16 novembre 2011

Le choeur des femmes

C'est un excellent livre de Winckler. C'est toute la vie de ce chef de service d'orthogénie qui vient de relancer mon envie de rester au service des femmes, le temps d'une après-midi d'échanges professionnels - par son engagement, sa clarté pédagogique, et surtout, surtout, à travers sa tendresse pour les femmes. C'est le quotidien des services de planification...

Alors, malgré l'épuisement de ces jours, je me suis efforcée d'ouvrir mes oreilles plus grand encore. Et j'ai été récompensée : par ces gamines qui viennent demander une contraception avant les prises de risques - signe que les actions de prévention ne tombent pas toujours dans l'oreille des sourd(e)s ; par les quelques entretiens pré-IVG (de plus en plus en nombreux, au risque de ne plus rien y entendre) qui ont à nouveau permis une parole non pas sur "Pourquoi cette IVG ?", mais, "Pourquoi cette grossesse ?" ; par des rencontres Planning Familial qui, de fil en écoute, ont ouvert à une demande de psychothérapie...

Et, last but not least : j'ai dû faire en soirée, après une journée harassante, une intervention dans un centre d'hébergement pour femmes malades psychiatriques - dont beaucoup d'ex-toxicomanes. J'y suis allée à reculons. J'en suis revenue avec le sourire, touchée par leur franc-parler, leur générosité, leur humour aussi. Nous avons beaucoup ri, abordé toutes sortes de thèmes. Elles veulent que je revienne. J'en ai envie aussi.

Et puis... je me suis mise à relire Winckler !

Quand on pose des questions, on n'obtient que des réponses.
Elles savent toujours de quoi elles souffrent.
Tout le monde ment. Les patients mentent pour se protéger. Les médecins mentent pour garder le pouvoir.
Ce qu'une femme ressent est plus important que ce que tu sais. Et ce que tu crois compte beaucoup moins que ce qu'elle ne dit pas.
Le soignant, c'est celui à qui le patient prend la main.

Il y a un joli article à ce sujet dans le ELLE de cette semaine - quelques thérapeutes plus ou moins médiatiques parlent d'un patient qui les a marqués ; le point commun, c'est celui-là : la rencontre, le point de bascule se sont toujours produits au moment où ils ont accepté de ne pas savoir, de se laisser enseigner ce qu'il y avait à faire par le patient lui-même.

08 novembre 2011

Héros

Enfant, j'étais amoureuse de Cyrano - grand coeur sublime, poète méconnu, grande gueule ô combien mais délicatesse de sensitive... je n'ai pas changé beaucoup je crois, ou bien Monsieur de Bergerac aura façonné durablement mes amours adultes - aujourd'hui encore c'est avant tout à la délicatesse, à l'élégance du coeur, à la générosité, que je suis le plus sensible. Ce vendredi, je l'ai fait découvrir aux enfants, incarné par Depardieu (un autre de mes héros, et pour les mêmes raisons). Quel bonheur de les voir peur à peu accrocher, malgré la langue exigeante, les alexandrins si peu familiers pour eux - de les entendre rire à mes répliques favorites, et finalement, de lire ensuite à deux voix avec Elsa la scène du duel - "A la fin de l'envoi, je touche !".

Le lendemain, le temps d'une représentation de cirque - Empreintes, le nouveau spectacle de Grüss - pouvoir toucher à nouveau quelque chose de l'enfance - se laisser émerveiller une heure ou deux, tenir à distance la conscience aiguë, implacable que ces rires partagés, la lumière dans le regard de nos enfants et nous à leurs côtés - n'est plus qu'une fiction, un miracle provisoire - qui s'est éteint avec les projecteurs - bye bye, les héros que j'aimais, l'entracte est terminé...

02 novembre 2011

Mordorée

Je n'ai plus tout à fait la phrase en tête, mais il y a quelques années, Comte-Sponville écrivait en substance "Il convient donc d'avoir le bonheur modeste et le malheur, serein ; ni l'un ni l'autre ne sont tout à fait mérités."

Ces quelques jours - le bonheur était là. Un été indien en Belgique - un automne de rêve, ensoleillé et chaleureux. Lecture au coin du feu et balade en forêt, théâtre, "bain-bulles" (une charmante façon de désigner un lieu enchanteur - sauna-hammam-jacuzzi etc.), maison(s) magnifique(s) et rencontres improbables (un grand bonheur, peut-être un de mes favoris : tisser des liens entre ceux que j'aime), le Musée Horta (décidément séduite par l'Art Nouveau et cette beauté des détails, comme à la Casa Battlo), une Kriek cerise à l'Hôtel Métropole et une gaufre dans les galeries Saint-Hubert, le Marché aux Puces des Marolles, et mon premier waterzooï home made... et puis aussi, et puis surtout, de jolis échanges et une complicité tendre - à moins que ce ne soit une tendresse complice ?

Je suis d'accord avec Comte-Sponville - je n'ai pas de mérite à cela, juste la conscience d'être extraordinairement privilégiée - et aussi, ce matin, un immense sentiment de gratitude.

31 octobre 2011

Un don

- Tu crois que je serai encore belle quand je serai vieille ?
- Ce que je crois, c'est que tu seras de plus en plus aimée. Et de plus en plus grande.

Ou comment répondre à une question de midinette un brin narcissique (Miroir, mon beau miroir...) à un tout autre niveau - celui du coeur et de la vision.

Ou comment transformer une demande de réassurance un peu bébête (même si, les cheveux gris qui se multiplient, la petite ride du sourire qui se creuse, etc, etc.) en pur cadeau - celui d'une confiance qui, à cette étape de ma vie, est probablement ce que je peux recevoir de plus précieux.

24 octobre 2011

Quelques minutes de soleil en plus

Le plaisir de faire composer un bouquet par un fleuriste inspiré, à offrir à ma belle-maman pour le repas gentiment préparé pour les 12 ans de Léo. La joie incrédule de celui-ci devant le cadeau qui s'est mystérieusement mis à sonner : Oh, c'est pour moi ??? Dormir une nuit complète, sans cachets et sans réveil angoissé. Un peu de Vélib' au soleil... La rencontre impromptue mais joyeuse d'une ancienne patiente à la FIAC - la dame à la licence poétique... Au même endroit, la tentation de capter les bribes de conversations qui fusaient - rires d'enfants, snobismes avérés, langues étrangères, scène de ménage, perplexité ouvertement exprimée... et l'envie d'en faire un montage sonore : ma FIAC à moi ! Des bonheurs de cinéma : The Artist, le décalé Toi, moi et tous les autres, le poignant Incendies, demain, Polisse ? Un week-end tout doux qui se prépare.

20 octobre 2011

Piquée !

Un cadeau-clin-d'oeil il y a une ou deux semaines, plein de malice affectueuse... c'est vrai, je ne l'ai pas volé. Suis hérissonne et hérissée en ce moment, souvent, et ne me laisse pas si facilement toucher. Bon, comme c'est dit avec humour, qui sait, avec amour, je crois que je peux l'entendre... et même le reconnaître volontiers. Et puis, il a de jolies couleurs, malgré tout, ce cactus !




18 octobre 2011

Ilo veyou

Suis une inconditionnelle de Camille. Ai guetté la sortie de l'album, lu les interviews, écouté les extraits de chansons.

Eu un p'tit (non, un sérieux) coup de blues en songeant qu'être séparée signifiait, ne plus attendre que David pense à m'en faire la surprise - ni celle-là, ni aucune autre. Eu un p'tit coup d'peps en pensant que je pouvais fort bien me l'offrir moi-même. Eu p'tit coup d'génie (ou plutôt, quelque chose entre l'intuition et le souhait informulé) en appelant le Hibou alors que j'étais déjà à la caisse de la FNAC.

Réponse : Oui, je l'ai déjà acheté - en fait je te l'ai déjà acheté. Il t'attend à la maison.

La pluie s'est arrêtée. Il fait beau.


17 octobre 2011

A méditer

Trouvé chez Coumarine :
Ne pas perdre son temps à ensemencer des déserts.
Le texte complet est là...

Je m'y épuise ces jours. Ensemencer le désert. Ne pas savoir renoncer à en appeler au lien, à l'humanité, et à la recherche d'un sens, là où l'autre est perdu dans une zone inhumaine et insensée. Etre aux prises avec le plus aigü d'une blessure d'enfance dont je sais qu'elle ne trouvera pourtant pas réparation à cet endroit. Déployer une énergie désespérée pour prendre néanmoins soin le plus possible de l'amour et de l'amitié autour de moi, de mes enfants, de mes patients aussi. Y arriver... parfois.

09 octobre 2011

Poisson volant

Elsa, à la piscine : Maman, j'aimerais bien nager de mes propres ailes ?!

05 octobre 2011

Hibou, joujou, bijou

Dans la catégorie petites joies qui font du bien, il y a le nouveau LuLuPhone... Moi qui longtemps n'ai eu qu'un téléphone sachant téléphoner, qui suis difficilement passée à un petit modèle gérant mails (sur un écran nanométrique !) et fichiers audio, me voilà pourvue d'un fascinant joujou dont je ne maîtrise pour le moment pas le centième des possibilités mais qui me réjouit absolument... Merci le Hibou ;-) !

04 octobre 2011

La Colère

Et puis tiens, puisqu'il est si beau, et de circonstance, le texte de Leprest - le voilà.

