05 juin 2015

Médecine douce

Mon remède à tout, mon échappée belle : la voile. Il n'y a rien qui me soigne de tout, me porte, me donne des ailes, comme le bateau... Avant même d'y être : je me suis allégée dès l'arrivée en gare de Toulon, je chantais en faisant le marché pour l'avitaillement - et longtemps après - la sensation de tanguer qui demeure, l'esprit lavé de tout, comme neuf.

Psy ou spi, comme dirait Milie ? Bah, les deux, mais là, spi. Un univers sans contraintes et sous la protection attentive d'Yves, un monde clos et flottant, sans autres devoirs que ceux qui contribuent au bien-être de tous - veiller aux repas (merci le marché !), partager l'apéro, papoter comme on ne le fait parfois qu'avec les inconnus, sans image à préserver ou objectifs à servir - juste pour le plaisir de l'échange. Loin de la terre, des news et des réseaux, en plein contact avec l'eau et le ciel, la lune qui se lève, le vent qui joue à cache-cache - en bateau, j'ai l'impression d'être "moi, mais en mieux". Et aussi de trouver un espace protecteur, réparateur, qui répond à un profond besoin d'être délestée parfois de mes responsabilités, bercée, insouciante.

J'ai appris des mots nouveaux, pas le vocabulaire marin (que je commence à maîtriser), mais ceux de notre (somptueuse) zone de nav' : "A m'ment donné" pour au bout d'un moment, "de longue" pour souvent ou depuis longtemps, "dégun" pour personne ou rien. 

J'ai aussi dépassé un peu ma trouille des manœuvres de port - pas peu fière d'avoir fait la dernière pour rentrer à Toulon, de nuit. Apprivoisé encore un peu plus la carte et la règle de Cras. Et retrouvé quelque chose de ce mythique départ en Corse, moment fondateur de mon amour de la mer : apprendre, oui, mais pas comme une fin en soi - apprendre pour naviguer d'un endroit sublime à un autre (Porquerolles, Port-Cros, Le Levant), pour savoir quand lâcher le contrôle (gilets et chaussures remisés dans les cabines), pour décider de plonger dans l'eau turquoise, pour improviser une course avec un bateau inconnu. Bref, la rigueur, oui - mais au service de la liberté. Jamais stage croisière n'aura mieux porté son nom, et c'est très bien ainsi : après tout, le but ultime n'est pas de savoir faire des empannages parfaits ou de récupérer un homme à la mer en trois minutes, mais bien de naviguer...

C'était chouette de le partager avec ma cousine préférée - qui s'est adaptée à vitesse grand V et dont la joie faisait plaisir à voir, de retrouver Yves, de découvrir un nouvel équipage : le minot, la brute et le méchant, dixit notre chef de bord - à dire vrai, beaucoup d'humour et de gentillesse de tous côtés -  et même un attachant "nouveau sauvage", anarchiste et marginal vivant à l'année sur son bateau avec femme, enfant et chien - un fracassé comme je les aime... mais un amour à distance prudente, désormais.

A peine atterrie, déjà l'envie de repartir, avec la chance d'avoir un horizon à court terme, puisque j'y emmène les enfants dans un mois  : un autre rêve qui se réalise, leur ouvrir la porte de ce monde de la mer et du vent.

27 mai 2015

Rhizome

Je ne vais pas frimer, je n'ai pas lu Deleuze - mais dans ce que j'ai compris de la notion de rhizome, il y a quelque chose qui me parle intuitivement - un réseau protéiforme, non hiérarchique, proliférant - qui fait écho à mon intérêt pour la mise en lien, la circulation de l'information, la création de réseaux.

"...un rhizome est un modèle dans lequel l'organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination hiérarchique — avec une base, (ou une racine, un tronc), offrant l'origine de plusieurs branchements, mais où tout élément peut affecter ou influencer tout autre.

...tout attribut affirmé d'un élément peut affecter la conception des autres éléments de la structure, ainsi qu'influer sur les processus actifs parmi le maillage. Peu importe sa position, (la réciprocité est de mise entre tous les items), à tout moment l'initiative, autant que la validation, peuvent s'établir au moment nécessaire et suffisant.

Etant polymorphe (voire polycéphale ...) le rhizome n'a par conséquent, pas de centre (...) Sa direction peut être inopinée, sa progression chaotique. Et simultanément il n'a ni début ni fin institués par avance : il intègre l'aléatoire dans l'épanouissement de sa virtualité (...)"

Donc, hier, à la maison : expérience rhizomique :-) - dans cette mise en lien de collègues, amis, voire amis-collègues, sans projet très arrêté autre que de créer un lien incarné, une progressive re-connaissance, et de voir ce qu'il en sort - idées communes, réseau de réseaux, échanges de représentations, projets en pré-gestation. 

20 mai 2015

Parée !

"L'urgent est fait, l'impossible est en cours, pour les miracles, prévoir un délai." Adolescente, j'avais ça sur mon agenda... 

J'en suis là : je tiens l'équilibre, seule, l'urgence est parée. Pour l'impossible, c'est en cours : portage de projets novateurs, travail de réseau, stratégies de moyen terme sont en place pour, à plus un an ou deux, être moins précaire en termes de contrat et de finances. Idem pour une solution logement. Rien n'est acquis, mais tout ce qui pouvait être fait a été fait. 

En cours de construction : la conviction qu'il ne sert à rien de se ronger les sangs à propos de ce sur quoi on n'a pas de prise. Donc dans l'immédiat : chômage, maladie, retraite - vis-à-vis desquels je suis sans protection : GET OUT OF MY MIND !


La cohérence et la vigilance par rapport aux enfants - imparfaite, mais au mieux de mes forces, toujours. Pour les proches - autant que possible. La disponibilité pour les patients - peut-être est-ce que c'est un des points les plus fragiles, ces jours. Pour garder cependant l'équilibre, le psy, la supervision, le yoga, les déplacements en vélo, la méditation, la respiration, les médecines douces plutôt que la chimie - fait aussi. Une vie en cohérence avec mes valeurs - CouchSurfing, HomeExchange, Babyloan, Blablacar, Colibris, La Ruche qui dit Oui, les TED Talks... de plus en plus. L'ouverture à la possibilité d'une vraie rencontre, même si je me rends bien compte à quel point je suis devenue un chat sauvage - j'essaie aussi, les jours où je m'en sens la force.

Alors... je ne veux plus qu'on me dise qu'il faut que je trouve la force en moi-même. Parce que je n'ai pas d'inquiétude là-dessus : la force, je l'ai, et je la mets en oeuvre tous les jours. Et je voudrais QUAND MEME parfois être un bébé qu'on berce, une femme qu'on aime.

16 mai 2015

Rainbow Picnic

On avait la météo contre nous, la date aussi (un samedi de week-end prolongé). Mais aussi la volonté de faire (ou de fer !) - pour que la Cité s'ouvre aux thématiques LGBT, grâce à ou en dépit de la diversité culturelle qui y règne. Combien des pays qui y sont représentés criminalisent l'homosexualité - et les différences (culturelles, religieuses, politiques) en général ? Combien d'étudiants, sur les 6000 du campus, sont venus en France en espérant, pas toujours à raison, pouvoir y vivre leur vie sans peur, en toute liberté ? Pourtant, cet accueil de la diversité sous toutes ses formes est au coeur du projet du lieu - porteur d'un projet de paix et de rencontre entre les adultes de demain (qui n'est pas la moindre de mes raisons d'aimer y travailler !).

