29 octobre 2014

Coming-out

Bien sûr, nous sommes des lecteurs de Télérama (ou des Inrocks, c’est selon), du Monde et de Courrier International (et du New Yorker, of course). Des auditeurs de France Culture, des habitués du Masque et la Plume (nous n'avons pas la télé, c'est trop vulgaire). Nous avons vu la nouvelle copie de ce film roumain de 1962 en noir et blanc, l’accrochage de ce jeune photographe si prometteur dans une obscure galerie-salon de thé vegan-boutique solidaire du 20ème (tellement plus classe que les foules du Grand Palais). Et nous sommes des consommateurs avertis, écologiquement corrects, à l’élégance innée : c’est que nous sommes Français, et même, Parisiens (on l’entend bien, la majuscule, là ?). Si Parisiens que parfois nous sommes belges (l’épure, la sobriété, l’école d’Anvers), ou bien anglais (les matières nobles, l’audace maîtrisée, le luxe discret) – les lecteurs de ELLE me comprendront.

Mais… tous, nous avons nos mauvais goûts inavouables, nos madeleines scandaleuses, nos doudous vaguement écoeurants. Auxquels nous ne renoncerions pour rien au monde. Allez, je commence : Mauvais goûts vestimentaires : les chaussons-chaussettes, par exemple… (oui, ces choses poilues et colorées qui nous suivent jusque sous la couette). Les pulls à paillettes (je suis une récidiviste, sur ce point). Les chaussures enfantines : babies (les Repetto ne comptent pas), Kickers, bottes en caoutchouc. Faiblesses gustatives : Le Nutella bien sûr - mais sur une couche de beurre salé. Les frites trempées dans la crème fraîche. Madeleines musicales : la plupart des tubes français (j’ai bien dit, français) des années 80. Toutes les comédies musicales. Toute la disco. Johnny. Eddy. Dalida. Dassin. Cloclo. Et tiens, même Sardou. Parfaitement. Doudous cinématographiques : Les comédies romantiques (et/ou musicales donc), passe encore. Mais Angélique Marquise des anges ? Mais Le Magnifique ? Et si je vous disais que ma sonnerie de téléphone, c’est la musique des Compères ? OK, en clin d’œil à Bird People, mais tout de même... Liste non exhaustive. Et maintenant... à vous ? 

21 octobre 2014

Chers petits

Diplomatie
Léo : "Papi dit toujours ce qu'il pense. Quand il pense la même chose que Mammie."

Chronologie
Elsa apprend que son grand-père travaillait entre autres pour les Monuments Historiques. "Ah bon, et il en a construit beaucoup ?".

18 octobre 2014

Méditation sur le couple

Vu de ma fenêtre de pseudo-célibataire vraie maman solo (situation amoureuse : c'est compliqué), ce serait l'antithèse de CECI . Ne plus tout faire, tout porter, tout organiser, toute seule, tout le temps. La disponibilité que je donne aux enfants, aux patients, aux proches - la recevoir parfois à mon tour, aussi. Arrêter de ne faire que des projets court terme, qui toujours incluent la possibilité de la présence d'un autre mais aussi celle de son absence. Ne pas oser espérer, dans ce contexte, qu'il soit à son tour force de proposition. Descendre de mon cheval d'amazone, poser mon armure, montrer ma vulnérabilité. Mais aussi :

- Etre en confiance. Non pas doubler mais démultiplier l'énergie, le courage, la joie de vivre. Respirer. S'enraciner.

- Faire des projets. Petits : Choisir une nouvelle lampe pour le salon, parce que la lumière, c'est important. Mélanger nos amis pour fêter un anniversaire. Moyens : Adopter un autre chat, pour deux fois plus de caresses. Planifier les prochaines vacances : rêver, négocier, et finalement organiser à deux. Grands : Construire un projet autour d'un lieu de vie commun, maintenant ou plus tard. Se faire la courte échelle pour réaliser des rêves personnels et communs - se former, s'engager, voyager...

- Savoir qu'on est deux pour affronter la main dans la main les enfants qui grandissent, les parents qui  vieillissent, les hauts et bas professionnels et financiers, la santé qui peut se fragiliser. Mettre en commun les moyens et les solutions. 