Ca te vient, ça t'arrive, cent clébards dans la tête,
Une locomotive, un barrage qui pète
Ca te sort d'une graine et ça devient un tronc
Et les branches d'un chêne qui t'éclatent le front
C'est jouir à l'inverse, c'est un ciel à sanglots
Et son grelon qui perce les parois de la peau
C'est pleurer à l'envers, le pétard de la peine
L'orgasme de la haine, c'est s'entr'aimer quand même,
La colère

C'est un piano qui cogne dans l'orchestre des veines
Ce pipeau dont l'haleine sent mille saxophones
C'est la sueur de décembre, mourir en italique
Vouloir nouer ensemble la Manche et l'Atlantique
C'est une épée tendue à la barbe des cons
Une fleur de passion aux pétales pointus
C'est le jour moins le jour, c'est un accouchement
Sans l'aube d'un enfant, les mâchoires de l'amour,
La colère

C'est les yeux qui s'effritent et le poing qui se blesse
Au tranchant des caresses, au baiser de la vitre
"Patron, une dernière, à la santé du diable !"
Et je casse mon verre sur le bord de la table
C'est un rire qui balance sous le ciel des gibets
Et son sexe bandé en haut de la potence
C'est le coeur éclaté mais c'est mieux que se taire
De pouvoir la chanter, comme hurler de colère,
Sa colère

C'est l'anus du Vésuve dessous ma casserole
Un fleuve de pétrole où navigue l'étuve
La langue qui s'embrase, la salive qui brûle
Et le ventre qui hurle pour attiser les phrases
Cette vague de braises au bûcher de la mer
Cette écume incendiaire qui lèche la falaise
C'est un feu de chevaux lancés au coeur des champs
Et le vent qui reprend l'odeur de leurs sabots,
La colère

C'est sauter à deux pieds sur l'édredon des ronces
La rage qui défonce les portes enfoncées
C'est l'opéra du cri, l'orage de tes bras
C'est cracher du lilas à la gueule des orties
C'est un hymne de fou, c'est l'étincelle noire
Qui porte à la victoire l'agneau contre le loup
Un baiser en dedans à l'amitié complice
Qui mord à pleine dents le cul de l'injustice,
La colère

Allain Leprest

Life goes on

Avec... les femmes-sujet de Et maintenant on va où ? revigorante (et très joyeuse) leçon de responsabilité, de solidarité et de créativité féminines - excellent antidote aux tragiques femmes-objet de L'Apollonide... les derniers danseurs de tango sur les quais, avant l'automne... l'expo sur le Livre Rouge de Jung au musée Guimet- même si je ne saurais dire s'il s'agit d'une oeuvre hautement spirituelle (artistique, c'est indéniable) ou du délire d'un esprit certes remarquablement cultivé mais sérieusement malade... le concert de Leprest transformé en émouvant hommage rendu par Loïc Lantoine (époustouflante interprétation de La Colère), Romain Didier (La Retraite continue à me donner le frisson), Véronique Pestel, la Rue Kétanou...

01 octobre 2011

Voie de passage

"Ce n'est pas parce qu'il ne t'est rien revenu, que ce n'est rien devenu… "

Nous ne savons jamais ce qui se perd ou ce qui reste, à quel moment nous avons fait un geste ou prononcé une parole qui sera peut-être décisive pour la suite d'une histoire, la nôtre ou celle de l'autre, d'un autre... quelles graines trouveront une terre favorable et s'enracineront, pour longtemps peut-être, et lesquelles se perdront.

Ni tambours ni trompettes, l'instant est passé, la phrase a été dite, sans que nul ne s'en aperçoive. Des semaines ou des années plus tard peut-être, on vous dira: "C'est le jour où tu m'as dit..." ou peut-être on ne vous dira rien, vous ne saurez jamais. Le début d'une amitié, les germes d'une rupture, ou même une rencontre de passage, une seule phrase, qui fait basculer d'un côté ou de l'autre...

Nous ne savons pas davantage ce qu'il reste d'un amour qui se termine, ni comment cette invisible empreinte évoluera au fil du temps. L'amour donné, reçu, ne disparaît pas mais devient autre, chemine en nous, à notre insu…

Ce que nous savons si peu faire : accepter ces changements d'état, dans les minuscules occasions comme dans les plus fondamentales... Accepter que les (meilleures !) choses aient une fin, qu'elles puissent avoir "fait leur temps", comme on dit ; que les liens se rompent ou se délitent, que les rencontres aient des saisons, et que cette "fin" ne soit pas triste, mais plutôt une occasion de se réjouir, que cela ait été...

Croyance : Ce qui a été peut être modifié, endommagé par ce qui a suivi, annulé par ce qui en sera dit ultérieurement. Certitude : Cela a été, quoi que cela devienne.

Croyance : Le présent bascule dans le passé qui bascule au mieux dans le doute, au pire dans l'inexistence. Certitude : Cela a été et cela fut vrai - et cela fut juste, au moment où cela fut. Cela a été et continue à faire partie intégrante de nous-même, à nous façonner autant que nous le façonnons, à nous faire vivre.

Lost in translation

Quand chaque évidence est devenue une question, non seulement au présent mais encore au passé - que reste-t-il ? Quand les gestes les plus quotidiens restent suspendus au-dessus de l'abîme, que reste-t-il ? Quand les élans du coeur se perdent faute de rencontrer leur destinataire - que reste-t-il ? Quand l'espoir devient colère, quand l'amour devient méconnaissable, que reste-t-il ? Quand je me blesse à mon propre coeur, qui se referme sur sa blessure, que reste-t-il ? Quand ce qui tissait la vie jour après jour - les joies simples, la confiance dans l'alliance - n'est plus qu'un filet sale et déchiré - que reste-t-il ? Quand ce qui sauverait l'un blesse invariablement l'autre, que reste-il ? Quand les mots comme le silence sont devenus impuissants à faire entrer dans le lien un peu d'air et de lumière, un peu de paix - que reste-t-il ?

Ce matin, j'ai rêvé que je recevais de toi un message qui disait : "Je ne t'aime plus".

29 septembre 2011

Bonne question (2)

Je me pose la même question, Elsa. Dix-sept ans de couple, et du jour au lendemain, la complicité, la douceur, la confiance, la tendresse, les projets, l'alliance, anéantis ? Du jour au lendemain, un passage de "Je suis fier du chemin parcouru, des épreuves traversées ensemble qui nous ont fait grandir, je n'ai jamais été aussi vrai dans la relation, je suis heureux d'avoir des projets avec toi", etc. à - quoi que je fasse, sourire, pleurer, hurler, supplier, offrir, attendre, inviter - RIEN - électrocardiogramme plat en face - pas même l'empathie qu'on aurait pour une étrangère, la délicatesse de coeur qu'on aurait pour une amie ? Comment ne pas m'interroger sur un lien qui s'évanouit avec une telle brutalité ?

Comment (sur)vivre au quotidien dans l'attente que les deux maisons deviennent une réalité, sans me blesser sans cesse à cet homme qui ressemble toujours à celui que j'aimais et en qui j'avais confiance, mais ne l'est plus, à l'image de cette famille qui semble intacte mais n'est qu'un leurre, un sursis plus douloureux chaque jour ?

Comment dépasser l'incompréhension, la colère ra(va)geuse, et la peine infinie, comment imaginer l'amour et la confiance demain s'ils peuvent disparaître ainsi - Hein ? C'est comme ça ?

21 septembre 2011

Bonne question

Meilleurs ennemis

Question de Léo, rigolard : "Pourquoi sur les réseaux sociaux on ne pourrait pas demander quelqu'un en ennemi ? T'imagines, la demande, Veux-tu être mon ennemi ?, ou encore, Justin Bieber, 32 millions d'ennemis ?"

(Moi, j'avoue, ça m'a fait rire).

18 septembre 2011

Le coeur à l'envers

Elsa, à table et au bord des larmes : Mais si, Papa, il t'aime, il me l'a dit hier soir. Renseignements pris auprès de David, absent lors de cet échange, il n'a rien dit de semblable à Zaza. Ce qui me fait le plus de peine, ce n'est pas sa réponse, qui ne me surprend plus, ni d'avoir dû démentir (après un bref éclat d'espoir), c'est cette minuscule tentative de prêcher le faux pour créer le vrai - un aperçu bref mais vertigineux de ce qui se passe dans ce petit coeur ces jours-ci.

14 septembre 2011

Douceurs

Liste des choses qui consolent : Le chocolat. Le champagne. Le rire. L'amitié. De façon d'autant plus charmante qu'inattendue, j'aurai eu le tout ce midi - un pot de départ, trois flûtes de champagne, un fondant au chocolat, et un collègue qui me taquine affectueusement sur une possible carrière de demi-couguar (sic) "ben oui t'as de la chance toi, tu peux taper dans les jeunes beaux ou dans les vieux riches..." Ma foi, je ne sais pas (et pourquoi pas jeune, riche et beau, d'abord ?), mais il aura eu ce mérite de me faire rire, ce qui pour le moment n'a pas de prix.

12 septembre 2011

La vérité...

Elsa : Mais, si Papa part, ou si toi tu pars, c'est comme si j'allais perdre une partie de moi, et toi aussi tu vas perdre une partie de toi ? Tous les quatre, il y a la joie de vivre, la création, mais là ce ne sera plus pareil ?

Elsa, un peu plus tard : Mais nous on est une famille, alors s'il y en a un qui n'aime plus l'autre, ça bouscule tout le monde...

Suis toujours bouleversée par la finesse de ses formulations, mais j'aurais tellement aimé que cela soit dans un autre contexte... L'ai rassurée sur le fait qu'il y avait de multiples possibilités de préserver ou de ré-inventer ultérieurement joie de vivre et création. Et je le crois, même si je n'ai pas d'illusions sur le fait que nous nous préparons à un moment de traversée difficile. Pour le reste... wait & see...

09 septembre 2011

Lu(e) de La Fontaine

Rien ne sert de souffrir, il faut partir à point.

01 septembre 2011

Là-bas

...en Irlande, il y a d'abord la lumière, changeante, somptueuse, imprévisible - zone baignée de soleil au milieu de ciels d'orage, ce temps apparemment couvert dont la luminosité affolait l'appareil photo, qui indiquait "contre-jour" quelle que soit l'exposition, une nature sauvage, âpre, montagneuse, tantôt lunaire, désertique, tantôt chatoyante, des moutons, partout, mais pas tant de chevaux que je l'aurais imaginé...

...il y a aussi la musique, omniprésente, qui traverse (et réunit) générations, origines sociales, nationalités. De Temple Bar à Dublin, j'ai gardé la sensation d'une Fête de la Musique qui n'aurait pas de fin, groupes de pubs, musiciens de rue, chanteurs amateurs (qui ne sait ni chanter, ni jouer d'un instrument, n'est pas irlandais à ce qu'il me semble), ces chansons de pubs connues de tous, ces atmosphères chaleureuses et bon enfant - la meilleure façon d'aller à la rencontre de l'incroyable simplicité et de la gentillesse des Irlandais.

