31 juillet 2011

Tout est Possible(s) !

...à l'Espace. Où nous sommes finalement allés tous les quatre, et c'était bien ainsi.

Parce que c'est un lieu magique - à tous moments de la journée, où que l'on passe, ça danse, ça chante, compose, dessine, masse, crie, écrit, peint, improvise, joue, échange - toutes générations confondues, et parfois mélangées. Parce que certes c'est un camping - entre mer et forêt, mais parce que c'est le seul où, si l'on s'approche des ados agglutinés autour de la piscine (jusque-là, rien de très original), on constatera que trois ou quatre sont en train d'improviser un concert guitares-djembe-chant, une autre en train de faire des croquis à la sanguine de ses amis allongés au soleil, et les deux dernières de répéter du Bernard-Marie Koltès - une scène de Roberto Zucco.

De la même façon, en rentrant d'un restaurant de plage, nous avons partagé une brève session de chant harmonique avec deux adolescentes croisées à l'entrée du camping. (Where else ..?)

Parce que j'y ai retrouvé les joies du clown et du tango, découvert celles du modelage à l'argile au cours d'un merveilleux Voyage au centre de la terre ; parce que David y a trouvé des ateliers photo, et percussions, animé un exceptionnel atelier de "chant pour les nuls" ; parce que les enfants ont proposé et animé des ateliers poésie mise en scène pour l'une, et tarot pour l'autre. Parce qu'Elsa s'y est fait de vraies amies, et a expérimenté de nouvelles techniques de création ; parce que Léo est un peu sorti de sa bof attitude de pré-ado et a découvert les jeux de rôle et... plus inattendu, le chant harmonique, ou diphonique. Parce que les semaines y sont trop courtes, et que je n'ai eu le temps ni d'aller faire l'atelier d'écriture-slam, ni celui de danse-contact ! Une autre fois, de belles découvertes en perspective.

Parce que les fêtes, notamment celle de la fin de la semaine, permettent de partager cette créativité bouillonnante et cet immense bonheur qu'elles soient animées par... tous. Le pianiste, la slameuse, le clown, la peintre, les danseurs, c'est toi, c'est moi, c'est notre voisin de table ou de tente, les enfants des amis, bref, c'est nous !

Parce que le concert de Marc Vella et son éloge de la fausse note, émouvant hommage à nos maladresses comme source de partage et de créativité.

Parce que le principe des heures données à la communauté - à chacun selon ses talents, que j'ai choisi de faire comme Grande Oreille et à la Maison des Enfants - dans un cas comme dans l'autre, j'ai reçu plus encore que je n'ai donné, dans l'échange avec les autres Grandes Oreilles (une instance d'écoute, de protection et de régulation), et à proposer des jeux, beurrer des tartines, et retrouver le bonheur de voir un tout-petit s'endormir dans mes bras durant une heure du conte.

Parce que l'Espace, c'est aussi le bonheur de retrouver amis et connaissances, des êtres qui marchent sur la même route. Ceux que l'on savait retrouver là, bonheur savouré à l'avance, ceux que l'on ne s'attendait pas à y voir, et puis les nouveaux, car chaque passage offre de nouvelles belles rencontres. Les horaires sont impossibles à tenir : impossible de faire un pas sans croiser un sourire, être happée pour un hug, quelques mots, un debrief d'atelier, un tango, une confidence à la volée.

Un irréductible village gaulois cerné par les camp(ing)s romains alentour, une pensée dissidente, créatrice et responsabilisante - bref, une utopie qui se tient - parfois assez à l'arrache, mais, qui se tient...

30 juillet 2011

Maison d'être

Je dis patrie et tu penses drapeaux
Je dis foyer et tu comprends prison
Je dis espace et tu traduis néant

Je dis patrie j'entends l'exil deviné à l'instant où il prend fin
Ces lieux auxquels nous savons avoir toujours appartenu
Ces êtres que nous ne pouvions que reconnaître

Je dis foyer j'entends ce rêve qui tient lieu de tout pour chaque homme
Et qui peut être un mot, un visage, une possibilité de créer
Un regret, une image... cette chose choisie entre toutes.

Je dis espace j'entends ce point où le silence se fait en nous
Où nos jardins se font secrets, où nous pouvons entendre
La source oubliée et tranquille sans laquelle nous ne serions pas.

Où sommes-nous ? Nous sommes là où nous nous arrêtons...
Là où nous jetons nos armes, là où nous posons nos masques
Là où nous respirons - en silence.

Et toi, dis-moi, quelle est ta maison d'être ?

13.09.2000

Je voulais le partager lors de la soirée poésie à l'Espace, je n'en ai finalement pas eu l'occasion - alors je le fais ici (c'est une idée que je vais garder d'ailleurs, faire remonter de temps à autre des textes d'autrefois) ; mais ce qui me frappe, c'est la constance des thèmes qui m'habitent, la façon dont ce texte rédigé il y a plus de dix ans me va encore si immédiatement au coeur...

23 juillet 2011

Paroles de femmes

Quelques interrogations retenues au fil de ces si précieux échanges de femmes :

- Est-ce qu'il y a toujours de l'amour ? (Celle-là supposera de savoir répondre à la question, mais qu'est-ce que c'est, l'amour ? Je passe.)

- Est-ce que cette relation me fait, nous fait encore croître ?

- Est-ce que j'aime la personne que je suis dans cette relation ?

Et celle-ci, qui parlait avec gourmandise de sa liberté de femme et de sa conviction de la singularité de chaque relation, l'une enrichissant l'autre sans rien lui ôter.

Et celle-là, qui m'a dit : Moi, je me suis laissée conduire par les mots - j'ai suivi les mots qui me faisaient du bien.

14 juillet 2011

Cher Sheller

...ou chercher l'air ?

Le corps qui pousse dedans la veste
Et qui vous fait mal par dessous (...)
Un poing fermé qui garde sous l'eau fraîche
Un coeur petit comme un caillou


William Sheller

C'est ce que je ressens si souvent ces temps-ci - douleur sourde ou aiguë parfois, un coeur petit comme un caillou.

Road & nothing more

Souvent le nom d'une île inconnue
est le nom lui-même de l'inconnu(e)

et les éclats de nos errances
deviennent des îles sous le vent,

comme de la route encore à vivre
à terre sur mer ou par les ciels,

et rien de plus.

