussi grâce à elle - comme si l'élan de vie se transmettait de la nature aux hommes. Familles rieuses, retrouvailles, rituels profanes ou non, une pluie de petits pétales roses comme autant de joies minuscules et légères... 

11 avril 2022

L'autre conscience

J'en rêvais depuis presque un an, du début de cette formation à l'hypnose... et je ne suis pas déçue. Ni par l'approche, résolument transpersonnelle, ni par le formateur, brillant et profondément humain à la fois, ni par le groupe, des adultes pour beaucoup en reconversion, donc à la croisée de plusieurs vies, ouverts et curieux. Un enseignement aux antipodes des "protocoles protocolaires" de l'hypnose dite médicale, ici centré sur la relation à l'autre et à soi, et sur la magie du verbe au sens premier du terme. Je vais me régaler... et penser que ce sera un plaisir renouvelé jusqu'en novembre - ce qui ne me paraît pas de trop pour intégrer cette nouvelle façon de travailler - me ravit absolument.  

Dysphorie d'espèce

Je me demandais si c'était possible d'être dysphorique d'espèce. Ceux qui sont dysphoriques de genre trouvent qu'ils ne sont pas nés dans le bon genre, moi je préfèrerais être neutre, mais en plus je préfèrerais ne pas être humain.

Dixit ma patiente TSA, qui avait d'ailleurs écrit, dysphorique d'espère ; toujours bouleversante, dans son mélange détonant d'intelligence aiguë, de désespoir profond et d'humour involontaire... 

08 avril 2022

Un nid sous les toits

Ce soir, j'ai visité pour la troisième fois ce qui sera peut-être notre prochaine maison. NOTRE maison, un rêve que je pensais inaccessible, un chez-moi à moi... nous mettre un toit sur la tête, préparer un peu de sécurité pour l'avenir, investir un lieu où il soit possible d'aller et venir, et surtout, de revenir. Un port d'attache, un point d'ancrage... 

Les premières recherches m'avaient découragée ; impossible de me projeter loin des métros, loin des commerces, dans ces clapiers tristes et défraichis, pelouses pelées, barres d'immeubles sans vie, cités dortoirs. Des plans carrés, des loggias tristes, un avenir impensable. Et puis il y a eu cette annonce qui mettait si mal en valeur un espace atypique, mais dans mes possibilités : un appartement sous les toits, où l'on accède par un petit escalier privé qui donne immédiatement la sensation d'être dans une maison,  avec une grande pièce à vivre où la cuisine n'existe que sous la forme d'un haut comptoir, laissant tout l'espace à la vie justement, et où les chambres se la jouent grenier sous les poutres. 

Un coup de coeur, un feeling dès la première visite : ce sera là. Ca va marcher. A six minutes du métro, et trois ou quatre d'un petit centre-ville. Et ce soir... il y a eu ce bonheur inattendu de n'être pas seule pour évaluer ce projet, imaginer les améliorations possibles, et surtout une main tendue, un appui fiable pour les réaliser. L'anti-syndrome de la petite poule rousse. Un immense soulagement, et, pour ma part, un grand élan de tendresse... en sortant, j'ai confirmé mon offre. 

31 mars 2022

Fin de cycle

Nous avions commencé à rencontrer Mathieu et Kamila, thérapeutes familiaux, dans de bien tristes circonstances. Et ce jour, nous sommes arrivés tous les trois joyeux des changements en cours - Elsa épanouie en service civique, Léo avec nous à la maison et plus engagé que jamais, moi dans nos projets d'achat d'appartement... et nous avons conclu qu'à ce jour, l'équilibre familial semblait suffisant pour clore ce cycle, et nous remercier tous du chemin parcouru ensemble - de cet engagement dans la parole qui nous laisse pour le moment au meilleur de ce que nous sommes.

27 mars 2022

Checked !

Ce week-end j’ai envie de (liste non exhaustive et non obligatoire 😂) :
-    Marcher sur la plage au soleil ✅
-    Me poser face aux vagues. Respirer. Prendre le temps. ✅
-    Mettre les pieds dans l’eau (plus, c’est pas sûr, mais possible que j’essaie !) ✅
-    Manger des huîtres avec un verre de blanc frais (citron ou vinaigrette ?) et une tartine de pain frais/beurre salé ✅
-    (...) ✅
-    Aller au marché ✅
-    Chanter (pas difficile, je fredonne tout le temps quand je suis heureuse). Danser – sur le sable, dans la maison ? ✅
-    (...) ✅
-    Déjeuner en terrasse ✅
-    (...) ✅
-    Envie de légèreté, tout ce qui nous pèse nous rattrapera bien assez tôt lundi…

17 mars 2022

Printemps

Elle a cherché toute seule. Rédigé lettre de motivation et CV. Elle s'est rendue à un entretien mené par deux adultes inconnus, dans un lieu nouveau. Et ils lui ont dit oui. Depuis presque deux semaines, Elsa est en service civique. Pour une belle association, et pour une mission qui a plus que du sens pour elle - sensibiliser les jeunes sur les thématiques liées au numérique - cyber-harcèlement et discriminations, dangers des écrans, de l'addiction aux jeux vidéos au revenge porn en passant par les fake news et les arnaques en ligne. Elle se lève le matin, parfois très tôt. Se forme, intervient déjà. S'intègre dans une équipe. Revient fatiguée mais enchantée, pleine d'une énergie inattendue, d'une confiance en elle toute neuve. Avec plein de choses à raconter, qui témoignent de sa sensibilité, de son intelligence, de sa créativité.

C'est fragile, peut-être. Ou peut-être pas, car elle a déjà anticipé les difficultés possibles de ce changement de vie radical, en a fait part aux encadrants. Et surtout, parce que c'est son projet, qu'elle a impulsé en toute autonomie, et qui la porte autant qu'elle le porte. Et moi, je suis toute émue d'être témoin de cette éclosion inattendue, et tellement heureuse pour elle...

15 mars 2022

Instantanés

Un brunch chaleureux avec Maman et Daniel pour la fête des Grands-Mères. Un restau libanais et un spectacle improbable avec mon filleul préféré (deux ans que le Covid nous privait de ce petit moment partagé). Un dîner chez les derniers vrais cocos de la Butte aux Cailles, à la SCOP Le Temps des Cerises. Un brainstorming au Pub Saint-Germain sur l'intégration d'athlètes russes dans une équipe olympique française. Un cocktail à la Felicita, la sensation retrouvée d'une accélération en moto - qui me fait toujours éclater de rire - cette sensation soudaine d'avoir des ailes. Une coupe de champagne (ou plusieurs) avec la blonde Cécile et la brune Nadia. La remise de diplôme de Léo. Un atelier chant avec la grande Elsa où interpréter avec jubilation J'aime pas, de Boris Vian. 

Autant de contrepoids, de contrepoints à l'affolant désordre du monde. Au vertigineux rapport du Giec, à la désolante campagne présidentielle, à la tragédie ukrainienne. A la façon dont tout cela affecte, angoisse, plombe les consultations et donc assombrit aussi mes journées. Aux drames singuliers aussi - les situations d'urgence s'accumulent chez les étudiants ces dernières semaines, suicide, incarcération, décompensation, disparition. Je suis passée au-delà de la fatigue. N'ose pas me faire arrêter, car les grilles de rendez-vous débordent. Mais... jusqu'à quand ?

13 mars 2022

La clé sur la porte

Bonheur du jour : Léo évoque les somptueux appartements haussmanniens ou les immenses maisons de campagne de ses petits camarades de Master à l'ESCP. Puis notre petit 54m2 où nous campons à 3, et parfois à 4 ou 5, parce que l'accueil de nos amis, de nos amours (et des amis de nos amours ou inversement) y est la règle. Une maison où les débats sur tous les sujets, les blagues, les confidences sont toujours les bienvenus. Il dit : je n'échangerais pas. Trop contente. Et assez fière. Je rends ça possible. A moi toute seule. Yesss !