J'ai conduit à gauche, découvert la Guinesse et savouré des Irish Coffee, dévoré des petits déjeuners bacon ET saucisses ET boudin noir et blanc, galopé sur le bord de la mer, les sabots dans les vagues, (et je m'y suis baignée, mais c'était vraiment pour dire que je l'avais fait !), admiré le Livre de Kells, frissonné devant la falaise à pic qui borde un fort celtique vieux de plus de mille ans, escaladé le Diamond Hill pour découvrir une vue à 360° sur l'Irlande - Atlantique, montagnes brumeuses, et les grands lacs du Connemara, qui ne sont pas qu'une vieille chanson de Sardou.

J'ai chanté dans les pubs (une atmoshère différente chaque soir), ramené des pulls à torsades (qui comme il se doit ne sont portés que par les touristes) et des disques de chansons traditionnelles, découvert Christy Moore et appris je crois un peu plus sur l'histoire du peuple irlandais... Tout cela étant indissociable : impossible de saisir l'essence de la musique (ou de l'Irlande, c'est strictement synonyme) sans l'Histoire : chants de combat et d'adieux, protest songs avant l'heure, ballades déchirantes, mais aussi chansons à boire aux rythmes entraînants, pleines d'humour, de générosité et d'appétit de vivre.

Et puis, j'y ai soigné mon coeur, qui s'est remis à battre - me suis rappelé que l'humour, la générosité, et la joie de vivre, m'appartenaient aussi.

25 août 2011

Remède à tout

Mieux que le Prozac, le Mojito ou l'herbe pure, il y a, la Comédie Romantique (quelquefois, il n'y a plus que cela à faire...) Avons testé, hier, en allant voir Un jour (qui sera je pense, vite oublié), mais qui a donné lieu à ce défi à la High Fidelity (autre réussite du genre) : établir la liste ultime des 21 meilleures comédies romantiques.

Ce matin, j'en arrive à la liste suivante :

Le top five :

- Love actually (comédie romantique au carré, qui s'ouvre par ce qui clôt toutes les autres, c'est à dire LA scène de mariage)
- Coup de foudre à Notting Hill
- Le mariage de mon meilleur ami
- Quand Harry rencontre Sally
- Mamma Mia

Les challengers

- 4 Mariages et un enterrement
- Pretty Woman
- Nuits blanches à Seattle
- High Fidelity
- L'arnacoeur
- Vous avez un message
- Bridget Jones
- Eclair de Lune
- 27 robes
- Sex Friends
- Ce que veulent les femmes

Les atypiques

- Lost in translation
- Moi, toi et tous les autres
- Jeux d'enfants

Les grands classiques (pas tout à fait comédies, mais si romantiques)

- Autant en emporte le vent
- West Side Story
- Casablanca
- Breakfast at Tiffany's
- Out of Africa
- Titanic
- La leçon de piano
- L'affaire Thomas Crown
- Tous les Angélique - Les demoiselles de Rochefort
- L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux
- Sur la route de Madison
- Manhattan
- Le patient anglais
- La route du Rhum
- Nos plus belles années
- La mélodie du bonheur
- Légendes d'automne

Bon, ben ça fait plus que 21, j'en conviens. Et j'en oublie. Lesquels ?

17 août 2011

Navigateurs

Je ne crois pas aux vies antérieures. Mais je ne vois pas d'autre explication à ce que je ressens dès que je pose le pied sur un bateau (bon, je n'ai jamais affronté de mer très agitée, non plus), ou même, à la simple visite de la Cité de la Voile la semaine passée. C'est antérieur à ce voyage fondateur vers la Corse il y a deux ans, même si la conjonction parfaite entre la liberté du voilier et la vérité du désir qui m'avait fait m'embarquer a fait de cette croisière un bonheur indélébile. C'est antérieur à la balade vers Houat ou Hoëdic il y a quelques années avec le père d'une amie - mais la sensation était déjà là. C'est antérieur encore à mes toutes premières expériences d'enfant, en Optimist, 420 puis catamaran, au petit dériveur de mes oncle et tante. C'est une mémoire mystérieuse, une affinité incontestable, qui se rapproche et se conjugue avec celle que j'ai pour les îles.

Quand on sait qu' ça existe / Quand on connaît l'bonheur / Tout le reste semble triste /Tout le reste fait peur / Quand on a plongé là / Qu'on s'est pris la fraîcheur / En pleine gueule, à pleins bras / On n'veut plus être ailleurs / Quand on connaît le ciel / Vu d'en bas, vu d' la mer / Quand on s' poudre au gros sel /Sous le fouet du grand air / Quand on sait comme c'est bon / D'se nettoyer l'esprit / En plein vent, sur le pont / D'un flottant paradis... (Lynda Lemay)

Dans les couloirs de la Cité de la Voile, j'ai rêvé longtemps devant les témoignages des grands navigateurs, ces fous de vagues et de vent, d'une liberté à peine imaginable pour nous autres petits terriens terrestres... suis revenue le coeur comme élargi - simplement pour avoir barré quelques minutes, le temps d'une brève sortie dans la rade de Lorient.

15 août 2011

Elle est finie la bouteille...

Allain-avec-deux-ailes Leprest s'est envolé.

Le temps de finir la bouteille
J'aurai rallumé un soleil
J'aurai réchauffé une étoile
J'aurai reprisé une voile
J'aurai arraché des bras maigres
De leurs destins mille enfants nègres
En moins de deux, j'aurai repeint
En bleu le cœur de la putain
J'aurai renfanté mes parents
J'aurai peint l'avenir moins grand
Et fait la vieillesse moins vieille
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la bouteille
J'aurai touché la double paye
J'aurai ach'té un cerf-volant
Pour mieux t'envoler, mon enfant
Un lit doux et un abat-jour
Pour mieux l'éteindre mon amour
Dans une heure, un litre environ
J'aurai des lauriers sur le front
Je s'rai champion, j'aurai cassé
La grande gueule du passé
Ca s'ra enfin demain la veille
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la boutanche
Et vendredi sera dimanche
J'aurai planté des îles neuves
Sur les vagues de la mère veuve
J'aurai dilué la lumière
Dans la perfusion de grand-mère
J'aurai agrandi la maison
Pour y loger tes illusions
J'aurai trouvé du pain qui rime
Avec des pièces d'un centime
Rire et pleurer, ce s'ra pareil
Le temps de finir la bouteille

Le temps de finir la bouteille
Et chiche que la poule essaye
De voler plus haut qu'un gerfaut
Chiche que le vrai devient le faux
Que j'abolis le noir, le blanc,
La prochaine guerre et celle d'avant
Les adjudants de syndicats
La soutane des avocats
Les carnets bleus du tout-Paris
Le dernier-né du dernier cri
La force, le sang et l'oseille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de tuer la bouteille

Allain Leprest

11 août 2011

One step closer

I'm 'round the corner from anything that's real
I'm across the road from hope
I'm under a bridge in a rip tide
That's taken everything I call my own

One step closer to knowing (...)

I'm on an island at a busy intersection
I can't go forward, I can't turn back
Can't see the future
It's getting away from me
I just watch the tail lights glowing

One step closer to knowing (...)

I'm hanging out to dry
With my old clothes
Finger still red with the prick of an old rose
Well the heart that hurts
Is a heart that beats
Can you hear the drummer slowing ?

One step closer to knowing (...)

U2

10 août 2011

A qui le dites-vous !




07 août 2011

Une solitude semée d'étoiles

Drôle de période, hors temps, hors famille, mais pas hors de moi-même, au contraire... la solitude est bonne pour moi, presque amicale, même quand elle laisse émerger angoisse et chagrin. Sur ce chemin, quelques jolis moments, un dîner improvisé lumineux et un déjeuner dans le noir, les Mummenschanz au théâtre de la Cité Universitaire, l'expo sur l'Inde à Beaubourg, une soirée imprévue avec une collègue à qui j'ai fait découvrir le charme fou des tangos sur les quais...

Du déjeuner dans le noir, je garde la sensation d'un bien-être inattendu, d'une expérience qui vaut d'être faite, polysensorielle (toucher, parfums, textures, saveurs) et humaine - engager la conversation avec d'invisibles inconnus, c'est expérimenter une étonnante intimité (et pour la psy que je suis, une occasion de goûter à ce qui est entendu hors de la vue, qui m'a évoqué une conversation récente avec un thérapeute aveugle)...

De l'expo sur l'Inde, je garde, au-delà des clichés sur l'Inde contrastée, colorée, l'intérêt pour le processus créatif : la plupart des oeuvres ont été créées pour cette occasion par des artistes contemporains, et l'audioguide donnait accès à leur démarche, explicitée par eux-mêmes, plaisir rare pour moi qui vais plus souvent voir des grandes rétrospectives un peu figées, hagiographiques.

Quant aux Mummenschanz - pour moi ils étaient un souvenir d'enfance, celui des Muppet Shows que je regardais les week-ends avec mon père. Sur scène et sans petit écran, ce fut un moment enchanteur. Simplicité des moyens, universalité du langage (le spectacle est pourtant muet, et silencieux), poésie, humour, créativité débridée à partir de trois fois rien, des sacs plastiques, des tuyaux coudés, du papier, de la pâte à modeler... Dire que c'est un spectacle de mime, c'est n'avoir rien dit : il faut les voir, et les voir "en vrai". Le plus émouvant peut-être, à la fin - le moement où ils se sont démasqués, révélant leurs visages...

05 août 2011

Le nez dans les livres

Ai commandé via Internet deux livres qui ont marqué mon enfance, Vacances irlandaises (qui fut à l'origine de mes premiers rêves d'Irlande, mais me parlait déjà aussi de ce que je connaissais bien, l'amour d'une île-maison aux lumières changeantes, retrouvée chaque année), et L'âge heureux, une histoire de petit rat de l'Opéra qui m'avait beaucoup marquée.

Le premier est une histoire d'amour naissant entre un pré-ado et une petite fille - beaucoup de finesse dans les émotions évoquées, et la nature omniprésente à travers ces paysages atlantiques et les animaux, un grand cygne noir, une jument de ferme ; le second une histoire qui tourne autour de la solitude et de la culpabilité, de la volonté de bien faire et de l'envie d'être choisie et reconnue. Je les ai relus, ne suis pas surprise de les avoir aimés.

Deux "Bibliothèque Rose" retrouvés dans leur édition d'origine, et, comble du bonheur, avec leur odeur d'origine, celle des pages un peu jaunies qui reste pour moi associée à la blibliothèque de l'Ile de Ré.

