08 juin 2012

Rendez-vous

Chaque année (la précédente, c'était là), nous nous retrouvons à 7 ou 8 - un petit groupe qui chemine ;-) - c'est un peu vrai, je nous vois comme des marcheurs sur des routes différentes, mais qui se croisent une fois l'an pour dire les joies et les peines, échanger tous azimuts bonnes idées et galères, les histoires de vie se mélangent, les nôtres et celles de ceux que nous accompagnons, les renoncements nécessaires et les projets à venir se partagent aussi.

Petite joie supplémentaire pour moi cette année, celle de recevoir tout ce petit monde dans ma maison - un nouvel avatar de mon fantasme à la "Clé sur la porte", et beaucoup de douceur au sens figuré comme au sens propre : nougats, galettes, guimauve, chocolats, bons vins, fleurs, bougie parfumée et petits "sent-bon" pour la maison... Un groupe à géométrie variable en fonction des impératifs de chacun, et pourtant une vraie cohérence d'un temps à l'autre - balade à Vélib, repas partagés, petits déjeuners à rallonge, couchage en dortoir improvisé, échanges de bons livres, films à voir, tuyaux de tous ordres, et ce qui nous relie, les souvenirs d'une formation qui nous aura tous fait bouger dans nos vies.

Vu l'expo Helmut Newton - un peu déçue pour ma part, tant l'esthétique porno chic est devenue tristement banale dans la publicité. Par contre, j'ai pris plaisir à observer, dans la salle la plus représentative des fantasmes du maître, non pas les images mais les visiteurs - fascination, dégoût, excitation, airs faussement blasés - comme si cette mise en scène du pouvoir dans le rapport au corps et à la sexualité ne pouvait pas les atteindre, ne les concernait pas...

La balade qui a suivi dans la lumineuse forêt de Buren - malgré un ciel voilé, les jours de soleil doivent être féeriques - m'a semblé une vraie bouffée d’oxygène, un temps suspendu, un peu contemplatif, enfantin aussi - jeux de reflets, lumières multicolores, un pur bonheur.

Et le soir, ce cadeau inespéré - dans un petit restau iranien complètement paumé mais que je savais chaleureux, danser avec le groupe manifestement familial qui fêtait je crois un anniversaire ce soir là. Le lendemain, Les femmes du bus 678 nous ont rendus à la tragique réalité des femmes d'Orient, mais samedi soir, c'était juste... la fête.

07 juin 2012

Apesanteur

Je n'y connais rien en danse, encore moins en danse contemporaine, mais j'avais très envie de voir Panorama, spectacle-rétrospective de la carrière (à ce jour !) de Philippe Découflé. Le voyage m'a enchantée : ballet d'ombres chinoises, clins d'oeil au cirque, aux sports de combat (réels ou virtuels !) et au cabaret, images burlesques ou infiniment poétiques, le spectacle est un régal... (à savourer jusqu'au 1er juillet).


Projets minuscules

C'est un nouveau concept - celui du moment. Rassembler cette énergie si fragile, fluctuante, pour de menus projets. Sortir de bon matin en semaine m'acheter un croissant parce qu'il n'y a plus de pain. Répondre à l'invitation de mon ancienne chorale à chanter les bis de leur concert avec eux un prochain dimanche. Faire enfin recoudre la bretelle d'une robe d'été en prévision des beaux jours. M'attacher à n'oublier aucun des anniversaires de juin. Répéter avec Elsa la chorégraphie du spectacle de fin d'année de la danse orientale. Vernir mes ongles de pieds. Aller chercher des fruits et des légumes frais au marché. Me ramener des fleurs. 

05 juin 2012

Evidemment

Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout
Y a des silences qui disent beaucoup

Plus que tous les mots qu'on avoue
Et toutes ces questions qui n'tiennent pas debout
Evidemment

Evidemment
On danse encore sur les accords qu'on aimait tant
Evidemment

Evidemment
On rit encore pour des bêtises comme des enfants
Mais pas comme avant
Et ces batailles dont on se fout

C'est comme une fatigue, un dégoût
A quoi ça sert de courir partout ?
On garde cette blessure en nous

Comme une éclaboussure de boue
Qui n'change rien qui change tout
Evidemment

Evidemment
On danse encore sur les accords qu'on aimait tant
Evidemment

Evidemment
On rit encore pour des bêtises comme des enfants
Mais pas comme avant
Michel Berger

04 juin 2012

Anachronix ?

Elsa doit se documenter sur les Gaulois. Elle voudrait savoir si elle peut trouver des photos pour son exposé ?

28 mai 2012

Coup de grâce

C'était la maison des barbecues de printemps, des anniversaires, des fêtes et des Noëls au coin du feu, la maison de ceux qui demeurent à ce jour mes beaux-parents, des gens que j'aime profondément et qui me le rendent de leur mieux, la maison dans laquelle je me suis mariée - de la porte à la mairie, de la mairie à l'église, il n'y avait qu'un pas. Une maison dans laquelle les photos de notre couple, de notre famille, de nos enfants, éclairent chaque pièce... une maison pour moi qui n'ai pas de maison. Un endroit sacré pour eux et pour moi, un lieu de paix et de simplicité.

Est-ce que c'était possible d'y emmener une autre femme, alors qu'aucune décision n'était posée, que le divorce n'est pas prononcé, alors qu'il n'y a pas de projet avec elle, alors que les blessures sont à vif pour chacun d'entre nous, enfants et grands-parents compris ? J'aurais voulu croire que non - il faut bien admettre que si.

Est-ce que c'était possible de tendre la main une dernière fois, malgré cela, de poser le plus délicatement possible ceci : la porte est encore ouverte, mais c'est le dernier appel, parce que je ne veux plus jamais avoir à recevoir ce genre de coups - et de me heurter à une nouvelle fin de non-recevoir ? J'aurais voulu croire que non, il faut bien admettre que si. 

Est-ce qu'il m'est possible de renoncer à ce qui a été patiemment bâti dix-sept années durant ? De dépasser cette conscience aiguë que, quel que soit ce que l'avenir me réserve, ou plutôt quel que soit l'avenir que je me construirai, rien ne pourra remplacer cette profondeur de lien, cette histoire partagée, cette... maison commune ? J'aurais voulu croire que non, il faut bien admettre que si. 

23 mai 2012

Quitte à choisir...

...autant être heureux - c'est ce que dit mon éphéméride du 8 janvier, aimanté sur mon frigo. Alors j'égrenne les petits bonheurs - comme un chapelet de bonne humeur les jours où l'humeur est moins bonne.

Un dîner chez Theresa, neuf convives, cinq nationalités - au moins : une Italo-américaine, une Californienne d'origine iranienne, une pure New-Yorkaise, un Chypriote, un Israëlien (aux origines multiples également), une Russe, et, deux ou trois Français...

Ce week-end dans une maison du coeur à Bruxelles, avec les enfants. Beaucoup d'amitié et de douceur, un carnaval étrange, une initiation au tir et à l'arc et à la carabine, les bains-bulles à leur faire découvrir puisqu'en Belgique ces espaces hammam-sauna-jacuzzi sont ouverts aux familles (Elsa a même tenté l'expérience de la partie nudiste !), fouiner sur une brocante à Waterloo (ce n'est pas tous les jours, tout de même) - ah, et boire du bon vin en bonne compagnie - pour arroser croquettes et fricadelles dans une autre très jolie maison, et au soleil dans le jardin de Dominique.

Une conversation surprise entre deux gamins à la bibliothèque, qui semblaient avoir beaucoup lu, et de tout - classiques, policiers, SF, et auxquels j'ai demandé conseil pour mes enfants - ce qu'ils ont fait très gentiment, mais le plus touchant, c'était leur fierté quand je suis partie :
"T'as vu, elle a dit qu'on est des LECTEURS !".


Me réjouir de l'arrivée d'une petite Floriane (les annonces de naissances et les photos de mariage me mettent invariablement en joie - et de très jolies photos de mariage, j'en ai vu aussi ce dimanche...)

Deux CouchSurfeurs à venir, un Norwegian Columbian African Rastaman (!), mi-juin, et une fashion casting director/tarot reader de Brooklyn, début juillet - tant qu'à ouvrir au monde, autant rencontrer des humains différents ?

Un nouveau foulard-doudou menthe à l'eau ;-) - et des mouchoirs fleuris pour pleurer en beauté. Ce qui reste utile.

Un massage aux pierres chaudes dans un lieu qui porte bien son nom, un brunch à la Rotonde, le bouleversant De rouille et d'os d'Audiard, un jogging (mais si !) aux Buttes-Chaumont, un mojito le long du canal Saint-Martin.