03 mars 2022

Samir

 Je n'y arrive pas. A contenir tout à fait ce que me fait ressentir cette improbable histoire – je déborde, de l'envie de le lui dire à lui, de le raconter à d'autres. A prendre de la distance. A m'accrocher à la raison, qui dit : cette rencontre n'avait pas lieu d'être, et ne durera pas. 

Je m'attendris. Devant un détail insignifiant, un message banal, et devant ma propre bêtise, qui me fait tout autant monter le sourire aux lèvres. Une vraie gamine, qui s'enchante d'un verre dans un lieu à la mode, d'une pointe de vitesse en moto, et du constat réciproque, vaguement émerveillé, d'un désir inexpliqué, mais non négociable.

Je me reconnais. Dans ma façon d'entendre ce qu'il ne dit pas, mais aussi, d'être bouleversée par ce que je pressens d'inaccessible, de pudeur et de fragilité. Dans mon élan à aider, à aimer, à soutenir, si possible, et même là où ça ne l'est pas – dans cette sollicitude inquiète, cette mélancolie attentive dont Steinbeck écrit qu'elle annonce l'amour (et qui pour moi ne s'en différencie pas toujours). Dans mon goût immodéré pour les histoires impossibles et les hommes à failles...

Je triche. Ferme parfois à moitié les yeux pour ne pas voir ce qui nous sépare, les espaces que nous ne partagerons pas, et l'absence, d'ailleurs, d'un nous possible. A la place, j'invente de nouvelles définitions d'aimer. Hors du possible, du vraisemblable, du projet. Un simple constat : à cet instant précis, mon cœur bat, c'est une chance, une possibilité de gratitude, et cela suffit à embellir ma vie. 

Je m'étonne. De mon corps si vivant, sans âge autre que celui d'un désir nouveau, de cette fluidité, de cette simplicité. De me sentir belle dans le regard d'un homme beau sans qu'il le sache. De cette féminité évidente, momentanément débarrassée de tout jugement esthétique ou moral. De ce désir gentiment obsédant, de cette constante envie d'être physiquement en contact – pas seulement à travers la sexualité mais – aussi dans le toucher, la caresse, m'endormir dans ses bras. Une histoire de peaux, de rythmes, ça danse, s'accorde sans qu'il soit besoin d'y penser. De ma fascination amoureuse pour ce corps lisse et doux, mince mais musclé, et doré, si loin de celui de la plupart des hommes de notre âge. 

Je m'inquiète. Du moment et de la façon dont ce fragile équilibre se rompra ; car il tient sur des fils ténus – une intelligence intuitive de l'autre au-delà de nos différences, un désir aigu mais possiblement éphémère, une part de relatif mystère, qui supporterait sans doute mal une lumière trop crue, d'un côté comme de l'autre.

J'apprends. A interroger mes préjugés. A reconnaître mes privilèges, à commencer par celui de la santé. A contenir mes insécurités. A ne rien attendre, pour que tout soit un don. 

Je souris aux anges, lorsqu'il est là et aussi lorsqu'il ne l'est pas. Devant l'adolescence retrouvée, maladresse et intensité mêlées. Je fonds, lorsqu'un mot ou un geste viennent démentir sa distance apparente. J'oscille avec les marées de nos ambivalences, ouverture, protection, intimité, distance, autant de signaux contradictoires et donc troublants. Et puis je reviens à la simplicité du toucher, à la douceur de la voix, à la profondeur du regard : quel que soit l'avenir, ce présent ne ment pas. 

(Ce que je devine dans l'insondable de ce regard, qui me donne l'élan d'écrire - et qui n'appartient peut-être qu'à moi...)

Je me retiens. De lui dire tout cela. Parce que je sais que ce serait la meilleure façon de le faire fuir - d'anéantir ce miracle précaire et délicieux...

02 mars 2022

Pas faux

 Les gens c'est bien en théorie, mais pas dans la pratique.

Ma patiente TSA préférée

27 février 2022

Normal People


Comme Les jeunes amants, vu récemment au cinéma, Normal People est un petit trésor de tendresse mélancolique, un hymne aux amours aussi profondes que maladroites (maladroites parce que si profondes ?), aux détails touchants, aux regards qui en disent long, à une authentique sensualité - dans l'un comme dans l'autre, les scènes de sexe sont infiniment érotiques et bouleversantes à la fois, parce qu'anti-pornographiques : il n'y est question que d'intimité, de respect - d'amour...

26 février 2022

Soeurs

Pour moi la "fiction" et le "réel" sont indissociables. Ils ne forment qu'un, un seul univers, un jardin des Délices, un jardin des Supplices, ils sont entremêlés. Pour moi le réel EST la fiction, et la fiction est réelle. Sans doute suis-je folle ? Je suis identifiée à TOUT ! Je suis perpétuellement extensible, habitée, imagée. Je ne m'appartiens pas (...)

Et nous on est rien, sinon de vagues petites gouttes de gelée consciente, ce qui est énorme et fragile.

Grisélidis Réal, citée par Nancy Huston

25 février 2022

Vignettes

Une matinée de consultation auprès des étudiants c'est...

Discuter avec un physicien de la possibilité que la théorie des cordes - ou toute autre théorie nécessitant un niveau d'abstraction inaccessible au commun des mortels, et un questionnement sur la nature même de la réalité - puisse être une construction délirante au sens clinique du terme. Puis échanger sur la possibilité que le revers de sa médaille dépressive soit sa sensibilité à la beauté des créations humaines, qu'elles soient artistiques ou intellectuelles - ce qui l'amènera à dire que, s'il avait la possibilité de recommencer sa vie, il ne souhaiterait pas forcément éviter ses périodes de grandes angoisses et tentations suicidaires, puisqu'elles ont fait de lui ce qu'il est aujourd’hui. Puis de son étonnement de la nécessité d'être incarné lorsqu'on a une pratique musicale - et que cette mise en jeu pleine du corps soit la condition non seulement du plaisir mais aussi de l'excellence...

Explorer avec une jeune philosophe qui travaille sur Schpoenhauer, le rapport au corps et les expériences limites (soit aussi sur Bataille, Artaud, etc.) le lien vital et mortifère qui l'unit à un frère aîné pas moins auto-destructeur qu'elle, mais moins armé sans doute pour négocier avec cette pulsion, trouver des voies de passage créatrices, et peut-être, peu à peu, s'en déprendre... 

Interroger (en anglais) un très jeune mathématicien chinois - dont je pensais l'année dernière qu'il allait beaucoup trop mal pour poursuivre des études aussi exigeantes loin de chez lui - sur les liens possibles entre ses angoisses et le fait qu'il se soit extrait simultanément d'un triple système d'oppression, ou tout au moins de contrôle : système familial, avec la figure d'un père enseignant, exigeant et austère, du système éducatif chinois (centré sur l'examen de fin d'études dès l'âge du primaire), et du système politique aussi évidemment... et que cette soudaine et totale liberté l'emmène dans un relatif chaos faute de structure imposée ? Un petit génie de la théorie des nombres, assez inadapté aux contraintes du quotidien (sommeil, alimentation, régulation du temps de portable), mais cependant capable de se questionner sur ces points - il ne cesse de me surprendre...

Approcher sur la pointe des pieds la question du trouble du comportement alimentaire chez une autre étudiante en philo qui consulte initialement pour anxiété et dépression ; l'inviter à peut-être différer la prise d'un anti-dépresseur prescrite dès la première consultation par un médecin inconnu (le chagrin l'accompagne depuis longtemps, il n'y a pas d'urgence...), privilégier la mise en place d'une psychothérapie. Obtenir finalement la reconnaissance d'une interrogation sur l'aménorrhée, la part du corps dans l'épuisement psychique - et l'acquiescement à une consultation somatique ciblée.