- Etre là au quotidien : partager les petites corvées (les courses, les repas, les papiers, les lessives) et les petits bonheurs (partir dans un fou-rire, dormir ensemble, avoir des petites attentions l'un pour l'autre, rentrer dans une maison éclairée, vivre une continuité sécurisante : je t'ai choisi(e), qui dégage de l'énergie pour d'autres projets et désabonne des rencontres sans lendemain).

- Et dans les moments d'exception, ceux qui rythment et ritualisent nos vies : anniversaires, enterrements, mariages... Etre un couple, c'est aussi être vus comme un couple. Notamment dans les moments forts. 

- Avoir deux familles : la sienne, et celle de l'autre. Supporter plus facilement les névroses de la seconde... ou remettre au contraire en perspective celles de la nôtre. Etre inscrite dans les générations, dans une continuité, dans un tissu social.

- Bâtir ce lien incomparable, car nourri par le temps : grandir ensemble, quelque soit notre âge. Se constituer des souvenirs, des private jokes, des complicités, la force donnée par les épreuves traversées. 

- Relever ce défi : trouver des moyens de croître en même temps que la relation. Respecter infiniment la liberté de l'autre, tout en trouvant suffisamment d'espaces communs pour faire du lien une création unique.

- Rester conscient(e) que l'amour qui dure est un miracle, mais qu'un amour qui s'engage, sans garantie aucune mais aussi sans date de péremption annoncée, qui a le souhait de tenter l'aventure, est déjà un magnifique cadeau.

12 octobre 2014

Intermittente

On m'a demandé si la Care Box dormait un peu, se voyait supplantée par l'ogre FaceBook. Non... comme Elsa me l'a fait subtilement remarquer l'autre jour, "Ce qui est bien avec la Care Box, c'est que comme elle est un peu cachée, tu es libre d'y écrire ce que tu veux !". Je crois que ça tient plutôt au fait que j'ai juste assez d'énergie ces jours pour vivre, faire le nécessaire et aussi investir sur l'avenir - je travaille à divers projets professionnels dans l'espoir de me sentir un tout petit peu moins précaire, insécurisée sur tous les plans. Le regard tourné plutôt vers l'intérieur, ou la bagarre avec le monde extérieur, que vers les instants de poésie, de créativité ou d'humour qui font la trame du blog... 

A suivre...

26 septembre 2014

L'Auberge Sicilienne

Ze Body Family, photo credits to : Cyrill

Dans la liste des choses qui me rendent vraiment heureuse, il y a (dans l'ordre et/ou dans le désordre) : 

- rencontrer des gens nouveaux, et plus encore s'ils viennent d'horizons différents (nationalités, langues, sexualités, âges... et j'en oublie probablement)
- barboter dans la vie de groupe, soit plonger, éclabousser, chahuter, ressortir et recommencer
- si ledit groupe est dans un lieu magnifique en pleine nature, totalement coupé du quotidien, c'est encore mieux (cf souvenirs du Hameau)
- apprendre, à fortiori si c'est en expérimentant plus qu'en restant dans la tête (je suis définitivement convaincue que c'est la seule voie pertinente en matière de formation pour adultes ; à bien y réfléchir, peut-être pas seulement pour adultes...)
- être (affectueusement) bousculée dans mes certitudes
- découvrir un nouveau pays, pratiquer une autre langue (ici, un anglais fantaisiste qui n'était la langue maternelle de personne)
- manger des tas de légumes bio, confitures (incluant une confiture de courgettes), fromages du pays, préparés avec amour par trois Siciliens multi-talentueux et pas par moi (les pieds sous la table quatre fois par jour :-))

...alors, tout ça dans UN SEUL STAGE ?!?

Cadeaux bonus : une marche improvisée dans la nuit des montagnes siciliennes, un cours de salsa, une soirée guitare en hollandais-français-italien-anglais, une balade sur les marchés de Palerme, croiser l'ombre du projectionniste de Cinema Paradiso.

