To care : j'aime ce mot, qui dit à la fois la précaution, l'attention, la responsabilité, le souci, l'importance, le soin. Care box : un néologisme pour quelque chose comme, boîte à attention (littéralement en anglais imaginaire, trousse de secours).
31 décembre 2020
30 décembre 2020
Jeanette
La vérité est une chose très complexe pour tout un chacun (...). Nous taisons tant de ces choses trop douloureuses. Nous faisons le vœu que ce que nous pouvons raconter apaisera le reste, l'atténuera d'une façon ou d'une autre. Les histoires sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, hors de contrôle. Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant un espace, une ouverture. C'est une version, mais qui n'est jamais définitive. On se prend à espérer que les silences seront entendus par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée.
Jeanette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?
Et c'est juste une des perles de ce petit trésor... quel bonheur de lecture ! J'ai ri souvent, été émue aux larmes tout autant. Et ça faisait longtemps, si longtemps que je n'avais pas éprouvé le besoin de lire un crayon à la main, pour retrouver ensuite chacun des passages qui m'est allé droit au coeur, longtemps que je n'avais pas eu immédiatement envie d'offrir ce même livre à ceux que j'aime, longtemps que je n'avais pas négocié avec le temps pour finir la page, le chapitre, le livre avant de revenir à la vie dite... normale.
25 décembre 2020
Un Noël si fragile

20 décembre 2020
12 décembre 2020
Let it snow, let it snow, let it snow...
11 décembre 2020
Garder la flamme
- L'enfance ça représente quoi pour vous, Anouk ?
- Peut-être c'est ce qu'on était avant qu'on nous fasse tout ça. Cette chose qui était intacte et qui, tous les jours, risque de s'abîmer, voire de s'éteindre, et qu'il faut rallumer, c'est... Des fois je vois les enfants dans les poussettes, les petits enfants, et je me souviens d'avant, quand je savais pas que la vie ce serait... comme ça, je me souviens que j'avais confiance. Et cette confiance, elle est tous les jours abîmée, et tous les jours, je veux la rallumer.
Anouk Grinberg dans Boomerang
03 décembre 2020
28 novembre 2020
27 novembre 2020
26 novembre 2020
Une bouffée d'air frais
"Il faut fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.
Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.
Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.
Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient."
Ariane Mnouchkine
20 novembre 2020
Belles et rebelles
15 novembre 2020
12 novembre 2020
Je n'ai pas vu les sables mouvants
Ce soir j'ai reçu par la Poste un cadeau qui m'a fait fondre en larmes. De la part d'une jeune femme que j'ai accompagnée jusqu'à l'été dernier. Ce cadeau est le premier tome du journal d'une renaissance, le récit de ces mois qui l'ont vue sombrer, puis se remettre debout, et de ce qui l'a conduite jusque là. Un petit livre imprimé en auto-édition, illustré de dessins originaux, accompagné d'une lettre rédigée par la jeune femme sur une face, par sa mère sur l'autre.
Celle-ci écrit : (...) si la vie est faite de rencontres, nous sommes heureux que vos chemins se soient croisés. Même éloignée (confinement, puis retour en province), vous lui avez encore tenu la main (...). Nous ne vous connaissons pas, mais nous sommes heureux que d'autres puissent bénéficier de votre écoute et de vos conseils.
L'étudiante elle, a pris le temps de marquer les pages me concernant d'un petit signet. Si vous pouviez les lire, surtout celles de la fin, c'est en ces pages que réside mon véritable cadeau.
Je les ai lues bien sûr. Et oui, ces dernières pages sont un inestimable cadeau, qui tombe à point nommé, dans ces jours où me hante la tentation d'abandonner, de changer de métier, de cesser de me confronter sans relâche à la détresse psychique alors que l'impuissance me submerge quant à celle qui règne à la maison. Alors merci à vous Chloé, d'accord, je vais continuer. Vous m'avez redonné courage.
Last but not least : le livre s'appelle "Je n'ai pas vu les sables mouvants". Et il est sous-titré "Partie 1 : Comprendre et accepter l'épuisement". Ce même soir, Anna D. m'a dit, si j'étais votre médecin, je vous ferais hospitaliser. Parce que ce n'est pas chez vous que vous allez pouvoir vous reposer. Et aussi quelque chose sur la folie qu'il y a à ne pas reconnaître ses propres limites pendant qu'il en est encore temps. Ces deux messages, ce même soir - ça m'interpelle, comme une paire de claques aimantes et vigoureuses - et toi, est-ce que tu les vois, les sables mouvants ?
11 novembre 2020
08 novembre 2020
Un monde parfait
C'est un monde parfait, presque aussi parfait qu'il est plat...