Je n'ai pas encore mis à jour ma bucket list, mais trois rêves commencent à se préciser, reste à en construire la possibilité : faire un stage avec l'école de voile des Glénans en Corse ; fêter mes 40 ans comme il se doit ; emmener les enfants à New York en Mai 2013.

12 mai 2012

Perfect day

Ce samedi au soleil, balade à Belleville pour les portes ouvertes des ateliers d'artistes - peut-être une centaine d'exposants en tout ? Nous n'avons pas tout vu, bien sûr... mais découvert quelques pépites : une céramiste inspirée, un photographe talentueux, un sculpteur sur bois fascinant, un peintre semble-t-il renommé mais dont j'ai surtout, comme souvent, apprécié les dessins, une lumineuse dame aux poissons vagabonds. Et aussi des coins et recoins fabuleux : cours pavées, maisons avec jardinets, vastes ateliers sous verrière, terrasses privées - des endroits où je rêverais de vivre, petites surfaces mais charme fou. Un bonheur aussi, la diversité des ambiances sonores d'un lieu à l'autre, des odeurs aussi : cuir, bois, colle, peinture... et puis, la cerise sur le gâteau, l'époustouflant concert de Camille - créativité tout azimuts, incroyable maîtrise vocale, inventivité visuelle... un des meilleurs concerts que j'aie jamais vus. Les reprises de ses albums précédents étaient bouleversantes - son interprétation, lors du rappel, de Que je t'aime, aussi.

07 mai 2012

Du pont la joie !

Léo me harcèle pour faire le pont. Ce matin, il prend l'oeil mourant et et la voix pâteuse, et m'explique doctement qu'il y a deux sortes de ponts qui sont de vraies maladies, les Dupond et les Dupont, et que là c'est un Dupont-avec-un-T, donc que c'est très très grave, etc. Oui oui oui... Et puis il ajoute, rigolard, tu vois, je suis TRES malade, mais je ne perds pas mon sens de l'humour ! (Il est allé en classe, tout de même ;-)).

Et : la Zaza s'accroche à moi. Tu es mon koala, lui dis-je ! Ou mon koalu... - Non, ton Colle-à-Lu, me répond-elle. (Ou Colada, comme la Pina ?)

06 mai 2012

In vino veritas

Intéressant choix des vins, pour une première communion... ;-)

And the winner is...

...NOUS TOUS, je l'espère. Ceux qui veulent une France autrement, où l'éducation, la santé, la justice, ne soient plus systématiquement sacrifiées. Une France qui sanctionne le cynisme, le clientélisme, le racisme, le mensonge, l'exploitation honteuse des peurs. Il n'y aura probablement pas de miracles pour autant, mais "tant qu'à être pieds et poings liés, autant que ce soit avec un ruban rose ?" (Copyright : Marion). Pour ma part, j'en retiens surtout ceci : un espoir, un élan. A 20h, quand les cris de joie ont éclaté dans la cour intérieure de notre immeuble, toutes fenêtres ouvertes, je me suis sentie heureuse pour moi et pour mes enfants.

Texto spontané de Za à ses grands-parents ce soir-là : C'est holande. Esque tu as regardé a La télévision. A Paris c'estait la fête!!! On entend des cris de joie ZAZA bisous

01 mai 2012

Ils sont venus, ils sont tous là

(mais personne ne va mourir..! enfin, ce n'est pas prévu pour maintenant, en tout cas)

Juste, ils étaient tous là sur le quai pour nous dire au revoir sur le quai, après le mariage de Guillaume - les cousins, les grands-mères, les oncles et tantes, et même les jeunes mariés - et ça, ça m'a VRAIMENT touchée, fait chaud au coeur. Il y a une jolie photo qui en témoigne...

Mariage impeccablement préparé, et gîte dans un endroit de rêve - en pleine nature, vue sur la montagne et le troupeau de vaches des propriétaires, lait tout juste trait le soir et oeufs frais le matin. Quatre générations sous le même toit... Me suis baladée un peu aussi, seule, sur les petits chemins - cf billet précédent : j'avance, et le chemin se crée.

27 avril 2012

Premières fois

...qui sont autant d'anciennes fois, mais seule avec les enfants. Faire les valises. Prendre le train, pour ne pas faire les sept cents bornes seule au volant. Nous installer dans la maison des vendangeurs. Retrouver les cousins, la gentillesse de tous. Inventer des vacances sympa - initiation à l'escalade, musée de la Soie, atelier sur les plantes aromatiques, piscine... et les incontournables, lancer la baballe au chien Jingo, prendre un verre de vin pendant que le soleil se couche sur la vallée, chanter Bateau sur l'eau à Chloé sur la balançoire alors que la nuit est déjà tombée mais qu'il fait si doux, bouquiner au soleil sans rien entendre que le vent dans les oliviers et le chant des oiseaux (ou tous les trois sous les couvertures du grand lit).

Me surprendre instant après instant - il faudra bien que je trouve une façon de dire ce monde si semblable et si différent, ce cataclysme silencieux : la disparition de dix-sept années de vie qui semblent (semblent...) ne laisser aucune trace, la peine qui affleure chaque jour - et pourtant je suis debout, et même, je marche, à petits pas hésitants, sur une route qui s'invente au fur et à mesure.

21 avril 2012

Et c'est pourquoi...

A elle et à ses partisans, je leur dis : nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, métèques venus des quatre coins du monde pour faire la France. Nous les métis et les immigrés, qui travaillons sur les chantiers, nous cassant le dos pour ériger des bâtiments, nous sommes chez nous. Nous les nègres, bougnoules, youpins, norvégiennes ménopausées, nous sommes la liberté d'aimer, l'égalité devant la loi, la fraternité.

Eva Joly

20 avril 2012

Cuculte

Brain-storming sur un projet de groupe.
- Un truc sur l'amour, c'est un peu cucul non ?
- Bah oui mais en amour il faut du cucul...
- Oui mais aussi du cul !
- Plutôt deux fois ququ'une !


(Copyright : Stéphane)

Ça commence bien

... le titre, c'est Extrêmement fort et incroyablement près. C'est important, les titres, celui-là arrive directement dans mon top 3 actuel, avec Et que le vaste monde poursuive sa course folle, et Le jour avant le bonheur.

Extrêmement fort et incroyablement près, c'est un roman inventif aussi bien dans le fond que dans la forme, le premier depuis longtemps qui m'ait émue aux larmes et fait sourire à la fois. C'est un récit choral atypique, narration intérieure du petit garçon, lettres du grand-père, journal intime de la grand-mère. C'est un récit du deuil et de la perte, un livre pour apprendre à vivre qui est apprendre à perdre et vivre cependant, formulation qu'Oskar - le petit garçon - ne renierait pas je crois.

Il nous faudrait des poches bien plus grandes, je me suis dit ça dans mon lit en comptant les sept minutes qu'il faut en moyenne aux gens pour s'endormir. Il nous faut des poches énormes, des poches assez grandes pour notre famille, et nos amis, et même les gens qu'on n'a jamais vus mais qu'on veut quand même protéger. Il nous faudrait des poches pour les districts et pour les villes, une poche qui pourrait contenir l'univers. Huit minutes trente-deux secondes... Mais je savais qu'il ne pouvait pas y avoir de poches si énormes. Pour finir, tout le monde perd tout le monde, il n'y avait pas d'invention pour dépasser ça, et alors, cette nuit-là, je me suis senti comme une tortue qui a tout le reste de l'univers sur son dos. Vingt-et-une minutes onze secondes... (...) Moi, je suis resté éveillé des heures et des heures. Buckminster s'est roulé en boule contre moi et j'ai conjugué un moment pour ne pas avoir à penser aux choses. Je suis, tu es, il/elle est, nous sommes, vous êtes, ils/elles sont, je suis, tu es, il/elle est, nous*...

Jonathan Safran Foer,
Extrêmement fort et incroyablement près

18 avril 2012

Avenue Q

J'ai un penchant immodéré pour les comédies musicales - leurs mélodies sucrées, leurs deuxièmes voix qui donnent des frissons, leur morale bon enfant. Je me suis régalée avec celle-ci, qui relève le défi d'aborder pêle-mêle les galères d'argent, l'homosexualité, le racisme ordinaire (le nôtre, donc), les amours foireuses et les amis pourris, tout en portant un regard tendre sur nos increvables espoirs. C'est drôle, gentiment provocateur, parfois acide mais jamais méchant, et la troupe est excellente : à ne pas manquer !