23 février 2022

Candide

Je découvre. Enfin non, très certainement je redécouvre, mais avons-nous vraiment la mémoire de ces émois lorsqu'ils ne se conjuguent pas ou plus au présent ? Que le désir, et même le sentiment amoureux, ne répondent en rien à la raison. Qu'ils ne s'embarrassent pas de logique, d'affinités sociales, culturelles ou intellectuelles, de possibilités d'avenir - ou même de réciprocité, en tout cas à l'identique. Que la seule vraie condition, en ce qui me concerne, est l'intelligence (la bêtise serait un tue-l'amour). 

Non, ce n'est pas tout à fait exact - la douceur et la fragilité, et la part d'irréductible mystère, et la différence sous toutes ses formes sont aussi de puissants déclencheurs - en bonus, les moutons noirs et vilains petits canards, les transfuges et les grands blessés auront toujours ma préférence.

Mais ce désir - cette obsession douce et sévère à la fois, délicieuse et exaspérante, sur laquelle l'ego se heurte (comment ça, ce n'est pas moi qui décide ?) alors que le corps dit si simplement OUI - et cette joie enfantine, ce sourire aux lèvres qui ne naît pas que du plaisir partagé mais aussi d'une émotion adolescente, maladroite et exquise à la fois, si vivante - j'avais oublié, et ça me ravit. Et si ça devait s'arrêter demain ? Ce qui est fort possible, et même, probable ?  

"Si je me suis trompé, en disant : Je t'aime, je préfère avoir dit : je t'aime. On ne me fera pas envier celui qui a eu raison sans aimer." - écrit Léotard. C'est vrai aussi même lorsque ce n'est pas dit, d'ailleurs.

Ariane

Cette patiente que je suis depuis des années peut devenir quasi mutique, voire catatonique, dans les périodes où elle va le plus mal. Mais même au plus fort de ses dépressions, elle a toujours gardé une extraordinaire capacité à rêver ; des rêves infiniment parlants, dont la description, sans associations, constituait la seule parole accessible pour elle. Charge à moi ensuite de transformer l'essai, de lui prêter mon appareil psychique pour que nous puissions nous rencontrer là. 

 Elle va beaucoup mieux ; mais cette semaine elle est à nouveau venue avec un rêve - celui d'un labyrinthe en noir et blanc, très sombre, entouré de murs aveugles - et sans issue aucune ; et à nouveau, sa description était si vivante que je pouvais voir ce qu'elle voyait, errer avec elle dans cette pénombre. Et désormais, elle est en capacité de suivre son propre fil d'Ariane, et elle a amené aussitôt cet insight : j'ai pris conscience que je n'avais jamais été consolée - déroulant ensuite souvenirs d'enfance et chagrins d'adulte. Ce qui m'a fait associer sur cet enseignement reçu en formation : une dépression qui dure toute une vie, c'est un chagrin qui n'a jamais été consolé...

Quoi qu'il en soit, cette mise en mots l'a réanimée, au plus joli sens du terme. Quant à savoir si le chagrin est le Minotaure qui la poursuit, ou le labyrinthe lui-même, c'est une autre histoire...

19 février 2022

Aller voir la mer

 

Respirer loin de Paris. Savourer des amitiés qui durent respectivement depuis mes 13, 17 et 20 ans. Goûter les meilleures huîtres que j'ai jamais mangées. Boire un café au soleil en terrasse entre deux tempêtes. Échanger sur l'art de voir le verre à moitié plein (de champagne, si possible). Que demander de plus ?

16 février 2022

Hugo

"Il n'y a rien de plus réellement artistique que d'aimer les gens." (Vincent Van Gogh). C'est beau comme une fausse citation internet, mais je crois qu'elle est authentique. C'est ce qui nous relie aussi, cet ami et moi - la poésie au sens large du terme, et la capacité à se laisser toucher par l'autre, amicalement, amoureusement, humainement... une de ces amitiés où la discussion peut reprendre plus d'un an après comme si nous nous étions vu la veille, avec la même confiance et la même gaieté, où l'amour sous toutes ses formes est au centre - qu'il s'agisse de celui de nos métiers, de la littérature ou de l'autre, parce que, de quoi parler d'autre sinon ? Deux sales gosses hypersensibles et rieurs.... et puis avec qui d'autre évoquer Tilda Swinton errant dans les rues de Tanger dans Only lovers left alive - à six heures du matin dans une cuisine ? 

14 février 2022

Rose rouge et fleur bleue

Bonnes fêtes à tous les cœurs solitaires. On n’a pas Valentin, ni Valentine. On fait ce qu’on peut. C’est une grâce de savoir se lier aux autres. Ça ne vient pas que du hasard. Pas que d’un projet. C’est vraiment une grâce. La solitude c’est beau aussi, même si c’est vertigineux. Je vous aime, vous les cœurs remplis de tant d’hélium que la ficelle n’a pu tenir. It means : lonely hearts, I love you.

Ça, c'est ce qu'écrit la gracieuse Sophie Fontanel à la date de ce jour. Je la rejoins. Mais ce soir, je me suis laissée émouvoir par une rose que je n'attendais pas. 

29 janvier 2022

It's a good day

 ... from morning 'til night... (une chanson de Peggy Lee, que j'avais aussi apprise avec la "grande" Elsa)

Un samedi parfait : une matinée de travail écourtée mais gratifiante, un déjeuner avec Lalie, l'achat impulsif et ravi d'une salopette en velours rose, puis l'audition de la classe de chant, justement. Les élèves d'Elsa lui ressemblent : humanité, vulnérabilité, et une forme d'audace des timides... j'étais émue à les entendre, et je me suis régalée à chanter - rejointe par Elsa sur les couplets de la première chanson, en duo avec Lalie sur la seconde. Deux chansons en résonance avec le thème du deuil, ce qui n'est pas un hasard bien sûr, mais du côté de la gratitude pour l'une, de la légèreté pour l'autre - et un vrai KIF de les chanter devant un (modeste) public, de quoi réfléchir sérieusement aux ateliers-concerts qu'Elsa propose aussi.

Et puis j'ai filé à l'Académie du Climat - l'ancienne Mairie du 4ème mise à disposition
des associations de jeunes engagés sur ces questions, écouter mon grand Léo faire une conférence sur les liens entre énergie et réchauffement de la planète. J'ai partagé aussitôt ma fierté - et je rejoins le commentaire de mon amie Céline : 
Ajouté dans la liste des bonheurs que je n'avais pas imaginés dans la parentalité : voir éclore et grandir chez nos enfants devenus jeunes adultes les petites graines des valeurs semées au cours de notre vie avec eux.  Les voir s'approprier un combat, un terrain d'action, une envie de faire bouger les choses pour contribuer à essayer d'améliorer le monde ... chacun.e dans son domaine et/ou à sa manière !

(La "petite" Elsa s'est emparée des thématiques féministes et LGBT ; et c'est probablement la plus dangereusement gauchiste de nous trois...)

A deux pas de la Mairie, il y a la boutique de Nadia : impossible de ne pas lui faire la surprise d'une petite visite en sortant. Retrouvailles, papotage, happy hour sauvage dans la boutique, et nous avons terminé par un verre au salon de thé d'à côté à discuter vaccinations comparées dans les pays du Maghreb, accueil à la maison d'un migrant mineur isolé, lecture de tarots et vies antérieures avec ses copines commerçantes du quartier - soit de parfaites inconnues pour moi une heure auparavant. J'adore !

25 janvier 2022

Douceur

Il a dit, "mais ton métier, c'est déjà de donner de la douceur aux gens toute la journée, peut-être tu peux être un peu égoïste ?"

Sur le moment j'ai tiqué, toutes défenses intellectuelles dehors, mais non, pas du tout, la neutralité, la compréhension, l'autonomie, la responsabilité, tout ça... et finalement ça me touche profondément. Parce que c'est vrai aussi - et que le fait que oui, c'est avant tout le lien qui soigne, peut se traduire ainsi. Et parce qu'il a perçu intuitivement, le déséquilibre possible et ce que pouvait être mon propre besoin... 