André Velter, Makassar, "à bord de la Boudeuse"

10 juillet 2011

Work in progress

Depuis quelques jours, je me sens sur le pas de la porte. Rentrer ou sortir ? Renoncer ou prendre le risque, le vent ?

Je croyais avoir trouvé un chemin de vie, un peu boiteux certes - mais quel humain ne l'est pas ? - dans l'ouverture du couple, qui préservait la famille que nous avons fondée David et moi, tout en tenant compte de nos différences, et de ce qui nous rend, nous garde l'un et l'autre vivants. Une alliance dans laquelle notre lien était premier - ce qui lui donnait tout son sens, et une vraie joie : celle de se savoir aimé tel que l'on est.

Cette alliance est caduque, et laisse apparaître ce que pour ma part je n'ignorais pas : un compromis, une tentative pour bâtir à partir du réel et de nos fragilités. Et maintenant ?

Maintenant je ne sais plus.

02 juillet 2011

Les resplendi-rugissantes

C'était une très belle soirée - maison magnifique, fête dans le jardin, météo clémente, l'élégance des vêtements blancs pour tous, la musique et la danse, l'amitié qui s'exprime à travers les petites et grandes attentions, les surprises, les chansons. J'ai aimé aussi la simplicité ensoleillée du lendemain, et ces deux amies désormais "quarantenaires" - des femmes qui font envie, des femmes qui sont en vie.

28 juin 2011

Fortune

A Amsterdam, il y a (aussi) un quartier chinois. Avec un temple bouddhiste flambant neuf, financé par je ne sais quel mécène taïwanais. Et des petits papiers à tirer au hasard, comme ceux qu'on trouve dans les cookies de la fortune - on peut choisir entre mandarin dans le texte et anglais de cuisine (j'ai pris anglais de cuisine). Le mien se terminait ainsi "You knock a door any place, someone will open it for you". Ce qui a aussi des petits échos évangéliques... Je me demande quand même s'il ne serait pas encore plus judicieux d'apprendre à l'ouvrir toute seule, cette porte.

27 juin 2011

Ecorchés

Ce week-end-là, dans les arènes de Montmartre, il y a eu Lantoine et sa Claire fontaine - il a eu beau ironiser sur la chanson "en hommage aux millions de flûtes à bec massacrées chaque année par des classes de CM2", son interprétation m'aura quand même mis les larmes aux yeux.

Et le Gamin au vélo, des frères Dardenne - un autre écorché vif, les mêmes tendresses à fleur de peau...

22 juin 2011

Gratitude

Nous avions échangé la dernière fois sur le musée Van Gogh, je l'avais encouragée à aller voir l'exposition Van Dongen qui se tient au Musée d'Art Moderne - cette patiente reliée à la réalité par un fil si ténu, mais à la sensibilité artistique remarquable. Elle y est allée - ce qui pour elle représente un réel effort, et une victoire sur sa fragilité. A la fin de la séance, elle m'a offert cette affiche - suis très touchée et par le geste, et par le choix de l'oeuvre, cette femme qui écoute... par cette reconnaissance du lien, par cette tentative pour s'assurer de sa vérité, à travers une trace qui joint si joliment le symbolique et la réalité.

Le même jour, je recevais un mail de remerciement d'une maman dont j'ai accompagné le fils pendant deux ans.

Et au téléphone, une patiente venue pour une IVG me remerciait pour la façon dont je l'avais accueillie la veille.

La patiente du post Prière va garder sa grossesse. Et n'exclut pas que je l'accompagne.

L'équipe associative accompagnée toute cette année m'a fait un très joli bilan de notre travail à ce jour, dans un contexte institutionnel plus que difficile, et s'engage pour le poursuivre.

Autrement dit, le même jour ou presque, ce qui dans nos métiers n'est jamais la règle (la règle, ce sont souvent les entretiens uniques, les histoires sans suite, le passage de relais à des institutions qui ne donneront pas de nouvelles, les patients qui partiront un petit peu mieux peut-être mais sans même penser à le dire...) mais l'exception.

Well - ce jour, c'est moi, qui les remercie.

19 juin 2011

Les amis de Georges

Ca c'est Brassens vu par Joann Sfar vu par Zaza... ai acheté le bouquin de l'exposition, un régal (le livre et l'expo... et l'atelier musical parents-enfants : instruments mis à disposition, et tout un groupe miraculeusement capable, en une heure de temps, de déchiffrer Le Petit Cheval ou Le Gorille).

Il y a des choses qui existent dans mes chansons, des choses vraies qui sont arrivées à des gens de mon entourage. Vous m'auriez dit qu'une fille vous avait laissé dans telle ou telle circonstance, non pas maintenant, mais à dix-sept ans, je vous aurais vu pleurer dans le coin, je vous aurais dit "Ne t'en fais pas mon petit, c'est très grave" - car je sais que c'est très grave d'avoir sa première bulle de savon qui crève. Mais je vous aurais dit "Ne t'en fais pas quand même, avec le temps, cela s'arrangera, bien que les chagrins d'enfant ne s'arrangent jamais peut-être finalement, peut-être que la bulle de savon qui est crevée, elle est crevée définitivement et qu'on ne s'en remet jamais". Mais enfin je vous aurai dit cela, et à l'aide d'autres histoires analogues à la vôtre, alors tout en prenant part à votre chagrin, quand même, cela serait mis à devenir une chanson.

Georges Brassens

18 juin 2011

Mieux vaut en rire

Entretien Léo - médecin :
- Et qu'est-ce tu fais dans la vie ?
- Du karaté.
(Blanc, sourire amusé du médecin)
- Et... accessoirement ?
- Ah, je vais au collège...

- On voit bien que tu sais mettre les choses en perspective, n'est-ce pas ?
En effet. Un peu trop à notre goût, pour ce dernier trimestre...

L'atmosphère est à nouveau un peu... tendue, à la maison.
Elsa : Ah, vous vous faites une saison 2 ?

(Esth)ét(h)ique

Il fallait donc revenir à l'essentiel, c'est-à-dire à la réalité cruciale du "entre", à la relation qui unit les êtres, à "ce qui surgit d'entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés" (...)

Suis très émue par cette formulation, "ce qui surgit entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés."

Une seule règle me guide : ne rien négliger de ce que la vie comporte ; ne jamais se dispenser d'écouter les autres et de penser par soi-même (...).