Mon premier réflexe, lorque je les ai reçus, a été de les sentir ; aller simple immédiat pour la bibliothèque d'Ars, son fond jeunesse lu et relu, les rayonnages adultes auxquels jamais ma mère ne m'a empêché d'accéder, même très jeune, ce qui a été un vrai cadeau, les coussins dans les coins, les BD partagées avec les cousins et lues au coin du feu, une main disponible pour gratouiller la tête du chien.

Puisqu'Internet fait des miracles, je viens d'en demander un autre : retrouver "Une ombrelle bleu-rêve", lu et relu chaque année dans cette bibliothèque. Plus hasardeux, parce que petite édition, moins répandue que les Bibliothèque Rose. Exaucée.

Lorsque la maison a été vendue, et que je suis allée là-bas pour la dernière fois, j'ai emprunté un livre dont je savais que je ne le rendrais jamais, comme un souvenir de "ma" bibliothèque. Un livre qui lui aussi, sentait bon le papier jauni et la poussière... et que j'ai toujours. Contrairement à ce que j'imaginais alors, on peut aussi le retrouver sur Internet, il commence ainsi : "Si j'étais Dieu, Je referais tout avec jubilation : les hommes, l'amour, la Terre, l'Univers, toute la création, tout, sauf...".

03 août 2011

J'arrête de râler

...a commencé avec un article dans mon ELLE favori. Un challenge : arrêter de râler pendant 21 jours : pas de plaintes, accusations, explosions plus ou moins grossières contre les êtres ou les choses, ragots rancuniers sur les uns ou les autres (on peut se plaindre dans sa tête, ouf ! et surtout, on peut exprimer refus et désaccords : mais autrement - grosso modo, sur le mode de la Communication Non Violente).

Un support : un bracelet élastique que l'on change de poignet à chaque flagrant délit de râlage. Evidemment, le compteur des 21 jours est remis à zéro à chaque fois...

Je trouve la mission difficile, peut-être impossible, surtout en période de crise. Et en même temps, après quatre mois de crise aiguë ininterrompue (et de constat de l'inutilité de la plainte comme du reproche, même quand ils sont justifiés, et de la tendance de ceux-ci à s'amplifier de façon incontrôlable), je me demande s'il n'y aurait pas là quelque chose à tenter...

Et puis, j'aime beaucoup l'invitation à la vigilance, à soigner la qualité de l'expression de soi y compris dans le conflit, et à trouver des solutions alternatives, que ce défi représente. Et plus encore, la proposition d'utiliser l'espace et le temps de cerveau rendu disponible pour célébrer / remercier - ce qui était l'idée initiale de mon ex Boîte à Bonheur, désormais Care Box. Je suis convaincue que quel que soit le temps nécessaire pour atteindre (ou non) les 21 jours de détox râlage, les effets positifs ne peuvent que se faire sentir très vite...

Il y a aussi un livre, et un site, qui peuvent être des points d'appui intéressants.

Ai commencé le 1er août. Bon, ben j'en suis toujours à J1 hein... ;-)

Schizophrénie

Lorsque j'étais encore à l'Espace, je me suis trouvée face à un tirage de tarot édifiant, dont j'ai retenu tout particulièrement la quatrième lame, celle qui indique la voie de passage :

"Faut-il avancer ou reculer ? Faut-il prendre cette direction ou une autre ? Dire oui ou dire non ? Peu importe la décision que nous finissons par prendre, celle-ci nous amène toujours à croire que notre choix aurait pu être meilleur. Le seul moyen de mettre fin à ce dilemme est de ne choisir ni l'un ni l'autre et de lâcher les deux simultanément.

Vous ne trouverez pas de solution en dressant des listes des pour et des contre ou encore en réfléchissant trop au problème. Il est plus sage de se fier à son coeur. Trouvez donc d'abord votre coeur. Si vous n'y parvenez pas, lancez-vous, tout simplement. Votre coeur se mettra à battre si vite que vous n'aurez aucune peine à le trouver !"

31 juillet 2011

Tout est Possible(s) !

...à l'Espace. Où nous sommes finalement allés tous les quatre, et c'était bien ainsi.

Parce que c'est un lieu magique - à tous moments de la journée, où que l'on passe, ça danse, ça chante, compose, dessine, masse, crie, écrit, peint, improvise, joue, échange - toutes générations confondues, et parfois mélangées. Parce que certes c'est un camping - entre mer et forêt, mais parce que c'est le seul où, si l'on s'approche des ados agglutinés autour de la piscine (jusque-là, rien de très original), on constatera que trois ou quatre sont en train d'improviser un concert guitares-djembe-chant, une autre en train de faire des croquis à la sanguine de ses amis allongés au soleil, et les deux dernières de répéter du Bernard-Marie Koltès - une scène de Roberto Zucco.

De la même façon, en rentrant d'un restaurant de plage, nous avons partagé une brève session de chant harmonique avec deux adolescentes croisées à l'entrée du camping. (Where else ..?)

Parce que j'y ai retrouvé les joies du clown et du tango, découvert celles du modelage à l'argile au cours d'un merveilleux Voyage au centre de la terre ; parce que David y a trouvé des ateliers photo, et percussions, animé un exceptionnel atelier de "chant pour les nuls" ; parce que les enfants ont proposé et animé des ateliers poésie mise en scène pour l'une, et tarot pour l'autre. Parce qu'Elsa s'y est fait de vraies amies, et a expérimenté de nouvelles techniques de création ; parce que Léo est un peu sorti de sa bof attitude de pré-ado et a découvert les jeux de rôle et... plus inattendu, le chant harmonique, ou diphonique. Parce que les semaines y sont trop courtes, et que je n'ai eu le temps ni d'aller faire l'atelier d'écriture-slam, ni celui de danse-contact ! Une autre fois, de belles découvertes en perspective.

Parce que les fêtes, notamment celle de la fin de la semaine, permettent de partager cette créativité bouillonnante et cet immense bonheur qu'elles soient animées par... tous. Le pianiste, la slameuse, le clown, la peintre, les danseurs, c'est toi, c'est moi, c'est notre voisin de table ou de tente, les enfants des amis, bref, c'est nous !

Parce que le concert de Marc Vella et son éloge de la fausse note, émouvant hommage à nos maladresses comme source de partage et de créativité.

Parce que le principe des heures données à la communauté - à chacun selon ses talents, que j'ai choisi de faire comme Grande Oreille et à la Maison des Enfants - dans un cas comme dans l'autre, j'ai reçu plus encore que je n'ai donné, dans l'échange avec les autres Grandes Oreilles (une instance d'écoute, de protection et de régulation), et à proposer des jeux, beurrer des tartines, et retrouver le bonheur de voir un tout-petit s'endormir dans mes bras durant une heure du conte.

Parce que l'Espace, c'est aussi le bonheur de retrouver amis et connaissances, des êtres qui marchent sur la même route. Ceux que l'on savait retrouver là, bonheur savouré à l'avance, ceux que l'on ne s'attendait pas à y voir, et puis les nouveaux, car chaque passage offre de nouvelles belles rencontres. Les horaires sont impossibles à tenir : impossible de faire un pas sans croiser un sourire, être happée pour un hug, quelques mots, un debrief d'atelier, un tango, une confidence à la volée.

Un irréductible village gaulois cerné par les camp(ing)s romains alentour, une pensée dissidente, créatrice et responsabilisante - bref, une utopie qui se tient - parfois assez à l'arrache, mais, qui se tient...

30 juillet 2011

Maison d'être

Je dis patrie et tu penses drapeaux
Je dis foyer et tu comprends prison
Je dis espace et tu traduis néant

Je dis patrie j'entends l'exil deviné à l'instant où il prend fin
Ces lieux auxquels nous savons avoir toujours appartenu
Ces êtres que nous ne pouvions que reconnaître

Je dis foyer j'entends ce rêve qui tient lieu de tout pour chaque homme
Et qui peut être un mot, un visage, une possibilité de créer
Un regret, une image... cette chose choisie entre toutes.

Je dis espace j'entends ce point où le silence se fait en nous
Où nos jardins se font secrets, où nous pouvons entendre
La source oubliée et tranquille sans laquelle nous ne serions pas.

Où sommes-nous ? Nous sommes là où nous nous arrêtons...
Là où nous jetons nos armes, là où nous posons nos masques
Là où nous respirons - en silence.

Et toi, dis-moi, quelle est ta maison d'être ?

13.09.2000

Je voulais le partager lors de la soirée poésie à l'Espace, je n'en ai finalement pas eu l'occasion - alors je le fais ici (c'est une idée que je vais garder d'ailleurs, faire remonter de temps à autre des textes d'autrefois) ; mais ce qui me frappe, c'est la constance des thèmes qui m'habitent, la façon dont ce texte rédigé il y a plus de dix ans me va encore si immédiatement au coeur...

23 juillet 2011

Paroles de femmes

Quelques interrogations retenues au fil de ces si précieux échanges de femmes :

- Est-ce qu'il y a toujours de l'amour ? (Celle-là supposera de savoir répondre à la question, mais qu'est-ce que c'est, l'amour ? Je passe.)

- Est-ce que cette relation me fait, nous fait encore croître ?

- Est-ce que j'aime la personne que je suis dans cette relation ?

Et celle-ci, qui parlait avec gourmandise de sa liberté de femme et de sa conviction de la singularité de chaque relation, l'une enrichissant l'autre sans rien lui ôter.

Et celle-là, qui m'a dit : Moi, je me suis laissée conduire par les mots - j'ai suivi les mots qui me faisaient du bien.

14 juillet 2011

Cher Sheller

...ou chercher l'air ?

Le corps qui pousse dedans la veste
Et qui vous fait mal par dessous (...)
Un poing fermé qui garde sous l'eau fraîche
Un coeur petit comme un caillou


William Sheller

C'est ce que je ressens si souvent ces temps-ci - douleur sourde ou aiguë parfois, un coeur petit comme un caillou.

Road & nothing more

Souvent le nom d'une île inconnue
est le nom lui-même de l'inconnu(e)

et les éclats de nos errances
deviennent des îles sous le vent,

comme de la route encore à vivre
à terre sur mer ou par les ciels,

et rien de plus.

André Velter, Makassar, "à bord de la Boudeuse"

10 juillet 2011

Work in progress

Depuis quelques jours, je me sens sur le pas de la porte. Rentrer ou sortir ? Renoncer ou prendre le risque, le vent ?