J'ai appris beaucoup, c'est sûr. Mieux encore, j'ai découvert des façons de réfléchir et des outils concrets, praticables et adaptables à la fois. Mais ce qui me laisse la gorge serrée ce soir, et le besoin de prendre le temps de me poser, me reposer, prendre la mesure de ce qui a été donné et reçu, c'est la densité des rencontres humaines, des échanges informels, des émotions concentrées dans un temps record : larmes, rires, trouble, inconfort, fragilité, plaisir, confrontation, connivence... Beaucoup de bonheurs, et un brin de chagrin aussi à cause de ces complicités ébauchées qui donnent l'envie de poursuivre la rencontre, d'en re-demander, comme les petits enfants : ENCORE !

13 septembre 2014

Ils ont dit Oui !


J'ai beaucoup aimé les mots d'Antoine et sa déclinaison de liberté-égalité-fraternité, c'est une belle idée porteuse de sens et qui aurait manqué autrement, les textes officiels étant quelque peu secs ! Et son idée des rites à inventer - piocher dans les anciens, en créer de nouveaux. J'ai cru entendre comme un écho du Petit Prince ;-)... 

Mission émotion accomplie : le speech d'Antoine + le gâteau d'amour de Peau d’Âne pour le dessert (quelle géniale idée !) + Moon River pour ouvrir le bal - j'ai versé ma petite larme : Two drifters off to see the world, there's such a lot of world to see... 

Quelle soirée inoubliable pour les petits et grands enfants - une soirée à l'image de nos mariés : l'élégance et l'opéra, l'émerveillement et le jeu, un brin de démesure - entre enfance et maturité... Nous sommes tous allés de surprise en surprise dans ce lieu enchanteur, et je pense qu'Elsa et Léo s'en souviendront longtemps : quelle chance pour eux d'avoir eu accès à ce moment d'exception. Je m'efforce au quotidien de leur offrir la meilleure vie possible, de leur ouvrir la possibilité de penser différemment, de vivre différemment, de s'autoriser à rêver en grand (et à garder leur âme d'enfant) : à bien des titres, ce mariage est une belle leçon de vie pour eux. 

12 septembre 2014

Fête des voisins

Ça faisait un moment que ça me trottait dans la tête, ça s'est amplifié avec la visite de Christiania à Copenhague : une envie de collectif, de partage, de chaleur humaine, de créer des liens. Après le lointain, le proche : j'ai donc invité tous mes voisins d'immeuble à un apéro participatif. Bilan de l'opération : sur 28 appartements,  14 réponses, 9 familles présentes et 5 autres qui ont manifesté leur envie de venir une prochaine fois car pas disponibles a cette date. Une mailing-list, et l'envie de faire ensemble, en effet. De la récup' intelligente, du troc de services, un pique-nique annuel... D'ores et déjà, les bonjours sont plus chaleureux ; reste à impulser l'énergie pour ne pas s'arrêter en si bon chemin (et convaincre les autres ?!)

06 septembre 2014

Sweet Maggie

Parce que les amis de nos amis sont nos amis, et parce que ce n'est pas tous les jours qu'une Américaine de Denver fait escale à Paris avant d'aller marcher sur Saint-Jacques, nous avons accueilli Maggie, une amie de Halo. Chouette idée, que celle de la connexion entre les gens que nous aimons, et belle rencontre à nouveau, d'une femme ouverte, généreuse et sensible, avec qui nous partagions le goût des bonnes choses (nous avons bien profité des résultats de son cours sur les petits fours salés au Cordon Bleu), des comédies musicales et du bon vin favorable aux confidences (entre autres talents non typiquement américains, Maggie connaît et apprécie les vins). Adoptée - un membre de plus dans notre internationale famille de coeur - pour son courage (une autre résiliente, plus habituée à prendre soin des autres qu'à ce qu'on prenne soin d'elle), son indépendance et sa sincérité - elle qui n'a pas peur de dire qu'elle est partie sur le Chemin entre autres pour apprendre à demander, à accepter un peu d'interdépendance.

