30 octobre 2020

Aujourd'hui, je suis perdue

Ce qui a fait un trou à mon âme, est l'absence dans votre discours du mot culture (...). Nous sommes indispensables à l'âme humaine, nous aidons à la soigner (...). Aujourd'hui je suis perdue. Je sais, je veux le croire, les lieux de culture ouvriront à  nouveau et on pourra retourner dans les librairies acheter un livre qu'on glissera dans sa poche comme un porte-bonheur, un porte-vie. Mais hier soir quelque chose s'est brisé dans mon coeur, je ne sais pas bien quoi - peut-être, l'espérance. Et c'est terrible pour moi. (...) Je voulais juste que vous mesuriez avec cet oubli, combien vous avez écorché les rêves de ceux qui font rêver, et se sentir vivants.

Ariane Ascaride, lettre ouverte au Président de la République, lue dans Boomerang ce matin. 

Plusieurs fois en larmes à l'écoute d'Inter ce matin : bouleversée par la colère froide de Sfar, le déchirant suicide de Juliette restitué par la danseuse étoile Léonore Baulac, et enfin la lettre d'Ariane Ascaride. Car tout fait écho, résonne double pour moi ici, la souffrance d'un monde qui me berce, me nourrit et m'inspire depuis toujours, qui m'est une respiration essentielle en effet, et le garant de ce que nous appelons encore civilisation ; et ma propre souffrance, qui pourrait se dire à travers tous les mots d'Ariane, à commencer par ceux-ci :  Aujourd'hui, je suis perdue (...) - quelque chose s'est brisé dans mon coeur. Et cette sensation, que oui, il y a un après, je sais, je veux croire, mais - quelque chose est brisé.

29 octobre 2020

Echappée

Quelques heures avant le confinement, aller voir la mer. Respirer sans masques. Rire pour des bêtises. Ne parler de rien. S'offrir un dernier restaurant. S'émerveiller quand c'est possible. Juste quelques heures. Merci. 

25 octobre 2020

Tous les mercis du monde

Merci à Elsa, d’avoir donné l’alerte juste à temps ; et merci à Amaury, de l'avoir de tout son coeur poussée à demander de l'aide ce soir-là.

Merci à Ronan et Léo, pour leur double appel immédiat aux pompiers, pour leur présence tout au long de la nuit et ensuite et encore

Merci aux jeunes pompiers, d’avoir entendu ce que je disais sur la spécificité de cet empoisonnement, et pour leur humanité

Merci à Dylan, à Evan, et à leurs mamans d’avoir été là dans ces minutes de cauchemar absolu

Merci à David de s’être mis en route depuis l’Auvergne dès l’appel de Léo et de nous avoir accompagnées ensuite d’instant en instant

Merci au médecin des pompiers, arrivé dans un second temps, au sang-froid avec lequel il a pris ses décisions successives

Merci au jeune pompier venu me dire que les cris d’Elsa n’étaient pas dus à de la douleur mais à une crise de panique, au moment où je m’effondrais sur moi-même

Merci à Léo de nous avoir conduits derrière la voiture des pompiers, et de m’avoir arraché un sourire dans la salle d’attente en me disant, Maman, il est 1h16 : bon anniversaire, mon grand cœur…

Merci à l’équipe des pompiers d’être restée sur place avec celle de réa et probablement en ligne avec le centre anti-poisons, plus d’une heure à ce moment-là

Merci au médecin des pompiers de nous avoir adressé un mot avant de partir ensuite, même si à ce moment-là le message était terrifiant, et que j’ai perdu espoir une seconde fois

Merci à Ronan de m’avoir tenu la main pendant ces heures-là, qui ont été les plus sombres que j’ai vécues à ce jour, de m’avoir écoutée me préparer à la laisser partir s’il le fallait

Merci à Christine et Hubert, qui sont les premiers à avoir vu mes messages dans la nuit et à en avoir envoyé jusqu’au matin, pour leur présence et leurs prières

Merci à Marie, merci à la force et au réconfort que j’ai tirés de la prière cette nuit-là, merci pour ce qui ressemble fort à un miracle, merci pour l’amour qui nous a environnées sous tant de formes toutes ces heures et encore maintenant