Je croyais avoir trouvé un chemin de vie, un peu boiteux certes - mais quel humain ne l'est pas ? - dans l'ouverture du couple, qui préservait la famille que nous avons fondée David et moi, tout en tenant compte de nos différences, et de ce qui nous rend, nous garde l'un et l'autre vivants. Une alliance dans laquelle notre lien était premier - ce qui lui donnait tout son sens, et une vraie joie : celle de se savoir aimé tel que l'on est.

Cette alliance est caduque, et laisse apparaître ce que pour ma part je n'ignorais pas : un compromis, une tentative pour bâtir à partir du réel et de nos fragilités. Et maintenant ?

Maintenant je ne sais plus.

02 juillet 2011

Les resplendi-rugissantes

C'était une très belle soirée - maison magnifique, fête dans le jardin, météo clémente, l'élégance des vêtements blancs pour tous, la musique et la danse, l'amitié qui s'exprime à travers les petites et grandes attentions, les surprises, les chansons. J'ai aimé aussi la simplicité ensoleillée du lendemain, et ces deux amies désormais "quarantenaires" - des femmes qui font envie, des femmes qui sont en vie.

28 juin 2011

Fortune

A Amsterdam, il y a (aussi) un quartier chinois. Avec un temple bouddhiste flambant neuf, financé par je ne sais quel mécène taïwanais. Et des petits papiers à tirer au hasard, comme ceux qu'on trouve dans les cookies de la fortune - on peut choisir entre mandarin dans le texte et anglais de cuisine (j'ai pris anglais de cuisine). Le mien se terminait ainsi "You knock a door any place, someone will open it for you". Ce qui a aussi des petits échos évangéliques... Je me demande quand même s'il ne serait pas encore plus judicieux d'apprendre à l'ouvrir toute seule, cette porte.

27 juin 2011

Ecorchés

Ce week-end-là, dans les arènes de Montmartre, il y a eu Lantoine et sa Claire fontaine - il a eu beau ironiser sur la chanson "en hommage aux millions de flûtes à bec massacrées chaque année par des classes de CM2", son interprétation m'aura quand même mis les larmes aux yeux.

Et le Gamin au vélo, des frères Dardenne - un autre écorché vif, les mêmes tendresses à fleur de peau...

22 juin 2011

Gratitude

Nous avions échangé la dernière fois sur le musée Van Gogh, je l'avais encouragée à aller voir l'exposition Van Dongen qui se tient au Musée d'Art Moderne - cette patiente reliée à la réalité par un fil si ténu, mais à la sensibilité artistique remarquable. Elle y est allée - ce qui pour elle représente un réel effort, et une victoire sur sa fragilité. A la fin de la séance, elle m'a offert cette affiche - suis très touchée et par le geste, et par le choix de l'oeuvre, cette femme qui écoute... par cette reconnaissance du lien, par cette tentative pour s'assurer de sa vérité, à travers une trace qui joint si joliment le symbolique et la réalité.

Le même jour, je recevais un mail de remerciement d'une maman dont j'ai accompagné le fils pendant deux ans.

Et au téléphone, une patiente venue pour une IVG me remerciait pour la façon dont je l'avais accueillie la veille.

La patiente du post Prière va garder sa grossesse. Et n'exclut pas que je l'accompagne.

L'équipe associative accompagnée toute cette année m'a fait un très joli bilan de notre travail à ce jour, dans un contexte institutionnel plus que difficile, et s'engage pour le poursuivre.

Autrement dit, le même jour ou presque, ce qui dans nos métiers n'est jamais la règle (la règle, ce sont souvent les entretiens uniques, les histoires sans suite, le passage de relais à des institutions qui ne donneront pas de nouvelles, les patients qui partiront un petit peu mieux peut-être mais sans même penser à le dire...) mais l'exception.

Well - ce jour, c'est moi, qui les remercie.

19 juin 2011

Les amis de Georges

Ca c'est Brassens vu par Joann Sfar vu par Zaza... ai acheté le bouquin de l'exposition, un régal (le livre et l'expo... et l'atelier musical parents-enfants : instruments mis à disposition, et tout un groupe miraculeusement capable, en une heure de temps, de déchiffrer Le Petit Cheval ou Le Gorille).

Il y a des choses qui existent dans mes chansons, des choses vraies qui sont arrivées à des gens de mon entourage. Vous m'auriez dit qu'une fille vous avait laissé dans telle ou telle circonstance, non pas maintenant, mais à dix-sept ans, je vous aurais vu pleurer dans le coin, je vous aurais dit "Ne t'en fais pas mon petit, c'est très grave" - car je sais que c'est très grave d'avoir sa première bulle de savon qui crève. Mais je vous aurais dit "Ne t'en fais pas quand même, avec le temps, cela s'arrangera, bien que les chagrins d'enfant ne s'arrangent jamais peut-être finalement, peut-être que la bulle de savon qui est crevée, elle est crevée définitivement et qu'on ne s'en remet jamais". Mais enfin je vous aurai dit cela, et à l'aide d'autres histoires analogues à la vôtre, alors tout en prenant part à votre chagrin, quand même, cela serait mis à devenir une chanson.

Georges Brassens

18 juin 2011

Mieux vaut en rire

Entretien Léo - médecin :
- Et qu'est-ce tu fais dans la vie ?
- Du karaté.
(Blanc, sourire amusé du médecin)
- Et... accessoirement ?
- Ah, je vais au collège...

- On voit bien que tu sais mettre les choses en perspective, n'est-ce pas ?
En effet. Un peu trop à notre goût, pour ce dernier trimestre...

L'atmosphère est à nouveau un peu... tendue, à la maison.
Elsa : Ah, vous vous faites une saison 2 ?

(Esth)ét(h)ique

Il fallait donc revenir à l'essentiel, c'est-à-dire à la réalité cruciale du "entre", à la relation qui unit les êtres, à "ce qui surgit d'entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés" (...)

Suis très émue par cette formulation, "ce qui surgit entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés."

Une seule règle me guide : ne rien négliger de ce que la vie comporte ; ne jamais se dispenser d'écouter les autres et de penser par soi-même (...).

Règle adoptée.

...la vraie beauté - celle qui advient et se révèle, qui est un apparaître-là touchant soudain l'âme de celui qui la capte - résulte de la rencontre de deux êtres, ou de l'esprit humain avec l'univers vivant. Et l'oeuvre de beauté, toujours née d'un "entre", est un trois qui, jailli du deux en interaction, permet au deux de se dépasser ; si transcendance il y a, elle est dans ce dépassement-là.

Oui - ça me rejoint. L'expérience de la transcendance, "si transcendance il y a", c'est là que je peux la vivre, aussi - dans la rencontre avec l'autre, avec la nature, avec l'art.

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

17 juin 2011

Je l'ai fait !

...la chorégraphie du spectacle de danse orientale. Un petit pas pour la danse, un (très) grand pas pour moi (voir ici). Avec le costume qui va bien (manque la ceinture en perles, qui n'était que prêtée), le petit coup de stress à l'entrée sur scène, et le vrai plaisir à la fin - ce n'était pas parfait loin de là, mais c'était fait avec amour. Et même si nous n'avons pas vu grand-chose des autres passages, les vestiaires bondés de filles en train de se maquiller et d'enfiler des costumes multicolores, la variété des musiques et des âges (groupes de claquettes, de rock et de hip hop le même soir), c'était chouette... pour un spectacle qui, vu de la salle, dégageait une belle énergie, communicative. Aimé aussi cette impression d'appartenir à un ensemble - les autres danseurs et les spectateurs, ici, ce sont les parents d'élèves, la baby-sitter, nos voisins, des amis - les gens de la vraie vie.

16 juin 2011

Les Demoiselles du Trianon

Toi mon tout mon loubard
Tu s'rais mon lascar superstar
Moi j'ai si peur dans le noir
J'ai tellement besoin d'amour
De tes bras de ta voix de velours...

Brigitte

12 juin 2011

Prière

Je crois qu'une des appellations de Marie, cette figure universelle de la compassion, est Notre-Dame des Douleurs... il me semble que cette semaine, j'aurais envie de lui confier, avec toute mon impuissance et ma tendresse, celles-ci.

28 ans, Congolaise, une silhouette si proche de celles esquissées, anonymes, par les médias - arrestation arbitraire, disparition du père de sa fille, viols collectifs, un milicien qui oublie de fermer la porte à clé un jour... Si ce n'est qu'il ne s'agit plus d'une information qu'on écoute distraitement dans sa cuisine, mais d'une femme bien vivante qui raconte la peur et le courage, le fleuve immense traversé en pirogue dans la nuit ("il m'a semblé tellement plus petit que ma peur"), les rencontres successives qui ont permis la fuite jusqu'à la France, l'infinie précarité d'ici à ce qu'elle obtienne le statut de réfugiée politique (et elle n'y est pas encore), la solidarité trouvée dans les paroisses (quelques vêtements, une nuit ici, une autre là), son incroyable confiance en Dieu, sa gratitude pour chacune des personnes qui l'ont aidée et l'aident encore. Il n'est pas en mon pouvoir de hâter la machine administrative, de là où je suis je ne peux que l'écouter, offrir si elle le souhaite un espace de parole - et puis quoi d'autre ?

11 ans, jolie comme un coeur, haute comme trois pommes - elle vient de perdre son petit frère adoré dans un accident provoqué par un chauffard. Ce qui suffirait à la rendre bouleversante, si ce drame n'était simultanément l'occasion de la révélation de maltraitances qui aujourd'hui prennent la forme monstrueuse d'une accusation de la part du père, qui la rend responsable de l'accident et déverse sa haine... Ecouter. Prendre mentalement des notes en vue d'un signalement. Avoir conscience que l'année touche à sa fin, et qu'il faudrait faire vite... quand il faudrait faire si progressivement.

38 ans. Solitude, travail de nuit, logement minimaliste, impossibilité à maintenir une relation durable avec quelque homme que ce soit. Et une grossesse à l'avenir indécidable - parce qu'elle se reconnaît simultanément incapable de faire face à l'accueil d'un nouvel être et de renoncer à cette (dernière ?) possibilité de donner la vie. Se hâter de ne pas décider. Garder l'oeil rivé sur le délai légal. Essayer de penser malgré l'urgence, avec l'urgence.