Alors, OK, sous les parapluies (au moins au début), nous n'étions pas très nombreux. Une trentaine, peut-être un peu plus. Mais j'ai été bluffée par la qualité des débats, portés par de pourtant très jeunes volontaires. Par l'esprit bon enfant, festif, des animations, incluant un twister géant. Et touchée par les retours des organisateurs sur mon implication dans le projet, et sur la présence de mes enfants, qui ont choisi de rester, ont écouté les débats, échangé avec les animateurs - et c'est vrai que c'était chouette, cette sensation d'alignement entre le discours que je leur tiens et ce que je soutiens dans ma vie professionnelle et personnelle : l'ouverture à l'autre, la parole qui circule - un message qui reste à mon avis la meilleure des préventions contre la peur, la haine et le repli sur soi. 

12 mai 2015

Printemps

Juste parce qu'ils me feraient presque croire à l'amour ces deux-là ! A la possibilité de (se) reconstruire, de faire des projets, de s'engager. Parce qu'ils étaient trop mimi, avec leurs bouquets l'un pour l'autre. Parce qu'il y a là une forme d'évidence - entre eux, avec nous - valeurs partagées, culture, humour, générosité, fluidité avec et entre les gamins (qui ne sont plus des gamins...) mais surtout je crois un parti-pris commun (voir post précédent), celui de choisir la vie. 

10 mai 2015

Voulez-vous danser Grand-Mère ?

Ils sont venus ils sont tous là, et la Mamma est (presque) en pleine forme pour ses 70 ans ! Une belle occasion pour dire l'attention, l'affection, chanter tous ensemble, danser, évoquer des souvenirs... et se régaler, bien sûr. 

Un défi aussi : pas de père, pas de compagnon, pas de frères et soeurs pour préparer ensemble, donner de l'élan. Un défi à l'histoire qui se répète, aux liens brisés ou douloureux, à la tristesse sous-jacente. Un défi en écho aux mots de David : Je sais que ta force est de partager, de proposer. De tenir aussi. Ce sont trois mots qui portent ta capacité d'aimer (l'IPhone propose d'ailer !).

Défi relevé : ce fut une très belle journée au dire des uns et des autres. Des moments émouvants, de l'amour qui circule, en musique ou en chanson, quatre générations qui se sont donné la main pour aider, jouer, célébrer ensemble. 

"Sur un air qui vous rappelle
Combien la vie était belle..."
Oui. Et c'est un choix. Une décision. 
Rendre la vie aussi belle que possible, toujours. 

Lucile (avec deux ailes)

04 mai 2015

Souchy et Voulzon

Le bon côté d'avoir à prendre les places de concert six mois à l'avance, c'est que c'est presque une surprise quand ça arrive. Quand en plus il s'agit d'y retrouver des amis d'aussi longue date, ce n'est que du bonheur, parce qu'on a grandi avec J'ai dix ans, Bidon, La ballade de Jim, Le pouvoir des fleurs, Rockcollection, Foule Sentimentale, Belle-Île-en-Mer... Parce que c'est chouette de voir toute une salle connaître TOUTES les chansons par cœur. Et la complicité des deux artistes - une belle histoire d'amitié à travers temps.

22 avril 2015

La nuit et le jour

J'avais gardé un bon souvenir de Montpellier - un job d'été il y a... longtemps. Ici, nous avions tout ce qu'il fallait : du soleil presque tout le temps, un jardin, une piscine praticable (entre 21 et 24°), un chat intérimaire, une jolie ville, des rencontres sympas (notre échangeuse de maison, un CS montpelliérain, une étudiante russe, les cousins en balade). 

De la bonne humeur dans les mauvais plans - marche inutile sous la pluie, recherche infructueuse d'un billard, petit train promène-couillons consternant (je leur avait dit, pourtant !)... et dans les moments chouettes - des moules-frites improvisées au bord de la piscine (et une baignade dans le plus simple appareil), un restaurant de poissons au bord de l'étang de Thau et un déjeuner tous les trois dans une cour de trois étoiles, un film réjouissant et nécessaire, En quête de sens. Un film optimiste, argumenté, porteur de valeurs qui sont profondément celles que j'ai envie de partager avec les enfants - je n'aurais pas pu faire plus pédagogique-sans-être-rasoir, et nous en avons longuement discuté ensuite. Dans le même esprit, j'ai découvert grâce à notre ami Marcel la possibilité de prêter de l'argent via le micro-crédit, à de petits entrepreneurs dans les pays en voie de développement. 

Tout bien donc. Et pourtant, une alternance angoisse/insomnie telle que j'ai pris la décision en rentrant d'arrêter toute béquille médicamenteuse tellement j'ai eu l'impression que la réponse chimique majorait le problème. Parce que oui, Wonderwoman est fatiguée, et depuis longtemps ; mais pas mal à ce point ? Bilan : je n'ai plus ni nausée, ni migraine, ni rebonds d'anxiété sévère ; je ne dors pas plus, mais je dors mieux ; sage décision. Reste : l'absolu ras-le bol de tout porter seule. L'envie d'aimer et d'être aimée pour de bon. 

15 avril 2015

Légèrement mélancolique

"Sally n'avait jamais réalisé, avant d'organiser à son tour son mariage, que cela prenait toujours des proportions qui dépassaient les époux, qu'il s'agisse d'une petite ou d'une grande cérémonie. Les participants qui étaient dans une relation amoureuse à ce moment-là n'en étaient que plus heureux, leur amour en ressortait renforcé au contact d'un jeune couple plein d'espoirs. Pour ceux qui n'avaient pas eu cette chance, un mariage était comme la coupure qu'on se fait avec une feuille de papier : gênant, douloureux et impossible à ignorer."

"-...il y a des gens qui font ça, pourquoi pas nous ?
- Parce que ces gens-là ne grandissent jamais.
La repartie de Célia fut instantanée, ce qui amena Sally à penser que son amie s'était déjà posé la même question.
- Grandir. Je me dis parfois qu'on en fait tout un plat pour pas grand-chose, dit alors Sally.
- Moi aussi, ajouta Celia."

J. Courtney Sullivan, Les débutantes

10 avril 2015

Miracle de Pâques

Alleluia ! France Inter est (presque) ressuscitée ! Ce matin, un échange revigorant (et musclé) entre Philippe Val et Thomas Legrand (déterminisme social vs responsabilité individuelle), suivi d'un billet de François Morel sur l'état de santé de Radio France (les vrais indicateurs : le brushing de Laurence Bloch et la nouvelle moquette de Mathieu Gallet, donc :-)).

09 avril 2015

Anges gardiens

Parce que les enfants ont reçu plus de chocolat qu'ils ne pouvaient en manger (et que trop de chocolat tue le chocolat), Léo a eu cette idée de génie - dans la droite ligne de notre Fête des voisins : redistribuer des oeufs dans tout l'immeuble - paillassons, cage d'escalier, ascenseur. Nous avons attendu qu'il soit un peu tard, et puis nous sommes allés jouer les cloches en cachette, sur chaque palier. C'était déjà très drôle. mais ce qui était encore meilleur, c'est la pluie de petits mots le lendemain sur notre message - l'impression transitoire que le monde était plus doux, et qu'il suffit d'ouvrir les mains pour que les gens entrent dans la danse - parce que nous avons tous tant de besoin de lien, et d'un peu de magie ordinaire - quelques oeufs colorés  trouvés sur le pas de la porte en partant travailler.

Je crois très fort à cette idée, et n'étais pas peu fière de ce que Léo en a fait en prenant cette initiative : le don appelle le don. Je suis absolument convaincue que ce que nous donnons à l'univers nous revient - y compris notre mauvaise humeur, notre ingratitude ou notre désespoir, d'ailleurs. Ce qui ne m'empêche nullement d'être parfois de très mauvaise humeur. 