14 avril 2012

Bucket list

Une des raisons qui m'ont fait choisir d'inviter Theresa, c'est d'avoir lu dans son profil que venir prendre des cours dans une des meilleures écoles de cuisine françaises était un des items de sa bucket list - quelque chose comme, la liste des choses à faire dans le temps où nous sommes vivants. Et voilà que je découvre que l'adorable jeune couple de Buenos Aires que j'ai accueilli dans la foulée se balade dans toute l'Europe avec une liste semblable (il faut regarder la photo de près, c'est délicieux... tout comme eux). Je crois qu'il va falloir que je mette la mienne à jour, la dernière version datant de 2001. J'en ai réalisé une partie - sauter en parachute, visiter Prague, d'autres restent à faire - voir une aurore boréale, apprendre à reconnaître les étoiles. Un autre point aurait pu être, avoir des amis partout dans le monde, faire se rencontrer les gens que j'aime (celui-là est sur la "liste permanente"). Le dîner d'hier soir a été un rêve réalisé - Tomàs et Ivy, Theresa, Jean-Charles, Ronan, Nadia - chacun amenant simplement ce qu'il a et ce qu'il est : moment parfait.

10 avril 2012

Entre les deux

...il y a une plongée dans une forme de désespoir récurrent, sommeil fracassé de longue date et P'tit Lu en miettes. Mais...

Y a pas de berceuse pour adultes

Parce qu'on a voulu grandir
On avale notre pilule
On en a besoin pour dormir
Parce qu'on s'est laissé vieillir
Y a pas d'berceuse pour les grands
Parce qu'on a tous voulu fuir
Ce qui reste en nous d'enfant
On n'peut plus s'assoupir
Avec ce tendre sourire
Parce qu'on s'est laissé vieillir (...)

Lynda Lemay

08 avril 2012

Montlevon - San Francisco

Voilà, c'est fait, ma pétulante Californienne a fêté Pâques dans la campagne française, et bu le champagne au soleil dans le jardin. Goûté foie gras, navarin d'agneau, plateau de fromages français. Pris une leçon de cuisine familiale - ce qui l'aura changée je pense du Cordon Bleu, motif de sa venue en France. Elle aura aussi appris à jouer successivement au Chromino, au Triomino, au Rummykub (indispensables à un week-end réussi à Montlevon). Et rencontré le lapin Nookie (et elle nous a appris au passage qu'en argot, "nookie" est quelque chose comme un p'tit câlin... amoureux). Le tout avec traduction simultanée all by myself, ce qui, compte tenu du débit de Theresa et de celui de ma belle-maman, n'a pas été un petit défi ! Mais... ce fut un week-end plein de charme et de coeur de part et d'autre. Yoyo : "Vivre c'est aimer." / Theresa citant sa grand-mère "What is not to love ?" - ces deux-là ne pouvaient que s'entendre...

03 avril 2012

Bonheurs de la semaine

- Le film de Julie Delpy, Two days in New York. Je ne sais pas si c'est en écho à mon fantasme américain du moment, mais j'en suis sortie légère et amusée - l'anti-film français plombant et plombé donc (bien que Télérama ait approuvé celui-ci ;-)).

- L'expo Paris en chansons dans le Marais - la ville sous toutes ses facettes, de Charles Trenet à Pigalle en passant par Gréco, Piaf, Mistinguett, Gainsbourg, Bruant, Renaud, les Têtes Raides - des documents audio, vidéo, des classiques incontournables : Le ciel de Paris, Le Poinçonneur des Lilas, J'ai deux amours... - impossible de ne pas sortir en chantant.

-Et puis, notre invitée californienne - exactement ce dont je rêvais lorsque je me suis inscrite sur le site de CouchSurfing : ouverte, drôle, futée, serviable, curieuse de tout... charmante avec mes enfants, mes amis - même le chat l'a adoptée ! Mon anglais s'est amélioré, je lui ai fait découvrir l'ïle Saint-Louis en Vélib' et goûter les glaces Berthillon, bref, nous sommes l'une et l'autre enchantées de l'expérience (et nous nous reverrons, puisqu'elle est ici pour trois mois). It's official - I'm a CS host now.

27 mars 2012

Funny family

Ma petite Mémé (qui fait un mètre cinquante les bras levés, ou presque) - me parle de son expérience de New York : "Ah non hein, moi je n'ai pas aimé, tout est trop haut là-bas !".

Nous jouons au Taboo, je taquine mon pré-ado de Léo en désignant sa (trop longue) frange : "Qu'est-ce qu'il y a là derrière, un cerveau ?" - "Non, des boutons !", me répond-il du tac-au-tac.

Même jeu, Elsa propose la définition suivante : "Le Superman des Grecs ?" - "Hercule !" répond Léo (bien vu...). C'était Ulysse, finalement... (Batman, alors ?)

19 mars 2012

Les petits bonheurs

...ne manquent pas, pourtant... j'ai vu le décapant spectacle de Sophia Aram, fêté les 2 ans de Roxane et les 10 ans d'Hippolyte, convoyé une brochette de mômes sur la Butte Montmartre après Lili Lampion, chanté Le Forestier et Hugues Aufray dans la cuisine le même soir, joué à Just Dance avec Elsa et Marguerite, retrouvé Ghislaine et Julianna, fêté la Saint-Patrick et regardé Angleterre-Irlande du côté de Mouffetard - Go on Ireland ! (by the way, they've lost), dîné au Passage qui reste une de mes petites tables préférées... et pourtant, et pourtant, je n'arrive pas à retrouver mon souffle, à sentir mon coeur battre sans douleur.

14 mars 2012

Boucle

Enfant j'étais tellement sûre que ce ne serait pas pour moi, un amour, une famille, l'inscription dans une vie partagée. Très jeune, je me souviens avoir aimé cette chanson-là, qui me semblait le seul chemin probable, et même, l'avoir partagée avec mon amie d'adolescence...

Est-ce toi la femme dans ce jardin
Est-ce moi qui ce soir encore prendrai le train
Est-ce toi qui a des enfants et des chiens
Est-ce moi celle qui toujours choisi son chemin
À l'école on se donnait la main

En ce temps-là nous chantions les mêmes chansons
En ce temps-là nous parlions des mêmes garçons
Et nous rêvions alors de tout avoir
Tu as une maison et moi mon piano noir

Est-ce à toi cet amour sous le mûrier
Est-ce à moi de n'avoir que le temps d'y penser
Est-ce à toi les saisons à savourer
Est-ce à moi les platanes que je vois défiler
À l'école on nous confondait

Au cinéma nous pleurions au même moment
Dans les cafés nos ambitions changeaient tout le temps
Et nous rêvions alors de tout avoir
Tu as un amour et moi un piano noir

Pense à moi si tu éprouves un regret
Comme à toi le bonheur ne m'a pas tout donné
Toi tu vis toujours au même midi
Moi je vis quand s'allument les lumières dans la nuit
Et pourtant parfois on s'écrit

Toi tu m'envoies quatre pages avec des photos
Moi je t'écris une carte postale en trois mots
Et tu retournes alors à ton histoire
Et je retrouve alors mon piano noir

Marie-Paule Belle


Je n'ai à nouveau plus de famille, en tout cas au sens de cette communauté de vie, de projets, de sécurité, de créativité - et le piano noir est parti lui aussi - et j'ai le vertige - parce que j'ai l'impression et l'inquiétude de m'en retourner vers le monde auquel j'appartiens - celui d'une relative solitude, d'une certaine sauvagerie - de m'en retourner vers la petite fille à la fenêtre, petite fille au regard interrogateur. J'ai de merveilleux enfants, j'ai tant gagné en tendresse et en confiance, je suis entourée d'amour et d'amitié - et pourtant je me sens ramenée là, incapable à ce jour de me projeter dans une autre vie de couple, parfois tranquillement heureuse dans le silence, parfois dans des petits moments d'une grâce inattendue, souvent le coeur serré, affolé.

02 mars 2012

(Re)création

"En Argentine, j'ai oublié. Toute chose nouvelle que j'apprenais en effaçait une antérieure". Erri de Luca, Le jour avant le bonheur (quel titre !). En ce moment moi aussi j'oublie. Peut-être est-ce un phénomène propre à ces périodes de (re)création - un allègement, un espace vital à retrouver, une p(l)age vierge. J'oublie des choses présentes, dois vérifier mon agenda régulièrement - j'oublie des choses passées, relis avec étonnement des mails anciens, des textes d'il y a quelques années. Je n'oubliais jamais rien, auparavant...