12 ans. Elle a perdu son oncle, sa tante et un petit cousin dans l'accident d'avion aux Comores il y a deux ans. Mais ce qu'elle vient pleurer aujourd'hui, c'est que suite à l'accueil chez elle des cousines qui n'étaient pas dans l'avion, elle y a perdu aussi sa mère d'avant, sa chambre, son droit à être seule, et celui d'être lasse ou en colère, jusqu'à ses vêtements, et qu'elle n'en peut plus... Ce qu'elle souhaite ? Que je sois son porte-parole auprès de sa mère, à laquelle elle n'arrive plus à parler. Entendu.

Et quelques autres... douleurs de femmes.

06 juin 2011

No conso

A Amsterdam, Elsa remarque que nous avons peu "fait les boutiques".
-C'est bien, on progresse... remarqué-je.
- Ah non, on "dégresse" ! - s'indigne la Zaza.
(J'aime beaucoup le jeu de mots involontaire...)

Quatre jours de soleil

Deux jours à Amsterdam, deux à Bruxelles, avec les enfants - à crapahuter dans la ville, comme nous savons si bien le faire, mais avec eux, c'est plus nouveau (les voir Routard à la main, c'est même une première, assez jubilatoire).

A Amsterdam, balade en bateau et en pédalo le long des canaux, mais aussi, le musée Van Gogh - ce n'était pas la première fois, mais la force d'impact émotionnel des toiles reste intacte, et c'était chouette de voir Léo comme Elsa s'emparer de nos audioguides (Elsa faisant de surcroît l'effort de me transcrire à sa manière les commentaires écoutés). Touchant aussi, de pouvoir dire quelques mots sur ceux qui créent pour un public, une reconnaissance sociale ou financière, et ceux qui le font par nécessité intérieure - parce que c'est une question de vie, et parfois comme pour Van Gogh, de survie... Etonnée de voir que Léo connaissait l'histoire d'Anne Frank, s'y intéressait, mais maison inaccessible, sauf à faire des heures de queue.

Très drôle, le logement dans une petite chambre style auberge de jeunesse, avec quatre lits superposés (mais à deux pas de Central Staation). Un merveilleux restaurant italien, ici - et un savoureux petit-déjeuner, là.

L'omniprésence des coffee shops et un passage involontaire par le quartier rouge ont donné lieu à de vrais échanges sur le permis et l'interdit, les différences d'un pays à l'autre, les représentations de la sexualité - essayer de donner un point de vue à la fois structurant et nuancé, le plus humain et le moins dans le jugement possible - que ce soit par rapport aux vendeurs - et ...vendeuses, aussi, en l'occurence, et aux clients.

Quant à Bruxelles... bien sûr, le musée de la BD et le musée Magritte, les gaufres et les bières, les petits passages de la vieille ville, les superbes bâtiments Art Nouveau et la Grand Place, le Manneken Pis (what else ?) et l'Atomium, mais tout d'abord, cet accueil dans une merveilleuse maison avec jardin - et le temps de prendre le temps - celui de paresser au soleil, de faire de la musique ensemble (guitare, piano, chant), d'initier les enfants au tir à l'arc (et à la lecture intensive de BD !!!), d'échanger de coeur à coeur, de partager de délicieux repas, de rire aussi... Encore un merci tout spécial au maître des lieux !

Si ce week-end était une chanson, je crois que Le Sud ferait assez bien l'affaire (un comble, pour ce week-end du Nord !) - pour cette impression de fluidité, d'un monde chaleureux et paisible, ouvert...

A Amsterdam, Elsa râlait - chaleur, kilomètres à pied, je ne sais plus quoi - et je lui ai demandé, Mais quand est-ce que vous allez arrêter de vous plaindre ??? Réponse : Quand le monde sera parfait. Eh bien, ces quelques jours je crois bien qu'il l'a été :-).

31 mai 2011

Emmêlée










Les mots se bousculent, parfois me dépassent, plus souvent me manquent, à l'image de ce murmure, une voix fragile qui ose à peine s'aventurer, échoue parfois à traverser (faire ?) le mur, ou encore déborde allègrement au-delà - quand elle ne s'emmêle pas, comme ces filets de pêche revenus d'on ne sait quels grands fonds, pour amener à la lumière - mais quoi ? Patience, autant que possible, m'efforcer de revenir au silence, au j'EXISTE - petit j', grand EXISTE - à la vie qui donne sans compter, à ce qui en nous est plus grand que nous.

26 mai 2011

Eclipse de Lune




Chez Cali

...que je lis souvent (site ici), une idée géniale, que j'aurais adoré avoir, mais que je relaye avec BONHEUR (donc, c'est elle qui écrit, hein, moi je jubile seulement ;-))) :
Soyez heureux (je le veux)
jeudi 19 mai 2011 à 16:12 -
Vrac & Déconnage
Programme de l'après-midi : activisme de rue à base de collage d'affichettes.
But : faire sourire des gens.Street Art - Affichettes
Plantée devant mon texte pendant trois bonnes minutes, la première personne à s'arrêter semblait avoir beaucoup de mal à reconnecter son cerveau.
Mon message étant collé juste à côté de l'étal précaire d'un marchand de fruits de type tout aussi précaire, la maréchaussée s'empressa de débarquer (à 6 vélos) pour faire circuler ce dangereux malfaiteur. Un des agents s'est mis à rigoler en lisant le texte et a prélevé une bandelette qu'il a remis à un collègue. Pour mes empreintes, sûrement. Après quelques minutes, ils sont partis, s'égaillant telle une volée d'oiseaux bleus à contre-sens sur le trottoir. Le petit marchand est bien vite revenu, on allait lui piquer ses melons.Street Art - Affichettes
Et là mes Zamis de le Ouèbe, quel bonheur fut le mien. Je risque de recommencer.
(ajout : la prochaine fois, penser à prendre un téléobjectif, ce sera moins risqué !
point AJOUT du 21 mai : par commentaires ou par mail, vous êtes pas mal à me demander à utiliser mon affichette chez vous : bien entendu, j'en serais ravie !

Elle se trouve ICI, imprimable sur un A4.

21 mai 2011

Un petit créneau...

...dans nos vies, près de quatre ans après la fin de la formation ! Sur le sentier côtier de Dinard, dans le petit bateau qui relie Dinard à Saint-Malo, sur les remparts de la ville, le temps d'échanger, de se retourner sur l'année écoulée, bonheurs et coups durs, projets, maladies, amours, vieillissement, enfants qui grandissent, amitiés... Quel bonheur, ce petit groupe sans tensions ni langue de bois, mais langue du coeur, et ce plaisir simple d'être ensemble, tremper les pieds dans l'eau (froide malgré le soleil), se régaler d'huîtres et de langoustines du marché, manger des galettes bretonnes en terrasse - quel bonheur de constater que ce petit groupe ne vit pas que de souvenirs, mais de partage au présent - dialogue qui se renoue comme si l'on s'était vus la veille !

16 mai 2011

Vivante

Quand j'aurai couru longtemps après dix mille printemps
Et soufflé essoufflée toutes ces mèches allumées
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai pris tous les trains qui m'attendaient en chemin,
Des papillons tout autour, sous le ciel trop lourd,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai fait de mon ventre un royaume un coeur un centre
Et puisé épuisé tout ce qui s'y trouvait,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai tant embrassé, quand j'aurai tant caressé,
Que je n'aurai plus faim, plus rien...
Ne me fera mal, ne me fera mal, ne me fera mal (...)

Jeanne Cherhal

N'empêche... le choix de l'amour offert plutôt que retenu, de l'amour qui accueille plutôt que de celui qui divise, de la liberté dans le respect, de la vérité au plus près de soi, de l'autre... ce n'est pas reposant tous les jours.

Pourtant... je nous aime vivants, sur le fil, tâtonnants, fragiles, maladroits parfois, mais aimants. Les coups de coeur ne vont pas sans coups au coeur, mais comment en serait-il autrement ? Si j'aime en moi ce désir têtu qui va à la rencontre de l'autre, se pose là où le coeur résonne, comment ne l'aimerais-je pas en toi ? Il y a peu de guides sur ce chemin, encore moins de repères ; à l'exception de ceux-ci : entre nous aussi, le regard qui s'étoile, le coeur qui bat.

Avoir acquis cette sagesse : que ce n'est pas tout le temps, que l'autre n'est pas tout ; que rien pourtant n'est plus précieux que ce lien tissé dans le temps et au travers des tempêtes ; et que ce coeur qui bat, ce regard qui s'étoile, nous avons à en répondre : que nous en sommes créateurs ou destructeurs, mais toujours responsables.

14 mai 2011

Fêtes

Emmener Elsa, le soir de ses 8 ans, voir l'adaptation française de Mamma Mia, à Mogador. En groupie trip total, avec le t-shirt collector et le CD dédicacé par la chanteuse principale à la sortie des artistes. Admettre que l'effet euphorisant est le même sur les adultes - même si je préfère ABBA en VO.

Fêter les 40 ans d'une amie au champagne dans le parc Montsouris. Me réjouir des menus détails, qui n'en sont pas tant que ça. La joie des enfants présents, partager avec leurs parents ces moments de fête, qu'ils n'oublieront pas. Le constat que les amis de mon amie sont mes amis, ou pourraient le devenir. Ces visages qui ponctuent depuis longtemps chaque moment fort de nos vies - aux heures de joie, comme aux moments de peine... Les petites attentions préparées avec amour, qui touchent juste : ce côté "collectif du bonheur". Danser avec David, dans la légèreté et le rire.

Emmener les enfants voir le film de Wenders sur Pina Bausch. Comme une petite fenêtre ouverte sur un autre monde. Ils n'ont pas vraiment aimé, c'était assez prévisible, mais ce n'est pas grave, ils ont goûté : ce qui suffit à me réjouir.

09 mai 2011

Leo's nonsense

Léo à Hippo : "Eh je sais hein, j'ai été plus petit que toi avant toi !!!"

Nous sommes à table, Elsa a disparu.
David : "Elle est (encore) perdue dans les toilettes !"
Léo part en fou-rire...
Lulu : "On peut rire avec toi ? "
Léo, à bout de souffle : "Oui !"
(sans autres explications bien sûr, sinon, c'est pas drôle !)

David : "Trop de bonheur tue le bonheur !"
Léo : "Heureusement que j'suis pas heureux..."

07 mai 2011

On dirait le Sud...