Ces jours-ci j'ai constamment les chansons des Innocents dans la tête - comme une tentative de me relier à celle que j'étais hier et qui me semble si loin déjà, ou simplement, parce que ces bribes me parlent d'aujourd'hui, comme ici :
Sans l'espoir d'apprendre à leur apprendre
À ne pas compter les heures
Qui s'enroulent et qui meurent
Que leur dire ?
Qu'ils viennent sur terre juste pour y répandre
Un peu d'amour et quelques cendres (...)
Ou encore :
Et je m'éloigne pour savoir enfin tout ce qu'on gagne à n'être qu'en chemin
Je vais à Bang-Bang sécher au vent mon coeur humide de ses rêves qui fondent
M'échouer à Bang-Bang trouver le temps d'attendre un guide qui n'est pas de ce monde
Qui sait ?
Ou même celle-ci, qui parle si délicatement du dés-espoir...
Partir, rouler jusqu'à la mer
Prendre un navire, voir s'éloigner la terre
Partir, maintenant ou jamais
Ou jamais
Jodie, c'est là que tu descends
Jodie, referme ton roman
Referme la page, laisse partir ce train
Tu sais, le grand voyage ce n'est pas pour demain
Jodie, tu descends là
Jodie, tu descends là
Jodie
03 novembre 2020
Réciprocités
Contre toute attente, je suis heureuse de pouvoir continuer à travailler. Pour des raisons matérielles évidentes, mais aussi et surtout parce je garde ma liberté d'aller et venir. De sortir de la maison. D'échanger avec d'autres humains, de me confronter à d'autres détresses que celles qui règnent ici. D'être émue par d'autres êtres, pour qui la vie n'est pas plus simple ; d'être touchée par leur courage et leur engagement dans leur volonté d'aller sinon bien, en tout cas de leur mieux ; et, parce que nous avons les patients qui nous ressemblent sans doute (je n'ose pas écrire, que nous méritons), j'ai le sentiment d'être parfois moi-même aidée par la teneur de nos échanges, comme dans le billet précédent.
Parce qu'ils sont inspirants, me donnent envie de lire, d'écrire, de voir ce film dont ils parlent, et même de danser. Il y a celle qui profite de cette immobilité forcée pour explorer toutes les nuances d'une chanson au travers d'un projet de chorégraphie. Celui qui interroge sa représentation du couple et de la fidélité en faisant dialoguer son projet de mémoire et sa propre expérience.
Il y a celle qui me raconte l'apprivoisement de ses peurs au hasard d'une sortie au parc d'attractions, son émerveillement lors d'une dernière visite au Louvre, juste avant le confinement - la façon dont la beauté l'a emportée, et le partage de cette émotion avec la classe qu'elle accompagnait. Celui qui raconte comment la littérature et l'histoire le sauvent, lui qui relit Camus, Dante et les stoïciens.
En fait, même si ceux qui parlent le langage de la culture et la création me touchent tout particulièrement, j'ai le sentiment de recevoir de chacun. Et dans ce moment, c'est une ressource inespérée et précieuse.
01 novembre 2020
Ouvertures
30 octobre 2020
Aujourd'hui, je suis perdue
Ce qui a fait un trou à mon âme, est l'absence dans votre discours du mot culture (...). Nous sommes indispensables à l'âme humaine, nous aidons à la soigner (...). Aujourd'hui je suis perdue. Je sais, je veux le croire, les lieux de culture ouvriront à nouveau et on pourra retourner dans les librairies acheter un livre qu'on glissera dans sa poche comme un porte-bonheur, un porte-vie. Mais hier soir quelque chose s'est brisé dans mon coeur, je ne sais pas bien quoi - peut-être, l'espérance. Et c'est terrible pour moi. (...) Je voulais juste que vous mesuriez avec cet oubli, combien vous avez écorché les rêves de ceux qui font rêver, et se sentir vivants.
Ariane Ascaride, lettre ouverte au Président de la République, lue dans Boomerang ce matin.
Plusieurs fois en larmes à l'écoute d'Inter ce matin : bouleversée par la colère froide de Sfar, le déchirant suicide de Juliette restitué par la danseuse étoile Léonore Baulac, et enfin la lettre d'Ariane Ascaride. Car tout fait écho, résonne double pour moi ici, la souffrance d'un monde qui me berce, me nourrit et m'inspire depuis toujours, qui m'est une respiration essentielle en effet, et le garant de ce que nous appelons encore civilisation ; et ma propre souffrance, qui pourrait se dire à travers tous les mots d'Ariane, à commencer par ceux-ci : Aujourd'hui, je suis perdue (...) - quelque chose s'est brisé dans mon coeur. Et cette sensation, que oui, il y a un après, je sais, je veux croire, mais - quelque chose est brisé.