02 septembre 2014

Etapes

Je ne sais pas si nous avions complètement réalisé que cette rentrée serait probablement la dernière... pour nous en tant que parents. A partir de la 5ème, il n'y aura plus de réunion de rentrée, mais des enfants pressés de retrouver leurs copains, pas qu'on les prenne par la main. Et je ne parle pas du Léo qui entre au lycée - plus de parents, plus de photo. Un long échange paisible avec David ensuite - s'organiser, leur déménagement, les trajets, les activités para-scolaires, les achats, les vacances. Et à ce jour, ce constat étonné : je vais bien. Quelque chose s'est produit cet été, un basculement imperceptible, aussi involontaire que silencieux : je vais bien avec ces enfants qui grandissent, avec la perspective du jugement de divorce, avec le déménagement de leur père, avec le lien de tranquille intelligence du coeur qui semble s'affirmer de plus en plus entre nous. 

01 septembre 2014

Poésie urbaine



31 août 2014

Mon pays (est) Paris

Paris au mois d'août : un autre rythme, peu de voitures, aucune file d'attente, et un état de semi-vacances - patients en congé, cité endormie. Le temps de flâner avec Victor, parisien pour trois semaines, à Montmartre ou aux Buttes-Chaumont, de visiter enfin le Musée de la Vie Romantique, de voir l'expo Tatoueurs, Tatoués au Quai Branly, de savourer le grinçant "How to become a Parisian in one hour".

De rêver devant le travail d'Oscar Munoz sur le temps et la disparition - je suis sortie du Jeu de Paume dans un état de légère absence devant tant de poésie et de créativité - la goutte d'eau qui tombe, le dessin qui s'évapore, la buée dans le miroir, l'image qui fuit, dans tous les sens du terme...

De prendre l'Orient-Express avec Ronan - autre temps, autre voyage, dans un monde feutré et luxueux, de découvrir, au milieu de la navrante production cinématographique estivale, quelques pépites : Maestro, un choc des cultures qui devient récit d'apprentissage, malicieux, subtil et littéraire ; Party Girl, portrait d'une insoumise et flamboyante sexagénaire (être ou ne pas être... dé-rangée, ou dérangeante ?) ; Boyhood, chronique du temps qui passe aux thèmes universels : le passage de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte, les premières fois et les premiers chagrins, les choix aléatoires des adultes, l'insouciance et l'incertitude, "la vie quoi, le bordel !" comme dirait maître Higelin...

De suivre les chemins des uns et des autres - Charles sur son Inuit, un arc-en-ciel sur les chutes Victoria envoyé par Laurent, le sourire de la petite Neela là-bas au Mexique, ma plus-si-petite soeur à Ibiza, Grand-Mère globe-trotter - en Inde, en Croatie, à Barcelone ou en croisère sur la Seine, Yves qui s'achète le voilier de ses rêves, Max qui envoie un p'tit signe de Central Park - autant d'humains curieux, vivants, inspirants. (Et merci FB, WhatsApp et Skype, pour rendre le si lointain si proche).

15 août 2014

Inspirations

J'ai toujours eu un faible pour les histoires de transformation, de rédemption, de libération. Pour les rêveurs audacieux, les survivants, les bâtisseurs. Senti un appel vers le possible, plutôt que vers le connu. A travers les livres, les films, et puis de plus en plus dans des rencontres - c'est à dire, de plus en plus dans la vie : Maya, émigrée des pays de l'Est vers Londres, avocate spécialisée dans les droits de l'homme, aujourd'hui thérapeute ; Jill, ma "grand-mère canadienne", qui a vécu 20 ans avec son mari sur le bateau qu'ils avaient construit eux-mêmes, puis a décidé, à la mort de celui-ci, que la vie n'était pas finie et s'est lancée dans un nouveau projet autour de l'huile d'olive bio ; Halo parti en solo autour du monde avec ses deux enfants ; Theresa plaquant sa folle vie de cadre new-yorkaise pour voyager puis réaliser son rêve de se former à la gastronomie française, avant de se donner les moyens de trouver l'homme puis le job qu'elle souhaitait ; Charles, qui s'est offert un voilier exceptionnel à près de 70 ans (et qui navigue vraiment !) ; Julien, qui a démissioné de son poste de professeur fonctionnaire pour créer un centre de yoga et de thérapie en Colombie ; Søren et Charlie bâtissant leurs propres maisons, l'un en Suède et l'autre en Arizona... 

(NB à méditer : tous sont ou ont été engagés dans des associations diverses ; et j'ai réalisé qu'en français, nous n'avions PAS de mot qui recoupe exactement cette notion de community, pas plus que l'équivalent des mentors ou role-models. Qu'attendons-nous ?)

