Vous le connaissez, ce truc qui marche à tous les coups, vous fredonnez un air, ou encore plus sournois, vous y faites référence dans un texte écrit - et ça y est, votre interlocuteur l'a dans la tête - et plus c'est une ritournelle et plus il restera scotché, jusqu'au soir et parfois au-delà. Hier Léo m'a demandé s'il existait un mot pour désigner ça - la chanson-qui-colle. Ça manquait, alors avec Elsa nous avons décidé de l'inventer, mais on hésite encore : le glusson ou le glusong ?
To care : j'aime ce mot, qui dit à la fois la précaution, l'attention, la responsabilité, le souci, l'importance, le soin. Care box : un néologisme pour quelque chose comme, boîte à attention (littéralement en anglais imaginaire, trousse de secours).
04 juin 2018
03 juin 2018
Texto !
Ce serait une idée d'article, une recherche à faire, sur ce que l'informel et non orthodoxe texto, permet d'exprimer à son thérapeute, qui ne se dirait peut-être pas autrement. Et sur ce qu'il permet au thérapeute en termes de soutien ponctuel, signe de présence légère, assurance d'une continuité. Et sur la façon dont la gratitude - la reconnaissance ? - réciproque nourrit le lien thérapeutique.
Ces petits cadeaux que j'ai envie de vous faire je ne crois pas que ce soit dans l'idée de faire une séance mutique mais bien un présent pour vous remercier du confort que vous m'apportez à travers votre présence, votre écoute, votre réflexion et votre sensibilité. Trop pudique, je n'ose pas en fin de séance vous le dire ainsi, tout comme je n'ose pas vous faire ce petit cadeau... Un jour peut-être. Merci beaucoup.
...votre message me touche. Je vais mieux car j'ai un peu mieux dormi cette nuit, et mieux respiré hier, la séance m'a fait beaucoup de bien (...). Merci pour vos conseils et votre précieux soutien, ils m'évitent de sombrer.
Bonjour, comme promis je vous donne de mes nouvelles. L'opération s'est bien passée. La dernière séance m'a permis de passer un excellent weekend entre amis et d'appréhender l’opération avec sérénité et surtout sans angoisse. Mes parents étaient présents en pensée et cela m'a bien soutenue. Je vous remercie beaucoup pour votre aide et je vous dis à bientôt.
29 mai 2018
Un an
Hier dîner épatant avec David et les enfants. Objectif : bilan de l'année, de chacun sur chacun et sur lui-même. Étonnant de voir que nos deux ados non seulement jouent le jeu mais tiennent le processus tout le long du repas et l'enrichissent - et Dieu sait que cette année a été dense en événements et en émotions pour tous...
Nous avons beaucoup ri, beaucoup pleuré (d'émotion, définitivement tous des hyper-sensibles), et pour ma part j'ai été très touchée par la finesse et la précision de ce qui s'est dit. Émue aussi de retrouver ce mélange ultra-fluidité - rapidité - un regard, une tendresse, une forme d'humour, des valeurs qui sont la co-création familière et familiale dans laquelle nos enfants ont baigné, et dont ils sont si évidemment les héritiers.
De les voir mûris, grandis par les épreuves et les bonheurs de cette année, et pourtant si proches des promesses de leur enfance - et pour Elsa c'est d'autant plus remarquable qu'elle a dû parcourir une longue boucle pour se retrouver. Peut-être c'est elle qui a fait le chemin le plus dur... mais un chemin vers la lumière.
Mais Léo n'a pas perdu son temps non plus : BAFA, permis, Brevet de secouriste, concours brillamment réussis, maturité gagnée et la perspective de quitter la maison, vivre une nouvelle étape vers l'autonomie fort de tout ce qu'il a vécu aussi comme frère, comme petit ami, comme fils.
Et leurs parents ? Grandis par la tempête aussi, des choix de vie qui se posent, une nouvelle vie et une nouvelle maison pour moi, des projets de famille(s), des avancées pro, le départ de Mémé - qui veille de là-haut sur nos projets grâce à Grand-Mère - la vie quoi, le bordel, comme disait le grand Jacques.
Un chouette moment, sur la Butte aux piafs.