Règle adoptée.

...la vraie beauté - celle qui advient et se révèle, qui est un apparaître-là touchant soudain l'âme de celui qui la capte - résulte de la rencontre de deux êtres, ou de l'esprit humain avec l'univers vivant. Et l'oeuvre de beauté, toujours née d'un "entre", est un trois qui, jailli du deux en interaction, permet au deux de se dépasser ; si transcendance il y a, elle est dans ce dépassement-là.

Oui - ça me rejoint. L'expérience de la transcendance, "si transcendance il y a", c'est là que je peux la vivre, aussi - dans la rencontre avec l'autre, avec la nature, avec l'art.

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

17 juin 2011

Je l'ai fait !

...la chorégraphie du spectacle de danse orientale. Un petit pas pour la danse, un (très) grand pas pour moi (voir ici). Avec le costume qui va bien (manque la ceinture en perles, qui n'était que prêtée), le petit coup de stress à l'entrée sur scène, et le vrai plaisir à la fin - ce n'était pas parfait loin de là, mais c'était fait avec amour. Et même si nous n'avons pas vu grand-chose des autres passages, les vestiaires bondés de filles en train de se maquiller et d'enfiler des costumes multicolores, la variété des musiques et des âges (groupes de claquettes, de rock et de hip hop le même soir), c'était chouette... pour un spectacle qui, vu de la salle, dégageait une belle énergie, communicative. Aimé aussi cette impression d'appartenir à un ensemble - les autres danseurs et les spectateurs, ici, ce sont les parents d'élèves, la baby-sitter, nos voisins, des amis - les gens de la vraie vie.

16 juin 2011

Les Demoiselles du Trianon

Toi mon tout mon loubard
Tu s'rais mon lascar superstar
Moi j'ai si peur dans le noir
J'ai tellement besoin d'amour
De tes bras de ta voix de velours...

Brigitte

12 juin 2011

Prière

Je crois qu'une des appellations de Marie, cette figure universelle de la compassion, est Notre-Dame des Douleurs... il me semble que cette semaine, j'aurais envie de lui confier, avec toute mon impuissance et ma tendresse, celles-ci.

28 ans, Congolaise, une silhouette si proche de celles esquissées, anonymes, par les médias - arrestation arbitraire, disparition du père de sa fille, viols collectifs, un milicien qui oublie de fermer la porte à clé un jour... Si ce n'est qu'il ne s'agit plus d'une information qu'on écoute distraitement dans sa cuisine, mais d'une femme bien vivante qui raconte la peur et le courage, le fleuve immense traversé en pirogue dans la nuit ("il m'a semblé tellement plus petit que ma peur"), les rencontres successives qui ont permis la fuite jusqu'à la France, l'infinie précarité d'ici à ce qu'elle obtienne le statut de réfugiée politique (et elle n'y est pas encore), la solidarité trouvée dans les paroisses (quelques vêtements, une nuit ici, une autre là), son incroyable confiance en Dieu, sa gratitude pour chacune des personnes qui l'ont aidée et l'aident encore. Il n'est pas en mon pouvoir de hâter la machine administrative, de là où je suis je ne peux que l'écouter, offrir si elle le souhaite un espace de parole - et puis quoi d'autre ?

11 ans, jolie comme un coeur, haute comme trois pommes - elle vient de perdre son petit frère adoré dans un accident provoqué par un chauffard. Ce qui suffirait à la rendre bouleversante, si ce drame n'était simultanément l'occasion de la révélation de maltraitances qui aujourd'hui prennent la forme monstrueuse d'une accusation de la part du père, qui la rend responsable de l'accident et déverse sa haine... Ecouter. Prendre mentalement des notes en vue d'un signalement. Avoir conscience que l'année touche à sa fin, et qu'il faudrait faire vite... quand il faudrait faire si progressivement.

38 ans. Solitude, travail de nuit, logement minimaliste, impossibilité à maintenir une relation durable avec quelque homme que ce soit. Et une grossesse à l'avenir indécidable - parce qu'elle se reconnaît simultanément incapable de faire face à l'accueil d'un nouvel être et de renoncer à cette (dernière ?) possibilité de donner la vie. Se hâter de ne pas décider. Garder l'oeil rivé sur le délai légal. Essayer de penser malgré l'urgence, avec l'urgence.

12 ans. Elle a perdu son oncle, sa tante et un petit cousin dans l'accident d'avion aux Comores il y a deux ans. Mais ce qu'elle vient pleurer aujourd'hui, c'est que suite à l'accueil chez elle des cousines qui n'étaient pas dans l'avion, elle y a perdu aussi sa mère d'avant, sa chambre, son droit à être seule, et celui d'être lasse ou en colère, jusqu'à ses vêtements, et qu'elle n'en peut plus... Ce qu'elle souhaite ? Que je sois son porte-parole auprès de sa mère, à laquelle elle n'arrive plus à parler. Entendu.

Et quelques autres... douleurs de femmes.

06 juin 2011

No conso

A Amsterdam, Elsa remarque que nous avons peu "fait les boutiques".
-C'est bien, on progresse... remarqué-je.
- Ah non, on "dégresse" ! - s'indigne la Zaza.
(J'aime beaucoup le jeu de mots involontaire...)

Quatre jours de soleil

Deux jours à Amsterdam, deux à Bruxelles, avec les enfants - à crapahuter dans la ville, comme nous savons si bien le faire, mais avec eux, c'est plus nouveau (les voir Routard à la main, c'est même une première, assez jubilatoire).

A Amsterdam, balade en bateau et en pédalo le long des canaux, mais aussi, le musée Van Gogh - ce n'était pas la première fois, mais la force d'impact émotionnel des toiles reste intacte, et c'était chouette de voir Léo comme Elsa s'emparer de nos audioguides (Elsa faisant de surcroît l'effort de me transcrire à sa manière les commentaires écoutés). Touchant aussi, de pouvoir dire quelques mots sur ceux qui créent pour un public, une reconnaissance sociale ou financière, et ceux qui le font par nécessité intérieure - parce que c'est une question de vie, et parfois comme pour Van Gogh, de survie... Etonnée de voir que Léo connaissait l'histoire d'Anne Frank, s'y intéressait, mais maison inaccessible, sauf à faire des heures de queue.