Une part de moi... continue de croire que ce n'est pas pour moi. "Je n'ose pas... autant que je voudrais ; dans mes moments d'optimisme, je me dis : je n'ose pas encore". Une phrase de Françoise Mallet-Joris recopiée en... 1994 ? Pourtant ce n'est plus vrai... j'ose de plus en plus, et la vague enfle, me donne un peu le vertige parfois - quelles conséquences sur ma vie personnelle, relationnelle, professionnelle ? jusqu'où est-ce que ça peut m'emmener, pour peu que j'accepte de me laisser inspirer ? Déjà bien plus loin que ce que j'aurais imaginé il y a quelques années, il suffit de relire ce blog. L'autonomie, la liberté, la maison grande ouverte, les échanges, les rencontres, un rapport à l'argent différent, le bateau, les voyages... 

Les informations convergent, éclairent la route, et me flanquent la frousse. Mon expérience jamaïcaine m'a donné l'envie d'améliorer mon anglais, le journal de Junior m'a donné l'idée d'utiliser les TED Talks dans cette optique - un talk différent chaque jour sans sous-titres, ou avec sous-titres anglais une deuxième fois pour le vocabulaire - mais le contenu (même quand j'utilise le choix aléatoire !) lui aussi vient encore renforcer le message, enfoncer le clou : The power of vulnerability, The danger of silence, Before I die I want to, Why people need poetry, Everyday leadership... 

Tiens, le dernier le voici en cadeau - une inspiration à partager :

14 août 2014

Memento


06 août 2014

Nadia 2

Nadia, c'est ma coloc', mon numéro gagnant. Au départ, l'envie de mettre un peu de beurre dans les épinards, proposer une chambre quelques jours par mois à une Conseillère Conjugale et Familiale venant en formation sur Paris. Une bonne idée d'Eric : héberger des gens avec lesquels j'ai par définition des affinités, sur un moyen terme (4 jours par mois sur dix-huit mois). Un pari qui aurait pu s'avérer risqué, si Nadia n'était pas devenue une amie de la famille, avec qui partager la cuisine, les confidences et les sorties, arrivant toujours les mains pleines de bonnes choses à partager : confitures du jardin, pâtisseries arabes, foie gras maison. Aussi c'est tout naturellement que je l'ai accueillie cet été avec ses enfants, non plus en hôte payant mais en CouchSurfeuse d'honneur ! Son dernier séminaire aura lieu en septembre, elle va nous manquer...

31 juillet 2014

Jamaïca

La première chose dont je me souvienne, c’est de mon arrivée – toutes les dernières fois où j’ai pris le train ou l’avion, j’ai eu chaque fois un petit pincement au cœur en arrivant seule… Ici, c’était bon de me sentir attendue – et attendue les bras ouverts, encore meilleur. Non, d’ailleurs, la première chose dont je me souvienne, c’est de ma petite danse-de-la-joie dans l’aéroport, avant même de rejoindre Halo… Catapultée directement dans un décor de rêve, eaux turquoise, sable blanc, concert sur la plage, j’ai passé les deux premiers jours à me demander si je rêvais – une sensation nettement accrue par les sept heures de décalage horaire !

Puis nous avons rallié la maison de Halo, rejoints par d’autres amies qui se sont révélées être une belle rencontre aussi, Sylvia et sa maman, Mercedes. 

Par où commencer ? Il y a tellement à dire… l’album photo montre la beauté de la nature, renversante, les moments d’exception – nager avec les dauphins, faire du cheval sur la plage, crapahuter sous des chutes d’eau somptueuses, mais ne rend pas compte des émotions, des rencontres, des pensées, des questions, de la joie liée à cette sensation d’alignement : une décision juste, une cohérence (Live life now : it’s all we have), un lieu magnifique, un lien profond, et la sensation d’être au-delà de mes rêves…

Ce que les photos ne montrent pas :

- Les rencontres humaines : la bonne humeur et la générosité de Sylvia et Mercedes (malgré deux soucis de voiture et un sérieux lumbago), le sourire et les talents de cuisinière de Keilah, la confiance de Junior qui a bien voulu me laisser lire son journal de voyage et avec qui j’ai passé une délicieuse journée à Dolphins Cove… Halo, bien sûr. Les liens qui se tissent et demeurent (Facebook, finalement, je m'y fais), s’additionnent (je recevrai peut-être une amie de Halo en septembre). Connecting people…