Simultanément l'énergie revient, et avec elle l'envie de faire que certains rêves deviennent réalité. Cet hiver je l'ai traversé comme un long tunnel - cette semaine j'ai pris la résolution de contacter les gens que j'aime et dont je n'ai pas de nouvelles depuis trop longtemps. Quatre coups de téléphone, et sans avoir rien demandé, une offre de week-end, une autre de travail, une invitation au Mexique, un petit tango.

Il y a un mois je désespérais de pouvoir emmener mes enfants en vacances en solo ; aujourd'hui je reçois des propositions du monde entier, sans autres frais à prévoir que les billets d'avion.

Hier je rêvais d'une maison ouverte aux amis et aux amis d'amis - demain peut-être nous accueillons notre première hôte étrangère, une étudiante américaine qui cherche à être hébergée quelques jours à Paris.

Love life sometimes.

28 février 2012

Convictions

Le texte qui suit est l'exact reflet d'une politique qui impacte, et aujourd'hui menace, chacune de mes activités professionnelles - qu'elles soient individuelles ou groupales, destinées aux ados ou aux adultes, et qu'elles soient tournées vers la prévention, le soin ou l'accompagnement des équipes. Une hospitalité de la folie... si je ne travaille qu'à la marge de la psychiatrie dite "hospitalière", je crois que cet appel vaut tout aussi bien pour une hospitalité de la fragilité, qu'elle soit liée à l'âge, au statut social, au niveau d'éducation, à la situation familiale, aux représentations de la société.

...Nous leur dirons aussi combien la politique sécuritaire amalgamant les malades mentaux à des délinquants ou à des criminels potentiels est, au-delà du caractère insultant et erroné de cette affirmation, une entrave majeure à une politique de soins digne de ce nom.

Nous leur dirons comment la dimension relationnelle, spécificité centrale de la pratique soignante, ne peut pas être standardisée, protocolarisée, normée, référencée à des « normes qualité » comme des objets, ou des produits de consommation, promue comme tel par les procédures d’évaluation, d’accréditation.

Nous leur transmettrons à quel point ces procédures ont généré depuis une dizaine d’années dans les établissements, une bureaucratie tatillonne, abêtissante, détournant la mission de soins vers des critères comptables et de productivité deshumanisante.

Nous leur expliquerons qu’hélas la Haute autorité de santé (l’H.A.S.), à travers ses conférences de consensus, de recommandation ou de processus de certification, tente de faire appliquer des conceptions opposées et étrangères à ce qui fait le fondement de nos pratiques cliniques.

Nous leur démontrerons que les pratiques évaluatives prônées par L’H.A.S. tentent d’exclure la dimension psychopathologique du champ de notre discipline.

Nous leur dirons comment l’utilisation abusive et idéologique de découvertes scientifiques récentes envahit le discours social ambiant, toujours en quête de sensationnalisme, espérant des issues rassurantes aux inquiétudes del’époque. Ces excès tentent de détourner les soignants, les patients et les familles des vrais problèmes auxquels nous sommes confrontés : pénurie de moyens, insuffisance de la formation, conception réductrice de la souffrance psychique.

Nous leur dirons aussi combien la psychanalyse a été et reste une compagne fidèle et indispensable de la psychiatrie, ou tout au moins pour ceux qui pensent que la maladie mentale est une maladie de la relation aux autres, à soi-même, au monde. La psychanalyse n’est pas une technique comme une autre. Elle représente un apport culturel indispensable à la compréhension du fonctionnement psychique humain. Ses concepts peuvent être d’une aide précieuse dans le travail au quotidien pour les équipes soignantes dans leur confrontation avec la psychose, avec les angoisses et les complexités des enjeux institutionnels.

Nous dirons avec force que nous refusons ce système qui demande en permanence de se plier à la norme des «trois P»:

- apporter la preuve de résultats immédiats quant on sait que l’évolution pour les pathologies les plus complexes se mesure dans la durée,

- prédire l’avenir,

- instaurer la peur à l’égard des malades mentaux.

De telles perspectives sont inconciliables avec une hospitalité de la folie.(...)

Texte complet ici.

27 février 2012

Malhabile

Il y a une idée qui me trottait dans la tête depuis un moment - ce constat qui m'émeut entre tous, celui de la précarité de nos vies, de la vulnérabilité de nos corps. Corps désirant ou désiré, corps en souffrance, corps en sommeil, corps vieillissant, corps menacé - ce mystère si souvent oublié, le battement de nos coeurs, la profondeur de notre souffle. De cette émotion je voulais écrire quelque chose - qui m'est venu à peu près comme suit : la main sur le coeur, un souffle ténu / celui de l'amant encore endormi / celui de l'enfant qui sourit en rêve / celui du mourant battement têtu / celui du vivant, un souffle fragile.

Parce que...

...la misère, mais aussi la solidarité humaine, ici pour les Restos du Coeur, ce n'est pas seulement ailleurs ou hier, mais aussi ici et maintenant.

(Et un petit merci à Marie-Madeleine, chez qui j'ai trouvé cette bonne idée ;-))

Libertés

Après l'été en hiver, le printemps avant le printemps, et les vacances le temps d'un week-end - ce week-end, un soleil timide mais lumineux... une expo photo sur le Mexique à la fondation Cartier-Bresson, des crêpes délicieuses à Montparnasse, un brin de shopping rue de Rennes (il y avait longtemps que je ne m'étais pas donné ce temps), une balade à vélo le long du canal Saint-Martin puis aux Buttes-Chaumont, il y avait dans l'air tant de douceur.

Et puis, le remarquable film d'Angelina Jolie sur la guerre en Bosnie - Au pays du sang et du miel, glaçant et sans complaisance, mais aussi subtil et poignant - universel je pense - si cette guerre-là a été particulièrement atroce, l'incroyable sauvagerie des hommes ne me semble pas différente en Syrie aujourd'hui, au Rwanda hier - ni les dilemmes humains auxquels elle confronte.

J'en suis sortie émue, plus consciente que jamais du privilège de vivre dans un pays en paix, dans lequel je suis libre de mes opinions et de mes croyances, libre de voter, de m'instruire, libre d'être une femme sans que cela fasse de moi une victime désignée par
avance, libre d'aimer qui je choisis.

23 février 2012

Senti(mentale)

Centre d'hébergement d'urgence, un groupe de très jeunes femmes, intervention de prévention autour de la sexualité (que j'étends -!- toujours aux questions relationnelles, d'estime de soi, etc.), et LA question récurrente :
- Mais alors, qu'est-ce qui compte, si ce n'est pas les centimètres ?
- Les sentiments ! me répond l'une d'entre elles du tac au tac. Joli, non ?

20 février 2012

Another day in paradise

L'été en hiver, une bulle de rêve dans un hiver de tristes réalités : huit jours d'exception à tous points de vue... Maintenir ce projet en famille - décidé il y a plus d'un an - était une gageure - et une bonne décision. Huit jours durant j'aurai oublié les questions sans réponse, la surcharge de travail, les inquiétudes financières, le sentiment parfois de ne plus supporter la misère du monde (et l'envie de changer de métier corrélative), et mon coeur en éclats de verre, pour juste me laisser porter.

J'ai nagé au milieu des coraux et des poissons tropicaux, fait du ski nautique sur la lagune (avec les crocos, pour plus de mordant), me suis envolée au trapèze, ai navigué sur catamaran et kayak de mer, et j'en oublie ! Dégusté des plats délicieux, bu des mojitos et des pina colada jusqu'à plus soif (open bar every night and day), parlé anglais avec les touristes américains et canadiens, profité de la joie des enfants enchantés, et de la belle énergie de G.O très charmants. Le Club vend du rêve, mais tient ses promesses et même dépasse toute attente - buffets pharaoniques, soirées féeriques, sens du détail et du service inégalés, gentillesse réelle, vrai talent à faire naître de la beauté et de l'émotion, dans les lieux, dans les fêtes, entre les êtres.

je n'ai rien vu du Mexique (excursions hors de prix) à part Chichen Itza, remarquable site maya restauré et classé par l'Unesco comme une des sept merveilles du monde actuel ; et, à la même occasion mais à travers les vitres du bus, un peu de la réalité du pays : cabanes au sol de terre battue, enfants et chiens pouilleux, alcool et violence domestique, rebelles mayas et nids de serpents.

Elsa m'a dit ensuite, mais, le Club Med, c'est un mensonge, le pays n'est pas comme ça ? Exact ma chérie... mais c'était un merveilleux mensonge (et il fait vivre la quasi-totalité de la population de cette province). Quant à la fin du monde annoncée pour cette année, les descendants des Mayas rigolent doucement - mais les Occidentaux achètent, ce qui est le but du jeu, après tout.