Merci infiniment au jeune médecin de réa et à l’infirmière, venus après des heures de soins annoncer des choses si dures encore – intubation, coma artificiel, incertitude, mais début d’espoir

Merci infiniment, après l’avoir initialement exclu, de m’avoir laissée entrer en réa alors que la situation était encore instable, dans une salle de soins intensifs pleine de patients et dans cette période de Covid, d’avoir aménagé une intimité, un temps pour que je puisse lui parler pendant qu’elle était dans le coma, encore intubée, branchée et piquée de partout, avant de rentrer à la maison ; et de l’avoir à nouveau autorisé pour David lors de son arrivée une heure après

Merci à la Vie, et merci à Elsa, d’avoir entendu nos prières et notre amour

Merci au jeune médecin d’avoir redonné ensuite les informations que je n’avais pas réussi à assimiler la première fois, et de son honnêteté absolue sur les risques de séquelles dus à l’intoxication et au bref temps de « vrai » coma qui a précédé la mise en coma artificiel

Merci à l’équipe de nous avoir rappelés dès qu’ils ont pris la décision de la sortir du coma artificiel, pour que ses parents soient là à son réveil ; merci à la réa de la garde du matin pour la confirmation des nouvelles rassurantes – ces médecins sont si jeunes, avec de telles responsabilités…

Merci à tous les professionnels du KB, éreintés par la première vague de Covid, debout devant la seconde, et TOUS sans exception, de minuit à 19h le lendemain, dans trois services différents, d’une humanité et d’une douceur sans faille 

Merci à ces premières minutes d’une Elsa consciente, et même souriante, probablement shootée à l’O2 et à des morphiniques très puissants, râlant déjà après la tuyauterie qui l’immobilisait de partout

Merci à Ronan arrivé un peu plus tard avec des croissants et du café dans la salle d’attente, pour ce petit déjeuner partagé aussi avec Léo pour ne pas faillir à la tradition du croissant d’anniversaire. Même là. Surtout là !

Merci à mes Fab’3 de s’être manifestées dès leur réveil, et d’être là depuis

Merci pour le passage trop bref dans une vraie chambre en réa, mais qui nous a permis à toutes les deux de dormir quelques instants

Merci à David d’avoir conduit Léo et Jade à l’aéroport pour qu’ils aient un temps pour parler à un adulte de ce qu’ils avaient vécu cette nuit-là

Merci au psychiatre de liaison de s’être démené pour trouver une place en hospitalisation psy – bien trop vite à mon goût sur l’évaluation des conséquences possibles de l’intoxication, mais les places sont chères en réa par les temps qui courent…

Merci au Dr A. d’avoir rappelé dès qu’il a eu le message, de se préparer à assurer le travail de liaison avec le service d’accueil. Merci à Mme H.L., pour les mêmes raisons. Merci au Dr M., collègue et ami, pour ses messages rassurants, et pour le temps pris le lendemain pour nous aider à bâtir une ligne de conduite intérieure pour les jours qui viennent. Merci au Dr L. de m'avoir proposé un RV pendant ses vacances.

Merci à YoYo pour m’avoir appelée déjà deux fois pour me demander comment j’allais, moi

Merci à l’étrange presque sosie d’Hugo que j’ai croisé dans la rue alors que j’avais dans les bras les fleurs que je devais initialement porter avec Elsa sur sa tombe ce samedi, et qui a dit distinctement une fois arrivé à ma hauteur, Pardon, pardon. Merci au fleuriste qui n’a pas fait la corbeille que j’avais pourtant commandée, mais un bouquet magnifique, que j’’ai choisi de garder. 

Merci à la généraliste inconnue, la mienne étant souffrante, qui m’a écoutée avec tact et intelligence et arrêtée sans discuter et sans conditions, avec beaucoup de bienveillance.

Merci à Ronan d’avoir rangé le capharnaüm de la chambre d’Elsa, auquel je ne me sentais pas la force de toucher, pendant que j’étais chez le médecin,  puis de m’avoir emmenée au cinéma. 

Merci au torrent de larmes salvateur enfin arrivé, mais après la visite dans le relativement sinistre service de psychiatrie adultes samedi soir, avec son cortège de questions, de peurs et de renoncements à prévoir.