- La façon dont Halo prend soin, cette logique du « care » dans laquelle je me reconnais aussi. Ici, des autres, de la maison, de la famille élargie, de la voiture, de la route, du bien-être de tous – sans le dire, mais en veillant, quelles que soient ses propres préoccupations. Sa liberté de pensée et d’action, son exigence, qui me sont si familières aussi : 
« - Most of people don’t think that way. 
– Most of people don’t have the life they want”. 

- Ma frustration intense par rapport à la langue ! Parler à deux, lentement, dans un environnement calme est une chose. Etre confrontée à un environnement exclusivement anglophone, aux petites phrases à demi-avalées du quotidien, aux situations de groupes, aux accents en est une autre. Pour moi qui ai tant besoin des mots, ne pas pouvoir jouer dans cet espace, utiliser les nuances, l’humour, le sous-entendu, c’était vraiment dur : comme être réduite à l’état d’enfant, et d’un enfant maladroit…

- L’état d’hypersensibilité engendré par la succession de moments parfaits, de lieux magnifiques. Je demande souvent à mes enfants de me dire, à la fin des vacances, quel a été leur moment préféré ; mais ici, j’aurais du mal à choisir.

Mon top 3 : nager avec les dauphins, c’était mon grand rêve, une expérience inoubliable qui m’a émue aux larmes ; mais toute la journée à Dolphins Cove a été un enchantement : nager avec les raies (j’en ai tenu une dans mes mains !), laisser les perroquets se percher sur mon épaule, faire un tour en hors-bord le long de la côte, passer des heures dans l’eau avec Junior dans le grand bassin réservé aux poissons exotiques…

Monter à cheval le long de la plage, s’arrêter là où les chutes d’eau douce rejoignent la mer, plonger sous l’écume, patauger dans l’eau tiède et salée pour mieux revenir dans la fraîcheur… terminer la balade par un galop effréné.

Finir la nuit dans un hamac sous les étoiles, jusqu’au lever du jour…

- Les goûts et les parfums : grande variété de mangues, curry de chèvre (on m’aurait dit que c’était de l’agneau, je n’aurais pas vu la différence), ackee (fruit national, qui ressemble à des œufs brouillés qui auraient la consistance du tofu), jerk chicken… et des choses plus familières, peanut butter, bacon and eggs, corn syrup. Quand au corned-beef… j’peux toujours pas :-).

- Cette émotion-là : le don appelle le don, je le sais ; mais si le savoir est une chose, pouvoir le vivre de cette façon-là m’a plus d’une fois laissée incrédule, comme un cadeau démesuré, un « pincez-moi je rêve » ? Par quel miracle une maman solo parisienne aux revenus pour le moins précaires peut-elle avoir accès à des vacances comme celles que j’ai vécues cette année ? Cf : Thinking small. En tirer les conclusions qui s’imposent.

- Les contrastes : au-delà des paysages magnifiques, il y a d’un côté de luxueux « Resorts » avec leurs parcours de golf, courts de tennis, piscines à débordement, de l’autre des baraques de parpaings avec des toits de tôle (le salaire moyen est de 430 dollars US/mois…). J’ai trouvé l’histoire de ce pays, fraîchement indépendant (1962 !) passionnante… et je n’écouterai plus jamais Bob Marley de la même façon. 

- Le rapport au temps : « We’re in Jamaïca. We make no plans ». Ce qui ne nous a pas empêchés de faire tout ce dont j'avais pu rêver avant de partir. Mais aussi de paresser pendant les heures de grosse chaleur, bouquiner (les guides pour l’envers du décor, l’histoire du pays, le bouquin d’Obama Les rêves de mon père, réflexion bienvenue sur le multiculturel : la devise de la Jamaïque est Out of many, one people), papoter, somnoler… Regarder la télé américaine… (mais pour moi c’est comme le corned-beef : plus ou moins indigeste !)