Et je voudrais dire merci. A la vie, et à quelques-uns qui se reconnaîtront. Pour tout ce qui a été offert, sans même qu'il soit besoin de le demander. A nous trois, du vent dans les voiles, la chance de passer une semaine en bateau. A Léo, des ailes et un toit, de l'autre côté de l'océan. Aux enfants, les canaux de Venise. A moi, une solution pour barouder librement cet été - "échange toit au soleil contre location de voiture", et je crois que ce qui compte le plus à mes yeux, c'est aussi la certitude d'une présence adulte amicale avec les enfants et moi. A nous tous les trois ce week-end de Pâques, beaucoup de paix et d'amour, d'intelligence du coeur, le dimanche à Châteaufort comme le lundi à Montlevon. Dans ma boîte aux lettres cette semaine, une pochette-surprise venue de Nashville, affectueuse pensée de notre guitariste CouchSurfeur. C'est chouette. C'est un peu fou, quand on y pense. Et c'est ça qui est beau.

Famille de la lose peut-être ;-) - voir post précédent - mais sur laquelle veille une solide (et rieuse) brochette d'anges gardiens. 

02 avril 2015

Ou : la famille de la lose :-)

Nous disions donc : une entorse pour Elsa, un claquage pour Léo, et pour Lulu, plus de carte d'identité, permis de conduire, carte vitale, carte bleue... A part ça, c'est le printemps.

31 mars 2015

Crazy Family

Elsa : C'est pas COOL d'avoir un enfant né en 2003 qui aime Sardou ? (Si. J'avoue. C'est grave cool. Surtout quand on enchaîne ensuite avec un karaoké You Tube années 80 qui se termine sur une super home video de LuLuZaZa en train de massacrer Les sunlights des tropiques en pleurant de rire). 

LuLu : On va chez Marion jeudi.
Zaza : Jeudi c'est après mercredi ?
LuLu, perplexe : Bah oui, c'est le demain de demain...
Léo : Ah oui je fais ça aussi moi, ça rapproche les jours quand ils sont trop loin.
Certes...

J'ai réalisé un truc ; mon tatouage, je l'ai pensé comme une boussole : pour ne plus jamais perdre le Nord. Mais comme je ne le vois que dans la glace, il est bien possible que parfois je me croie à l'Est et que je sois carrément à l'Ouest...

29 mars 2015

Tolérance et singularité

J'avais très envie de voir Dear White People. Et puis en sortant, je me suis demandé comment on pouvait espérer démonter les stéréotypes en les enfilant avec cette constance : les petits blancs sont des trous-du-cul arrogants, la passionaria de service a des états d'âme liés à son identité de métisse, le directeur de résidence universitaire est noir mais à la botte du Président blanc bien qu'évidemment plus intègre que lui, l'unique chevelu afro est gay, etc. 

Déçue, j'étais ; mais aussi en butte à la question qui se pose dès que l'on aborde le thème de la différence : y a-t-il une position juste ? un discours juste ? Peut-on ne rien dire ? Peut-on dire quelque chose sans froisser l'autre, dont ne nous savons pas où il se situe sur toute la gamme des positionnements identitaires possibles ? L'idéal de l'absence totale de préjugés est-il tenable, humainement réaliste ? Non, bien sûr... Faut-il préférer la curiosité maladroite, le politiquement (trop) correct ou le silence assourdissant de la différence déniée ?

Même problématique sur les questions de genre, d'orientation sexuelle, de handicap, de culture, de religion... Hors non seulement du contexte, mais d'une connaissance singulière de l'individu singulier qui nous fait face, comment savoir ? Et par conséquent, en parler en groupe, ou face à un groupe : mission par définition impossible ?

Le geek chevelu se voit appeler par le jeune homme dont il rêve depuis des semaines "ma p'tite barre chocolatée" et... il prend la fuite, exaspéré. Et s'ils avaient été blancs tous les deux, et que l'autre l'avait appelé "mon sucre d'orge", aurait-il réagi à l'identique ? "Ma p'tite barre chocolatée" est-il insultant ? Dire quelque chose à l'autre de ce qui nous attire, quand bien même ce serait précisément sa différence, est-il injurieux ? 

La soirée "noire" organisée par l'université est-elle raciste ? Bien sûr, dans le contexte du film, elle l'est, et elle est même spécialement odieuse ; mais dans un autre contexte, ne pourrait-elle pas se vivre sous la forme de l'humour, et même, de l'auto-dérision ? Est-il permis de rire de sa propre différence, de celle des autres - et avec qui ? 

Bref, pour me nettoyer les neurones, le lendemain, je suis allée voir le rafraîchissant "A trois, on y va". Que j'ai trouvé délicieux, ouvert et rieur. Avec des filles dont on ne se demande pas quelle est l'orientation sexuelle parce que ce n'est pas la question et qu'on s'en fout, avec une forme de relation à trois inventée au jour le jour qui fait du bien, à se poser si peu de questions pour simplement être ce qu'elle est : une histoire d'amour.

Le Bord Des Mondes

Déjà, le titre, ça commençait bien. 

Pourtant, j'étais prête à ricaner : juste à côté de l'entrée de la galerie, il y avait un authentique espace en travaux sans ouvriers qui aurait pu amplement prétendre à un label du genre "Installation-happening  sur la disparition de l'homme manuel à l'ère post-moderne". Bref. Du coin de l'oeil on pouvait distinguer les oeuvres de la première artiste, qui ressemblait justement à une collection de parpaings délicatement empilés. 

Et puis... je me suis fait happer par cette première exposante, Bridget Polk - ses équilibres invraisemblables, cette notion d'oeuvre fragile aux matériaux forts. Puis par la variété des univers, démultipliée par la thématique de l'exposition - ces créateurs au bord des mondes, scientifiques, techniques, plastiques - pas tout à fait en marge (même si on n'est parfois pas loin de l'Art Brut), pas tout à fait en dedans (la veille, j'avais vu l'expo Jeff Koons à Pompidou qui m'avait laissé un net sentiment d'exaspération : art ? contemporain ? que vaut un "art" qui ne génère ni beauté ni surcroît de sens ?)

Au Palais de Tokyo j'ai tout aimé ou presque : les cristaux de larmes de Roselyn Fisher, qui rappellent le travail d'Emoto ; le cercle inachevé du manque du "mathématicien existentiel" Laurent Derobert ; la vidéo sur ce village turc où les hommes parlent oiseau ; les poétiques pièges à brume d'Espinosa (non seulement beaux, mais utiles) ; les invraisemblables Strandbeests de Jansen et les Chindogu de Kawakami (qui mériteraient un billet à eux tous seuls) ; la toile d'araignée de Saraceno et les robes imaginaires d'Iris Van Herpen. J'ai oublié le temps - comme cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé dans une exposition ; comme si je me tenais vraiment sur le rivage des mondes.

19 mars 2015

Quelque chose en nous de Tennessee

...grâce à Clint, country singer de Nashville, qui a donné à la Zaza une leçon de guitare - You are my sunshine, my only sunshine... Et avec qui nous avons chanté les chansons de O'Brother et d'Alabama Monroe, et puis aussi, This little light of mine, I gonna make it shine...

13 mars 2015

Wonderful Girls

Avant-hier à la Cité, la Saison 1 Episode 3 de mon groupe Girls, meet and talk, et quelques moments de jubilation silencieuse. Pour la variété des nationalités en présence (Chine, Australie, USA, Allemagne, Canada, Tunisie, Mexique...), la diversité et l'excellence des formations représentées (Normale Sup, Instut Pasteur, ESSEC, Institut Pierre et Marie Curie...), la richesse des échanges. Le tout en anglais (majoritairement), en français aussi (langue commune de l'allemande et de la mexicaine !), mâtiné d'un peu d'allemand et d'espagnol.

Deux convaincues de la médiation et du yoga (dont une chercheuse en neuropsychologie pouvant attester de leurs effets cérébraux) expliquant les bienfaits de leur pratique, esquissant un échange possible sur la dimension spirituelle. Et quand on voit ces deux-là - brillantes, mais aussi ancrées, ouvertes à l'autre et au monde, la démonstration est faite !