23 janvier 2022

Dans les yeux du monde


Steve Mac Curry au Musée Maillol, magnifique, un regard plein de profondeur sur l'humanité et la diversité... meilleure expo depuis longtemps. L'artiste disait, il ne faut pas chercher la photo parfaite, mais l'histoire, suivre l'histoire... et rester ouvert à tout sur la route, les meilleures images sont parfois faites sur le chemin et pas au point de destination. Comment ne pas être sous le charme ?

21 janvier 2022

C'est tout ce que j'en pense :-)

Et puis le lendemain, un long message venu du coeur et de l'expérience vécue de la souffrance psychique a proposé une lecture pleine de justesse d'un récent moment de crise, et une main tendue tellement au bon moment, au bon endroit... MERCI.

16 janvier 2022

Un dimanche tout simple

01 janvier 2022

Baptême

Ce premier matin de l'année, je suis allée marcher toute seule au bord de la rivière. Il faisait tellement beau ; les couleurs étaient magnifiques, le ciel bleu, l'eau vert translucide, si claire... j'ai eu l'impulsion de me déchausser pour y tremper les pieds (un peu fraîche pour une immersion totale, elle descendait des montagnes tout de même), de la boire au creux de mes mains aussi... comme un petit baptême païen, une façon de commencer l'année dans la fraîcheur et la lumière. 

Assise au bord de la rivière, j'ai laissé flotter mes pensées, retraversé divers moments de l'année écoulée, beaucoup chanté à voix haute aussi, et c'était très joyeux, un moment de communion, de connexion, de présence(s) invisible(s) - de beauté aussi, la clairière inondée de soleil, les perce-neige partout autour de moi, un premier matin du monde.

31 décembre 2021

Galoper


Bien sûr, c'était un vrai cadeau cette balade à cheval au pied des montagnes, en pleine autonomie, de découvrir le plaisir de monter un animal qui réagit  aux invitations au lieu de suivre des chemins tout tracés, de le faire marcher dans la rivière, trotter et même galoper dans la nature. 

Mais l'expérience la plus forte, c'était peut-être celle de dépasser mes peurs, et de vivre une succession de premières fois : aller chercher un cheval en liberté dans un pré ; marcher près de lui en le tenant juste par le licol ; le brosser, coincée à ses côtés dans un minuscule espace en béton (le déplacer, passer sous l'encolure...) ; le préparer pour la balade. Trouver cette intimité toute nouvelle tellement apaisante que je me suis surprise à... lui faire un câlin. Un moment de pure présence au vivant, pour finir très joliment l'année.

28 décembre 2021

D'autres vies que la mienne


S'agit-il d'un reflet de mon inconscient, d'informations données par ce qui en nous est plus grand que nous, âme, univers, Source, ou le nom qu'on voudra bien lui donner - ou bien "réellement" de vies antérieures ? Je ne sais pas... mais j'avais l'intuition qu'il fallait combattre l'irrationnel par l'irrationnel, la déchirure par le merveilleux. J'ai voulu des réponses, j'en ai eu, sous la forme de trois récits étonnamment cohérents, trois éclairages possibles. Trois enseignements sur ce que peut être le travail de deuil, lorsqu'il se donne l'intention de garder le meilleur. 

Le premier parlait d'intégration consciente, de profondeur, de détachement ; le second d'amour inconditionnel, au-delà de tout jugement ; le dernier de créativité et d'une invisible source d'inspiration.

25 décembre 2021

Noël blanc


 Un chalet dans les Vosges, des sapins enneigés, et beaucoup de chaleur - poêle et sauna, mais surtout, beaucoup de tendresse et d'attention de tous. C'est joli de voir les liens avec Cyril et Clara, avec Gene, et tout ce qui a rendu possible un Noël qui aurait pu ne jamais avoir lieu, ou être par trop assombri par l'état si préoccupant de Patrice (par ailleurs arrondi, adouci par la maladie, plus paisible qu'il ne l'a jamais été). Des moments simples, bons repas, jeux de société, balades au bord du lac - quel plus beau cadeau que de se créer des souvenirs communs ? 


22 décembre 2021

Noël, première étape


 
Je me réjouis. Même si c'est un équilibre fragile, peut-être plus encore maintenant, des liens préservés, de la possibilité de célébrer ensemble, de partager encore, de réunir grands-parents et petits-enfants. Il nous faut mesurer notre chance... et en prendre soin.

18 décembre 2021

Exilée, suite

Alors bien sûr, il y a des choses jolies. Des mains qui se tendent, des liens qui se nouent ou se transforment. Des mots qui se partagent, des gratitudes inattendues. Que tu aies su le voir ou non, l'intelligence du coeur, la profondeur, la tendresse rayonnent chez ceux et celles dont tu t'es entouré. C'est beau, bouleversant parfois - une confidence, un courrier restitué, une photo oubliée - tant de choses peuvent venir éclairer la route, faire signe - "Et dans sa voix, j'entends parfois, un peu ta voix..."

Et des choses moins jolies - des vérités schizophréniques, des abîmes devinés, une telle sensation de vertige parfois... 

Et puis il y a ma vie, délivrée du mythe, de ce pacte enfantin du "Auprès de toi toujours" - qui m'est revenu pourtant, de là où je ne l'attendais pas. Et ma vie aujourd'hui, ma vie ces dernières années, c'est une succession de séparations, de pertes, de deuils symboliques ou réels, pour arriver aujourd'hui à une sensation d'isolement, de dénuement, de fragilité qui n'en finit plus de me submerger...

14 décembre 2021

Exilée


Nous avions pris les billets ensemble, et puis, tu n'es plus là... Le bien nommé Cabaret de l'exil n'est pas le meilleur spectacle de Zingaro que j'ai pu voir ; mais très certainement, il restera le plus intimement chargé d'émotions pour moi. Il a commencé dans une joie un peu folle, faire de ce moment une communion d'amour(s), ne pas laisser ta place inoccupée, l'inscrire dans un partage, un dialogue émouvant et profond. 

J'ai encaissé les premières images sans broncher, le grand manège de bois aux sols couverts de tapis, aux murs comme un musée de tous les spectacles passés ; le passage cette fois non au-dessus des boxes mais au travers de l'un deux ; les oies en liberté, l'odeur du vin chaud, les premiers cavaliers... et puis il y a eu cette si sensuelle danseuse en soie noire sur ce grand cheval frison, et mes larmes ont commencé à couler, j'aurais eu tellement envie de le prendre dans mes bras cet animal, de m'agripper à son encolure, de sentir cette puissance tranquille et chaleureuse, si rassurante, si vivante... et quand des colombes sont venues se poser sur le dos du même colosse noir aux pâturons blancs, en évident clin d'oeil à Ex Anima, que nous avions vu ensemble, je me suis effondrée. 

Je n'étais pas seule et c'était doux ; je me suis rassemblée, j'ai repris un peu de vin chaud, en sortant nous avons admiré le grand feu de joie qui clôture chaque représentation. Et pourtant depuis... le sentiment d'exil perdure. Comme au retour à la vie ordinaire après les mondes fantastiques de Zingaro, du Slava's Snowshow ou du Cirque du Soleil, ta mort me laisse légèrement hébétée, comme au sortir d'un rêve - les couleurs s'évanouissent, la réalité reprend ses droits, et j'avais oublié qu'elle pouvait être si crue, si rude...

07 décembre 2021

Au milieu du chagrin...


 Une oasis de douceur et d'élégance...

05 décembre 2021

Initiation

Je ne savais pas. A quel point le deuil était une affaire physique, incarnée. Le ventre qui se tord, le corps qui saigne hors de toute logique de cycle, les nausées, les insomnies, les kilos perdus et les somatisations diverses. Un truc viscéral. 