Très drôle, le logement dans une petite chambre style auberge de jeunesse, avec quatre lits superposés (mais à deux pas de Central Staation). Un merveilleux restaurant italien, ici - et un savoureux petit-déjeuner, là.

L'omniprésence des coffee shops et un passage involontaire par le quartier rouge ont donné lieu à de vrais échanges sur le permis et l'interdit, les différences d'un pays à l'autre, les représentations de la sexualité - essayer de donner un point de vue à la fois structurant et nuancé, le plus humain et le moins dans le jugement possible - que ce soit par rapport aux vendeurs - et ...vendeuses, aussi, en l'occurence, et aux clients.

Quant à Bruxelles... bien sûr, le musée de la BD et le musée Magritte, les gaufres et les bières, les petits passages de la vieille ville, les superbes bâtiments Art Nouveau et la Grand Place, le Manneken Pis (what else ?) et l'Atomium, mais tout d'abord, cet accueil dans une merveilleuse maison avec jardin - et le temps de prendre le temps - celui de paresser au soleil, de faire de la musique ensemble (guitare, piano, chant), d'initier les enfants au tir à l'arc (et à la lecture intensive de BD !!!), d'échanger de coeur à coeur, de partager de délicieux repas, de rire aussi... Encore un merci tout spécial au maître des lieux !

Si ce week-end était une chanson, je crois que Le Sud ferait assez bien l'affaire (un comble, pour ce week-end du Nord !) - pour cette impression de fluidité, d'un monde chaleureux et paisible, ouvert...

A Amsterdam, Elsa râlait - chaleur, kilomètres à pied, je ne sais plus quoi - et je lui ai demandé, Mais quand est-ce que vous allez arrêter de vous plaindre ??? Réponse : Quand le monde sera parfait. Eh bien, ces quelques jours je crois bien qu'il l'a été :-).

31 mai 2011

Emmêlée










Les mots se bousculent, parfois me dépassent, plus souvent me manquent, à l'image de ce murmure, une voix fragile qui ose à peine s'aventurer, échoue parfois à traverser (faire ?) le mur, ou encore déborde allègrement au-delà - quand elle ne s'emmêle pas, comme ces filets de pêche revenus d'on ne sait quels grands fonds, pour amener à la lumière - mais quoi ? Patience, autant que possible, m'efforcer de revenir au silence, au j'EXISTE - petit j', grand EXISTE - à la vie qui donne sans compter, à ce qui en nous est plus grand que nous.

26 mai 2011

Eclipse de Lune




Chez Cali

...que je lis souvent (site ici), une idée géniale, que j'aurais adoré avoir, mais que je relaye avec BONHEUR (donc, c'est elle qui écrit, hein, moi je jubile seulement ;-))) :
Soyez heureux (je le veux)
jeudi 19 mai 2011 à 16:12 -
Vrac & Déconnage
Programme de l'après-midi : activisme de rue à base de collage d'affichettes.
But : faire sourire des gens.Street Art - Affichettes
Plantée devant mon texte pendant trois bonnes minutes, la première personne à s'arrêter semblait avoir beaucoup de mal à reconnecter son cerveau.
Mon message étant collé juste à côté de l'étal précaire d'un marchand de fruits de type tout aussi précaire, la maréchaussée s'empressa de débarquer (à 6 vélos) pour faire circuler ce dangereux malfaiteur. Un des agents s'est mis à rigoler en lisant le texte et a prélevé une bandelette qu'il a remis à un collègue. Pour mes empreintes, sûrement. Après quelques minutes, ils sont partis, s'égaillant telle une volée d'oiseaux bleus à contre-sens sur le trottoir. Le petit marchand est bien vite revenu, on allait lui piquer ses melons.Street Art - Affichettes
Et là mes Zamis de le Ouèbe, quel bonheur fut le mien. Je risque de recommencer.
(ajout : la prochaine fois, penser à prendre un téléobjectif, ce sera moins risqué !
point AJOUT du 21 mai : par commentaires ou par mail, vous êtes pas mal à me demander à utiliser mon affichette chez vous : bien entendu, j'en serais ravie !

Elle se trouve ICI, imprimable sur un A4.

21 mai 2011

Un petit créneau...

...dans nos vies, près de quatre ans après la fin de la formation ! Sur le sentier côtier de Dinard, dans le petit bateau qui relie Dinard à Saint-Malo, sur les remparts de la ville, le temps d'échanger, de se retourner sur l'année écoulée, bonheurs et coups durs, projets, maladies, amours, vieillissement, enfants qui grandissent, amitiés... Quel bonheur, ce petit groupe sans tensions ni langue de bois, mais langue du coeur, et ce plaisir simple d'être ensemble, tremper les pieds dans l'eau (froide malgré le soleil), se régaler d'huîtres et de langoustines du marché, manger des galettes bretonnes en terrasse - quel bonheur de constater que ce petit groupe ne vit pas que de souvenirs, mais de partage au présent - dialogue qui se renoue comme si l'on s'était vus la veille !

16 mai 2011

Vivante

Quand j'aurai couru longtemps après dix mille printemps
Et soufflé essoufflée toutes ces mèches allumées
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai pris tous les trains qui m'attendaient en chemin,
Des papillons tout autour, sous le ciel trop lourd,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai fait de mon ventre un royaume un coeur un centre
Et puisé épuisé tout ce qui s'y trouvait,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai tant embrassé, quand j'aurai tant caressé,
Que je n'aurai plus faim, plus rien...
Ne me fera mal, ne me fera mal, ne me fera mal (...)

Jeanne Cherhal

N'empêche... le choix de l'amour offert plutôt que retenu, de l'amour qui accueille plutôt que de celui qui divise, de la liberté dans le respect, de la vérité au plus près de soi, de l'autre... ce n'est pas reposant tous les jours.

Pourtant... je nous aime vivants, sur le fil, tâtonnants, fragiles, maladroits parfois, mais aimants. Les coups de coeur ne vont pas sans coups au coeur, mais comment en serait-il autrement ? Si j'aime en moi ce désir têtu qui va à la rencontre de l'autre, se pose là où le coeur résonne, comment ne l'aimerais-je pas en toi ? Il y a peu de guides sur ce chemin, encore moins de repères ; à l'exception de ceux-ci : entre nous aussi, le regard qui s'étoile, le coeur qui bat.