Un dialogue sur l'art comme une autre façon de se ressourcer, et ce joli témoignage : visitant Giverny, l'une d'elle dit avoir pris conscience que les tableaux de Monet n'étaient pas cette vision vague et floue d'une nature imaginaire, mais l'exact reflet de ce que la nature lui présentait. L'Américaine parlait du Musée d'Orsay, la Chinoise d'Auvers-sur-Oise - que du bonheur.

Le goût partagé du voyage et de la découverte de nouveaux mondes, pour l'attention au corps aussi - sportives, danseuses, ces têtes bien pleines sont aussi vigilantes à leur équilibre physique, loin des clichés sur les élites.

Des propositions spontanées - ce qui est un des objectifs - de s'organiser entre elles pour partager des activités, et une offre d'initiation à la danse orientale, étayée par un discours sur la solidarité entre les femmes, la nécessité de créer des espaces de sécurité - sans rivalité, hors séduction - un petit moment de grâce, qui ressemblait fort à ce que j'avais espéré en imaginant ces rencontres...

11 mars 2015

Singin' in the classroom

Elsa vient d'appeler pour me dire, "Devine sur quelle chanson on travaille ? Singin' in the rain, et j'étais la seule à la connaître ! Alors, elle me l'a fait chanter devant toute la classe !" Fière ou embarrassée ? Un peu des deux mais surtout fière je crois, et joyeuse, car Elsa aime vraiment chanter (et pratique beaucoup, avec son papa au piano). Et moi, je ne peux pas m'empêcher de sourire quand je constate que mes enfants reconnaissent ce que j'essaie de leur transmettre. Je me souviens très bien de la première fois que nous l'avons vu, au Mk2 Quai de Seine, Elsa n'était même pas encore assez grande pour lire les sous-titres ! Et dimanche, après une chouette expo à la Cité des Sciences, Léo me disait qu'à son avis peu de ses camarades étaient allés à la Villette. Et c'est important aussi, cette capacité d'apprécier - j'ai parfois la crainte qu'ils n'aient pas conscience de leurs privilèges, et me réjouis quand je constate qu'ils sont en train de construire cette conscience.

10 mars 2015

Phrase du jour

Rien ne va mieux, sauf moi :-).

05 mars 2015

Minérale

Une patiente à propos du couple : "Dans l'érosion, il n'y a que la pierre qui reste polie..."

04 mars 2015

L'aède

J'aime beaucoup son blog. Et aussi le jeune homme caché derrière. Et j'aime ses portraits de proches (ou plus lointains), oniriques, littéraires, décalés, et parfois un peu tout ça à la fois. Alors être le modèle de l'un d'eux, c'est un très joli cadeau de printemps...


Je me suis retourné et j’ai vu son visage. La ligne pure et sereine de sa mâchoire, la mèche de cheveux sombres qui balayait son front, et ses yeux qui fixaient sur ce petit groupe de profs égarés dans un aéroport un regard plein d’une surprise amusée. Elle nous a dit que oui, elle aussi allait, comme nous, se perdre dans les montagnes de Sicile durant quelques jours. Je n’ai pas écouté. J’ai entendu. Sa voix qui se déployait, timbre sur timbre, sur timbre. Grave et frêle, triste et gaie, pleine de sérieux et d’ironie. Une aède aux cordes vocales pleines d’histoires. Elle m’a impressionné. Et pendant qu’on sautait par-dessus les flots, je me suis dit qu’on n’était pas du même monde. J’ai laissé les autres profs, les grands, partager avec elle.

Mais on s’est retrouvé côté à côté, un peu par accident. Et comme toujours quand je suis nerveux, j’ai sorti de mes poches deux ou trois univers fictifs. C’est là qu’elle s’est mise à danser. Le long des allées du château de Peau d’Âne, autour des salles de répé d’improbables lycées américains. J’ai inspiré, tourné la tête, et l’ai regardée. 

L’aède a tous les âges.

Je l’ai croisé parée de tant d’atours. Les pas hésitants de la jeune danseuse, les mains croisées de celle qui scrute, le rire de la compagne de soirée. Parce que l’aède est restée. Elle ne noue pas de liens, elle ne demande rien, jamais. Mais parfois, elle propose une escapade, une aventure. Une blague de collégiens, un dîner d’adultes. Et chaque fois que je la retrouve, le cou toujours droit, la plus douce des ironies au coin des lèvres, le monde paraît un peu moins marécageux. Ses phrases, son ton donnent de la substance. De la campagne sicilienne au Casablanca rêvé de Bogart. 

Petits bonheurs

Blog en sommeil, Lu en hibernation ? Plutôt en apnée, depuis quelques mois, mais ce matin pour la première fois depuis longtemps, j'ai senti comme un début de printemps, le retour de la capacité à savourer vraiment un petit bonheur simple, indépendant de quelque autre que ce soit et gratuit - en l'occurrence, écouter Simon & Garfunkel au soleil, sur mon Vélib', en partant bosser. (Oui, oui, un seul écouteur, je fais gaffe au trafic, promis). 

Du coup j'ai commencé à lister les autres petits bonheurs récents. Un dîner sur le thème du Japon avec une vraie passionnée (deux en fait, en comptant Elsa qui a pris des notes), un autre place Sainte-Marthe. Un montage de nos meilleurs souvenirs de New York, "Home made with love". Deux jours tout doux à Chateaufort alors qu'on était tout flapis par la grippe (même pas peur des virus). Un vrai massage thaï (malgré les tensions récalcitrantes : "Pas Crac !", a rigolé la masseuse). Un hammam avec Marion. Les petites réparations dans la maison faites par Bizzou (avoir moins l'impression que tout part en vrille). Une expo sympa sur la télé de notre enfance, et les images qui nous ont marqués, ces dernières décennies. Du plaisir de penser, dans un séminaire psy (si, c'est possible). Quelques bons bouquins. Un déj impromptu pour la Fête des Grands-mères. Découvrir enfin Casablanca (Play it Sam. Play As time goes by...).

En cours de convalescence ? Assez pour rire à nouveau de ceci, qui n'est d'ailleurs peut-être pas qu'une boutade : Ce n'est pas important de savoir si le verre est à moitié vide ou à moitié plein. Ce qui compte, c'est qu'il y a clairement assez de place pour davantage de vin :-))).

01 mars 2015

Frontières invisibles

Quand je rentre tard, je passe devant cet immeuble, qui a tout d'un de ces dortoirs clandestins tristement célèbres pour leur insalubrité, voire leur dangerosité (à quelques centaines de mètres de là, quatorze enfants scolarisés dans la même école que les miens avaient péri dans un incendie en 2005). Ce n'est pas un foyer de jeunes travailleurs, pas davantage un centre d'hébergement, juste un empilement de boxes dont la lumière nocturne révèle l'absolu dénuement : des chambres vides et sans rideaux, et par terre, probablement, des matelas crasseux et ces grands sacs que je les vois traîner jusqu'à la laverie en bas de la maison. Uniquement des hommes, immobiles et seuls, postés derrière les fenêtres - des silhouettes anonymes découpées par la lumière blafarde des pièces. Lorsque je me suis arrêtée, l'un a deux a levé la main, et je suis partie, mal à l'aise. Avec en tête la question de mon ami Halo sur la présence de personnes de couleur dans mon environnement. Au-delà de la diversité riante (et paisible) des écoles du quartier, il y a ces îlots de misère et de solitude, ces hommes invisibles qui n'apparaissent qu'à la nuit, pour qui veut bien lever la tête.