Je ne savais pas. Ce besoin vital de se relier au(x) vivant(s), de dire, de répéter, de partager, de raconter, de rencontrer ceux qui ont connu celui qui n'est plus là... de chercher des réponses qui ne peuvent pourtant exister que dans le coeur de notre coeur (et qui y sont, pour peu qu'on sache faire silence, quand la peine cesse de hurler). 

Je ne savais pas. Ce besoin vital de se relier tout court - tellement de fois chaque jour, tendre la main vers le téléphone, vouloir partager une image, une phrase, imaginer un moment à vivre ensemble, avoir l'élan de choisir un cadeau, et puis laisser la main retomber : plus jamais...

Je ne savais pas. Cet élan irrépressible, apparemment contre-intuitif, à se plonger dans ce qui fait lien, ce qui fait sens - écrits, photos, objets... non pour s'abîmer dans le chagrin mais au contraire pour l'apprivoiser, se souvenir, pouvoir dire - ceci a été. Commencer un récit...

Je ne savais pas. Le caractère à la fois essentiel dans le plus fort sens du terme, et dérisoire par moments, de cette volonté de voir du sens - des signes avant-coureurs, le déploiement d'une logique, et des signes ensuite, partout sur le chemin... de naviguer entre un glacial dés-espoir et la conviction très profonde d'une présence qui n'aurait en rien cessé d'aimer, de protéger, de soutenir.

J'apprends... encore, grâce à toi. 

23 novembre 2021

Grizzly de mon coeur

Quand je pense à toi, la première chose qui me vient c'est la densité de ta présence, la vibration de ta voix, la profondeur de ton regard qui prenait toutes les couleurs de la mer. C'est la force de tes mains, qu'elles soient à la barre d'un voilier ou se réchauffent autour d'un thé brûlant, ces mains qui savaient réparer, apaiser, combattre, guider, et tellement d'autres choses encore...

Quand je pense à toi je pense à ces îles atlantiques que tu aimais tant, au rythme des marées, flux et reflux, le temps change vite, le ciel se couvre, le grain n'est jamais loin... mais comme pour les îles océanes, il suffisait d'un rayon de soleil pour t'illuminer à nouveau, ton regard était alors comme un immense ciel bleu, lavé de tout, baigné d'une telle lumière...

Quand je pense à toi je vois cet homme qui exaspère ou séduit tour à tour, parfois les deux en même temps... ce Taureau qui incarne le courage et la persévérance, cette énergie tellurique, tellement irrésistible...

Quand je pense à toi je pense générosité profonde, et droiture - toi qui a joué avec toutes les limites ta vie durant, tu es pourtant un des êtres humains les plus intègres, les plus nobles que j'ai rencontrés.Un homme de parole, un grand seigneur, un homme de cœur, avec qui tout était bigger than life, plus grand que la vie, tellement au-dessus de la bêtise, de la mesquinerie, de la petitesse humaine...

Les humains, tu ne les aimais pas beaucoup ; il faut dire qu'ils t'ont si précocement et si souvent blessé, trahi, déçu... et pourtant, ils ne sont jamais parvenus à éteindre cette flamme d'amour en toi - c'est toi qui me l'as dit un jour : il vaut mieux être allumé qu'éteint. Cette flamme qu'une thérapeute t'avait restituée un jour de la façon suivante : au fond, vous êtes un transporteur d'amour...

Quand je pense à toi, je pense à cette intelligence aiguë, à cette lucidité ravageuse, à cette capacité à lire en l'autre comme dans un livre ouvert. A cette façon que tu as d'entendre ce qui n'est pas dit, de voir au-delà des apparences, de redonner courage, d'amener l'autre à être toujours un petit peu plus grand que lui-même, à faire un pas de plus... Cette capacité à insuffler de la vie, de l'élan, de l'espoir, à nous faire croire, à chaque fois, que la vie commence AUJOURD'HUI, toi qui as si souvent recommencé la tienne.

Quand je pense à toi, je pense à la tendresse infinie de ton cœur, à la profondeur du regard que tu savais poser sur les choses et sur les êtres, à ta sensibilité aiguë à la beauté sous toutes ses formes – à ton immense pudeur aussi, mal dissimulée par ton apparente brusquerie. 

Pour la façon dont tu as si souvent bouleversé ma vie, pour tout ce que tu m'as offert et qui ne sera jamais perdu, MERCI... Parce que je sais que de là-haut, tu vas continuer à veiller sur tous les êtres que tu aimais, MERCI... Parce que ton absence va nous inviter plus que jamais à vivre à la hauteur de ton âme, MERCI... Toi qui savais aimer comme personne d'autre au monde, tu avais tant de mal à te croire aimé : regarde, Hubert, regarde mieux : tu n'es pas seul, tu as été, tu es, tellement aimé...

14 novembre 2021

Lui


Lui il escalade les collines et il se promène sur les pics
Lui il pleure quand il dit je t’aime et il rigole les jours de deuil
Quand il a rien il partage tout, quand il a tout, là, je sais pas
Il prend sa douche sous la pluie avant d’aller bronzer à l’ombre
Et quand il hurle on n’entend rien mais quand y s’tait ça raconte tout
Quand il a mal il est vivant, mais au calme il pense à la mort
Quand il te mord, ça fait du bien, il a des sourires assassins
Quand tu sais tout, il fait l’idiot, quand tu sais plus, il est chez toi
Il a vingt-quatre points cardinaux, mais n’marche que dans une direction
Lui il connait la terre entière, mais jamais ne tutoie personne
Lui qui pousse dans le bordel, il te souhaite le repos chez toi

Il est perdu, oui, mais partout, il est discret, mais tu l’as vu
Il cause de rien mais il en sait, lui il s’enfuit quand on s’en fout
C’est la boucle du nœud de tout et c’est la niche des fragiles
Lui il te tape dans le dos sans jamais s’essuyer la main
Il a la caresse lointaine des gens dont on partage le sang
C’est celui qui n’est jamais là, beau comme une carte postale
C’est un genre de maître à penser qui t’amène au premier métro
C’est celui qui fait jamais gaffe quand ta gaffe te met les joues rouges
Lui il court loin devant ses pompes, jamais il s'trompe, il tente tout
Lui c’est l'timide accompli qu’a des ripostes terrifiantes
Lui c’est la source de la tendresse et le point d’interrogation

Loïc Lantoine, Lui

Le Coeur sur la table, réponses

Vous l'avez écrit : la réponse a vos questionnements infinis n'est-elle pas la confiance en vous-même, la confiance en la VIE ?

Se tenir debout, mais pas comme un roc immobile et statique sur laquelle la vie se fracasse, mais plutôt comme un roseau qui danse sous les caresses sous le vent, qui bourgeonne et fleurit sous le soleil et sous la pluie, qui prend toute la variété de ce que la vie lui offre, jamais statique même si au repos, jamais cassé même en pleine tempête, toujours en capacité de se redresser vers le soleil quand ses rayons le  caressent à nouveau...

13 novembre 2021

Le Coeur sur la table, questions

Ce matin j'ai eu un élan de joie en écoutant un podcast sur l'amour aujourd'hui (il me reste encore quelques épisodes à découvrir), une femme témoignait d'une relation longue et belle, mais jamais définie comme une relation de couple, qui accompagne sa vie depuis de nombreuses années, indépendamment de ce que l'un et l'autre vivent – ou non, suivant les périodes – de leur côté. Un lien magnifique, qui ne se fracasse pas contre quelque devoir ou quotidien que ce soit, qui reste, après des années un désir, un libre choix, un élan.

Elle en parlait comme de sa plus belle histoire d'amour – tellement de tendresse, un infini respect, le sexe important à certains moments, secondaire ou inexistant à d'autres, une connaissance et une acceptation profonde de l'autre, une solidarité, la joie de partager des moments d'exception, mais aussi d'être témoins du chemin parcouru, de l'infiniment précieux de ce regard constant, confiant, aimant...