- Ma conviction grandissante : je ne l’ai pas beaucoup fait de toute façon, mais je n’ai plus la moindre envie de faire des voyages organisés. Rencontrer des gens de là-bas, entrer dans les maisons, faire des courses, jouer aux dominos avec les voisins, quelle chance !

- Une autre conviction désormais acquise : l’argent ne doit pas être au service de « posséder plus », mais de «vivre plus fort / partager davantage ». 

- Ma gratitude : mais comment photographier la gratitude ? La jubilation ? L’émotion ? Quoi que, si on regarde les portraits faits par Halo… 

- La conscience de ceci : si je ne m’étais pas séparée de David, je n’aurais jamais vécu tout ça. Cet été exceptionnel. Cette liberté. Cette rencontre. Cette sensation de vie, intense, irrésistible, contre laquelle mon besoin de sécurité ne peut rien : c'est la même force que ces magnifiques chutes d'eau, ou le galop du cheval : un élan qui emporte, une joie sauvage. Et je crains que cet appel n’ait fait que croître chez moi ces dernières années…



25 juillet 2014

Thinking small

Thinking small, Halo, isn't easy or hard. It's just a habit. A habit with consequences. Same for thinking big.

Il s'en est suivi une intéressante discussion sur la question de la demande - ici, d'un prêt bancaire, mais je vois mille façons de la décliner. comme un écho de l'échange avec la classe d'Elsa sur nos dreamkillers... Qu'est-ce qui pourrait arriver de pire ? Que la banque dise non (so what ?). Qu'est-ce qui pourrait arriver de mieux ? Qu'elle dise oui, ou indique les conditions auxquelles elle dirait oui. Certes. Ok, ok, j'vais prendre rendez-vous. 

24 juillet 2014

The Five Love Languages

Intéressant. Quelles sont mes façons préférentielles de donner ? De recevoir ?
Est-ce qu'elles changent avec le contexte, ou en fonction de l'interlocuteur ? 

23 juillet 2014

Memories for a life time

Au commencement, il y a eu une rencontre comme on en fait peu, celle de Halo et ses enfants, et le message qu'ils sont venus apporter : If your dreams don't scare you, they're not big enough. Et l'envie de se revoir, et une invitation pour la Jamaïque, à mi-chemin, en ce qui me concerne, entre le fantasme et la plaisanterie. Je me souviens des images idylliques d'Ocho Rios sur le web, et de ma déception au vu du prix des billets. J'ai abandonné l'idée à priori, mais quand même mis des alertes sur le prix des vols. Les prix n'ont guère varié, mais chaque semaine ou presque, j'avais une piqûre de rappel : le billet pour Montego Bay est à ...

J'ai continué à dialoguer avec Halo, suivant leur périple autour du monde. Envisagé des stratégies alternatives, comme de se retrouver ailleurs (mais à mi-chemin de l'Atlantique, il n'y a... rien !). Puis j'ai vu germer l'idée de partir seule. Avec le défi corollaire : m'autoriser certes ce cadeau à moi-même, mais à condition de trouver les moyens de proposer quand même aux enfants une expérience enrichissante et originale pour nos vacances ensemble. Je devais être motivée... j'ai conclu l'échange avec le Danemark en février.

Activement soutenue par Halo, j'ai pris mon billet début avril, en retenant mon souffle... Mail du 7 avril : All of this seems to be perfectly unreasonable for a few good reasons - and at the same time totally makes sense. Sounded like "It's now or never and you know it". And like "If you don't make crazy decisions when you're in a transition period, totally free, young and healthy, then when ?". I love the idea of connecting again to the crazy part of me (I can feel it from time to time... but not as often as I would like).

Et le 23 juillet à 10h, je m'envolais pour Montego Bay... (à suivre)


14 juillet 2014

La maison du lac

C'est une belle histoire : celle d'une peur dépassée. Je n'aime pas conduire, c'est limite phobique, chez moi. Conduire seule les enfants, dans un pays dont je ne maîtrise pas la langue, pour rejoindre une maison isolée dans les bois et y vivre tous les trois quelques jours était un vrai challenge pour moi. Mais à la clé, il y avait ce fantasme scandinave, une petite maison de bois rouge au bord d'un lac au milieu des forêts... la maison d'été de nos échangeurs de Copenhague.