27 mai 2018
Bonheurs
On a bien fait d'attendre Mai pour fêter crémaillère et PACS : journée radieuse, champagne dans le jardin, batailles au pistolet à eau. Et la brillante admission de Léo à l'IMT. Et la Fête des Mères. Et les amis de toutes nos vies qui se mélangent et dont les visites s'égrennent au long de la journée. Trop chouette !
24 mai 2018
Sex and the City
Ça faisait longtemps - après dix ans de Planning, d'interventions scolaires, d'écoute téléphonique - que je n'avais pas eu le plaisir d'un échange de groupe autour de la sexualité - ici porté par un collectif d'étudiantes motivées et malignes, qui nous a offert un contexte parfait pour une intervention vivante et engagée ! Psy - Conseillère Conjugale - Gynécologue - Militante féministe, nos regards croisés se sont complétés à merveille, et nous aurions pu je crois largement dépasser les deux heures prévues...
Un beau lieu, un petit cocktail, des animations et interventions qui venaient relancer notre quatuor, qui s'est trouvé tout de suite - les prises de parole ont été fluides, parfois émouvantes, parfois drôles, la salle très participative, y compris les hommes présents, pour notre plus grand bonheur. 120 jeunes adultes de toute la Cité, des questions intéressantes, du partage de ressources, de vidéos, de livres, du débat mais respectueux et constructif - un des petits moments de grâce que peut offrir la Cité.
22 mai 2018
Aligot
Pourquoi l'aligot ? Parce que je pense à ce long fil qui se tire et n'en finit plus - ou au fil d'Ariane, plus littéraire, ou aux rhizomes qui s'entremêlent... Il y a quelques années, j'ai lu Mon traître et Retour à Killybegs, et commencé à découvrir Sorj Chalandon. Ce qui m'a donné envie d'aller voir l'adaptation théâtrale du Quatrième Mur (qui m'a laissée K.O). Qui m'a fait écouter l'interview du même Chalandon dans le Grand Atelier, et fait découvrir son réseau d'inspirateurs, incluant Isabelle Autissier.
(J'adore ces émissions - le Grand Atelier et Remèdes à la mélancolie, qui donnent accès à ce qui porte ceux qui nous portent - oeuvres, auteurs, musiques, films, comme une façon d'entrer dans les bibliothèques de leurs têtes, de converser avec leurs amis.)
Ces écrivains engagés, qui écrivent au plus près du réel, développent mon envie de cette littérature qui n'est pas évasion dans la fiction mais ouverture au monde à travers elle (récemment aussi, Les petites chaises rouges, d'Edna O'Brien ; en cours, Désorientale, de Negar Djavadi). Qui m'ont amenée à lire sur l'Irlande du Nord, sur le Liban, sur la Serbie, sur l'Iran.
Ces écrivains engagés, qui écrivent au plus près du réel, développent mon envie de cette littérature qui n'est pas évasion dans la fiction mais ouverture au monde à travers elle (récemment aussi, Les petites chaises rouges, d'Edna O'Brien ; en cours, Désorientale, de Negar Djavadi). Qui m'ont amenée à lire sur l'Irlande du Nord, sur le Liban, sur la Serbie, sur l'Iran.
Ce qui m'a amenée aussi à lire La voix de ceux qui crient, bouquin clinique et documentaire cette fois d'une psychologue d'Avicenne qui travaille avec les migrants. Indication de Télérama, comme, sur le même thème, le documentaire sur cet avocat qui défend les réfugiés déboutés par l'Ofpra. C'est nouveau pour moi, la culture pas uniquement comme pont vers la création, la poésie, l'imaginaire, mais comme clé du réel... un nouvel espace à explorer.
Et puis une petite phrase en cadeau : Tu es la part claire de mon âme.
Et puis une petite phrase en cadeau : Tu es la part claire de mon âme.
18 mai 2018
Alliés
Dans ce métier, il y a des moments où c'est chaotique, laborieux, confrontant - est-ce que je sers à quelque chose, est-ce que je suis à ma place, est-ce que c'est la bonne intervention, la distance juste, le bon timing ? Est-ce que j'ai vraiment l'envie, ou la force, de supporter l'agressivité à peine voilée de celle-ci, la noirceur obstinée de celui-là ?