Peut-être qu'on devrait toujours aimer comme ça. Peut-être ne peut-on aimer, véritablement, que comme ça. Dans l'infini respect de la vie de l'autre, et de la nôtre aussi. Évidemment, ça suppose d'assumer solitude, fragilité, angoisses diverses et variées, et mouvements de tristesse parfois, comme aujourd'hui... 

Pas comme un mouvement d'avidité (je veux TOUT, et ne rien choisir), au contraire, comme un lâcher-prise, ouvrir les mains, ne rien serrer, ne rien retenir... Si je quitte le récit social, prince et princesse, petite PME conjugale, mythes de la fusion, de l'éternel, de la prédestination, si je me fais suffisamment confiance pour me tenir debout toute seule, que reste-t-il ? La beauté de chaque rencontre...

Une autre témoignait de joyeuses périodes d'entre deux couples, mais toujours avec en toile de fond cette peur d'être seule, l'attente de la prochaine Histoire – qui arrivait, la ravissait, dans le double sens de la joie mais aussi de la perte d'elle-même, se délitait, et puis la ramenait dans ces moments vivants et libres – jusqu'au jour où elle a décidé d'assumer que ce qu'elle VOULAIT vivre, c'était précisément cette liberté, qui n'était pas synonyme de consommation effrénée ou de mépris de l'autre mais au contraire d'accueil de la singularité, de respect, de tendresse et d'une légèreté qui n'excluait pas pour autant la complicité, la solidarité, la sincérité – bien au contraire ?

05 novembre 2021

C'est quoi un homme en vie ?

Frédéric Dard aimait Michel Audiard. Simplement, il le dit :

"Qu'est ce qui nous prend, Michel, de mourir comme des cons, nous qui pourtant savions vivre. Nous l'avions compris que tout cela, la vie, la mort, les autres, n'était qu'un immense malentendu. Alors, parce que nous avions respiré un grand coup cette évidence, on passait outre. 

On faisait un peu semblant, juste pour dire : semblant d'écouter, semblant d'écrire, semblant de compter en banque, de voter aussi parfois, semblant d'être Michel Audiard et Frédéric Dard. [...]

On ne demandait qu'un peu d'amour et de vin rouge. On tissait notre liberté jour après jour. Ça, oui : notre liberté, Michel ! Parfois, au coin d'un bois, après une salve de calembredaines, on a hurlé un bon coup. Pas à la mort, Michel : à la vie. Elle était tellement plus redoutable, plus gueuse et féroce. J'ai encore dans l'âme certains de ces cris que tu as poussé par des nuits sans lune où tout ça devenait trop terrible à supporter. 

Des cris comme celui que lance Anthony Quinn à la fin de La Strada quand il comprend que la vie est finie et qu'elle a eu lieu sans lui. 

Michel, je nous revois en train de pisser, chez Lipp, des Bordeaux de qualité que nos moyens nous permettaient. On ressemblait à deux bourrins dans leurs stalles et on échangeait des répliques à cent mille balles pièces ! 

On se racontait nos maléfices, à mots couverts, on se débusquait les chagrins avec des voix sarcastiques et nos larmes rentrées s'en allaient à travers nos vessies. 

Ils vont passer et repasser tes films, mon drôle. Et dire comme quoi tu as été ceci, cela. C'est l'instant tragique des capotes anglaises nécrologiques. Chacun va sortir sa boîte de superlatifs. On va t'astiquer la mémoire. [...]

Moi, ce que je vais leur répondre à ces vernisseurs de cercueils, c'est que tu auras été un vrai bonhomme en vie et qu'il n'y a pas de mort qui tienne. Tu le resteras. 

C'est quoi un homme en vie ? C'est un homme qui comprend tout et devine ce qu'il ignore. C'est un homme qui transforme sa misère en chanson de salle de garde et qui se cache pour se gratter la peau de l'âme comme si c'était celle de ses couilles. 

Un soir, dans une chambre d'hôtel à Venise, j'ai lu d'une traite ton dernier livre : La nuit, le jour et toutes les autres nuits. 

J'ai reçu comme une balle dans la peau. Après l'avoir refermé, je me suis mis à chialer. Ces larmes, je l'ignorais, étaient un acompte sur le chagrin d'aujourd'hui. Comme je me sentais inconsolable, je t'ai écrit une longue lettre à laquelle tu n'as pas encore répondu. Mais ça ne fait rien, j'attendrai."

- Frédéric Dard

29 octobre 2021

Chienne de vie

Ce soir j'ai regardé Marley et moi, un vieux film grand public vu avec les enfants à sa sortie. Je pensais après la séparation, car je me souviens l'avoir vu seule avec eux. Au vu de la date de sortie, c'était avant, et pourtant je me souviens avoir tellement pleuré à l'évocation de cette vie de famille parfaite...  ce soir il me fait mesurer ce qui en moi s'est endurci, refermé, pour me protéger et rendre la vie vivable, à défaut d'heureuse. 

L'idée d'un amour complice, bienveillant, solidaire, inscrit dans la durée : encore possible ?
L'idée d'une histoire commune, de souvenirs partagés, d'épreuves traversées ensemble, d'un temps rythmé par les étapes de la vie vécues côte à côte - voir grandir nos enfants, nos petits-enfants, avoir un chien, un piano, une maison, un lieu où s'enraciner, où revenir, une sécurité affective, matérielle, symbolique bâtie pas après pas : définitivement cramé.
L'idée des enfants qui demandent tant mais offrent plus encore, de les voir déployer leurs ailes, exercer leurs dons, expérimenter en confiance, être, tout simplement, heureux : probablement jamais simple, et pour Elsa, cet écart abyssal entre ce que la vie lui promettait et ce qui est possible aujourd'hui...

Ce soir je n'ai pas le sentiment d'être devenue plus sage, ni plus courageuse. Je sens juste ça : que cette solidité apparente, cette combativité constante, efficaces au demeurant, peuvent être fissurées par un simple semi-mélo hollywoodien. Que je fais tellement bien comme si que je m'illusionne moi-même, m'arrime à l'idée que ce qui est est, et que je sais y attraper, et mieux, y faire naître, quelques instants de bonheur ou de poésie. Que je danse au-dessus du vide, pas de couple, pas de vie de famille, pas de sécurité, pas de lieu, pas d'à-venir à ce jour. Et pour aller "bien" là - je ferme mon coeur, et je ne m'en rends même plus compte. 

Jusqu'à ce qu'un film un peu stupide avec un gros chien fou me rende à moi-même, au moins quelques instants. A cette jeune femme, cette jeune mariée, cette jeune maman, tellement pleine d'énergie et d'espoir mais aussi tellement fragile, et si fleur bleue... et pourtant j'ai envie de retrouver cette ouverture de coeur-là, cette fraîcheur du regard, cette sensibilité aiguë dont je sais au fond qu'elle n'est pas loin. Mais qu'elles n'ont pas trouvé depuis si longtemps un lieu, une épaule, un coeur où se poser que je ne sais plus être autre chose que ce petit soldat organisé et volontariste...

24 octobre 2021

Un dimanche sur la Seine

23 octobre 2021

Léo Stardust

22 in Berlin

22 octobre 2021

Gratitude

Tu sais il est important que tu voies aussi la puissance de l'énergie de vie qui est là, en toi, ta fille, ta famille (...) Un an et quel chemin depuis, un an qui inscrit cette épreuve dans le passé et qui inscrit un avenir. Comment cet événement a écrit ton présent, que tu as dégagé par tes passages, ta volonté, par l'amour qui est en toi (...) C'est aussi confrontée à la mort que la Vie prend un autre sens.

Christine

Et puis ce jour, j'ai aussi enfin écrit aux pompiers qui étaient de garde il y a un an.