Résultat des courses - comme souvent peut-être ? ce fut je crois la meilleure partie de notre voyage... d'abord accueillis par nos hôtes, aussi charmants que leur préparation de l'appartement de Copenhague le laissait imaginer, et puis ce sentiment de liberté dans une nature somptueuse, le lac au pied de la maison, les lumières et les reflets changeants tout au long de la journée...

De la maison du lac, je n'ai que de beaux souvenirs : les baignades à toute heure dans des eaux sombres et fraiches mais tout à fait praticables, le sauna flottant (so swedish !), le barbecue fièrement préparé toute seule (on a les défis qu'on peut ;-)!), les longues heures à bouquiner au soleil, les jeux, une grande discussion avec Elsa un matin... et un lever de soleil inoubliable : la brume dans la fraîcheur de l'aube, le silence absolu, les oies sauvages glissant sur le lac, les premiers rayons qui frappent la surface des eaux... j'étais émue aux larmes, je garderai longtemps je pense ce sentiment d'un moment de communion silencieuse avec la beauté du monde.

08 juillet 2014

Copenhague



Il m'arrive de me demander, quand le travail ou la solitude pèsent trop lourd, si tous ces efforts ont un sens. Mais quand je vois les moments que nous avons passés cet été, alors tout s'éclaire : cette énergie, si elle à sert à bâtir et à partager des temps comme ceux-là, alors OUI, le jeu en vaut la peine.

Ma première étape avec les zouzous - et nous avons eu le plaisir de voir Ronan nous rejoindre quelques jours, a été Copenhague. Grâce à l'échange de maisons, nous avons bénéficié d'un appartement charmant dans un quartier très bobo-chic de la ville, où nous nous sommes sentis vraiment accueillis, plus que dans n'importe lequel de nos précédents échanges - fleurs sur la table, petit cadeau, petits mots d'explications ou d'invitation dans la maison (plus ça va et plus j'aime cette locution anglaise, "Please feel free to..." - ici, please feel free to feel just like you're at home !)

Grâce à la Copenhagen Card, nous avons sillonné la ville et ses musées, baguenaudé dans les rues aux maisons colorées et fleuries. Copenhague est une jolie ville, mais plus qu'un lieu en particulier, j'en retiens l'atmosphère, le sentiment d'une qualité de vie, d'une gentillesse, d'un souci écologique et social perceptibles partout. Un tiers de la population se déplace à vélo ; les eaux du port sont si propres que l'on peut s'y baigner, dans des piscines gratuites et esthétiques à la fois ; les voisins partagent des cours intérieures où l'on peut manger dehors ensemble, avec des jeux pour les enfants et des tables de ping-pong...

Tous ces aspects communautaires, écologiques, créatifs se condensent dans l'ahurissante ville libre de Christiania, que nous avons eu la chance de visiter grâce à une adorable CouchSurfeuse locale, Asa. J'étais enchantée de voir les enfants lire tous les deux le livre d'interviews de ses habitants commandé avant notre départ, et s'intéresser vraiment à cette utopie - peut-être parce que finalement, elle est assez proche de ce que nous leurs transmettons : l'importance du collectif, la mise en commun des biens, le soutien des initiatives individuelles, le respect de l'environnement, ce sont des notions qui leur sont familières. 

Bien sûr, nous avons visité aussi les musées (Louisiana, splendide), le nouvel aquarium, les lieux emblématiques (Nyhavn, la Petite Sirène) et passé une soirée animée dans le parc d'attractions de Tivoli. Mais de cette étape, je retiens surtout ce sentiment d'une qualité de vie, et des rencontres : Asa, Maria (la mère d'une autre famille CS, qui nous accueillis le temps d'une balade à la plage et du partage de pizzas géantes dans son jardin), Bodil (une voisine de cour francophone, ce qui est exceptionnel là-bas !).

Des vacances j'aime aussi les petits moments de grâce, l'imprévisible, l'inattendu : le street concert de Passenger croisé par hasard au détour d'une rue (alors qu'il se produisait devant 14 000 personnes le lendemain), l'échange de consentements dont nous avons été les témoins dans l'église orthodoxe que nous passions simplement découvrir, le garde royal retenant son fou-rire lors de la relève...