13 février 2015

Coup de coeur

...et elle dissonait maintenant, cette voix, elle désorchestrait le monde, elle lui déchirait le cerveau: c'était la voix de la vie d'avant. Marianne entend cet homme qui l'appelle et elle pleure, traversée par l'émotion que l'on ressent parfois devant ce qui, dans le temps, a survécu d'indemne, et déclenche la douleur des impossibles retours en arrière - il faudrait un jour qu'elle sache dans quel sens s'écoule le temps, s'il est linéaire ou trace les cerceaux rapides d'un hula-hoop, s'il forme des boucles, s'enroule comme la nervure d'une coquille, s'il peut prendre la forme de ce tube qui replie la vague, aspire la mer et l'univers entier dans son revers sombre, oui il faudrait qu'elle comprenne de quoi est fait le temps qui passe. 

Maylis de Kerangal, Réparer les vivants

30 janvier 2015

What it means to have the heart of an empath

Une trouvaille Facebook, et l'impression immédiate d'être en terrain connu. De m'y reconnaître, ou d'y reconnaître les miens - ceux de ma famille de coeur, une tribu à laquelle j'appartiens. Pas tout le temps, pas avec cette intensité en permanence - et c'est tant mieux, car d'autres s'y sont brûlés (Rilke en parle très bien). Mais c'est une petite musique familière, intime, un choix aussi pour une part : ne jamais cesser de voir la beauté, l'humain - en tout cas, tendre vers cela.

The word ordinary ceases to exist in your dictionary.

Every experience resides on either end of an extreme.

Every day you see things that evoke so much emotion, your mood changes shades the same amount of times the sky does. It yo-yos between streaks of blue and glimmers of yellow—but never without silver linings of glitter. Life is but a giant paint palette of emotions, its colors too obscure to separate.

You’ll find poetry in every conversation you have, sheltered amongst breaths and pauses, sideways glances and tones in voices. No one else sees, hears or feels it. But you always do.

Your fingertips trace scars on lovers instead of perfect features.

You see stories in the eyes of passersby on the street because you see souls instead of irises. You brush past them wondering who they love, what they’ve lost, where they’re going and who they’re trying to be. Everyone and everything has a story you’re dying to memorize.

Your heart bleeds at the sight of beggars because you know that somewhere under those rags lies a treasured item they’ve muffled roars of hunger to keep. It could be anything—a rusty gold locket, an oversized coat handed down by a deceased parent,or a crumpled picture of a loved one they’ve lost.

Children in elevators fill your heart with so much joy, you always smile just a little wider the second their parents notice your gaze. You see the exhaustion in their polite smile, and picture the love they put into raising their children every day.

Oil spills in gutters look like mini rainbows. Raindrops on windshields look like fallen stars. Fizzy drinks in glasses look like the evening sea. There is no such thing as a mundane day, and boredom is a problem you’ll never be plagued with.

You enter rooms filled with strangers and feel suffocated by the invisible sparks of electricity flickering in the air. You can pinpoint who’s fighting or flirting without knowing either party from 20 feet away. Like a wet sponge, your body has this tendency of soaking up all the energy around you. Negativity gets sucked into your pores, and affects you so much it almost always ruins your day.

Not caring just isn’t an option.

No one has ever done you wrong, no matter how bad the crime, without you understanding why they did so. Friends seek your solace because they know you’ll help them realize what the person they’re angry at could be going through. This makes it virtually impossible for you to detest anyone. So you end up detesting yourself instead for never not understanding why.

But this very trait enables you to love the broken. You refuse to believe everyone isn’t good at heart even though this permanent naivety is usually what ends up stinging you.

To have the heart of an empath is both a blessing and a curse.

You have no control over the intensity of things you feel, or how other people’s feelings affect you. But empaths were born with copious amounts of compassion and endless empathy for a reason. In a world where people numb their feelings and ignore chaos, empaths are there to demand that feelings be felt.

To see the beauty in the details, and in sadness, too.

27 janvier 2015

Voyageur malgré lui

Cette oeuvre m'avait plu parce qu'elle exprimait ce que j'espérais des artistes - qu'ils dotent les choses d'une sens, quitte à l'inventer. Mon père en avait une interprétation opposée : pour lui, elle soulignait la relativité du savoir et de l'emprise des hommes sur le monde, dont le mystère resterait toujours aussi lisse et impénétrable qu'une cloche de verre. S'il était surtout attaché aux qualités esthétiques et à l’habilité technique des artistes, j'en attendais, pour ma part, une forme d'éveil, de révélation, quelque chose jaillissant comme une étincelle entre deux silex. J’aimais les considérer comme des systèmes à décoder, des énigmes à déchiffrer, des boîtes à secrets dont il fallait découvrir la clef, alors que mon père était un amoureux de la beauté, qui lui apparaissait comme une consolation.

Minh Tran Huy, Voyageur malgré lui

Joli titre, joli texte, jolis thèmes : l'errance, la mémoire, l'identité, la trace (le métier de la narratrice : enregistrer des ambiances sonores ; son rêve, capter l'infinie subtilité des silences...)

26 janvier 2015

Prendre soin

Un détail d'une des grandes fresques originales réalisées par Quentin Blake pour l'hôpital pédiatrique Armand Trousseau. Un détail qui m'est allé droit au cœur en patientant avec Elsa tant il exprimait sans les mots ce que je ressentais - l'indispensable alliance thérapeutique entre soignants et parents, la gratitude pour le filet de sécurité offert dans la traversée d'un moment difficile.

23 janvier 2015

Voir le monde

Ce matin en passant à côté d'une silhouette sous des couvertures sales dans la rue glaciale, j'ai d'abord pensé qu'avoir envie de pleurer à chaque SDF croisé était le signe que je ne vais pas très bien, ces jours. Et puis j'ai pensé que peut-être c'était l'inverse - que c'était peut-être l’indifférence des jours tranquilles qui était maladive, inhumaine. Un monde à l'envers.

21 janvier 2015

Un Dieu d'humour

TEXTE PRONONCÉ PAR LE RABBIN DELPHINE HORVILLEUR LORS DES FUNÉRAILLES D’ELSA CAYAT, LE 15 JANVIER 2015, REPRODUIT AVEC L’ACCORD DE LA FAMILLE.

(...) À l’heure qu’il est, Dieu est peut être déjà sur le divan d’Elsa.

Pourquoi vous raconter cette histoire ? Quel rapport a-t-elle avec Elsa ? En apprenant à découvrir son univers ces derniers jours, il m’a soudain semblé que cette histoire était très «cayatienne».

C’est l’histoire d’un divin qui rit et se réjouit d’une humanité impertinente, d’une humanité qui dit avec humour à son dieu  « Prière de ne pas déranger – nous sommes aux commandes ».

C’est l’histoire d’un dieu qui rit et se tient à distance, d’un dieu qui se réjouit qu’on lui dise : le monde est « athée », au sens littéral du terme, c’est à dire que Dieu s’en est retiré pour que les hommes agissent en êtres responsables. Ce dieu-là n’est pas le dieu des Juifs mais le dieu de tous ceux qui, croyant en lui ou n’y croyant pas, considèrent que la responsabilité est entre les mains des hommes, et tout particulièrement de ceux qui interprètent ses textes. Bref, un dieu de liberté.

Dans sa toute dernière chronique, publiée à titre posthume dans Charlie Hebdo, hier matin, Elsa écrit :« La souffrance humaine dérive de l’abus. Cet abus dérive de la croyance, c’est-à-dire de tout ce qu’on a bu, de tout ce qu’on a cru. »

Tel est son dernier et puissant message : Soyez assez libres pour dépasser tout ce qui vous a abusé, c’est à dire tout ce qu’on vous a fait ‘boire’ au biberon, tout ce qu’on vous a fait avaler tout cru, sans que vous ne l’ayez pensé, repensé et, surtout, interprété. Tel est l’héritage de la psychanalyse, de la pensée critique, et (je veux le croire) d’une pensée religieuse mature et vivante (...).