Ces huit jours auront été une double leçon, à la fois sur le plaisir possible et un goût de la vie retrouvé, une forme d'apaisement aussi, et sur la misère réelle (est-elle si différente de celle que je côtoie au quotidien ?) - une belle façon de relativiser : il y a tant d'autres façons de vivre.

02 février 2012

Dis-moi ce que tu chantes

Lors d'un séminaire récent, le psychiatre parlait du long chemin qu'il nous faut parcourir pour reconnaître ce que nous ressentons vraiment, et de la dimension... pédagogique des chansons populaires à ce titre - qui nous permettent d'identifier les émotions d'abord chez les autres, avant de le faire pour nous-mêmes.

C'est ce qui me fait aimer la chanson je crois - cette puissance d'évocation immédiate, même et surtout quand elle est apparemment naïve.

Une de mes patientes ne rêve pas, en tout cas se souvient rarement de ses rêves, mais arrive très souvent avec la chanson du moment, qui nous renseigne sur ses humeurs plus ou moins pré-concientes - au point où j'en arrive à lui dire, alors, quelle est la bande-son aujourd'hui ?

Pour ma part, je fredonne fréquemment - quand je vais bien, quand je vais mal, souvent sans m'en rendre compte - et quand je prête attention à ce qui s'est mis à me trotter dans la tête, le message est souvent explicite. Au point qu'il m'est arrivé de changer d'air (!) afin que l'autre n'entende pas ce qui m'habite à ce moment-là - c'est comme si je me baladais toute nue d'un seul coup...

30 janvier 2012

Glee

Je ne regarde jamais de séries - et pour cause, nous n'avons pas la télévision. Mais j'avais entendu du bien de celle-ci... bien sûr, le scénario comme les dialogues n'ont rien de renversant. Mais la musique est très exactement à mon (mauvais :-))) goût, les valeurs défendues sympathiques, et surtout, surtout, c'est un pur bonheur de regarder ça un enfant niché de chaque côté, sous la couette au fond du canapé. Vrai problème : nous en sommes à l'épisode 20 sur 22, et la saison 2 n'existe pas encore en DVD en français... (tenter la VOSTF en streaming ?).

23 janvier 2012

Cat again

Si je me souviens bien, quand Alice parvenue à une bifurcation rencontre le chat de Cheshire, elle lui demande quelle route elle doit prendre. "Cela dépend principalement de l'endroit où vous désirez aller", dit le chat. "Je n'en sais absolument rien", répond Alice. "Dans ce cas qu'importe la route que vous prendrez ?", dit le chat. (de mémoire)


J'ai regardé la VO depuis, mais la restitution de mémoire me semble, pour ce qui me concerne, encore plus percutante !

Lulu-Alice

18 janvier 2012

Adolescences

14 ans, enceinte ; elle ne trouve pas de majeur référent pour l’accompagner pour l’IVG. Vu la grande sœur, mineure aussi, pour la même raison l’année passée… Même légèreté apparente, souriante. Même dés-espoir absolu par rapport au monde des adultes.

13 ans, obèse, vue il y a un an – parce qu’inquiétante, mutique, souvent violente. J’avais évoqué l’idée alors d’un secret qui pourrait peser sur elle, dont elle pourrait parler peut-être, si ce n’était à moi alors à un professeur, ou encore à l’infirmière. Elle n’a pas donné suite. Un an plus tard même tableau : seule évolution, un conseil de discipline qui va entraîner une exclusion, quelques hochements de tête et une phrase : oui, elle sait pourquoi elle est agressive, déconcentrée, incontrôlable parfois. « Pour oublier quelque chose ». De passé. Il y a 3 ans. Et non, ce n’est pas juste qu’elle soit sanctionnée pour une histoire qui la dépasse et l’a infiniment blessée. Quatre mots. D’accord pour revenir. Souhaitons que l’établissement lui en laisse le temps.

11 et 13 ans, arrivées d’Haïti après le tremblement de terre. Hébergées par une tante paternelle qui a usurpé l’identité de leur mère et obtenu des papiers français – un échange de bons procédés, n’est-ce pas… Le père habite ailleurs, vient d’avoir une autre petite fille. La tante n’est finalement pas ravie d’avoir les deux filles à charge, les exploite plus ou moins et a semble-t-il la main leste.

11 ans. Violences, aussi. A osé demander à sa mère si elle l’aimait. Réponse négative. Volée de coups. Je ne suis pas certaine que le rappel à la loi suffira, pour cette mère-là. C'est une amie des petites Haïtiennes, qui voudraient savoir si elles peuvent l'adopter...

13 ans. Le collège appelle le père, alors que la mère a expressément demandé que tous les messages lui arrivent. La gamine est terrorisée, et pour cause : la mère la couvre, mais couvre aussi les violences du père (fratrie de quatre...). Nous n’avons pas réussi à convaincre la mère, venue la chercher, de la mettre à l’abri le soir même dans un établissement pour mineurs. Alors nous avons insisté sur le fait que si le lendemain, la jeune fille avait ne serait-ce qu’un cheveu de travers, nous saisirions immédiatement le Procureur. Pari gagné. Et mère d'accord pour revenir, essayer de faire avancer la situation ensemble. Je suis contente que nous ne l’ayons pas désavouée en plaçant d’office sa fille. Mais je n’en menais pas large ce soir-là.

19 ans, troisième IVG ? Echo ce jour, presque douze semaines ? Comment savoir ce qu’il y a de mort, dans cette morne répétition – comme si elle s’était lâchée elle-même, dans l’indifférence du petit copain comme de la famille (comment peuvent-ils ne pas voir ?) – ce qu’il y a de vie, dans ces grossesses insistantes, qui sont aussi le seul moyen de garder un contact avec des professionnels de santé ?

Pour faire face à tout cela il est des mots précieux : Travail d’équipe. Relais. Réseau. Supervision. Mais quand même – il y a des jours…

12 janvier 2012

Concise

Petits hauts, grands bas - petits bas, grands hauts : ceci n'est pas le nouveau dress code (encore que les bas, parfois, ce ne soit pas déplaisant...), mais la météo du moment :-) !

09 janvier 2012

Hibernation

La Care Box est sous la neige un peu, enveloppée dans un manteau de silence protecteur, un retrait bienvenu, une place chaleureuse - où le froid et le chagrin se frayent cependant encore souvent un chemin. Restent cependant une nouvelle année commencée sous le signe du coeur, dans le cocon d'une famille choisie ; de la douceur sous diverses formes, de l'amitié beaucoup, de la Belgique à l'Argentine ces dernières semaines, une fête de(s) filles à la maison (Italie-Russie-Maghreb ce soir-là), la concrétisation d'un voeu professionnel, et puis la conscience croissante d'être sur un chemin nouveau, un chemin qui me donne à réfléchir... et ne me déplaît pas. Vivement le printemps !

01 janvier 2012

Promesse



24 décembre 2011

"Fais toujours de ton mieux"

C'est le quatrième accord toltèque. Et c'est ce que j'ai fait. De mon mieux avec la peine, et avec la tendresse, de mon mieux avec les plus jeunes, et avec les plus âgés. J'ai réussi, je crois.

19 décembre 2011

Cheshire

Lulu, elle a un sourire de deux mètres carrés, on dirait le chat d'Alice au pays des merveilles !

Zaza

17 décembre 2011

Reconnaissance

Je passe embrasser ma petite grand-mère au Loto - où elle vient d'être reconnue par une copine d'il y a... soixante-dix ans ! Simonne n'a pas changé, me confie celle-ci - et je me souviens que quand on était chez les soeurs (elle a dit, à l'ouvroir, mot que je n'ai jamais rencontré ailleurs que chez la Comtesse de Ségur), nous étions jalouses parce qu'elle "fréquentait" déjà (elles avaient quoi, 15, 16 ans ?), et qu'un beau marin en uniforme venait l'attendre à la sortie du cours.

Le beau marin, c'était mon grand-père - qu'elle connaissait d'ailleurs depuis l'âge de cinq ans. J'aime tout dans cette histoire - que cette dame l'ait reconnue, que le souvenir vivace si longtemps après soit un souvenir d'adolescente envieuse et amicale à la fois, qu'elle l'évoque avec une telle spontanéité... so charming !