Et puis il y a des moments où c'est tout simplement fluide. Des moments où l’alliance dans le lien donne des ailes, allège, éclaire - et je suis de plus en plus persuadée que quel que soit le référentiel théorique, c'est elle qui fait à minima la moitié du chemin. Hier matin quatre patients, dont deux retrouvés - ils reviennent après un an, deux ans, la vie a changé mais le lien interne demeure, et le dialogue reprend.
Il y a cette jeune femme que j'ai rencontrée au bord de la décompensation après un drame familial, bataillant pour terminer une thèse, et que je retrouve mariée, jeune maman, avec un travail intéressant et gratifiant ; cet homme gay qui s'est défait d'une relation maltraitante et s'apprête à devenir père ; cette patiente toujours en crise mais dont je sens comme elle s'accroche à la bouée de nos rencontres, et dont le courage me touche ; cette autre dont je pensais que je n'arriverais jamais à la sortir du deuil mortifère de sa mère (il y a vingt ans de cela), et qui aujourd'hui me donne une leçon de vie alors même qu'elle est à son tour atteinte par la récidive d'un cancer. Les humains sont incroyables... et les accompagner, un privilège.
Il y a cette jeune femme que j'ai rencontrée au bord de la décompensation après un drame familial, bataillant pour terminer une thèse, et que je retrouve mariée, jeune maman, avec un travail intéressant et gratifiant ; cet homme gay qui s'est défait d'une relation maltraitante et s'apprête à devenir père ; cette patiente toujours en crise mais dont je sens comme elle s'accroche à la bouée de nos rencontres, et dont le courage me touche ; cette autre dont je pensais que je n'arriverais jamais à la sortir du deuil mortifère de sa mère (il y a vingt ans de cela), et qui aujourd'hui me donne une leçon de vie alors même qu'elle est à son tour atteinte par la récidive d'un cancer. Les humains sont incroyables... et les accompagner, un privilège.
17 mai 2018
You
You, c'est le vous et le tu, le vous du respect que je porte à la femme de tête enthousiaste, engagée, volontaire qui a si bien accompagné équipes et résidents à la Cité jusqu'à ce dernier jour ; you, c'est la tendresse pour la femme au grand coeur mal cachée - pas cachée du tout :-) ! - derrière la Directrice, pleine d'humour - cette distance amusée si british - et d'attention sincère pour l’autre.
Il y a beaucoup de qualités qui me manqueront chez Beverley, car ils ne sont pas si nombreux les managers qui savent faire confiance, voir le meilleur en l'autre, faire grandir leurs troupes. Et j'ai une immense gratitude pour le cadeau qu'elle me fait en partant, la promesse tenue : pouvoir pour de bon poser mes valises à la Cité, où comme elle le dit si joliment, on peut faire le tour du monde en traversant le parc.
Il y a beaucoup de qualités qui me manqueront chez Beverley, car ils ne sont pas si nombreux les managers qui savent faire confiance, voir le meilleur en l'autre, faire grandir leurs troupes. Et j'ai une immense gratitude pour le cadeau qu'elle me fait en partant, la promesse tenue : pouvoir pour de bon poser mes valises à la Cité, où comme elle le dit si joliment, on peut faire le tour du monde en traversant le parc.
02 mai 2018
Idiosyncrasie
J'adore ce mot, à la fois pour son côté mystérieux et désuet, et aussi pour l'idiotie présente comme en écho, ou le idem, qui a la même racine - là où nous ne sommes qu'obstinément semblables à nous-mêmes. Il me revient ce passage de La plaisanterie de Kundera : "Je suis idiote, c'est possible; mais les autres ne le sont pas moins avec leur scepticisme mondain, je ne vois pas pourquoi je devrais renoncer à ma bêtise pour adopter la leur, je ne veux pas couper ma vie en deux, je veux que ma vie soit une, d'un bout à l'autre."
(Et soit dit en passant, je trouve assez magique qu'avec une bribe de citation qui voltige dans votre esprit, il soit possible de retrouver l'original sur le web, quasiment à coup sûr).
Bon, pourquoi l'idiosyncrasie aujourd'hui ? Parce que je m'interroge sur nos marottes, nos fixettes, nos points aveugles récurrents, ces petites (ou grandes) névroses qui sont comme notre signature. J'en identifie plusieurs chez moi - dont ce blog témoigne abondamment, y compris d'ailleurs dans son existence même : écrire pour ne pas laisser disparaître, garder une trace ; écrire pour donner forme, voir apparaître ce que l'on n'attendait pas.