17 octobre 2021

03 octobre 2021

Dans un café

Au hasard d'une rencontre, si tant est que le hasard existe, il y a eu cette petite parabole sur le fait que si Dieu est partout, et le même partout, nous ne sommes pas, nous, les mêmes partout, et qu'il nous faut nous ménager des espaces où Le rencontrer ; et aussi cette invitation : non, la grâce ne se commande pas... mais elle se demande. 

29 septembre 2021

Mystère

26 septembre 2021

A l'amitié, l'amour, la joie

Comme le dit si bien Eric, nous sommes tous dépositaires de la mémoire des autres, garants de ce que chacun confie à chaque nouvelle rencontre, témoins de nos vies sur déjà quatorze années, si proches que c'est comme si nous connaissions aussi - c'est le cas pour certains - nos enfants, nos amours, nos parents. Comme il l'écrit : Nos retrouvailles, les trois becs, une petite église, des fleurs fraîches, des pas, le bleu du ciel, des éclairs, un léger vent, un rafraîchissement, la chaleur du soleil, des regards espiègles, des rires déployés, des conversations intrépides, des douces embrassades, des piqures de moustiques, des petites acrobaties, une boîte secrète, les prémices d'une belle aventure, merci, merci, merci de ces moments si délicieux, si joyeux. 

19 septembre 2021

Des joies simples

Tester la salle d'escalade qui vient d'ouvrir à côté de la maison lors des journées portes ouvertes - toute seule comme une grande, faire trois voies assurée par les monos du club, me régaler, m'amuser du fait que je semble être la seule femme de mon âge à grimper ! Beaucoup de jeunes, de familles où les mamans restent au sol. 

Me balader une après-midi entière dans le Marais avec Elsa - manger une glace chez Berthillon, flâner dans les friperies, trouver un cadeau clin d'œil pour l'anniversaire d'Eric, terminer l'après-midi avec une Pina Colada - ni expo ni ciné, juste le plaisir d'être ensemble. 

16 septembre 2021

Va, vis et deviens ;-)

Moi : Hey Dieu.
Dieu : Bonjour, mon coeur.
Moi : Je suis en train de m'effondrer.
Pouvez-vous me réparer?
Dieu : Je ne préfèrerais pas.
Moi : Pourquoi ?
Dieu : Parce que tu n'es pas un puzzle. 
Moi : Et toutes les pièces de ma vie qui tombent sur le sol ? 
Dieu : Laisse-les y rester un moment.  Elles sont tombées pour une raison.
Prends un peu de temps et décide si tu as besoin de récupérer certaines de ces pièces. 
Moi : Tu ne comprends pas !  Je suis en train de m'effondrer ! 
Dieu : Non - tu ne comprends pas.
Tu es en train de t'en sortir. 
Ce que tu ressens, ce ne sont que des douleurs de croissance.
Tu te débarrasses des choses et des personnes dans ta vie qui te retiennent. 
Tu ne t'effondres pas. 
Tu te mets en place. 
Détends toi. 
Respire profondément et laisse les choses dont tu n'as plus besoin se détacher de toi. 
Arrête de t’accrocher aux morceaux qui ne te vont plus. 
Laisse les tomber. 
Laisse les partir.
Moi : Une fois que j'aurai commencé à faire cela, que restera-t-il de moi ? 
Dieu : Seulement les meilleurs morceaux de toi. 
Moi : J'ai peur de changer.
Dieu : Je continue à te le dire - tu ne changes pas ! TU ES EN TRAIN DE DEVENIR !
Moi : Devenir qui ?
Dieu : Tu deviens celui pour qui je t'ai créé ! 
Une personne de lumière et d'amour et de charité et d'espoir et de courage et de joie et de miséricorde et de grâce et de compassion. 
Je t'ai fait pour plus que les pièces superficielles dont tu as décidé de te parer et auxquelles tu t'accroches avec tant d'avidité et de peur. 
Laisse ces choses tomber de toi. 
Je t'aime ! Ne change pas !
Deviens ! Deviens ! Deviens ! 
Deviens ce que je t'ai fait être. 
Je vais continuer à te le dire jusqu'à ce que tu t'en souviennes.
Moi : Voilà un autre morceau. 
Dieu : Oui. Laisse-le être.
Moi : Alors... je ne suis pas brisé ?
Dieu : Non - mais tu te brises comme l'aube.  C'est un jour nouveau. 
Deviens ! Deviens !
                                                                                                                               John Roedel

La question n'est pas de savoir si la vie a un sens, mais si nous sommes capables de de l'aimer. Ce n'est pas le sens qui est aimable, c'est l'amour qui fait sens.

André Comte-Sponville

11 septembre 2021

I am enough

Une soirée d'anniversaire, puis un dîner de copains - dans les deux cas, essentiellement des couples tout autour. Mais pour la première fois... de mon existence peut-être, ni sentiment d'envie ni mouvement dépressif : légèreté, liberté, disponibilité, bonheurs d'amitiés fidèles ou retrouvées. Que demander de plus ? Rien... aujourd'hui, je me suffis à moi-même.

09 septembre 2021

Graines

Quelques notes au vol après un entretien : à (me) raconter ces derniers temps, le constat est celui des dénouements... ça se desserre, partout, ça respire mieux, ça prend de la hauteur, ça se détend...

Faire attention à ce que l'on pense : pensar bonito. Penser bien pour agir bien, penser sans fermer les possibles, l'expansion plutôt que la contraction, à utiliser comme un repère intérieur : quand je pense de cette manière, est-ce que ça s'ouvre dans mon corps, dans mon cœur, ou est-ce que ça me referme ?

L'important ce n'est pas d'être heureux, c'est d'être tranquille...hier n'existe pas, demain non plus : il s'agit d'être présent, de revenir au souffle, au corps... en ce qui me concerne, plus facilement, au coeur comme boussole.

Avoir conscience que chaque petit geste, chaque pensée, chaque prière compte, comme une petite graine semée dans l'univers, un contrepoids minuscule à l'obscurité, à la destruction, au chaos.

Mon intention à ce jour ? Ne plus être séparée... la connexion.

05 septembre 2021

La la land

Des lala avec ma Lalie... grâce à la poétique et foldingue Camille, qui en lieu et place d'un concert propose une expérience vibratoire collective - je crois que c'est plus ou moins ce qui a été dit en guise d'introduction, une chorale éphémère de boucles sonores sur lesquelles elle vient improviser, poser son incroyable voix, cristalline, tellurique ou déchirante. Ludique aussi : nous avons chanté sur 1, 2, 3, A la belle étoile, Un crayon de couleur, Pipi caca, L'école les écoles, pour terminer avec notre souhait d'un Nouveau Monde... dans lequel tous les humains, chantants ou non, seraient inclus, bienvenus. Des invitations, incitations si simples, mais qui sont venus mobiliser des émotions profondes : Je donne de la lumière et j'en récupère, je donne donne donne... Un bain de bien-être et de joie enfantine, dont nous sommes sorties légères, comme neuves.

02 septembre 2021

Namaste

Je n'ai pas pris de photo ce jour-là, mais je n'oublierai pas - ce regard clair et lumineux, et derrière elle, une cascade de feuillages verts, et le soleil qui scintille sur le canal, et se reflète dans mon propre regard. Ce qui s'est dit est trop intime pour trouver sa place ici ; et pourtant je veux pouvoir y trouver une trace de ce moment-là, peut-être juste à travers quelques mots : amour, clarté, courage. Ou cette inscription sur un T-shirt, aperçue dans le métro quelques minutes avant notre rencontre : "Passeuses d'humanité".

Quelques jours plus tard, je lui ai adressé ceci : Bénies soient celles qui savent se connecter à leur plus simple humanité. De leurs paumes ouvertes elles prennent la main d'une sœur et œuvrent sans bruit. Elles sont présentes, dans le calme et la musique du cœur, et apportent leur soutien silencieux, celui qui dit en toute humilité, je te vois, je te soutiens.