Avoir acquis cette sagesse : que ce n'est pas tout le temps, que l'autre n'est pas tout ; que rien pourtant n'est plus précieux que ce lien tissé dans le temps et au travers des tempêtes ; et que ce coeur qui bat, ce regard qui s'étoile, nous avons à en répondre : que nous en sommes créateurs ou destructeurs, mais toujours responsables.

14 mai 2011

Fêtes

Emmener Elsa, le soir de ses 8 ans, voir l'adaptation française de Mamma Mia, à Mogador. En groupie trip total, avec le t-shirt collector et le CD dédicacé par la chanteuse principale à la sortie des artistes. Admettre que l'effet euphorisant est le même sur les adultes - même si je préfère ABBA en VO.

Fêter les 40 ans d'une amie au champagne dans le parc Montsouris. Me réjouir des menus détails, qui n'en sont pas tant que ça. La joie des enfants présents, partager avec leurs parents ces moments de fête, qu'ils n'oublieront pas. Le constat que les amis de mon amie sont mes amis, ou pourraient le devenir. Ces visages qui ponctuent depuis longtemps chaque moment fort de nos vies - aux heures de joie, comme aux moments de peine... Les petites attentions préparées avec amour, qui touchent juste : ce côté "collectif du bonheur". Danser avec David, dans la légèreté et le rire.

Emmener les enfants voir le film de Wenders sur Pina Bausch. Comme une petite fenêtre ouverte sur un autre monde. Ils n'ont pas vraiment aimé, c'était assez prévisible, mais ce n'est pas grave, ils ont goûté : ce qui suffit à me réjouir.

09 mai 2011

Leo's nonsense

Léo à Hippo : "Eh je sais hein, j'ai été plus petit que toi avant toi !!!"

Nous sommes à table, Elsa a disparu.
David : "Elle est (encore) perdue dans les toilettes !"
Léo part en fou-rire...
Lulu : "On peut rire avec toi ? "
Léo, à bout de souffle : "Oui !"
(sans autres explications bien sûr, sinon, c'est pas drôle !)

David : "Trop de bonheur tue le bonheur !"
Léo : "Heureusement que j'suis pas heureux..."

07 mai 2011

On dirait le Sud...

Une journée de soleil, famille, amis, enfants d'amis, bref, famille de coeur - réunis pour les 8 ans d'Elsa. Un délicieux repas au jardin, une bataille d'eau mémorable, des rires en cascade, si ce n'est pas le bonheur, ça y ressemble bien non ?!?

05 mai 2011

Tout Eddy

Il n'a plus Dix-huit ans demain (ni Seize ans aujourd'hui) mais il a toujours la classe, la voix de crooner et l'ironie distanciée qui le caractérisent... Puisqu'il n'y aura paraît-il pas de Come-back, suis heureuse d'avoir ressenti en live l'énergie intacte de Pas de Boogie Woogie ou de Lèche-Bottes Blues, et la tendresse mélancolique de Toujours un coin qui me rappelle ou de Sur la route de Memphis. "Comme disent nos cousins de Louisiane Laisse le bon temps rouler Le bon temps rouler Fais vibrer ton coeur et ton âme sera sauvée Laisse le bon temps rouler rouler rouler..."

Arbitre des élégances

En bonne lectrice de ELLE, Elsa détaille ma tenue ce matin avant mon départ au travail : "La tunique c'est bien, le blouson c'est bien, les ballerines c'est bien, par contre le sac poubelle c'est pas terrible, tu devrais prendre un sac à main ???".

(Navrée ma chérie, même les fashion un peu victims sont soumises aux basses contingences de la vie matérielle...)

02 mai 2011

Noces de coton

Nous nous sommes rencontrés il y a dix-sept ans. Mariés voilà treize ans. Nous sommes devenus parents il y a onze et huit ans. Et ce jour, nous avons fêté par un chouette concert de jazz (ici) nos un an de "re-mariage" - une année pleine, vivante, expérimentale, créative. Je crois que je verrais d'un bon oeil aussi de nouvelles fiançailles... :-)

26 avril 2011

Bonheurs

Trouver du muguet sur la table en arrivant à la maison des vendangeurs. Rentrer à Paris avec du lilas.
Retrouver les petits et grands cousins, et la joie d'être perdus au milieu des vignes, loin de l'agitation parisienne et de la consommation frénétique.
Emmener les enfants assister au concours d'équitation d'Emilie - dressage, obstacles et cross - en ramener une Zaza émerveillée et partante pour un stage de poney cet été.
Se balader dans les arbres (ramener quelques bleus de l'acrobranches).
Lire au soleil : une biographie de Jeanne Moreau, décevante (la bio, pas Jeanne !). Bienheureuse Infidélité, décidément inspirant. Une nouvelle revue sur la sexualité, pour le boulot, GQ, pour le fun (les rédactrices mode des féminins sont des petites joueuses à côté de leur brigade du style), Nouvelles clés, pour soutenir l'envie de simplifier, élaguer, trier, aller à l'essentiel.
Réunir pour la première fois les six petits-cousins pour une chasse aux oeufs dans le jardin.
Fêter l'anniversaire de ma maman.
Découvrir de nouveaux artistes - L. et son étrange Initiale, et les toniques Brigitte (Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant - irrésistiblement emmerdeuse c'est amusant...).
Avoir la surprise de trouver dans la boîte aux lettres du retour, un délicieux bouquin pour vrais amoureux des livres, Pourquoi lire ? de Charles Dantzig.
Me régaler de la folie douce et sympathiquement incorrecte de Thomas Fersen à la Cigale.
Remettre la Care Box à jour.

14 avril 2011

Malaise dans la civilisation

...pour le mépris de l'humain, de l'intime, mais aussi de la jutice et de la dignité qui éclatent de façon de plus en plus nauséabonde ces jours derniers - en une semaine, le voile, les jurés en correctionnelle, la pénalisation des clients de la prostitution, l'effarante loi sur la psychiatrie, et j'en passe - sans parler des démantèlements de fond de l'éducation, de la santé et de la justice...