16 janvier 2015

Coriandre, vin rouge et chocolat noir

J'ai découvert récemment une jolie émission sur Inter, Remèdes à la mélancolie. En voici quelques-uns des miens : la coriandre, le vin rouge, le chocolat noir, un peu de douceur partagée.

14 janvier 2015

Girls and the City

J'en rêvais depuis que je travaille à la Cité : créer un groupe de parole pour les étudiants, ici, le projet concernait les étudiantes : un groupe pour créer du lien, échanger, un groupe de solidarité et d'entraide qui fédère et si possible à terme, s'étende et vive en dehors de ma proposition de rencontre mensuelle. Première édition ce mercredi : 12 participantes, toutes nationalités représentées ; des échanges incroyablement fluides et sincères ; une intelligence collective remarquable, qui me laisse penser que tous les espoirs sont permis pour que ce projet prenne de l'ampleur, devienne non seulement un outil de prévevention mais un espace de création. Yes !

11 janvier 2015

Vivre ensemble

Paradoxalement, ce fut une belle semaine avec les enfants. Une semaine d'échanges, de débats, de réflexion, une semaine pour grandir un peu vite peut-être, mais ouvrir autrement leur compréhension du monde. Une semaine forte et épuisante à la fois, émouvante aussi, pas seulement à travers le drame de Charlie - ces humoristes humanistes avec lesquels nous avons grandi ou l'angoisse, palpable dans la ville, le jour des prises d'otages, mais aussi grâce à ces échanges avec un Léo grandi, qui bâtit aujourd'hui sa propre réflexion, une Elsa touchée et inquiète mais toujours percutante : "Il ne faut pas se laisser abattre !", avait-elle proposé comme bannière pour la marche de ce dimanche. Idée reprise par le Canard Enchaîné la semaine suivante... (ils ont copié, c'est sûr). Une semaine qui s'est achevée sur cette marche sous le double signe de l'unité républicaine et familiale, puisque David est venu marcher avec nous - un moment fort, pour lequel je suis heureuse qu'ils nous aient vus marcher d'un même pas, soutenir les mêmes valeurs fondamentales. 

09 janvier 2015

Apprentis frondeurs

Page d'éducation civique sur l'attentat à Charlie Hebdo. Histoire d'alléger un peu l'atmosphère, je blague : Faites gaffe les mômes, je suis en train de vous transmettre une conscience de gauche...
Zaza : Bah c'est sûr qu’avec l'héritage qu'on aura tu vas pas nous transmettre une conscience de droite  !
Lulu : Tu vas finir à Charlie toi...

Léo, dans la salle de bains ce matin avec son plus beau sourire pince-sans-rire : Maman, je voudrais prendre la pilule !
Lulu, rigolarde : Par solidarité ?
Elsa : Oh oui moi aussi je voudrais prendre la pilule ! (Et, après un temps d'hésitation, sans doute sur la question des limites de l'humour parental) : Comme ça je pourrai me taper tous les mecs de ma classe !
Léo (avec zéro temps d'hésitation) : Ouais moi aussi je pourrai me taper tous les mecs de ma classe !

Bon, ben je crois que la leçon sur "Peut-on rire de tout ?" et la question de l'absurde et de la dérision est passée... :-)

07 janvier 2015

Minute de silence


01 janvier 2015

Best wishes


31 décembre 2014

That's what friends are for :-)

Smile ! Thank you Lulu for being a stand for what's possible if you choose to be unreasonable. I hope you continue to dream big and let 2015 be your best year ever !

Halo

Une femme libre

Je ne sais pas si c'est un grand film, mais il m'est allé droit au coeur - parce que, la mer et les marins, bien sûr, mais aussi, la liberté... et cette femme qui assume ses choix, quand bien même ils seraient coûteux et loin des stéréotypes, notamment des stéréotypes de genre. Tout en restant une femme - ce que lui dit son beau commandant : "Tu es une douce, toi... Tu fais des infidélités douces." Les chemins de traverse d'Alice, ses questions, ses errances et ses erreurs me semblent si familiers... Et en même temps c'est comme l'écho d'un temps à la fois révolu et pas si lointain, un rappel à la fidélité à soi-même - ne pas perdre le Nord...

25 décembre 2014

Un point à l'envers, un point à l'endroit

Un point à l'envers, les angoisses d'Elsa, qui ne trouve pas vraiment sa place dans tout ce nouvel environnement et part à l'école la boule au ventre - et manque, souvent.

Un point à l'endroit, le laser game suggéré par Léo avec nos amis - treize grands enfants hilares dans un labyrinthe obscur, et le goûter qui s'en est suivi.

Un point à l'envers, la suspicion de souffle au coeur pour Elsa - mais finalement qualifiée de non organique et donc bénigne par la cardiologue.

Un point à l'endroit, les bons résultats des enfants, félicitations pour l'une et compliments pour l'autre.

Un point à l'envers, les ondes de choc du 20 novembre qui n'en finissent plus de me submerger, augmentées de la défaillance simultanée et radicale de mon Hibou.

Un point à l'endroit, les honoraires enfin versés à la veille de Noël.

Un point à l'envers, les inquiétudes matérielles croissantes, revenus qui diminuent, charges qui augmentent, l'absence de protection à court et à long terme.

Un point à l'endroit, cette veillée de Noël aimante et paisible en famille, notre famille, étonnamment fluide, jusque dans l'intégration de notre charmante vieille-dame-voisine, que je ne voulais pas laisser seule ce soir-là.

Un point à l'envers, pour le déluge de larmes la veille en retournant des tiroirs à la recherche d'une nappe...

Un point à l'endroit aussi pour le repas entièrement fait de mes blanches mains, moi qui ne suis pourtant pas une pro des fourneaux !

Un point à l'envers pour les blessures d'enfance à ciel ouvert, les peines et les solitudes qui se font écho, les nuits sans sommeil.

Un point à l'endroit pour la ressource trouvée dans la beauté au musée Jacquemart-André, une jolie idée de ma maman pour ce 25 décembre sans les enfants.

Un point à l'endroit pour une rencontre à peine esquissée, un point à l'envers parce qu'elle s'est aussitôt évanouie, me laissant à l'infinie vulnérabilité de ces jours-ci.

Un point à l'endroit pour les retrouvailles avec Novecento - découvert avec David, lu à haute voix à Léo, vu en film avec Elsa - ici porté par la voix d'André Dussolier au Théâtre du Rond-Point. Pour ce temps partagé tous les quatre, dans une émotion complice.

Un point à l'envers, parce que je les vois faire si peu de choses juste avec leur père...

Un point à l'endroit pour la G.O LuLu, qui les aura aussi emmenés voir Les Héritiers, et la Fondation Vuitton, et faire du patin à glace sous la verrière illuminée du Grand Palais.

Un point à l'envers, comme mon coeur en les suivant, seule, sur la glace. Ou comme ce point d'interrogation récurrent - cette énergie de vie, où est-ce que je la trouve, et qu'est-ce qu'elle me coûte ?

Un point à l'envers, la crise d'angoisse aiguë qui m'a arrêtée sur une aire d'autoroute en emmenant les enfants à Montlevon - l'accélérateur qui renâclait, et la panique et les sanglots venus d'un coup - trop de responsabilités, de solitude, d'impuissance.

Un point à l'endroit, l'amour qui circule là-bas, débordant et pudique à la fois, les photos de l'autre femme qui disparaissent, un repas du soir comme un repas de fête, coquilles Saint-Jacques et Chardonnay.

Un point à l'envers, la conscience aiguë de l'extrême fragilité de l'état de santé de Bizzou, de la dégradation progressive de celui de Maman - et l'impuissance, là aussi.

Un point à l'endroit, les bonnes nouvelles des très proches - amours qui se (re)construisent, nouveau job, enfants qui vont bien...

Et 2015, ce sera comment ?