Merci à Marion d’être arrivée juste après ça avec sa bouteille de bon Bourgogne, et même les petits gâteaux apéro pour aller avec.

Et certainement encore bien des mercis à venir.

17 octobre 2020

Marie-qui-défait-les-noeuds

 La prière est, dans la vie spirituelle, le moment privilégié pour entrer en relation avec Dieu. Mais ce qui déroute immédiatement celui qui prie, c’est qu’on ne sait pas prier, qu’on fait ce qu’on peut, car Dieu est plus grand que nous et on ne peut le manipuler. Cette découverte-là rend humble et vaccine contre la tentation d’un fanatisme : on ne maîtrise pas Dieu, on essaie simplement de lui parler en silence.

Pour un chrétien comme moi, le Christ est venu révéler que Dieu nous aime infiniment. Et cet amour infini et gratuit nous effraie ; on essaie donc de mettre des formes, du rite, pour se protéger de ce vertige. La prière doit permettre d’aller vers l’acceptation de cet amour, d’être aimé sans conditions, alors que nous préférons si souvent posséder les choses par nos efforts afin qu’elles nous appartiennent.

Mais l’amour, humain ou divin, ne se possède ni ne se garde en réserve. Apprendre à être aimé est donc apprendre à ne pas posséder : c’est, en ce sens, un exercice de pauvreté. Mais il apporte la vie, car il se renouvelle tous les jours. Le fanatisme, en s’attachant infiniment à des objets finis, se condamne à mourir avec eux.

Adrien Candiard

13 octobre 2020

Sweet and wild


 

10 octobre 2020

Du baume au coeur


 Envie de partager avec vous ce petit moment de grâce : je croise souvent ce couple de personnes âgées, elle est malade je pense, ils marchent néanmoins tous les jours dans le parc des Beaumonts. Ce matin, elle est peut-être fatiguée... alors ils restent là, assis devant la prairie, et IL CHANTE ! Il lui chante du Léo Ferré, du Brassens... et elle sourit. C'est si beau !
Céline

06 octobre 2020

Le Meilleur des Mondes

Je relis le Meilleur des Mondes, que je n'avais pas ouvert depuis le lycée. Je suis ahurie par la pertinence de ce texte de 1932, et l'acuité avec laquelle il anticipe une société qui ressemble si fort à la nôtre - sans même la très douteuse consolation du "bonheur" (traduire : sécurité) pour tous. Abasourdie par le cynisme ravageur du discours de l'Administrateur - et si émue par cette question de la beauté et de la vérité qui nous font si cruellement défaut actuellement, sacrifice de la culture à d'absurdes "normes" sanitaires et asservissement par la peur, soigneusement entretenue par une propagande omniprésente orchestrée par une classe politique qui court comme un poulet sans tête derrière des économies soit moribondes (l'industrie pétrolière), soit mortifères (les GAFA), soit les deux.

Je ne sais pas vivre dans ce monde-là, qui me donne envie d'éteindre la radio, de cesser de voter. Je ne sais pas vivre dans un monde où il m'est permis, et même recommandé, de me forcer un passage dans un wagon de métro bondé pour aller travailler, mais interdit de boire un verre avec des amis ou d'aller au concert. Où des médias respectables font l'amalgame entre conspirationnistes ineptes et citoyens exerçant légitimement leur droit d'interroger certaines décisions, et de garder un minimum de bon sens, voire une vision que nos dirigeants semblent avoir perdue depuis longtemps. Où la désobéissance est une dissidence. Où il n'a jamais été plus clair que je suis tolérée et même requise comme rouage (pourtant si négligeable) du système économique et politique, mais pas comme être humain pensant, relationnel, créateur, pour lequel rien n'est plus vital que le lien, la culture, et l'accès à une nature si possible non agonisante.

Je m'éteins dans ce monde utilitaire et absurde à la fois, sans ambition, sans envergure et sans rêves, qui génère chez moi un dégoût et une colère de plus en plus profonds. 

Restent la beauté. L'humanité. Le souffle. Comme une pluie bienfaisante, le monde enchanté du Moulin jaune, la parole enflammée de Gisèle Halimi portée par Richard Berry au théâtre, la poésie intacte de Brassens ressuscitée par la voix délicate de Pauline Dupuy - ce plaisir de la langue, de la musique, cette délicatesse du regard et du sentiment qui me manquent si fort.