Coup sur coup, deux jolis coup de gueule sur ce mépris du sujet : celui de Caubère, dans Libé, sur la pénalisation des clients de prostituées, qui défend vigoureusement le droit à une certaine forme de "gratuité" du sexe tarifé entre adultes consentants - comme espace de liberté, et stigmatise l'obscénité des médias qui mettent en scène les "chasses policières" à des clients nécessairement considérés comme agresseurs - de prostituées nécessairement victimes et décérébrées.

Et dans le Monde celui d'une avocate à la Cour, maître Dosé, qui s'interroge sur la peine hors justice, publique, et sans fin infligée à Bertrand Cantat - une "mise au pilori qui finit par devenir l'instrument d'une dictature de l'émotion, celle des victimes", un "fantasme propre à nos sociétés, celui d'éliminer socialement tout condamné ayant purgé sa peine, de nettoyer le corps social". Bref, des questions qui vont bien au-delà de l'affaire Trintignant. Sans parler de la peine intérieure, elle à perpétuité, d'un homme qui fut violent au-delà de l'imaginable mais n'en reste pas moins un homme, et dont la sensibilité écorchée est bien antérieure au drame ?

Discutable, tout cela ? Mais oui, ô combien, et tant mieux. Ce qui me terrifie, c'est de vivre dans un Etat où l'on n'en discute plus.

08 avril 2011

Lulu in the Sky

Mercredi soir, enfin de retour après une journée de... quatorze heures, je bulle sur le canapé, et ma Zaza n'a toujours pas renoncé au Maman ! Il faut que je te dise... A la cinquième édition, la mère indigne répond, il va falloir que t'aies un truc VRAIMENT intéressant à me dire, sinon... Réponse de l'intéressée : Maman, j'ai INVENTE une constellation. Dessins à l'appui. Ok, ça l'fait...

03 avril 2011

Et il m'a fallu des années avant d'esayer d'imaginer ce que pourrait être d'avoir un père "normal" (...). Ce cliché, il me semble que je l'ai composé à partir d'images auditives, de ce mélange d'assurance et d'enfantillage qu'ont dans la voix les filles-qui-ont-un-père (ou, pire encore, qui écrivent sur leur père). Mais le plus difficile, et le plus intéressant, c'était d'essayer d'en capter l'effet : autour de cette image, le monde était raffermi, recomposé, sillonné de routes droites et claires, et j'avais la sensation précise, quoique fugace, que sur ces routes je pouvais avancer, droite, moi aussi, et ferme, et campée, sans inquiétude ni curiosité, ignorante des marges et des dérives, radieuse et bornée.

J'ai eu un père. Ce père n'était ni un héros, quoique sa vie entière il ait combattu l'ombre en lui, ni un homme ordinaire. Mais il m'a légué un monde héroïque, un monde infini et labile, opaque et foisonnant, plein de chausse-trapes et de coulisses, de bas-côtés et de lignes de fuite, de monstres, aussi, et de spectres plus ou moins arrangeants, et avec ce monde le désir de l'arpenter et de le dire.

Gwenaëlle Aubry, Personne

Qui est un livre magnifique et profond sur la folie et sur l'écriture, sur la douleur des enfants de grands malades psychiques, sur l'élan et la créativité qui peuvent naître de cette proximité, promiscuité avec la souffrance de l'âme.

01 avril 2011

Décadrage

J'aime beaucoup me laisser surprendre par la tournure de pensée d'Elsa, souvent imprévisible...

Elsa s'interroge sur ce que mangent les petits Africains. Léo : En tout cas, ils ont pas de Nutella ! Elsa, pensive : En plus, sur eux, on ne verrait même pas s'ils ont des moustaches...

Nous jouons au Taboo. Je cherche à faire deviner : dolmen. - Obélix il porte des ...menhirs ! Et... l'autre mot ? Elsa : Des Romains ???

Complètement siphonnées : 22h30, je trouve Elsa dans la salle de bains, la ventouse sur la tête. - Bah oui, il faut se débourrer le crâne avant d'aller se coucher, sinon il y a trop d'idées et on ne dort pas bien ! (Tu m'étonnes... lui ai demandé de m'appliquer le même traitement, ça marche très bien.)

Elsa essaye de longs clips d'oreilles en forme de coeur. Lulu : Garde-les, c'est rigolo ! Elsa : Ah non, ça fait "quiche" !

Regret

C'était son dernier jour - menacé d'exclusion, sursitaire, changé de classe, jamais en cours, faisant le mur à chaque occasion, exclu à nouveau, définitivement ce soir, mêlé hier à une histoire de départ de feu dans le collège, puis à une bagarre à coups de livres - j'avais parlé de lui déjà, ici. Je l'avais reçu ce matin - semi-dialogue, la violence du père, qui va enfin faire l'objet d'un signalement mais - trop tard ? - sa colère à lui contre l'Etat - les professeurs, les policiers, les administrations dont le père dépend pour sa carte de séjour - tous ces gens titulaires de droits qu'il n'a pas, et qu'il n'a de cesse d'outrepasser.

Aussi quand il a voulu profiter de ma sortie de l'établissement pour une fois de plus filer en douce, j'ai dit non. Un peu inquiète, un peu en colère, un peu contre lui pour sa toute-puissance, un peu contre l'institution pour son impuissance... Mais je n'étais pas prête à me démarquer de l'équipe éducative, ni prête à prendre la responsabilité de la énième sortie clandestine, toujours susceptible d'amener à la énième ânerie - qui se terminera un jour ou l'autre par la convocation dans un commissariat d'un père violent et sans-papiers - et après ?

J'ai donc résisté à la tentative de charme, et prévenu la tentative de choc - en appelant un surveillant à la grille. Car je le sentais fermement décidé à tenter le passage en force, et ne voyais aucun sens à m'opposer physiquement à cette boule de nerfs et de désespoir de treize ans...

Ce soir pourtant je m'en veux. Qu'est-ce qu'il a d'autre ce môme que sa vitalité, sa capacité à résister, à refuser, à préférer sa liberté ? Quel sens cela pouvait-il avoir, dans ce contexte, quatre heures de consigne supplémentaire ? Est-ce que je n'aurais pas été plus à ma place en lui permettant de quitter à sa manière cette école qui l'exclut et qu'il abhorre ? Est-ce que la position juste n'était pas de délivrer ce message, je comprends que tu sois infiniment en colère, et l'importance pour toi de t'en sortir par toi-même, la tête haute ? Si. Je crois. Si c'était à refaire...