Une journée de soleil, famille, amis, enfants d'amis, bref, famille de coeur - réunis pour les 8 ans d'Elsa. Un délicieux repas au jardin, une bataille d'eau mémorable, des rires en cascade, si ce n'est pas le bonheur, ça y ressemble bien non ?!?

05 mai 2011

Tout Eddy

Il n'a plus Dix-huit ans demain (ni Seize ans aujourd'hui) mais il a toujours la classe, la voix de crooner et l'ironie distanciée qui le caractérisent... Puisqu'il n'y aura paraît-il pas de Come-back, suis heureuse d'avoir ressenti en live l'énergie intacte de Pas de Boogie Woogie ou de Lèche-Bottes Blues, et la tendresse mélancolique de Toujours un coin qui me rappelle ou de Sur la route de Memphis. "Comme disent nos cousins de Louisiane Laisse le bon temps rouler Le bon temps rouler Fais vibrer ton coeur et ton âme sera sauvée Laisse le bon temps rouler rouler rouler..."

Arbitre des élégances

En bonne lectrice de ELLE, Elsa détaille ma tenue ce matin avant mon départ au travail : "La tunique c'est bien, le blouson c'est bien, les ballerines c'est bien, par contre le sac poubelle c'est pas terrible, tu devrais prendre un sac à main ???".

(Navrée ma chérie, même les fashion un peu victims sont soumises aux basses contingences de la vie matérielle...)

02 mai 2011

Noces de coton

Nous nous sommes rencontrés il y a dix-sept ans. Mariés voilà treize ans. Nous sommes devenus parents il y a onze et huit ans. Et ce jour, nous avons fêté par un chouette concert de jazz (ici) nos un an de "re-mariage" - une année pleine, vivante, expérimentale, créative. Je crois que je verrais d'un bon oeil aussi de nouvelles fiançailles... :-)

26 avril 2011

Bonheurs

Trouver du muguet sur la table en arrivant à la maison des vendangeurs. Rentrer à Paris avec du lilas.
Retrouver les petits et grands cousins, et la joie d'être perdus au milieu des vignes, loin de l'agitation parisienne et de la consommation frénétique.
Emmener les enfants assister au concours d'équitation d'Emilie - dressage, obstacles et cross - en ramener une Zaza émerveillée et partante pour un stage de poney cet été.
Se balader dans les arbres (ramener quelques bleus de l'acrobranches).
Lire au soleil : une biographie de Jeanne Moreau, décevante (la bio, pas Jeanne !). Bienheureuse Infidélité, décidément inspirant. Une nouvelle revue sur la sexualité, pour le boulot, GQ, pour le fun (les rédactrices mode des féminins sont des petites joueuses à côté de leur brigade du style), Nouvelles clés, pour soutenir l'envie de simplifier, élaguer, trier, aller à l'essentiel.
Réunir pour la première fois les six petits-cousins pour une chasse aux oeufs dans le jardin.
Fêter l'anniversaire de ma maman.
Découvrir de nouveaux artistes - L. et son étrange Initiale, et les toniques Brigitte (Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant - irrésistiblement emmerdeuse c'est amusant...).
Avoir la surprise de trouver dans la boîte aux lettres du retour, un délicieux bouquin pour vrais amoureux des livres, Pourquoi lire ? de Charles Dantzig.
Me régaler de la folie douce et sympathiquement incorrecte de Thomas Fersen à la Cigale.
Remettre la Care Box à jour.

14 avril 2011

Malaise dans la civilisation

...pour le mépris de l'humain, de l'intime, mais aussi de la jutice et de la dignité qui éclatent de façon de plus en plus nauséabonde ces jours derniers - en une semaine, le voile, les jurés en correctionnelle, la pénalisation des clients de la prostitution, l'effarante loi sur la psychiatrie, et j'en passe - sans parler des démantèlements de fond de l'éducation, de la santé et de la justice...

Coup sur coup, deux jolis coup de gueule sur ce mépris du sujet : celui de Caubère, dans Libé, sur la pénalisation des clients de prostituées, qui défend vigoureusement le droit à une certaine forme de "gratuité" du sexe tarifé entre adultes consentants - comme espace de liberté, et stigmatise l'obscénité des médias qui mettent en scène les "chasses policières" à des clients nécessairement considérés comme agresseurs - de prostituées nécessairement victimes et décérébrées.

Et dans le Monde celui d'une avocate à la Cour, maître Dosé, qui s'interroge sur la peine hors justice, publique, et sans fin infligée à Bertrand Cantat - une "mise au pilori qui finit par devenir l'instrument d'une dictature de l'émotion, celle des victimes", un "fantasme propre à nos sociétés, celui d'éliminer socialement tout condamné ayant purgé sa peine, de nettoyer le corps social". Bref, des questions qui vont bien au-delà de l'affaire Trintignant. Sans parler de la peine intérieure, elle à perpétuité, d'un homme qui fut violent au-delà de l'imaginable mais n'en reste pas moins un homme, et dont la sensibilité écorchée est bien antérieure au drame ?

Discutable, tout cela ? Mais oui, ô combien, et tant mieux. Ce qui me terrifie, c'est de vivre dans un Etat où l'on n'en discute plus.

08 avril 2011

Lulu in the Sky

Mercredi soir, enfin de retour après une journée de... quatorze heures, je bulle sur le canapé, et ma Zaza n'a toujours pas renoncé au Maman ! Il faut que je te dise... A la cinquième édition, la mère indigne répond, il va falloir que t'aies un truc VRAIMENT intéressant à me dire, sinon... Réponse de l'intéressée : Maman, j'ai INVENTE une constellation. Dessins à l'appui. Ok, ça l'fait...

03 avril 2011

Et il m'a fallu des années avant d'esayer d'imaginer ce que pourrait être d'avoir un père "normal" (...). Ce cliché, il me semble que je l'ai composé à partir d'images auditives, de ce mélange d'assurance et d'enfantillage qu'ont dans la voix les filles-qui-ont-un-père (ou, pire encore, qui écrivent sur leur père). Mais le plus difficile, et le plus intéressant, c'était d'essayer d'en capter l'effet : autour de cette image, le monde était raffermi, recomposé, sillonné de routes droites et claires, et j'avais la sensation précise, quoique fugace, que sur ces routes je pouvais avancer, droite, moi aussi, et ferme, et campée, sans inquiétude ni curiosité, ignorante des marges et des dérives, radieuse et bornée.

J'ai eu un père. Ce père n'était ni un héros, quoique sa vie entière il ait combattu l'ombre en lui, ni un homme ordinaire. Mais il m'a légué un monde héroïque, un monde infini et labile, opaque et foisonnant, plein de chausse-trapes et de coulisses, de bas-côtés et de lignes de fuite, de monstres, aussi, et de spectres plus ou moins arrangeants, et avec ce monde le désir de l'arpenter et de le dire.

Gwenaëlle Aubry, Personne

Qui est un livre magnifique et profond sur la folie et sur l'écriture, sur la douleur des enfants de grands malades psychiques, sur l'élan et la créativité qui peuvent naître de cette proximité, promiscuité avec la souffrance de l'âme.

01 avril 2011

Décadrage

J'aime beaucoup me laisser surprendre par la tournure de pensée d'Elsa, souvent imprévisible...

Elsa s'interroge sur ce que mangent les petits Africains. Léo : En tout cas, ils ont pas de Nutella ! Elsa, pensive : En plus, sur eux, on ne verrait même pas s'ils ont des moustaches...

Nous jouons au Taboo. Je cherche à faire deviner : dolmen. - Obélix il porte des ...menhirs ! Et... l'autre mot ? Elsa : Des Romains ???

Complètement siphonnées : 22h30, je trouve Elsa dans la salle de bains, la ventouse sur la tête. - Bah oui, il faut se débourrer le crâne avant d'aller se coucher, sinon il y a trop d'idées et on ne dort pas bien ! (Tu m'étonnes... lui ai demandé de m'appliquer le même traitement, ça marche très bien.)

Elsa essaye de longs clips d'oreilles en forme de coeur. Lulu : Garde-les, c'est rigolo ! Elsa : Ah non, ça fait "quiche" !

Regret

C'était son dernier jour - menacé d'exclusion, sursitaire, changé de classe, jamais en cours, faisant le mur à chaque occasion, exclu à nouveau, définitivement ce soir, mêlé hier à une histoire de départ de feu dans le collège, puis à une bagarre à coups de livres - j'avais parlé de lui déjà, ici. Je l'avais reçu ce matin - semi-dialogue, la violence du père, qui va enfin faire l'objet d'un signalement mais - trop tard ? - sa colère à lui contre l'Etat - les professeurs, les policiers, les administrations dont le père dépend pour sa carte de séjour - tous ces gens titulaires de droits qu'il n'a pas, et qu'il n'a de cesse d'outrepasser.

Aussi quand il a voulu profiter de ma sortie de l'établissement pour une fois de plus filer en douce, j'ai dit non. Un peu inquiète, un peu en colère, un peu contre lui pour sa toute-puissance, un peu contre l'institution pour son impuissance... Mais je n'étais pas prête à me démarquer de l'équipe éducative, ni prête à prendre la responsabilité de la énième sortie clandestine, toujours susceptible d'amener à la énième ânerie - qui se terminera un jour ou l'autre par la convocation dans un commissariat d'un père violent et sans-papiers - et après ?

J'ai donc résisté à la tentative de charme, et prévenu la tentative de choc - en appelant un surveillant à la grille. Car je le sentais fermement décidé à tenter le passage en force, et ne voyais aucun sens à m'opposer physiquement à cette boule de nerfs et de désespoir de treize ans...

Ce soir pourtant je m'en veux. Qu'est-ce qu'il a d'autre ce môme que sa vitalité, sa capacité à résister, à refuser, à préférer sa liberté ? Quel sens cela pouvait-il avoir, dans ce contexte, quatre heures de consigne supplémentaire ? Est-ce que je n'aurais pas été plus à ma place en lui permettant de quitter à sa manière cette école qui l'exclut et qu'il abhorre ? Est-ce que la position juste n'était pas de délivrer ce message, je comprends que tu sois infiniment en colère, et l'importance pour toi de t'en sortir par toi-même, la tête haute ? Si. Je crois. Si c'était à refaire...