Bon, pourquoi l'idiosyncrasie aujourd'hui ? Parce que je m'interroge sur nos marottes, nos fixettes, nos points aveugles récurrents, ces petites (ou grandes) névroses qui sont comme notre signature. J'en identifie plusieurs chez moi - dont ce blog témoigne abondamment, y compris d'ailleurs dans son existence même : écrire pour ne pas laisser disparaître, garder une trace ; écrire pour donner forme, voir apparaître ce que l'on n'attendait pas.
Ce jour : ma capacité à ressentir au présent ce qui est passé, à retrouver l'émotion intacte, et préférentiellement ce qui est lumineux (quitte à écarter ce qui ne l'est pas) ; c'est une force souvent (continuité, persévérance, capacité à redonner sa chance à l'autre, émerveillements renouvelés), mais aussi un danger (déni, décalage, illusion, nostalgies insensées). C'est comme ça, mais force est de constater que, pour le pire et pour le meilleur, c'est... moi.
25 avril 2018
London Calling
Ça me tenait à coeur, après cette année chaotique, un temps privilégié pour toutes les deux, loin de l'hôpital, du soin et des inquiétudes. Un temps léger, gratuit, pour découvrir ou re-découvrir mais ensemble, un cadeau d'anniversaire qu'on n'oubliera pas, Collect moments, not things. Une folie mais raisonnable, et même, salutaire.
Un temps pour être la maman que j'ai envie d'être, qui ouvre à d'autres mondes, un temps pour qu'Elsa soit une ado de son âge, qui préfère Camden et Portobello à la British Library ou à la National Gallery, mais qui peut cependant apprécier les deux ! Et crapahuter sans broncher, en sachant apprécier cette chance d'être là - paisibles - ancrer le mieux que je vois croître en elle de jour en jour, et nos retrouvailles avec la véritable Elsa, si sensible, vive et malicieuse.
Un temps pour être la maman que j'ai envie d'être, qui ouvre à d'autres mondes, un temps pour qu'Elsa soit une ado de son âge, qui préfère Camden et Portobello à la British Library ou à la National Gallery, mais qui peut cependant apprécier les deux ! Et crapahuter sans broncher, en sachant apprécier cette chance d'être là - paisibles - ancrer le mieux que je vois croître en elle de jour en jour, et nos retrouvailles avec la véritable Elsa, si sensible, vive et malicieuse.
21 avril 2018
Pense-pas-bête
Parce que c'est important de ne pas oublier qu'il suffit de pas grand-chose, et de ne pas NOUS oublier : un verre en terrasse, une balade à Paris (et re-découvrir la délicieuse Shakespeare Library), un restau sympa, un petit théâtre confidentiel, une longue marche dans le bois de Vincennes... rien de très compliqué ou de spectaculaire, mais juste du temps main dans la main.
13 avril 2018
Pochette-surprise
12 avril 2018
08 avril 2018
Petit Poucet (2)
06 avril 2018
Higelin
Ah ben merde, le grand Jacques est mort ! L'autre fou chantant, l'homme que jai le plus vu en concert - 4, 5, 6 fois ? Au Zénith, au Bataclan, aux Solidays, pour le concert de ses 70 ans, et je ne sais plus quand encore...
Parce qu'Higelin, c'est un écho instantané avec ma part la plus vivante, rebelle, poétique, romantique, avec mon goût immodéré pour les écorchés vifs et le "bigger than life". Higelin c'est un amour d'adolescence, dangereux parce que déraisonnable. Higelin, c'est mon Antigone : Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite ou mourir !
Mais une Antigone joyeuse, dansante, enfantine, généreuse, insupportable probablement mais tellement dans la vie...
Voilà, Higelin, avec quelques autres, c'est mon rappel, ma fenêtre ouverte. Parce que, si la vie demande un peu plus de sagesse et de compromis, il reste vital de se souvenir qu'elle n'a de sens que si souffle, au moins de temps à autre, aussi ce vent-là...
Voilà, Higelin, avec quelques autres, c'est mon rappel, ma fenêtre ouverte. Parce que, si la vie demande un peu plus de sagesse et de compromis, il reste vital de se souvenir qu'elle n'a de sens que si souffle, au moins de temps à autre, aussi ce vent-là...