29 septembre 2020

Une voie de service et d’amour

J’aime ce métier car il est joie et tendresse, il sent bon la naissance en notre demeure. La seule petite «permission de conseil», que je m’autoriserais pour aider les personnes qui veulent être au chevet des  mourants, c’est de vraiment travailler sur elles sans relâche et sans cesse, d’être authentiques et de se libérer de toutes peurs et conditionnements… et pour finir, mais c’est le plus important, de faire confiance en la croissance et en la valeur de ceux qu’on leur confie : les patients. Cela en développant en eux «la voix de lait», par les trois axes qui sont : la prière, la méditation et l’introspection. (On peut prier tout en étant athée...)

Eric Dudoit

Je crois que c'est vrai de tous les thérapeutes, et pas seulement en soins palliatifs ? J'y reconnais en tout cas ce à quoi j'aspire, ce vers quoi j'avance doucement...

28 septembre 2020

Nietzsche revisité

 Tout ce qui ne tue pas... abîme un peu.

Mathias Malzieu

20 septembre 2020

Le Pique-Nique Orange

Le Moulin Jaune, composition : beaucoup de Pays des Merveilles, un peu de Peau d’Âne, un brin de la fête étrange du Grand Meaulnes, des réminiscences de l'Espace des Possibles et la douce dinguerie du Slava Snowshow, puisque Slava lui-même est le fondateur de ce lieu féérique.

Un lieu où des fenêtres s'ouvrent dans la rivière, où les arbres poussent dans des faïences bleues, où les théières volent et où circulent des êtres improbables, faune vaguement illuminé, carotte dansante ou patriarche silencieux - Slava himself. Nous sommes allés de surprise en surprise, le jardin déborde d'idées poétiques et de coups de folie, de démesure romantique aussi, un lit flottant sur le Morin, un piano ailé, un bar tapi dans le ventre d'un sous-marin-gallion...

J'adore le sens du détail - entrée offerte aux rousses, roux, et Leroux, aux plus beaux costumes, buffets orange - oeufs de saumon, melons, Spritz et bière ambrée... les bonnes idées à chaque pas, atelier de couronnes automnales, guitariste mélancolique, maison-citrouille ou campement tsigane... une journée magique. Nous reviendrons, c'est sûr ! 

18 septembre 2020

Naviguer au portant

...c'est retrouver mon Elsa joyeuse, créative et affûtée, mais mûrie par ces années si difficiles, surprenante parfois, dans le regard qu'elle porte sur le monde mais aussi dans ses questions venues de nulle part - l'autre jour, en voiture : Maman, est-ce que les poissons boivent de l'eau ? J'aime beaucoup ces surgissements d'un cheminement de pensée imprévisible et silencieux, qui sont sa signature depuis l'enfance.

...c'est ressentir une gratitude infinie pour ce lycée atypique qui lui offre la possibilité de retrouver le plaisir d'apprendre, de créer de nouveaux liens, d'interagir avec des adultes stimulants et engagés dans leur enseignement. Et pour la chaîne de transmission des mères et grands-mères, qui lui permet d'être inscrite dans ce lieu.

...c'est me sentir fière de mon Léo, à nouveau major de promo, qui a su se trouver un stage puis un travail dans une période pourtant pour le moins chaotique... le voir grandir, tâtonner, oser peut-être un peu plus qu'autrefois se dévoiler, quitte à laisser voir davantage ses fragilités - et savoir que c'est tant mieux. 

...c'est me réjouir de cette prise de poste sur une création de projet (j'adore), résultat d'une collaboration entre deux très belles structures, l'une de soin et l'autre d'enseignement. Et retrouver cette population étudiante que je trouve si émouvante dans leur remarquable capacité à mettre des mots sur ce qui les habite, et si gratifiante aussi - car à cet âge (presque) tout est encore possible, et je vis comme un privilège cette possibilité d'accompagner l'émergence de l'adulte à venir.

...c'est constater que quelques discussions de couple récentes, loin d'avoir déstabilisé davantage la relation, semblent avoir amené une petite musique un peu différente, un peu plus légère. Même si elles sont restées en suspens, le fait d'avoir osé énoncer les questions de fond ouvre à un équilibre sans doute fragile, mais relativement apaisé.