26 mars 2011

Voyage

"Les questions sont dans la tête, les doutes sont dans le coeur. Une partie des réponses se trouve dans l'Etre. Il ne s'agit pas de supprimer l'un ou l'autre de ces plans - c'est d'ailleurs impossible, mais de pouvoir passer de l'un à l'autre en conscience." (Sudheer)

Ou l'art de revenir à soi, toujours. Non dans un égocentrisme forcené, mais dans le souhait de vivre, et d'offrir donc aussi à l'autre, une présence pleine, un Oui habité. Ce qu'il nous propose aussi : j'EXISTE. Avec un tout petit "je", et un EXISTE qui s'étend à l'infini, une vibration, un rayonnement qui est à la fois le nôtre et celui de la vie qui nous aime : c'est la même chose, de toute façon, et rien d'autre ne nous en sépare que nous-mêmes.

25 mars 2011

Message reçu

Petite phrase pour traverser la journée : "La joie est la seule solution." Pina Bausch

Journée traversée - un jour de printemps inespéré, dans le parc des Buttes-Chaumont.

23 mars 2011

Journée de (la) femme

Un soir de grande fatigue, portraits de femme esquissés.

Dans quel monde vivons-nous pour trouver forcément anormal que la première réaction d'une adolescente qui se découvre enceinte – avant que les contraintes de la réalité ne la rattrapent – soit la joie ?

Dans quel monde vivons-nous pour qu'une autre soit si seule avec une grossesse devenue hors délai d'IVG qu'elle ne trouve pas d'autre issue que de se faire rouer de coups pour que « l'enfant passe », comme on dit (et de la mort de quel enfant s'agit-il alors) ?

Et celle-ci, qui revient des mois après son avortement, parce qu'elle n'a trouvé personne – ni mère (probablement déprimée), ni père (vraisemblablement alcoolique), ni petit copain (qui la trouve « prise de tête »), ni frères et soeurs (ils sont pourtant quatre, même si elle est la dernière encore à la maison), ni camarades de classe, ni aucun autre adulte que la dame du Planning pour dire qu'elle n'en peut plus ?

Qui sont ces femmes qui arrivent lourdes d'une histoire dans laquelle la sexualité n'a jamais été synonyme d'autre chose que de douleur – au mieux d'indifférence – maltraitées par elles-mêmes car elles se forcent, par leurs compagnons aveugles ou complices, ou vite lassés, par les médecins qui multiplient les examens inutiles et invasifs quand ils ne prescrivent pas des séances de kinésithérapie périnéale – et qui bien souvent, ne sont pas moins hermétiques à une approche psychique tant elles se vivent comme des machines défectueuses, et non comme les êtres complexes, ambivalents et souffrants qu'elle sont ?

Mais il y a aussi...

Cette patiente pourtant gravement atteinte, qui s'est autorisée une toute première expérience sexuelle à la faveur d'un voyage à l'étranger qui était en lui-même un défi pour elle – et qui revient épanouie, émue par ce qu'elle a vécu, indulgente avec elle-même - c'est nouveau aussi - quant à l'angoisse qui l'a envahie si fort à l'issue de cette nuit, qu'elle n'a pas osé demander ses coordonnées à cet homme...

Cette autre entrée en thérapie il y a sept mois après le décès brutal de son frère, et qui s'est autorisée pour la première fois aujourd'hui à l'évoquer, à le pleurer, à nommer quelque chose de la culpabilité et de l'ambivalence à travers cette formule ambiguë : « Il nous a beaucoup laissé(s) ».

Et ces deux autres, petites soeurs de peine de la précédente, engagées sur le même chemin, celui de la levée du secret et du déni qui pèsent sur la violence et la folie familiales – transgénérationnelles dans les trois cas – pour aller à la conquête de leur propre autonomie ? Elles sont belles, intelligentes, dévastées, et incroyablement courageuses, s'affrontant à l'aveuglette à des démons familiaux redoutables.

Et celle-là, qui rit de se « retrouver elle-même » après quelques mois d'absence dépressive – le temps je crois de faire le deuil des idéaux infantiles pour accepter que le monde adulte serait « pas tout, pas rien » - et qu'il recelait cependant de multiples occasions de joie et de créativité...

Ce soir – je ne me sens pas moins vulnérable que toutes ces femmes – particulièrement touchée par ces histoires de vie qui se déploient dans la rencontre, consciente de la confiance qu'elles me font et de ce qui m'amène à occuper cette place mais aussi fragile : qui, même formé, supervisé, outillé, peut traverser ce que je ressens parfois comme un bombardement et prétendre en sortir tout à fait indemne ?

22 mars 2011

L'amande

Ca s'appelle L'amande. Un roman érotique écrit sous pseudo par une femme musulmane, qui se donne pour tâche de redonner aux femmes la parole confisquée par les hommes, de rendre hommage à l'ancienne civilisation arabe qui, écrit-elle, inscrivait le désir jusque dans l'architecture et pour qui jouir et faire jouir était un devoir du croyant. Elle ajoute que rendre aux femmes la parole sur le corps, c'est à moitié guérir leurs hommes.

Magnifique projet... et belle intuition – que la guérison des femmes ne pourra passer que par celle des hommes, et réciproquement.

Le livre est cependant loin de tenir cette belle promesse : un homme initiateur, inoubliable, follement séduisant autant que follement maltraitant – une femme victime, jouissant malgré – ou à travers (et cette ambiguïté invalide la promesse initiale) ce statut de victime, mais qui le fera payer au prix fort, et dans tous les sens du terme, à la gent masculine...

Pour voir au quotidien les ravages pour les femmes comme pour les hommes de cette confiscation de la parole et de la liberté féminines, je rêverais pour ma part d'un roman de la réconciliation, D'une « Parole de femme » musulmane, transgressive et heureuse, transgressive parce qu'heureuse. Et plus encore, d'une parole d'homme, qui oserait dire ce que signifie grandir dans un monde qui pousse jusqu'au délire la dichotomie entre la maman et la putain, qui oserait dire le prix à payer de l'ignorance du corps de l'autre et ce qu'elle engendre de troubles de la sexualité, qui oserait dire la frustration imposée, et la violence inévitable et malheureuse.

Une parole de femme qui ne serait ni victime ni manipulatrice, une parole d'homme qui ne serait ni agresseur ni par principe dénué de coeur – un livre qui resterait à écrire...