12 décembre 2011

I hate Mondays

Suis une lectrice régulière de PostSecret. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, je pense... Ce lundi matin, je me suis fait cueillir par celui-ci. Parce qu'après la première semaine sans leur père, il y a eu la première valise faite avec eux pour la semaine suivante, le premier dimanche soir sans eux, le premier lundi matin sans les accompagner (mais avec le coeur serré à l'idée de croiser Elsa en partant, puisque mes horaires sont calqués sur les siens).

PS : Je viens de comprendre - le sens du message. La carte de bibliothèque tamponnée, versus les codes-barres informatisés, je pense. Comme quoi, on ne lit qu'avec ce qu'on est, qu'avec ce qu'on vit...

PS2 : Ne pas perdre de vue, que ce qu'ils vont vivre est aussi, heureusement, différent de ce que moi j'ai vécu en tant qu'enfant de divorcés.

PS3 : Mais que ça n'en fait pas une affaire simple pour eux pour autant, et que je me dois donc de rester vigilante à ce qu'eux peuvent vivre...

09 décembre 2011

Neurones +

Elsa a vomi cet après-midi à l'école. Elle n'est pas dupe - ces problèmes digestifs plus ou moins récurrents depuis des semaines ne sont pas sans rapport avec la situation à la maison. Elle se demande simplement "comment les microbes du cerveau ils peuvent descendre dans le ventre ???"

Le seul moment où je déteste cordialement mon chat, c'est quand il faut changer sa litière. Quand Léo revient, l'odeur des toilettes n'est plus celle de la cage aux fauves du Cirque Pinder : "Ah, la fée "logistique" est passée !", apprécie-t-il.

Elsa voudrait savoir pourquoi on ne peut pas penser l'infini. Peut-être parce que notre petit cerveau humain est lui, fini, trop limité pour concevoir quelque chose comme l'infini ? lui proposé-je - bien que certains chercheurs estiment que nous n'en connaissons pas toutes les possibilités. Après un temps de réflexion, elle me déclare : Moi, il me semble que je pourrais arriver à l'imaginer. Mais il me faudrait du temps, au moins une heure !

Ouverture

Nous croyons devoir pardonner aux autres ce qu'ils nous ont fait, alors que c'est nous qui prenons prétexte de leurs actes pour les juger, pour fermer notre coeur et cesser d'aimer. Et sitôt qu'on arrête d'aimer une personne, on réduit le flot d'amour qui nous traverse le coeur, et on est le premier à en pâtir. C'est donc à nous de leur demander pardon à eux (...) de les avoir utilisés, de nous être servis d'eux pour nous couper de l'amour, tout en leur reprochant le choix que nous avons fait nous-mêmes (...).

Travailler sur le coeur, apprendre à aimer, développer son humilité et apprendre à demander pardon ne signifie pas renoncer à tout discernement, comme certains semblent le croire. En effet, dans la mesure où l'ouverture du coeur passe par le "non-jugement" - une valeur très en vogue aujourd'hui - on voit de nombreuses personnes se fourvoyer et adopter à la place le non-discernement, ce qui est très préjudiciable (...). Si nous possédons à la fois un coeur et un intellect, c'est de toute évidence parce que nous avons besoin des deux pour bien fonctionner.

Olivier Clerc, Le don du pardon

08 décembre 2011

Just a kind of magic

Ebouriffant ! Pour les arrangements virtuoses, le répertoire "trop feel good" - et le plaisir à chaque extrait de reconnaître tel ou tel hit, d'autant que ma génération est clairement le coeur de cible de l'histoire (les reprises de Queen, WOW !), les interactions clownesques avec le public, les voix qui donnent le frisson (sur We are the world notamment). Tout ce que j'aime dans le spectacle vivant : le chant a cappella (mais le Captain Tempo et Scratcher sont tout aussi étourdissants), le jeu sur de l'universel (pas étonnant qu'ils tournent dans le monde entier), et puis, last but not least, partager ce bonheur avec ma famille de coeur - trois générations réunies, un souvenir nostalgique du premier spectacle des Violons Dingues - désormais Le Quatuor, et le plein de (très) bonne humeur !

Beaucoup aimé aussi la réflexion d'Elsa - très fière d'être invitée désormais aux sorties de "grands" - "Moi tu sais les spectacles le soir c'est ce que je préfère, quand on sort et qu'il fait nuit et qu'on est un peu trop fatigués, on reste encore dans le spectacle - quand il fait jour c'est pas pareil, on ressort et c'est tout de suite la vie comme d'habitude...".

07 décembre 2011

Avent

Depuis toute petite, mon anniversaire précédant de quelques jours le 1er décembre, ma petite grand-mère m'offrait un calendrier de l'Avent. Un rituel entre nous, que j'ai transmis à mes enfants - l'ouverture de chaque case se faisant à tour de rôle, ensemble - un petit moment de partage avant de commencer la journée. Cette année aussi, cette année encore, j'ai amoureusement choisi LE calendrier. Séparation ou pas, il y a calendrier, comme il y aura sapin de Noël et guirlandes lumineuses (j'ai un faible coupable pour celles-ci).

Seulement, j'avais un peu du mal avec la (Sacro) Sainte Famille et ses Jésus joufflus-cucul (allez savoir pourquoi), et pas davantage envie d'un Père Noël obèse ou de boîtes à chocolats plus ou moins infects (Elsa rigole encore de ma diatribe anti-Noël attitude). Et puis, je suis tombée sur celui-ci : un paysage de neige, des oursons perchés dans un arbre, qui pêchent des flocons scintillants à l'épuisette, des images un peu incongrues mais qui évoquent le Grand Nord ou les oiseaux migrateurs. Adopté !

04 décembre 2011

Two houses, or : North and South

I want to reach out over the lough
And feel your hand across the water
Walk with you along an unapproved road
Not looking over my shoulder
I want to see
I want to hear
To understand your fears
But we're north and south of the river

I've been doing it wrong all of my life
This holy town has turned me over
A young man running from what he didn't understand
As the wind from the lough just blew colder and colder
There was a badness that had its way
But love was not lost it just got mislaid
North and south of the river

Can we stop playing these old tattoos?
Darling I don't have the answer
I want to meet you where you are
I don't need you to surrender
There is no feeling so alone as when the one you're hurting is your own
North and south of the river (...)

Christy Moore

01 décembre 2011

Slava's Snow Show

Deux heures de vraie magie - assez pour que grands et petits partagent à nouveau, pour quelques instants, rire et légèreté. Le clown à l'état pur, transgression et poésie avec trois fois rien, du papier, des ballons, une toile d'araignée comme celles qu'on peut trouver pour Halloween... Rien ne les arrête : ni les limites du lieu théâtral et de ses conventions (espace central, fauteuils, spectateurs : Break the rules !), ni celles du temps (pendant l'entracte, après les applaudissements, le spectacle est encore là), ni celles de la pesanteur (splendides images de bulles, et table d'ivrogne défiant les lois de la gravité) - évidemment pas celles de la logique : mer et tempête de neige se déchaînent dans la salle, la peur du noir rend insaisissable les contours de la chambre, et les quais de gare sont le lieu d'improbables adieux...

29 novembre 2011

Les Bien-Aimés

J'écoute en boucle la B.O. des Bien-Aimés - même petite musique, même lucidité désespérée, même troupe au sens théâtral du terme que Les Chansons d'amour - ici, le duo Catherine Deneuve - Chiara Mastroianni (belle à en crever dans ce film, et d'ailleurs...)

J'ai voulu plaire et devenir
Une fille légère pour m'affranchir
Du poids du coeur et ses raisons
Ces amours aux semelles de plomb
Tout ce qui pèse tout ce qui tend
Ces kilogrammes de sentiments

Telle fille telle mère je suis restée
Une femme légère pour m'éviter
Le poids du coeur et ses mystères
Les amours comme des sacs de pierre
Tout ce qui pèse tout ce qui nuit
Jamais faire pitié juste envie

Mais j'ai beau faire je tombe d'amour
Les filles légères ont le coeur lourd
Le poids du coeur rattrape toujours
Les filles légères et toutes un jour
Ont ce sentiment d'échouer
De s'être légèrement plantées

Le poids du coeur oublie-le donc
Cette légèreté je t'en fais don
Tu sais tu ne risques rien de plus
Que d'être légèrement déçue

Et pour lui plaire j'ai rejoué
La fille légère j'ai essayé
Mais voilà mon coeur pèse des tonnes
Cette légèreté m'abandonne
Et c'est un fardeau surprenant
Ces kilogrammes de sentiments

(Alex Beaupain)

I like to move it move it

Ce que le chat lit : "Ce qui rend belle a toujours à voir avec quelque chose dont on se libère. C'est un mouvement qui se voit. Quand on est empêtrée (dans sa vie amoureuse ou familiale, au boulot), on stagne, on est figée, et ça se voit. Alors que, même épuisée ou en deuil, ou en pleine rupture, on peut être belle aux yeux de tous, dès lors qu'on est déjà dans le mouvement."