...c'est sentir qu'à travers tout cela se manifeste aussi un élan vital retrouvé, que je soutiens autant que possible à travers le chant, la méditation, le yoga, une reconnexion précieuse à la Vie.

15 septembre 2020

Chagrins d'enfants

Il y a cette jeune femme d'une trentaine d'année, qui a perdu son père il y aura bientôt dix ans, mais laisse chaque mois sur le numéro de portable de celui-ci un long message où elle lui confie ses joies et ses chagrins, et les événements de sa vie au jour le jour.

Il y a cette autre femme, la quarantaine passée, qui n'a jamais eu d'enfant, mais garde dans son sac à main une paire de chaussons roses - loin de la renvoyer à cette absence qui pourtant l'obsède, ils incarnent sa rêverie, un invisible bébé idéal.

Et celle-ci, qui a perdu sa petite fille d'un cancer pédiatrique, petite fille dont la minuscule photo se trouve être affichée exactement au coeur de la mosaïque géante de Septembre en or (une collecte pour Gustave-Roussy) sur la tour Montparnasse - soit juste en face des fenêtres de son bureau.

Et cette autre encore, qui à six ans pleurait à chaque décollage d'avion, parce que de tout son coeur, elle voulait partir pour un ailleurs...

30 août 2020

L'Esprit souffle où il veut...

J'ai toujours beaucoup aimé cette phrase ; j'ai ressenti ce souffle à deux reprises cette semaine, sous deux formes très différentes, mais qui l'une et l'autre interrogent notre rapport à ce qui nous dépasse...

Chez ce patient, scientifique de haut niveau, modèle de rationalité, qui a perdu son père très jeune et s'est vu offrir pour son anniversaire (et à l'âge auquel son père est décédé) une troublante visite chez un medium, qui s'est de surcroît déroulée entre deux étranges "coïncidences". Au moment où il partait pour se rendre au rendez-vous, il a croisé un motard roulant sur la même moto que son père (un modèle ancien donc, qu'on ne voit plus nulle part) ; quand il en est revenu, le motard, qui n'habite pas son quartier, repartait...

Chez cette autre, jeune infirmière qui a pris la vague du COVID en service de réanimation, puis est partie faire une retraite de yoga dans les montagnes - ce qui représentait un énorme challenge pour elle (groupe inconnu, pratique récente, rupture avec ses repères habituels). Et qui m'appelle en larmes, non de chagrin mais d'émotion : elle est restée là-bas, en se mettant au service de la communauté. Elle pleure, mais de bonheur, en disant que c'est la première fois qu'elle se sent baignée dans l'Amour, et dans une vie simple qui a du sens pour elle. Elle hésite à rentrer à Paris, à continuer à contribuer à un système de soins de plus en plus déshumanisé et maltraitant, pour les soignants comme pour les soignés. Sa joie me bouleverse, ses interrogations aussi...

En aucun cas je n'ai envie de ramener leurs témoignages à des concepts cliniques, et moins encore à de la pathologie, même si je connais les fragilités de l'un et de l'autre. J'ai plus envie de me faire toute petite devant le mystère...

28 août 2020

Simple, basique

Quelquefois, le bonheur, c'est aussi simple que ça : finalement, les enfants sont là pour le dîner, et puis Jade nous rejoint, et puis Evan aussi, je cuisine en chantant avec Léo, un verre à la main, on beugle tous les deux dans la cuisine, on se filme en train de faire les cons avec Chamade dans le rôle de Simba dans l'Histoire de la vie, Ronan revient avec les super flans de la Kremlinoise, et la vie est belle quelques heures. 

27 août 2020

Voilà, c'est fini...

Après dix-huit mois de collaboration joyeuse, et en partant pour un très beau projet ailleurs. Mais ça ne va pas sans un petit pincement au coeur, parce que ce n'est pas si fréquent, une institution à taille humaine, une direction de bonne volonté, une équipe de collègues psys multi-référentielle et psychiquement vivante. Souvent dans les équipes, le psy est le seul de son espèce...