27 août 2021

Synchronicités

Ce matin dans une interview de Clara Ysé, fille d'Anne Dufourmantelle, que j'aime tant aussi : 

Ils n'ont de force et d'armure que l'amour qui les unit et les engage à prendre soin l'un de l'autre. Entre eux est scellé un pace secret, de ceux qui se nouent durant l'enfance et doivent un jour être dénoncés, déliés, pour ne pas devenir des enfermements (...)

Il me semble qu'à le regarder j'ai intégré, dans mon corps même, l'idée que, dans le noir, on voit mieux les lumières, et qu'elles finissent toujours par s'allumer. Cette conviction, je l'appelle une foi - une foi sans dieu ni dogme mais programmatique : on imagine un avenir désirable, et c'est pour cela qu'il advient.

26 août 2021

Si grands !


 ...avant le départ de Léo pour Berlin, une jolie soirée tous les trois, dîner dans un lieu chouette et atypique proposé par Léo, marcher sur les quais, un temps partagé chaleureux et précieux - et simplement joyeux.

25 août 2021

Un déjeuner sur la coulée verte

Il a dit, peut-être il n'y a rien à dire, juste aimer et remercier en silence… parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, parce qu'aimer c'est aussi comprendre là où l'autre en est - pas au même endroit, pas au même moment, pas dans le même élan, pas dans la possibilité d'entendre ou de recevoir. Merci, pardon, je t'aime peuvent se dire, et mieux, se vivre, dans le silence du coeur… parfois c'est le seul chemin possible, et parfois peut-être aussi, le meilleur ? 

Parce que renoncer aux mots c'est peut-être aussi renoncer à la tentative de maîtrise, à la tentation de la manipulation, à l'effort désespéré pour échapper à ce qui fait peur, ou mal, quitte à en faire porter le poids à l'autre ? Laisser être et aimer... 

20 août 2021

J'écris depuis ce silence

La narratrice de L'éternel fiancé se demande comment faisaient nos grands-mères quand elles étaient tristes. Cette question vous hante-t-elle ? 

Penser que pendant des millénaires les femmes ont été dans l'impossibilité totale de sortir de leur condition, ne serait-ce qu'une minute, pour pouvoir dire "Je ne me sens pas très bien, là", est un motif de grand tourment pour moi. J'ai besoin de prendre le temps d'écouter la sonorité de leur silence. Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on passe directement de la femme ancienne, archaïque, profondément inscrite en nous toutes, à une femme qui a rompu les amarres. La table rase est nécessaire, mais elle me crée une petite tristesse, car on risque de casser quelque chose de précieux. Avant de hurler, écoutons la rumeur des voix trop longtemps étouffées, dans lesquelles il y a beaucoup à puiser. Avec la volonté de rendre grâce. J'écris depuis ce silence.

Interview d'Agnès Desarthe

 Voici déjà un mois et des poussières, nous avons vécu une aventure singulière ensemble.

Singulière car  hors du temps et de l'agitation du monde; 

Singulière car vous êtes toutes uniques, et que chaque lien tissé avec l'une d'entre vous restera unique.

Singulière car il n'est pas si fréquent d'ouvrir notre coeur, notre vie à des rencontres aussi authentiques .

Singulière car nous avons toutes œuvré ensemble à la guérison de nos blessures et à celles du monde.

Singulière , car nous sommes persuadées que l'empreinte sur nos vies de ce court , mais intense, séjour continuera , en conscience, ou plus souterrainement, son brave petit bout de chemin.

Que les jours, les semaines et les mois à venir vous soient doux, quelques soient les turbulences extérieures.

Les liens d'amour, d'amitié, de confiance noués, d'une vie éphémère ou pérenne, ne se cassent jamais. Ils nous nourrissent et ensemencent le monde. N'en doutez pas, si peu que ce soit.

V.

15 août 2021

Trois jours de lumière

07 août 2021

La Dame de Cassignas


Ce fut la découverte d'une région, d'une maison ; mais aussi et surtout des retrouvailles, une de ces amitiés que l'on peut reprendre deux jours ou deux années après avec le même élan, la même authenticité, la même qualité de rencontre. Et la joie de constater que les chemins, les réflexions, les interrogations s'entremêlent et se rejoignent, s'approfondissent en parallèle. J'y trouve un écho du stage de juillet - sororité, solidarité, force de guérison du féminin, et les mêmes partages : l'amour, la quête de sens et de spiritualité, la famille dans tous ses états, les épreuves de la vie, deuils, séparations, maladies, conflits... Et puis les petits bonheurs et grands plaisirs, faire les brocantes, boire du bon vin, assister à un beau spectacle en plein air, écouter comme une berceuse les histoires des familles attachées à ces villages - ceux qui y sont arrivés poussés par la guerre et la folie des hommes, ceux qui y vivent depuis toujours - l'humain, encore. 

04 août 2021

Me retrouver

J'avais oublié cette chanson de Jeanne Cherhal, que je retrouve ce matin, et qui m'émeut aux larmes, à nouveau... sans doute pas un hasard si je la redécouvre aujourd'hui. Comme si elle m'appelait à nouveau. 

Comme un rocher qui dure sous les gifles du sel
Comme un arbre solide sous les trombes d'eau
Comme un fruit qui mûrit après des nuits de gel
Une plaine asséchée qui retrouve de l'eau

Comme un acte d'amour pour les enfants qui restent
Comme un sursaut de rage de vivre malgré tout
Comme une force vive dans les plus petits gestes
Une promesse tenue une promesse de fou

Sont venus les désastres tu es restée debout
Sont venus les tristesses tu es restée debout
Tu es sans doute un peu plus vivante que nous... 
Femme debout

Face à la peur qui rode aux soirs de solitude
la douleur qui un jour s'est glissée à ton cou
Le chagrin qui revient comme une vieille habitude
Et les bras qui se sont refermés d'un seul coup

Sont venus les désastres tu es restée debout
Sont venus les tristesses tu es restée debout
Tu es sans doute un peu plus vivante que nous
Femme debout

03 août 2021

Credo

« Les choses arrivent à qui est disponible pour les vivre, les entendre ou les voir. C’est formidable d’être à la disposition de son destin.

Sinon, que se passe-t-il ? Rien.

Se laisser guider par son instinct, suivre des chemins inconnus où tout devient important. Avoir le sentiment d’être de nouveau un enfant. Être curieux du monde et apprendre sans cesse. Tout a du sens quand on est comme cela, en voyage dans sa vie. »

- Jacques Higelin

01 août 2021

23 juillet 2021

En famille

16 juillet 2021

Se ressourcer

When I don't know what to do or be lost along the way
I will be for you the light in the dark shining so softly... 

Notre-Dame du fond des âges,
Notre Dame du temps qui passe
prends pitié de nous
qui sommes de passage
sur la plage.

Notre Dame des flux et des reflux,
Notre Dame des allées et venues,
marche avec nous sur le sable
avant qu’à jamais s’efface
la trace de nos pas (...)

02 juillet 2021

Etonnants Voyageurs

01 juillet 2021

Dream Team

Depuis septembre, nous formons une belle équipe qui s'agrandit peu à peu ; depuis septembre, j'ai la chance de travailler avec des pros formidables, motivés, heureux de venir bosser ensemble ; cette équipe qui me fait aller en réunion même pendant mes vacances, même à Montsouris, juste pour le bonheur des échanges cliniques... 

Ce fut un privilège de pouvoir continuer à travailler en présentiel ces derniers mois ; et un bonheur ce pique-nique de fin d'année ce jour, riche en partages et en bonne humeur, cette joie simple : partager de bonnes choses dans la cour-jardin de l'ENS, boire un verre de rosé, et s'émerveiller de ce plaisir à collaborer qui nous porte et j'espère, se transmet aux étudiants que nous accueillons.