A suivre...

22 décembre 2014

Le règne du vivant

Ça faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas ainsi coupé le souffle ! D'Alice Ferney, j'avais aimé Grâce et dénuement, et la Conversation amoureuse, et quelques autres... mais je ne m'attendais pas à celui-là, qui célèbre à la fois la beauté de la mer et la force de l'engagement, ici écologique, et qui donne envie de se documenter davantage et d'agir toutes affaires cessantes... 

Que pourrais-je faire ? se demande un homme qui contemple un désastre, et c'est le commencement des miracles. J'ai suivi pareil homme, refoulé pareille colère, rêvé pareil renouveau : j'apercevais le même désastre (...)

J'ai couru les océans sans loi, ces pâturages liquides pour lesquels je n'étais pas fabriqué. Je ne m'y trompais pas, l'homme appartient à la terre, les eaux vivantes n'ont pas besoin de lui. J'avais pourtant besoin d'elles, comme on désire l'éternité au lieu de la mort, le ciel au lieu de l'enfermement, et sentir au lieu de penser. 

07 décembre 2014

Singularités

Je suis hermétique à l'art contemporain (FIAC, MacVal), mais décidément touchée par l'Art Brut, cet éloge de la folie créatrice. Ces oeuvres créées par des êtres "indemnes de culture artistique" (psychotiques en institution, autodidactes de tous ordres, médiums...), elles me semblent tellement plus humaines, troublantes, fragiles... nées d'une nécessité intérieure, souvent douloureuse, jamais de l'envie de séduire un public, un marché, ou d'étayer des concepts plus ou moins stériles et prétentieux. Les expositions de la Halle Saint-Pierre émeuvent ou dérangent, mais ne laissent pas indifférent : elles sont aussi un livre ouvert de psycho-pathologie, où se matérialisent les intuitions des plus grands analystes - morcellement, corps-machine, angoisse du vide, enveloppes trouées, délires religieux ou paranoïaques, auto-portraits de cauchemar.

Avec toujours cette question : qu'est-ce qui distingue ces créateurs singuliers des artistes "officiels" ? J'ai beaucoup aimé les architectures arachnéennes de Marie-Rose Lortet, qui posent justement ces questions du dedans et du dehors, et de la fragilité, avec ses dentelles qui évoquent aussi bien la cage ou la toile d’araignée que la maison de conte de fées, et ses brins de laine multicolores qui raconteraient une histoire sans ponctuation. Quelque chose qui ne tiendrait qu'à un fil... Mais à tout prendre, dans le registre tisserande, elle me paraît bien moins folle, en tout cas assurément moins sinistre qu'une Annette Messager ou qu'une Louise Bourgeois ?

06 décembre 2014

Des hommes de coeur

Je ne sais pas si c'est la voile qui veut ça, ou ma bonne étoile qui met sur ma route des humains comme ceux-là - dont la simple présence est un cadeau, tellement ça déborde d'humour, de sincérité, de générosité - dans leurs métiers, dans leurs passions, dont celle qui nous réunit, larguer les amarres... Ecouter Fabrice parler de son engagement écologique, Thierry de la façon dont il conçoit son métier d'avocat, Yves de son nouveau projet Glénans (et lire le bouleversant récit de guerre de sa maman, un partage qui m'a beaucoup touchée), ça fait du bien à l'âme. Si en plus c'est au milieu de ces incongrus bateaux sur moquette au Salon nautique, ou mieux, autour de l'incomparable pot-au-feu de cochon aux épices de l'Avant-Goût (d'autres passionnés !), c'est encore meilleur...

03 décembre 2014

Derrière les mots

Là derrière nos voix 
Est-ce que l'on voit nos cœurs 
Et les tourments à l'intérieur 
Ou seulement la la la ?

Entendez-vous dans les mélodies 
Derrière les mots, derrière nos voix
Les sentiments les pleurs les envies 
Qu'on ne peut pas dire non non non
Entendez-vous l'amour caché là 
Derrière les mots derrière les voix (...)

La révolte et la colère parfois 
Derrière les mots derrière les voix
Sur une guitare tout seul et tout bas 
Refaire le monde
Il y a le rêve aussi de partir 
Derrière les mots derrière nos voix
Les terres lointaines qui vous attirent
La mer les étoiles 
Rêves à hélices ou rêves à voiles 
S'en aller (...)

Derrière les mots 
Derrière nos voix 
Derrière les mots 
Est-ce qu'on entrevoit ?

Alain Souchon/Laurent Voulzy

26 novembre 2014

Inspiration & Love Wall

Bon, en même temps, je l'avais vue venir, la vague...Alors voici : j'ai demandé aux gens que j'aime de m'envoyer les citations, textes, paroles de chansons, qui les inspirent, les aident à vivre, ou simplement leur donnent la pêche dès le matin. Dans l'idée de créer une sorte de moodboard, ou mur d'inspiration que j'aurais sous les yeux chaque matin en me levant. Ça a marché : ces dernières semaines, j'ai reçu chaque jour ou presque des messages venus parfois de très loin, qui contenaient autant d'inspiration que d'amour. Des messages variés, créatifs, drôles ou poétiques - un cadeau dans l'instant et une source d'inspiration pour la suite. Le résultat m'enchante, me porte, m'inspire en effet - et me donne envie de le partager à mon tour, pour que ces inspirations essaiment vers d'autres cuisines, bureaux, fonds d'écran, comme un lien invisible entre des êtres qui ne se connaissent pas forcément, mais ont consacré quelques instants à cette drôle de requête. Il me reste à voir comment - vidéo, diaporama, fichiers joints...j'y travaille, et c'est encore une façon de savourer cette idée. 



PS : A tous ceux qui ont joué le jeu, merci ! Aux autres, il n'est pas trop tard - je sais que certaines contributions sont encore en préparation. A suivre !

23 novembre 2014

Et le dimanche soir...

...le barrage a craqué. 

22 novembre 2014

Good Vibes Day

Une patiente italienne me parle du cadeau judicieux fait par sa meilleure amie : "ça m'a rendou le coeur tout moelleux au chocolat". Ben voilà - dans cette fête, il y a beaucoup de choses qui m'ont rendu le coeur tout "moelleux au chocolat". 

A commencer par la présence de mon amie Nadia, qui a compris avant moi je pense que ce jour-là, plus encore que de petites mains pour mettre la table, décorer la pièce, j'aurais besoin de ne pas être seule pour préparer cette fête d'anniversaire. D'une amie pour papoter en cuisinant, pour amortir le coup de blues de ce moment où tout est enfin prêt mais où personne n'est encore là. Et celui du moment où tout le monde est reparti. Une amie pour finir avec moi les fonds de bouteille de champagne en disant des bêtises, avant de se laisser tomber sous la couette. Et qui s'est couchée après moi sans même que je m'en rende compte - quand je me suis levée j'ai trouvé le salon et la cuisine rangés, les aliments au frais, la vaisselle propre et la nappe dans son panier à linge - et elle avait encore le temps de prendre un thé avant d'attraper son train... J'ai été très gâtée ce jour-là ; mais je pense que c'est le cadeau le plus précieux que j'ai reçu.

 Tout ce qui m'a touchée ce soir-là tourne d'ailleurs autour de cette question de la présence : celle d'amis de longue et de récente date, d'amis d'amis (j'adore, les rencontres improbables que cela génère), d'un tout nouveau et craquant bébé ; celle de proches venus de loin ; celle des enfants alors que ce n'était pas leur week-end, celle de David venu pour les accompagner et resté avec beaucoup de simplicité, et accueilli de même par ces amis qui sont, pour beaucoup et depuis si longtemps, nos amis... Qu'ils soient tous là pour la fête, et qu'il soit là aussi, après cette semaine si particulière, m'a bouleversée ; personne ne m'a demandé de discours après les bougies, heureusement ! Je ne crois pas que je serais allée au bout.