Après la violence du départ de la Cité, le silence radio lors de celui de Fournier, partir ici avec un petit mot, un petit cadeau, mais aussi et peut-être sans doute surtout avec ce qui s'est dit lors des échanges informels autour d'un pique-nique ça fait un bien fou, et ça me laisse un brin nostalgique aussi. Il y avait longtemps que je n'avais pas entendu parler de mon implication, de ma générosité, de ma présence soutenante, de mon sourire aussi  - pourquoi attendons-nous toujours que les gens partent pour leur dire ce pour quoi nous les apprécions ? 

Pas si simple non plus, de se séparer des suivis encore en cours. J'en connais certains depuis mon arrivée dans l'association ; j'ai littéralement l'impression de les avoir vus grandir ! Avec d'autres, la rencontre s'est faite au téléphone pendant cette période d'épidémie ; même sans les avoir jamais vus, des liens forts se sont noués avec ces voix sans visages, pour lesquels la permanence a été un filet de sécurité, un fil d'Ariane... Je les ai confiés aux collègues remplaçants comme j'aurais déposé un bébé dans les bras d'un ami : avec beaucoup de douceur et un brin d'émotion. 

Avec eux aussi, ce temps est celui des jolis retours et des remerciements. Je viens de raccrocher d'un appel avec celle qui fut ma première patiente Apaso ; elle a pu me dire ce qu'elle voit du chemin parcouru, remercier pour le respect de son rythme (et Dieu sait que je me suis inspirée du renard du Petit Prince), et me faire part de son souhait de continuer ce chemin auprès des collègues : il n'y a pas de plus belle récompense pour moi, que cette jeune femme si difficile à apprivoiser ait aujourd'hui un peu plus confiance dans la rencontre avec l'autre, et dans la valeur de la parole. 

22 août 2020

Amsterdam

C'était joyeux, de faire découvrir la ville à Ronan ; et de découvrir qu'au quatrième passage, je ne me lasse pas de ses canaux paisibles, des longues balades à pied, ni d'aller saluer Van Gogh et Vermeer (j'ai redécouvert la Femme en bleu, qui me touche plus encore que la Laitière). Un séjour beau comme un cliché, avec des vélos, des fleurs et des paradis (gentiment) artificiels, une balade au Vondelpark et des maisons à pignons aux façades penchées. Quelques bonus cependant, deux petits musées moins fréquentés, le House Boat Museum et le Canal House Museum, une visite privée en vélo sur le thème du Street Art dans le quartier des chantiers navals, et surtout un hébergement de rêve, dans un house boat aux hôtes attentionnés. Ce plaisir de prendre le petit déjeuner sur notre petite terrasse privée, ou de plonger dans le canal après les longues marches...

Amsterdam bis

Drogue, prostitution, COVID : ce que je trouve intéressant dans cette ville, c'est la cohérence de leur approche, avant tout pragmatique : ne pas ignorer le problème, mais chercher à l'encadrer intelligemment, en faisant appel à la responsabilité du citoyen, et non en l'infantilisant ou en le culpabilisant. Ce serait tellement bien, si nous nous en inspirions un peu... Avec la conscience que cette approche a aussi ses risques et ses limites ; mais le postulat de base me semble tout de même plus juste : s'appuyer sur la conscience, la réflexion, la liberté, bref, ce qui permet de croître en humanité.

15 août 2020

Il paraît...

Il paraît qu'en Bretagne il pleut souvent - mais pas dans "ma" Bretagne, ou alors le temps de buller une après-midi au frais, ou de laver un ciel d'orage.

Il paraît que les vacances en maison de famille génèrent inévitablement tensions et conflits ; c'est sans doute assez vrai, mais pas si cette famille n'est pas complètement la vôtre, ni si vous êtes habité(e) par un regard tranquille sur tous sans exception, un regard qui peut tout au plus être brièvement assombri par un instant d’agacement, mais qui revient vite vers la tendresse. 

Il paraît que même les dragons les plus apparemment féroces se révèlent parfois simplement être maladroits, ou peut-être malheureux - et plus attentionnés qu'on ne pourrait le croire. Il paraît aussi que les enfants grandissent beaucoup plus vite que ce que l'on pensait...