L'oreille cassée
En parlant des handicaps invisibles... en fait je ne m'y fais pas. A faire répéter. A ne plus supporter les réunions bruyantes, les salles de restaurant. A changer de côté lorsque je marche avec quelqu'un dans la rue. A stresser parce que j'ai souvent l'impression que ça s'aggrave, à ne pas oser le faire vérifier (en fait, oui, ça s'accentue en fin de journée ou lorsque je suis fatiguée, mais c'est probablement assez stable). A m'agacer parce que la branche de mes lunettes rend l'appareil gênant, et me fait doublement sentir être une petite vieille. A ne pas entendre les mots doux lorsque j'ai la tête posée sur l'oreiller. A être définitivement privée de quelque chose qui me semblait un droit fondamental, une évidence.
C'est sans gravité, indolore, invisible, pas gênant en séance parce que l'environnement est silencieux. C'est sans importance. C'est passé inaperçu, y compris pour moi-même, dans le tumulte de cette année. Mais ça fait déjà un an, et je ne m'y fais pas.
C'est sans gravité, indolore, invisible, pas gênant en séance parce que l'environnement est silencieux. C'est sans importance. C'est passé inaperçu, y compris pour moi-même, dans le tumulte de cette année. Mais ça fait déjà un an, et je ne m'y fais pas.
Petit Poucet
Hier, Elsa m'a dit, tu veux une bonne nouvelle ? J'ai acquiescé - évidemment. "Là, tout de suite, à cet instant, je vais bien." Ça m'a fait sourire - pas seulement parce qu'après ce début de semaine, c'était une bonne nouvelle en effet ! Mais parce que c'est peut-être précisément là qu'est cette voie de passage, instant après instant, comme autant de petits cailloux de Petit Poucet. En être conscients, les partager, les savourer. Un début de sagesse.
Mal à l'âme
Parfois je me demande si une maladie du corps ne serait pas moins douloureuse que cette souffrance de l'âme. Parfois j'imagine, bien à tort, que l'ennemi serait plus facile à cerner, à combattre, que nous aurions à notre disposition des protocoles, des antalgiques, des statistiques - et pas ce monstre informe et hors de toute temporalité prévisible. Que même le risque vital serait plus facile à envisager - car délivré de l'aléatoire, de l'insensé, de la culpabilité. Qu'un handicap physique, mais qui n'altérerait pas la capacité de penser, ni celle de ressentir, et la possibilité de projets, serait infiniment plus simple à accompagner.
C'est débile. Il n'y a qu'au cinéma que les humains gravement atteints dans leur corps restent lucides, profonds, et même, soyons fous, joyeux et sages. Et que leurs proches sont à leur tour exemplaires. N'est pas Mistral gagnant qui veut. Bien sûr, que l'angoisse et la dépression s'ajoutent le plus souvent au drame en cours, pour la personne malade comme pour son entourage. Et la médecine du corps souffre tout autant d'impuissance et d'incertitudes que celle de l'âme.
Alors quoi, de quoi ça parle cette question cependant récurrente chez moi (avec sa jumelle de chagrin, "mais pourquoi elle et pas moi") ? D'une colère, probablement, d'une révolte devant l'insaisissable, et aussi de la solitude spécifique à ces maux - pour celui ou celle qui en souffre, pour les proches eux-mêmes traversés par ces mouvements d'angoisse indicibles, invisibles - et face à l'entourage pour lequel il n'y a pas toujours de mots pour expliquer, ou rassurer, impossible de se raccrocher à une cause, un pronostic, une stratégie thérapeutique éprouvée. Peut-être n'y a-t-il pas d'autre voie de passage que le lâcher-prise...
Un lâcher-prise sans abandon, ni résignation - une longue patience... ce n'est pas ce que je sais faire le mieux. C'est peut-être l'occasion d'apprendre. Peut-être que nous en sortirons grandies, Elsa et moi. Qui sait ?
C'est débile. Il n'y a qu'au cinéma que les humains gravement atteints dans leur corps restent lucides, profonds, et même, soyons fous, joyeux et sages. Et que leurs proches sont à leur tour exemplaires. N'est pas Mistral gagnant qui veut. Bien sûr, que l'angoisse et la dépression s'ajoutent le plus souvent au drame en cours, pour la personne malade comme pour son entourage. Et la médecine du corps souffre tout autant d'impuissance et d'incertitudes que celle de l'âme.