Et puis... un grand merci aux conspiratrices du gâteau rose à la Princesse 90C ;-), à la bonne humeur inépuisable du Marco (et à son service vin et champagne), aux danseurs et pour toutes ces petites attentions unanimement sous le signe du "Take Care" & "Feel Good" & "Love Zen" ;-). Incluant une tasse recollée, un bouquet de fleurs, de la musique et du chocolat... Et à la Poste pour avoir acheminé avec beaucoup d'amour des rameaux de cerisier en papier mais en fleurs, une pochette surprise avec des bulles, des roses roses et de la lumière, encore du chocolat, et mon bien-aimé Télérama...

20 novembre 2014

Danser

Elle a éteint la lumière, et puis qu'est-ce qu'elle a bien pu faire, juste après ? Que faire, un soir comme celui-là ? Se laisser porter par l'eau à l'Echappée, nuit tombante, piscine éclairée par en-dessous, Birdy en fond sonore parfait. Recevoir un massage attentif offert en d'autres temps par un amour disparu. Et puis, parce que "La joie est la seule solution", et que c'est Pina Bausch qui le dit, aller danser. 

Faire confiance à la vie, prendre la main tendue, et danser. Envoyer bouler le souffle coupé, l'envie de me recroqueviller, et danser. Pour me sentir vivante, jusqu'au bout des talons aiguilles. Pour respirer et pour m'en foutre, agrandir l'espace intérieur en même temps qu'extérieur, danser entre les tables et même sur les tables, who cares ? Pour retrouver la joie pure du mouvement, la jubilation d'être. Pas dans l'oubli, pas dans l'ivresse - dans la conscience...

Danser dans la bienveillance d'un regard attentif mais aérien, dans un lieu improbable à Paris : générations confondues, danseurs souriants, atmosphère bon enfant (avec boas et chapeaux pailletés à disposition), répertoire sur mesure : What a feeling, Femmes des années 80 (!), It's raining men, I will survive... I will survive.

Quai aux Fleurs




18 novembre 2014

Des femmes dangereuses

Elle ne ressemble à aucune femme qu'il a connue. Ou à aucune femme qu'il a aimée. Il n'est pas certain de les avoir connues, d'y être parvenu, ou qu'un homme soit capable de connaître une femme. Ainsi, celles qu'il a aimées ignoraient la satisfaction. Sitôt qu'elles avaient ce qu'elles voulaient, elles s’empressaient de vouloir davantage. Non par cupidité. Jamais. Des femmes d'action qui réfléchissaient, des amantes toujours en quête, toujours prêtes à donner mais, surtout, des rêveuses, ce qui était bien plus dangereux.
Des rêveuses.
Des femmes très dangereuses.
Qui regardaient le monde par leurs grands yeux rêveurs et qui, au lieu de le voir tel qu'il était, "brutal, absurde", etc, songeaient à ce qu'il pourrait être ou devenir.
Des femmes insatiables.
Jamais comblées.
Qui voulaient avant tout l'impossible. Non ce qu'elles ne pouvaient avoir - cela ne les intéressait pas-, ce qui n'existait pas. Et le pire : qui le regardaient et voyaient ce qu'il était susceptible de devenir, plus magnifique que ce qu'il se croyait en mesure d'être. 

Tayie Selasi, Le ravissement des innocents

16 novembre 2014

Chihiro et nous

Nous avons secoué le blues d'un dimanche pluvieux pour marcher jusqu'au Musée d'Art Ludique, sis dans le Crocodile, alias la Cité de la Mode et du Design, à deux pas de chez nous. Une chouette leçon de cinéma - cadrages, éclairages, incroyable créativité technique au service de l'émotion comme de l'esthétique - et d'art - dessins somptueux, inventivité débridée. Deux enfants (ou bien trois ? :-)) enchantés par les extraits des films qui ont jalonné nos dernières années - Mon voisin Totoro, Princesse Mononoké, Ponyo sur la falaise... Je suis toujours touchée quand je constate que les petites graines plantées fleurissent en souvenirs partagés, en curiosité intellectuelle (comment ça marche ?), en regard artistique qui s'affine. Et que nous sommes comme inscrits dans ces histoires - j'étais enceinte de Léo quand j'ai vu le Tombeau des lucioles, Elsa n'était pas encore née à la sortie du Voyage de Chihiro, Le château ambulant est le premier Miyazaki que Léo a vu au cinéma...

15 novembre 2014

Petite poule rousse

Ce moment où vous réalisez que voilà plus d'un an que personne ne vous a offert de fleurs... Et où ce luxe nécessaire devient comme une urgence - toutes affaires cessantes. Voilà - cet après-midi, je me suis offert des fleurs. Me suis préparé un thé. Acheté le Elle à table, pour commencer à rêver aux menus de Noël. Plus tard, j'ai même préparé des pancakes pour les enfants.


Mais voilà... ça ne suffit pas. Et même, ça m'épuise. Le syndrome petite poule rousse : "Puisque c'est comme ça, je le ferai toute seule. Et elle le fit." Suivre les conseils bien intentionnés des magazines - le thé, le bain, les fleurs, et même, un verre de vin. Préparer le prochain échange de maisons. Signer le jugement de divorce cette semaine. Préparer ma fête d'anniversaire. Je peux le faire. Je vais le faire. Evidemment. Mais la vérité, c'est que la petite poule rousse a le coeur brisé. Voilà.

10 novembre 2014

60 chansons plus une

Il faut des rites, c'est le renard qui l'a dit. De même qu'un mariage uniquement à la mairie, ça manque singulièrement d'humanité, d'émotion, de restitution d'un sens, je ne me sentais pas d'aller signer la dissolution du mien dans un tribunal sans l'accompagner d'un geste, d'un rituel de deuil inventé pour franchir le passage, lui donner un peu de valeur humaine ajoutée. Alors, comme au joli temps des années 80 et des compils sur cassette audio, j'ai gravé un CD pour le père de mes enfants. Accompagné de quelques mots. 

60 chansons plus une : des chansons pour rire, pour pleurer, pour se souvenir, pour se recueillir. Tu ne connais ni la première, ni la dernière : c'est comme dans la vie !

J’avais fait aussi une short list, un album de 14 titres, mais comment faire tenir autant de vie dans si peu de place ? Ma recommandation, parce que je suis aussi Process Master à mes heures : écoute-les sans regarder les titres à l’avance. Laisse-toi surprendre. J’ai gravé un CD pour moi aussi, pour que nous le gardions tous les deux.

60 chansons plus une : celle qu'il nous reste à écrire, celle que je n'ai trouvée nulle part : il y a des chansons d'amour, des chansons de séparation, des chansons de solitude, des chansons d'espoir, des chansons de retrouvailles ; mais il n'y a pas encore de chanson de l'amour qui se transforme et demeure à la fois, et c'est celle-ci que je voudrais écrire, et dont j'aimerais que tu composes la musique.  

Avec Amour,
Lu

07 novembre 2014

Point d'orgue....

...et temps suspendu ;-)

04 novembre 2014

Pas patate !

La Zaza : "Dans ma classe, je me sens comme un poireau au milieu d'un champ de maïs". 

Passé le premier sourire, j'ai exploré un peu - décalages éducatifs, culturels, personnels aussi - ma Zaza si entière, parfois un peu brutale, habituée à des relations amicales et saines avec les garçons (une constante remarquable de son école primaire), pas toujours élégante bien qu'assez girly, mais solidaire, attentive, très fine émotionnellement, a parfois en effet de quoi se sentir comme un poireau dans un champ de maïs... Je lui ai suggéré de se mettre en quête d'éventuels autres poireaux déguisés en épis de maïs. Voire, de partir à la rencontre des carottes. J'ai confiance - elle va trouver.