De plus en plus avec le temps j'ai la sensation d'entendre tout ce qui n'est pas dit, de ressentir les émotions qui circulent entre les uns et les autres. Ce n'est pas toujours confortable, mais c'est riche d’enseignements, et me ramène immanquablement à cette petite phrase de la grand-mère de Theresa : What is not to love ?

Il paraît qu'on oublie souvent de remercier pour ce que l'on a : j'ai l'impression de ne jamais avoir eu autant ce sentiment de gratitude, cette conscience des petits moments de bonheur qui s'ajoutent les uns aux autres, et de la chance d'avoir de surcroît des amis, anciens ou nouveaux, à deux pas de cette maison d'exception, dans cette région magnifique.

Pour vivre heureux, vivons perchés ;-)
Il paraît que ces petits moments de bonheur se nichent partout pour peu qu'on y soit attentifs...

Dans le mouvement du corps : danser avec Oriane dans la salle des mariages, nager un peu au large, randonner sur les falaises de Plouha avec Ronan, faire la course avec Audouin (perdre lamentablement bien sûr), ouvrir les bras pour un câlin - et finir par faire sauter les barrières du COVID pour rétablir les bisous, mais chut !

Dans une amitié naissante aux échanges à coeur ouvert sur la plage de Trégastel. Dans un coucher de soleil aux lumières blondes. Dans la joie d'entendre le rire d'Elsa, adoptée par sa brochette de cousins de coeur. Dans les questions  futées d'Aymeric, dont j'aime décidément beaucoup le côté pince-sans-rire. Dans une toute dernière baignade, joueuse et douce...


Dans des sensations d'enfance : un peu de volley en fin de journée sur la plage, chahuter avec le chien, enterrer Marin dans le sable jusqu'au cou. Dans le plaisir d'évoluer avec aisance à quinze ou vingt mètres du sol à l'accrobranches, sans m'obliger pour autant à faire le saut dans le vide qui conclut le parcours. 

Dans la créativité invraisemblable de la nature au jardin de Pellinec. Tellement de diversité dans ces couleurs, formes, textures, parfums, et la main de l'homme qui ici enfin ne force rien mais protège, agence, caresse... Pellinec est le rêve réalisé d'un amoureux fou du végétal, et ça se sent - ce n'est pas un jardin comme les autres.

Dans un café pris au soleil sur le port de Paimpol. Dans la saveur des huîtres, que j'ai appréciées vraiment pour la toute première fois (penser à faire un voeu). Et dans celle, inimitable, des galettes caramel beurre salé - mes absolues préférées : mais quel dommage de mettre ce caramel dans des crêpes ?!?  #teamgalettes

Dans la profondeur de certains regards - je pense tout particulièrement à la bienveillance rayonnante de celui de Cécile, à la douceur infinie de celui d'Audouin, à ce qu'il y a de tellement touchant dans la vulnérabilité et la gentillesse de celui de Mamé.

Il paraît que la beauté sous toutes ses formes nettoie le coeur et le regard : de ce temps de vacances, je reviens lumineuse. 

20 juillet 2020

Right in time

It's impossible for certainty and curiosity to exist in the same moment. To discover new things, let go of the known and be open to every possibility.
Headspace

18 juillet 2020

Aiguebonne


Mon coeur lavé par l'eau vive d'Aiguebonne la bien-nommée... un passage initiatique de "je suis hors-sol, déconnectée" à "je suis baignée par la rivière", puis de "je suis dans la rivière" à "je suis la rivière".

J’ai eu dernièrement des explosions d’évidence : 
la beauté du paysage me signalait que je perdais
une partie cruciale de moi-même, que j’étais
en train de me dérouler, comme une pelote. 
Or, un être humain n’est pas une ligne tremblante
mais bien une boule compacte, parfois violente, 
douce en surface, qui tient dans une paume 
et n’a peur d’aucune pente (...)

Soudain on comprend qu’aucune histoire 
ne finit quand on prononce chaque matin 
ou chaque soir le prénom de celle ou celui
qu’on aime. On comprend les persistances
du passé et les promesses de l’avenir : 
on quitte les maisons qu’on rêve de construire. 
Soudain on détache de son cœur des coquilles
fêlées : on se demande s’il vaut mieux 
être moins lourd de peines, ou plus de vérités. 
Cécile Coulon