Alors, malgré l'épuisement de ces jours, je me suis efforcée d'ouvrir mes oreilles plus grand encore. Et j'ai été récompensée : par ces gamines qui viennent demander une contraception avant les prises de risques - signe que les actions de prévention ne tombent pas toujours dans l'oreille des sourd(e)s ; par les quelques entretiens pré-IVG (de plus en plus en nombreux, au risque de ne plus rien y entendre) qui ont à nouveau permis une parole non pas sur "Pourquoi cette IVG ?", mais, "Pourquoi cette grossesse ?" ; par des rencontres Planning Familial qui, de fil en écoute, ont ouvert à une demande de psychothérapie...
Et, last but not least : j'ai dû faire en soirée, après une journée harassante, une intervention dans un centre d'hébergement pour femmes malades psychiatriques - dont beaucoup d'ex-toxicomanes. J'y suis allée à reculons. J'en suis revenue avec le sourire, touchée par leur franc-parler, leur générosité, leur humour aussi. Nous avons beaucoup ri, abordé toutes sortes de thèmes. Elles veulent que je revienne. J'en ai envie aussi.
Et puis... je me suis mise à relire Winckler !
Quand on pose des questions, on n'obtient que des réponses.
Elles savent toujours de quoi elles souffrent.
Tout le monde ment. Les patients mentent pour se protéger. Les médecins mentent pour garder le pouvoir.
Ce qu'une femme ressent est plus important que ce que tu sais. Et ce que tu crois compte beaucoup moins que ce qu'elle ne dit pas.
Le soignant, c'est celui à qui le patient prend la main.
Il y a un joli article à ce sujet dans le ELLE de cette semaine - quelques thérapeutes plus ou moins médiatiques parlent d'un patient qui les a marqués ; le point commun, c'est celui-là : la rencontre, le point de bascule se sont toujours produits au moment où ils ont accepté de ne pas savoir, de se laisser enseigner ce qu'il y avait à faire par le patient lui-même.






Ce week-end-là, dans les arènes de Montmartre, il y a eu Lantoine et sa Claire fontaine - il a eu beau ironiser sur la chanson "en hommage aux millions de flûtes à bec massacrées chaque année par des classes de CM2", son interprétation m'aura quand même mis les larmes aux yeux.








...dans nos vies, près de quatre ans après la fin de la formation ! Sur le sentier côtier de Dinard, dans le petit bateau qui relie Dinard à Saint-Malo, sur les remparts de la ville, le temps d'échanger, de se retourner sur l'année écoulée, bonheurs et coups durs, projets, maladies, amours, vieillissement, enfants qui grandissent, amitiés... Quel bonheur, ce petit groupe sans tensions ni langue de bois, mais langue du coeur, et ce plaisir simple d'être ensemble, tremper les pieds dans l'eau (froide malgré le soleil), se régaler d'huîtres et de langoustines du marché, manger des galettes bretonnes en terrasse - quel bonheur de constater que ce petit groupe ne vit pas que de souvenirs, mais de partage au présent - dialogue qui se renoue comme si l'on s'était vus la veille ! 