Alors quoi, de quoi ça parle cette question cependant récurrente chez moi (avec sa jumelle de chagrin, "mais pourquoi elle et pas moi") ? D'une colère, probablement, d'une révolte devant l'insaisissable, et aussi de la solitude spécifique à ces maux - pour celui ou celle qui en souffre, pour les proches eux-mêmes traversés par ces mouvements d'angoisse indicibles, invisibles - et face à l'entourage pour lequel il n'y a pas toujours de mots pour expliquer, ou rassurer, impossible de se raccrocher à une cause, un pronostic, une stratégie thérapeutique éprouvée. Peut-être n'y a-t-il pas d'autre voie de passage que le lâcher-prise...
Un lâcher-prise sans abandon, ni résignation - une longue patience... ce n'est pas ce que je sais faire le mieux. C'est peut-être l'occasion d'apprendre. Peut-être que nous en sortirons grandies, Elsa et moi. Qui sait ?
03 avril 2018
Rien qu'une fois (2)
Je sais. Que guérir prend du temps, et que, comme les progrès des tout-petits et la croissance des végétaux, cela ne va pas sans allers et retours, sans phases de palier, sans régressions parfois. Je sais que notre regard est essentiel, et m'efforce à chacun instant de valoriser les petites avancées - et il y en a, de souligner l'évolution, de soutenir chaque initiative. De penser projet, étapes, toujours ; d'envisager un plan B pour chaque plan A. D'aménager le temps au mieux, parfois au détriment de mon travail, généralement au mien, et trop souvent à l'arrache - consultations annulées, allers-retours en urgence, encore heureux que j'aie des employeurs exceptionnellement compréhensifs. De garder sang-froid ET bienveillance, recul ET tendresse, et l'oeil sur le verre à moitié plein - même si je suis parfois bien tentée de le vider d'un trait et de m'en resservir un aussi sec.
Parce que... aucun parent ne devrait être confronté des mois durant au désespoir et au désir de mort exprimé par son enfant. C'est juste inhumain... C'est juste inhumain chaque élan d'espoir si vite fracassé par une rechute, un refus, un recul. C'est juste inhumain l'impuissance, et l'impossibilité d'arrêter ce qui circule avec les seuls outils de la raison et de l'envie de faire au mieux. Et ce qui m'est le plus insupportable, c'est de voir et de sentir la bonne volonté d'Elsa, de la voir essayer, faire de son mieux, s'efforcer, quitte à faire un peu semblant pour forcer la chance, et s'épuiser, et sentir la menace du découragement qui rôde, parce que cela fait si longtemps maintenant.
Cette confiance que je la vois essayer de soutenir, cette menace silencieuse, et aussi ce que cela répète de ma propre histoire, l’incapacité à vivre de ceux qui me sont le plus chers - est-ce que j'ai le droit de dire que je n'arrive plus à le supporter, que c'est trop long, que j'ai de moins en moins la force ? Juste une fois, juste là, avant de reprendre la route, et d'avancer, encore.
Parce que... aucun parent ne devrait être confronté des mois durant au désespoir et au désir de mort exprimé par son enfant. C'est juste inhumain... C'est juste inhumain chaque élan d'espoir si vite fracassé par une rechute, un refus, un recul. C'est juste inhumain l'impuissance, et l'impossibilité d'arrêter ce qui circule avec les seuls outils de la raison et de l'envie de faire au mieux. Et ce qui m'est le plus insupportable, c'est de voir et de sentir la bonne volonté d'Elsa, de la voir essayer, faire de son mieux, s'efforcer, quitte à faire un peu semblant pour forcer la chance, et s'épuiser, et sentir la menace du découragement qui rôde, parce que cela fait si longtemps maintenant.
Cette confiance que je la vois essayer de soutenir, cette menace silencieuse, et aussi ce que cela répète de ma propre histoire, l’incapacité à vivre de ceux qui me sont le plus chers - est-ce que j'ai le droit de dire que je n'arrive plus à le supporter, que c'est trop long, que j'ai de moins en moins la force ? Juste une fois, juste là, avant de reprendre la route, et d'avancer, encore.
Inscription à :
Articles (Atom)