26 mars 2011

Voyage

"Les questions sont dans la tête, les doutes sont dans le coeur. Une partie des réponses se trouve dans l'Etre. Il ne s'agit pas de supprimer l'un ou l'autre de ces plans - c'est d'ailleurs impossible, mais de pouvoir passer de l'un à l'autre en conscience." (Sudheer)

Ou l'art de revenir à soi, toujours. Non dans un égocentrisme forcené, mais dans le souhait de vivre, et d'offrir donc aussi à l'autre, une présence pleine, un Oui habité. Ce qu'il nous propose aussi : j'EXISTE. Avec un tout petit "je", et un EXISTE qui s'étend à l'infini, une vibration, un rayonnement qui est à la fois le nôtre et celui de la vie qui nous aime : c'est la même chose, de toute façon, et rien d'autre ne nous en sépare que nous-mêmes.

25 mars 2011

Message reçu

Petite phrase pour traverser la journée : "La joie est la seule solution." Pina Bausch

Journée traversée - un jour de printemps inespéré, dans le parc des Buttes-Chaumont.

23 mars 2011

Journée de (la) femme

Un soir de grande fatigue, portraits de femme esquissés.

Dans quel monde vivons-nous pour trouver forcément anormal que la première réaction d'une adolescente qui se découvre enceinte – avant que les contraintes de la réalité ne la rattrapent – soit la joie ?

Dans quel monde vivons-nous pour qu'une autre soit si seule avec une grossesse devenue hors délai d'IVG qu'elle ne trouve pas d'autre issue que de se faire rouer de coups pour que « l'enfant passe », comme on dit (et de la mort de quel enfant s'agit-il alors) ?

Et celle-ci, qui revient des mois après son avortement, parce qu'elle n'a trouvé personne – ni mère (probablement déprimée), ni père (vraisemblablement alcoolique), ni petit copain (qui la trouve « prise de tête »), ni frères et soeurs (ils sont pourtant quatre, même si elle est la dernière encore à la maison), ni camarades de classe, ni aucun autre adulte que la dame du Planning pour dire qu'elle n'en peut plus ?

Qui sont ces femmes qui arrivent lourdes d'une histoire dans laquelle la sexualité n'a jamais été synonyme d'autre chose que de douleur – au mieux d'indifférence – maltraitées par elles-mêmes car elles se forcent, par leurs compagnons aveugles ou complices, ou vite lassés, par les médecins qui multiplient les examens inutiles et invasifs quand ils ne prescrivent pas des séances de kinésithérapie périnéale – et qui bien souvent, ne sont pas moins hermétiques à une approche psychique tant elles se vivent comme des machines défectueuses, et non comme les êtres complexes, ambivalents et souffrants qu'elle sont ?

Mais il y a aussi...

Cette patiente pourtant gravement atteinte, qui s'est autorisée une toute première expérience sexuelle à la faveur d'un voyage à l'étranger qui était en lui-même un défi pour elle – et qui revient épanouie, émue par ce qu'elle a vécu, indulgente avec elle-même - c'est nouveau aussi - quant à l'angoisse qui l'a envahie si fort à l'issue de cette nuit, qu'elle n'a pas osé demander ses coordonnées à cet homme...

Cette autre entrée en thérapie il y a sept mois après le décès brutal de son frère, et qui s'est autorisée pour la première fois aujourd'hui à l'évoquer, à le pleurer, à nommer quelque chose de la culpabilité et de l'ambivalence à travers cette formule ambiguë : « Il nous a beaucoup laissé(s) ».

Et ces deux autres, petites soeurs de peine de la précédente, engagées sur le même chemin, celui de la levée du secret et du déni qui pèsent sur la violence et la folie familiales – transgénérationnelles dans les trois cas – pour aller à la conquête de leur propre autonomie ? Elles sont belles, intelligentes, dévastées, et incroyablement courageuses, s'affrontant à l'aveuglette à des démons familiaux redoutables.

Et celle-là, qui rit de se « retrouver elle-même » après quelques mois d'absence dépressive – le temps je crois de faire le deuil des idéaux infantiles pour accepter que le monde adulte serait « pas tout, pas rien » - et qu'il recelait cependant de multiples occasions de joie et de créativité...

Ce soir – je ne me sens pas moins vulnérable que toutes ces femmes – particulièrement touchée par ces histoires de vie qui se déploient dans la rencontre, consciente de la confiance qu'elles me font et de ce qui m'amène à occuper cette place mais aussi fragile : qui, même formé, supervisé, outillé, peut traverser ce que je ressens parfois comme un bombardement et prétendre en sortir tout à fait indemne ?

22 mars 2011

L'amande

Ca s'appelle L'amande. Un roman érotique écrit sous pseudo par une femme musulmane, qui se donne pour tâche de redonner aux femmes la parole confisquée par les hommes, de rendre hommage à l'ancienne civilisation arabe qui, écrit-elle, inscrivait le désir jusque dans l'architecture et pour qui jouir et faire jouir était un devoir du croyant. Elle ajoute que rendre aux femmes la parole sur le corps, c'est à moitié guérir leurs hommes.

Magnifique projet... et belle intuition – que la guérison des femmes ne pourra passer que par celle des hommes, et réciproquement.

Le livre est cependant loin de tenir cette belle promesse : un homme initiateur, inoubliable, follement séduisant autant que follement maltraitant – une femme victime, jouissant malgré – ou à travers (et cette ambiguïté invalide la promesse initiale) ce statut de victime, mais qui le fera payer au prix fort, et dans tous les sens du terme, à la gent masculine...

Pour voir au quotidien les ravages pour les femmes comme pour les hommes de cette confiscation de la parole et de la liberté féminines, je rêverais pour ma part d'un roman de la réconciliation, D'une « Parole de femme » musulmane, transgressive et heureuse, transgressive parce qu'heureuse. Et plus encore, d'une parole d'homme, qui oserait dire ce que signifie grandir dans un monde qui pousse jusqu'au délire la dichotomie entre la maman et la putain, qui oserait dire le prix à payer de l'ignorance du corps de l'autre et ce qu'elle engendre de troubles de la sexualité, qui oserait dire la frustration imposée, et la violence inévitable et malheureuse.

Une parole de femme qui ne serait ni victime ni manipulatrice, une parole d'homme qui ne serait ni agresseur ni par principe dénué de coeur – un livre qui resterait à écrire...

18 mars 2011

Stade du miroir

Je lis toujours avec bonheur les poèmes affichés dans les rames ou sur les quais du métro (un peu de poésie dans ce monde de brutes). Ce matin, peut-être parce que je lis en ce moment sur la construction précoce de l'identité dans le regard de la mère, celui-là m'a frappé par son intuitive pertinence clinique : Devant la mer, j'ai besoin que tu aies un visage pour savoir où je suis.

16 mars 2011

L'hôpital et la charité

Mon ami Sarkozy est devenu fou, estime le colonel Khadafi. Commentaire de lecteur sur le site de Libé : Le colonel ne connaissait pas bien son "ami", sinon, il aurait dû établir le même diagnostic depuis longtemps.

Tout bouge autour de moi

On n'a pas idée de ce qui nous attend dans les prochaines années. Les gens, comme les maisons, se situent dans trois catégories : ceux qui sont morts, ceux qui sont gravement blessés, et ceux qui sont profondément fissurés à l'intérieur et qui ne le savent pas encore. Ces derniers sont les plus inquiétants. Le corps va continuer un moment avant de tomber en morceaux un beau jour. Brutalement. Sans un cri. Car ils auront refoulé à l'intérieur d'eux tous les cris. Ils risquent d'imploser un jour. En attendant, ils donnent l'image d'une personne en parfaite santé. Une sorte de bonhomie alliée à une grande énergie. Un bonheur qui vient du fait d'avoir frôlé la mort.

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi. Magnifique livre sur le séisme... en Haïti.

Trésor

Je bouquine au lit, Elsa vient m'offrir un fil de nylon sur lequel sont enfilés un petit coeur, une étoile et un papillon en verroterie.

- Mais, ce sont des perles de ton trésor ? lui-dis-je, un peu étonnée (car le dit trésor est dans une cachette que seule Elsa connaît).
- Mais c'est parce que tu fais partie de mon trésor ! me répond-elle très sérieusement. Seulement, tu ne peux pas tenir toute entière dans un coffret !

14 mars 2011

Pile et face

Coté face : le marshall de True Grit (suis tombée instantanément amoureuse de Jeff Bridges, même si je pense que je préfèrerais l'original, moins bavard semble-t-il), le roi du Discours (joli film sur l'alliance thérapeutique) et le sauvageon de la Permission de minuit (remarquable de justesse et d'émotion contenue ; bonheur compte double : partager avec les enfants un film destiné aux adultes, et les sentir émus, pensifs, concernés).

Le merveilleux portrait de femme libre de Toute une histoire - chez Actes Sud. Un des meilleurs, et plus jolis bouquins que j'aie lu ces derniers temps. Une recommandation spéciale 8 mars !

Un concert de Jamait - voix bouleversante et textes rares ; pour les suberbes Mains de femmes, Quitte-moi et Dimanche (caresse-moi), le malicieux Les deux amants, et le revigorant OK tu t'en vas.

Une trop bonne adresse à partager entre gourmands gourmets : Les Papilles (le menu dégustation, qui change chaque jour avec le marché, est à tomber par terre... réservation indispensable).

Un déjeuner de famille... sans la famille ! Enfin, sans la nôtre... pour un premier anniversaire. C'est bien aussi, ce plaisir du repas partagé sans les agacements historiques, juste le plaisir d'être ensemble.

Et... côté pile ? Des liens de coeur bousculés, essentiels pourtant ; des histoires de patients, tragiques ou émouvantes (il m'a semblé cette semaine que les femmes payaient un tribut particulièrement lourd à la souffrance - mais bien sûr, le lieu où je travaille appelle ces histoires complexes de féminité, de sexualité et de maternité)... des moments ces derniers temps où je me sens dépassée par les enfants et notamment par l'effronterie grandissante d'Elsa - prix d'une complicité affectueuse trop peu distanciée ? toujours est-il qu'il y a un immense désarroi à me sentir épuisée sur tous les fronts... et à payer le prix d'une angoisse diffuse mais récurrente, qui me serre alternativement la gorge et le coeur, bouscule mes nuits, sans que je puisse la nommer tout à fait - ni dire ce qui appartient aux intermittences du coeur, à ces entretiens dont je ne sors pas forcément indemne (et le jour où ce sera le cas, il sera temps que je pense à faire autre chose), ou encore à ..?