23 novembre 2011

Lulu's day

En ce premier matin de ma quarantième année, je me suis réveillée avec Room for the life, une chanson de Kate Bush que j'aime depuis... vingt ans ? Une ode à la force des femmes, à notre capacité de rebond toujours, puisque nous avons, à l'intérieur, cette petite place pour la Vie.

Hey there, you lady in tears,
Do you think that they care if they're real, woman?
They just take it as part of the deal.
Lost in your men and the games you play.
Trying to prove that you're better, woman.
But you needn't get heavy with them.
Like it or not, we were built tough,
Because we're woman.

No, we never die for long,
While we've got that little life
To live for, where it's hid inside.
No, we never die for long,
Oh! Woman, two in one,

There's room for a life in your womb, woman,
Inside of you can be two, woman,
There's room for a life in your womb, woman,
Mama woman, aha!

Night after night in the quiet house,
Plaiting her hair by the fire, woman,
With no lover to free her desire,
How long do you think she can stick it out?
How long do you think before she'll go out, woman?
Hey! Get up on your feet and go get it, now.
Like it or not, we keep bouncing back,
Because we're woman.

No, we never die for long,
While we've got that little life
To live for, where it's hid inside.
Oh! Woman, two in one,

There's room for a life in your womb, woman,
Inside of you can be two, woman,
There's room for a life in your womb, woman,
Mama woman, aha!

Kate Bush

16 novembre 2011

Le choeur des femmes

C'est un excellent livre de Winckler. C'est toute la vie de ce chef de service d'orthogénie qui vient de relancer mon envie de rester au service des femmes, le temps d'une après-midi d'échanges professionnels - par son engagement, sa clarté pédagogique, et surtout, surtout, à travers sa tendresse pour les femmes. C'est le quotidien des services de planification...

Alors, malgré l'épuisement de ces jours, je me suis efforcée d'ouvrir mes oreilles plus grand encore. Et j'ai été récompensée : par ces gamines qui viennent demander une contraception avant les prises de risques - signe que les actions de prévention ne tombent pas toujours dans l'oreille des sourd(e)s ; par les quelques entretiens pré-IVG (de plus en plus en nombreux, au risque de ne plus rien y entendre) qui ont à nouveau permis une parole non pas sur "Pourquoi cette IVG ?", mais, "Pourquoi cette grossesse ?" ; par des rencontres Planning Familial qui, de fil en écoute, ont ouvert à une demande de psychothérapie...

Et, last but not least : j'ai dû faire en soirée, après une journée harassante, une intervention dans un centre d'hébergement pour femmes malades psychiatriques - dont beaucoup d'ex-toxicomanes. J'y suis allée à reculons. J'en suis revenue avec le sourire, touchée par leur franc-parler, leur générosité, leur humour aussi. Nous avons beaucoup ri, abordé toutes sortes de thèmes. Elles veulent que je revienne. J'en ai envie aussi.

Et puis... je me suis mise à relire Winckler !

Quand on pose des questions, on n'obtient que des réponses.
Elles savent toujours de quoi elles souffrent.
Tout le monde ment. Les patients mentent pour se protéger. Les médecins mentent pour garder le pouvoir.
Ce qu'une femme ressent est plus important que ce que tu sais. Et ce que tu crois compte beaucoup moins que ce qu'elle ne dit pas.
Le soignant, c'est celui à qui le patient prend la main.

Il y a un joli article à ce sujet dans le ELLE de cette semaine - quelques thérapeutes plus ou moins médiatiques parlent d'un patient qui les a marqués ; le point commun, c'est celui-là : la rencontre, le point de bascule se sont toujours produits au moment où ils ont accepté de ne pas savoir, de se laisser enseigner ce qu'il y avait à faire par le patient lui-même.

08 novembre 2011

Héros

Enfant, j'étais amoureuse de Cyrano - grand coeur sublime, poète méconnu, grande gueule ô combien mais délicatesse de sensitive... je n'ai pas changé beaucoup je crois, ou bien Monsieur de Bergerac aura façonné durablement mes amours adultes - aujourd'hui encore c'est avant tout à la délicatesse, à l'élégance du coeur, à la générosité, que je suis le plus sensible. Ce vendredi, je l'ai fait découvrir aux enfants, incarné par Depardieu (un autre de mes héros, et pour les mêmes raisons). Quel bonheur de les voir peur à peu accrocher, malgré la langue exigeante, les alexandrins si peu familiers pour eux - de les entendre rire à mes répliques favorites, et finalement, de lire ensuite à deux voix avec Elsa la scène du duel - "A la fin de l'envoi, je touche !".

Le lendemain, le temps d'une représentation de cirque - Empreintes, le nouveau spectacle de Grüss - pouvoir toucher à nouveau quelque chose de l'enfance - se laisser émerveiller une heure ou deux, tenir à distance la conscience aiguë, implacable que ces rires partagés, la lumière dans le regard de nos enfants et nous à leurs côtés - n'est plus qu'une fiction, un miracle provisoire - qui s'est éteint avec les projecteurs - bye bye, les héros que j'aimais, l'entracte est terminé...

02 novembre 2011

Mordorée

Je n'ai plus tout à fait la phrase en tête, mais il y a quelques années, Comte-Sponville écrivait en substance "Il convient donc d'avoir le bonheur modeste et le malheur, serein ; ni l'un ni l'autre ne sont tout à fait mérités."

Ces quelques jours - le bonheur était là. Un été indien en Belgique - un automne de rêve, ensoleillé et chaleureux. Lecture au coin du feu et balade en forêt, théâtre, "bain-bulles" (une charmante façon de désigner un lieu enchanteur - sauna-hammam-jacuzzi etc.), maison(s) magnifique(s) et rencontres improbables (un grand bonheur, peut-être un de mes favoris : tisser des liens entre ceux que j'aime), le Musée Horta (décidément séduite par l'Art Nouveau et cette beauté des détails, comme à la Casa Battlo), une Kriek cerise à l'Hôtel Métropole et une gaufre dans les galeries Saint-Hubert, le Marché aux Puces des Marolles, et mon premier waterzooï home made... et puis aussi, et puis surtout, de jolis échanges et une complicité tendre - à moins que ce ne soit une tendresse complice ?

Je suis d'accord avec Comte-Sponville - je n'ai pas de mérite à cela, juste la conscience d'être extraordinairement privilégiée - et aussi, ce matin, un immense sentiment de gratitude.

31 octobre 2011

Un don

- Tu crois que je serai encore belle quand je serai vieille ?
- Ce que je crois, c'est que tu seras de plus en plus aimée. Et de plus en plus grande.

Ou comment répondre à une question de midinette un brin narcissique (Miroir, mon beau miroir...) à un tout autre niveau - celui du coeur et de la vision.

Ou comment transformer une demande de réassurance un peu bébête (même si, les cheveux gris qui se multiplient, la petite ride du sourire qui se creuse, etc, etc.) en pur cadeau - celui d'une confiance qui, à cette étape de ma vie, est probablement ce que je peux recevoir de plus précieux.

24 octobre 2011

Quelques minutes de soleil en plus

Le plaisir de faire composer un bouquet par un fleuriste inspiré, à offrir à ma belle-maman pour le repas gentiment préparé pour les 12 ans de Léo. La joie incrédule de celui-ci devant le cadeau qui s'est mystérieusement mis à sonner : Oh, c'est pour moi ??? Dormir une nuit complète, sans cachets et sans réveil angoissé. Un peu de Vélib' au soleil... La rencontre impromptue mais joyeuse d'une ancienne patiente à la FIAC - la dame à la licence poétique... Au même endroit, la tentation de capter les bribes de conversations qui fusaient - rires d'enfants, snobismes avérés, langues étrangères, scène de ménage, perplexité ouvertement exprimée... et l'envie d'en faire un montage sonore : ma FIAC à moi ! Des bonheurs de cinéma : The Artist, le décalé Toi, moi et tous les autres, le poignant Incendies, demain, Polisse ? Un week-end tout doux qui se prépare.

20 octobre 2011

Piquée !

Un cadeau-clin-d'oeil il y a une ou deux semaines, plein de malice affectueuse... c'est vrai, je ne l'ai pas volé. Suis hérissonne et hérissée en ce moment, souvent, et ne me laisse pas si facilement toucher. Bon, comme c'est dit avec humour, qui sait, avec amour, je crois que je peux l'entendre... et même le reconnaître volontiers. Et puis, il a de jolies couleurs, malgré tout, ce cactus !




18 octobre 2011

Ilo veyou

Suis une inconditionnelle de Camille. Ai guetté la sortie de l'album, lu les interviews, écouté les extraits de chansons.

Eu un p'tit (non, un sérieux) coup de blues en songeant qu'être séparée signifiait, ne plus attendre que David pense à m'en faire la surprise - ni celle-là, ni aucune autre. Eu un p'tit coup d'peps en pensant que je pouvais fort bien me l'offrir moi-même. Eu p'tit coup d'génie (ou plutôt, quelque chose entre l'intuition et le souhait informulé) en appelant le Hibou alors que j'étais déjà à la caisse de la FNAC.

Réponse : Oui, je l'ai déjà acheté - en fait je te l'ai déjà acheté. Il t'attend à la maison.

La pluie s'est arrêtée. Il fait beau.


17 octobre 2011

A méditer

Trouvé chez Coumarine :
Ne pas perdre son temps à ensemencer des déserts.
Le texte complet est là...

Je m'y épuise ces jours. Ensemencer le désert. Ne pas savoir renoncer à en appeler au lien, à l'humanité, et à la recherche d'un sens, là où l'autre est perdu dans une zone inhumaine et insensée. Etre aux prises avec le plus aigü d'une blessure d'enfance dont je sais qu'elle ne trouvera pourtant pas réparation à cet endroit. Déployer une énergie désespérée pour prendre néanmoins soin le plus possible de l'amour et de l'amitié autour de moi, de mes enfants, de mes patients aussi. Y arriver... parfois.

09 octobre 2011

Poisson volant

Elsa, à la piscine : Maman, j'aimerais bien nager de mes propres ailes ?!

05 octobre 2011

Hibou, joujou, bijou

Dans la catégorie petites joies qui font du bien, il y a le nouveau LuLuPhone... Moi qui longtemps n'ai eu qu'un téléphone sachant téléphoner, qui suis difficilement passée à un petit modèle gérant mails (sur un écran nanométrique !) et fichiers audio, me voilà pourvue d'un fascinant joujou dont je ne maîtrise pour le moment pas le centième des possibilités mais qui me réjouit absolument... Merci le Hibou ;-) !

04 octobre 2011

La Colère

Et puis tiens, puisqu'il est si beau, et de circonstance, le texte de Leprest - le voilà.

Ca te vient, ça t'arrive, cent clébards dans la tête,
Une locomotive, un barrage qui pète
Ca te sort d'une graine et ça devient un tronc
Et les branches d'un chêne qui t'éclatent le front
C'est jouir à l'inverse, c'est un ciel à sanglots
Et son grelon qui perce les parois de la peau
C'est pleurer à l'envers, le pétard de la peine
L'orgasme de la haine, c'est s'entr'aimer quand même,
La colère

C'est un piano qui cogne dans l'orchestre des veines
Ce pipeau dont l'haleine sent mille saxophones
C'est la sueur de décembre, mourir en italique
Vouloir nouer ensemble la Manche et l'Atlantique
C'est une épée tendue à la barbe des cons
Une fleur de passion aux pétales pointus
C'est le jour moins le jour, c'est un accouchement
Sans l'aube d'un enfant, les mâchoires de l'amour,
La colère

C'est les yeux qui s'effritent et le poing qui se blesse
Au tranchant des caresses, au baiser de la vitre
"Patron, une dernière, à la santé du diable !"
Et je casse mon verre sur le bord de la table
C'est un rire qui balance sous le ciel des gibets
Et son sexe bandé en haut de la potence
C'est le coeur éclaté mais c'est mieux que se taire
De pouvoir la chanter, comme hurler de colère,
Sa colère

C'est l'anus du Vésuve dessous ma casserole
Un fleuve de pétrole où navigue l'étuve
La langue qui s'embrase, la salive qui brûle
Et le ventre qui hurle pour attiser les phrases
Cette vague de braises au bûcher de la mer
Cette écume incendiaire qui lèche la falaise
C'est un feu de chevaux lancés au coeur des champs
Et le vent qui reprend l'odeur de leurs sabots,
La colère

C'est sauter à deux pieds sur l'édredon des ronces
La rage qui défonce les portes enfoncées
C'est l'opéra du cri, l'orage de tes bras
C'est cracher du lilas à la gueule des orties
C'est un hymne de fou, c'est l'étincelle noire
Qui porte à la victoire l'agneau contre le loup
Un baiser en dedans à l'amitié complice
Qui mord à pleine dents le cul de l'injustice,
La colère

Allain Leprest

Life goes on

Avec... les femmes-sujet de Et maintenant on va où ? revigorante (et très joyeuse) leçon de responsabilité, de solidarité et de créativité féminines - excellent antidote aux tragiques femmes-objet de L'Apollonide... les derniers danseurs de tango sur les quais, avant l'automne... l'expo sur le Livre Rouge de Jung au musée Guimet- même si je ne saurais dire s'il s'agit d'une oeuvre hautement spirituelle (artistique, c'est indéniable) ou du délire d'un esprit certes remarquablement cultivé mais sérieusement malade... le concert de Leprest transformé en émouvant hommage rendu par Loïc Lantoine (époustouflante interprétation de La Colère), Romain Didier (La Retraite continue à me donner le frisson), Véronique Pestel, la Rue Kétanou...

01 octobre 2011

Voie de passage

"Ce n'est pas parce qu'il ne t'est rien revenu, que ce n'est rien devenu… "

Nous ne savons jamais ce qui se perd ou ce qui reste, à quel moment nous avons fait un geste ou prononcé une parole qui sera peut-être décisive pour la suite d'une histoire, la nôtre ou celle de l'autre, d'un autre... quelles graines trouveront une terre favorable et s'enracineront, pour longtemps peut-être, et lesquelles se perdront.

Ni tambours ni trompettes, l'instant est passé, la phrase a été dite, sans que nul ne s'en aperçoive. Des semaines ou des années plus tard peut-être, on vous dira: "C'est le jour où tu m'as dit..." ou peut-être on ne vous dira rien, vous ne saurez jamais. Le début d'une amitié, les germes d'une rupture, ou même une rencontre de passage, une seule phrase, qui fait basculer d'un côté ou de l'autre...

Nous ne savons pas davantage ce qu'il reste d'un amour qui se termine, ni comment cette invisible empreinte évoluera au fil du temps. L'amour donné, reçu, ne disparaît pas mais devient autre, chemine en nous, à notre insu…

Ce que nous savons si peu faire : accepter ces changements d'état, dans les minuscules occasions comme dans les plus fondamentales... Accepter que les (meilleures !) choses aient une fin, qu'elles puissent avoir "fait leur temps", comme on dit ; que les liens se rompent ou se délitent, que les rencontres aient des saisons, et que cette "fin" ne soit pas triste, mais plutôt une occasion de se réjouir, que cela ait été...

Croyance : Ce qui a été peut être modifié, endommagé par ce qui a suivi, annulé par ce qui en sera dit ultérieurement. Certitude : Cela a été, quoi que cela devienne.

Croyance : Le présent bascule dans le passé qui bascule au mieux dans le doute, au pire dans l'inexistence. Certitude : Cela a été et cela fut vrai - et cela fut juste, au moment où cela fut. Cela a été et continue à faire partie intégrante de nous-même, à nous façonner autant que nous le façonnons, à nous faire vivre.

Lost in translation

Quand chaque évidence est devenue une question, non seulement au présent mais encore au passé - que reste-t-il ? Quand les gestes les plus quotidiens restent suspendus au-dessus de l'abîme, que reste-t-il ? Quand les élans du coeur se perdent faute de rencontrer leur destinataire - que reste-t-il ? Quand l'espoir devient colère, quand l'amour devient méconnaissable, que reste-t-il ? Quand je me blesse à mon propre coeur, qui se referme sur sa blessure, que reste-t-il ? Quand ce qui tissait la vie jour après jour - les joies simples, la confiance dans l'alliance - n'est plus qu'un filet sale et déchiré - que reste-t-il ? Quand ce qui sauverait l'un blesse invariablement l'autre, que reste-il ? Quand les mots comme le silence sont devenus impuissants à faire entrer dans le lien un peu d'air et de lumière, un peu de paix - que reste-t-il ?

Ce matin, j'ai rêvé que je recevais de toi un message qui disait : "Je ne t'aime plus".