18 mars 2011

Stade du miroir

Je lis toujours avec bonheur les poèmes affichés dans les rames ou sur les quais du métro (un peu de poésie dans ce monde de brutes). Ce matin, peut-être parce que je lis en ce moment sur la construction précoce de l'identité dans le regard de la mère, celui-là m'a frappé par son intuitive pertinence clinique : Devant la mer, j'ai besoin que tu aies un visage pour savoir où je suis.

16 mars 2011

L'hôpital et la charité

Mon ami Sarkozy est devenu fou, estime le colonel Khadafi. Commentaire de lecteur sur le site de Libé : Le colonel ne connaissait pas bien son "ami", sinon, il aurait dû établir le même diagnostic depuis longtemps.

Tout bouge autour de moi

On n'a pas idée de ce qui nous attend dans les prochaines années. Les gens, comme les maisons, se situent dans trois catégories : ceux qui sont morts, ceux qui sont gravement blessés, et ceux qui sont profondément fissurés à l'intérieur et qui ne le savent pas encore. Ces derniers sont les plus inquiétants. Le corps va continuer un moment avant de tomber en morceaux un beau jour. Brutalement. Sans un cri. Car ils auront refoulé à l'intérieur d'eux tous les cris. Ils risquent d'imploser un jour. En attendant, ils donnent l'image d'une personne en parfaite santé. Une sorte de bonhomie alliée à une grande énergie. Un bonheur qui vient du fait d'avoir frôlé la mort.

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi. Magnifique livre sur le séisme... en Haïti.

Trésor

Je bouquine au lit, Elsa vient m'offrir un fil de nylon sur lequel sont enfilés un petit coeur, une étoile et un papillon en verroterie.

- Mais, ce sont des perles de ton trésor ? lui-dis-je, un peu étonnée (car le dit trésor est dans une cachette que seule Elsa connaît).
- Mais c'est parce que tu fais partie de mon trésor ! me répond-elle très sérieusement. Seulement, tu ne peux pas tenir toute entière dans un coffret !

14 mars 2011

Pile et face

Coté face : le marshall de True Grit (suis tombée instantanément amoureuse de Jeff Bridges, même si je pense que je préfèrerais l'original, moins bavard semble-t-il), le roi du Discours (joli film sur l'alliance thérapeutique) et le sauvageon de la Permission de minuit (remarquable de justesse et d'émotion contenue ; bonheur compte double : partager avec les enfants un film destiné aux adultes, et les sentir émus, pensifs, concernés).

Le merveilleux portrait de femme libre de Toute une histoire - chez Actes Sud. Un des meilleurs, et plus jolis bouquins que j'aie lu ces derniers temps. Une recommandation spéciale 8 mars !

Un concert de Jamait - voix bouleversante et textes rares ; pour les suberbes Mains de femmes, Quitte-moi et Dimanche (caresse-moi), le malicieux Les deux amants, et le revigorant OK tu t'en vas.

Une trop bonne adresse à partager entre gourmands gourmets : Les Papilles (le menu dégustation, qui change chaque jour avec le marché, est à tomber par terre... réservation indispensable).

Un déjeuner de famille... sans la famille ! Enfin, sans la nôtre... pour un premier anniversaire. C'est bien aussi, ce plaisir du repas partagé sans les agacements historiques, juste le plaisir d'être ensemble.

Et... côté pile ? Des liens de coeur bousculés, essentiels pourtant ; des histoires de patients, tragiques ou émouvantes (il m'a semblé cette semaine que les femmes payaient un tribut particulièrement lourd à la souffrance - mais bien sûr, le lieu où je travaille appelle ces histoires complexes de féminité, de sexualité et de maternité)... des moments ces derniers temps où je me sens dépassée par les enfants et notamment par l'effronterie grandissante d'Elsa - prix d'une complicité affectueuse trop peu distanciée ? toujours est-il qu'il y a un immense désarroi à me sentir épuisée sur tous les fronts... et à payer le prix d'une angoisse diffuse mais récurrente, qui me serre alternativement la gorge et le coeur, bouscule mes nuits, sans que je puisse la nommer tout à fait - ni dire ce qui appartient aux intermittences du coeur, à ces entretiens dont je ne sors pas forcément indemne (et le jour où ce sera le cas, il sera temps que je pense à faire autre chose), ou encore à ..?

Doublure

Ce blog a l'âge de raison. Sept ans d'instantanés, de portraits esquissés, de mots d'enfants, de lectures, de films et de musiques à partager. Sept ans sans jamais plus de quelques jours sans quelques lignes. Une histoire de fous, au regard des blogs qui s'ouvrent chaque jour et disparaissent tout aussi vite...

Et depuis deux semaines... une question insistante, qui a, momentanément je pense, arrêté l'écriture : pourquoi écrire ? Pourquoi continuer - ou pourquoi ne pas arrêter ? Pourquoi, je le sais... la première version s'appelait la Boîte à Bonheur. Et mon souhait alors, était d'exercer mon regard - de trouver chaque jour, quelle qu'ait été la journée, un petit trésor à garder, un petit bonheur qui serait autrement passé inaperçu. Avec le temps, la Boîte à Bonheur devenue Care Box est devenue aussi un album de souvenirs doublement précieux : ceux qui y sont épinglés (j'aime bien cette image de l'épingle, du bâti, de l'atelier, de quelque chose d'un work in progress), et ceux que j'y retrouve entre les lignes, et qui font de la Care Box cet espace sur la frontière entre l'intime et le secret.

Sur l'envers de ce patchwork, visible dans la doublure pour peu que l'on y soit un peu attentif, il y a donc aussi la face cachée de la Lu - une mélancolie discrète au coeur de chaque instant de bonheur, et ce besoin de retenir l'instant précisément parce que je le ressens toujours comme menacé et fragile - une conscience de la perte toujours possible, et d'une certaine façon toujours certaine, qui me suit depuis l'enfance.

David me faisait remarquer hier qu'il me sentait plus touchée par les information sur le tremblement de terre au Japon que par les autres drames humains - politiques, militaires, sanitaires, qui frappent actuellement la planète. C'est vrai... il y a quelque chose de l'invraisemblable fragilité de nos vies et de l'irrémédiable, et aussi, la dignité des populations, qui m'accroche et me retient là.

Au regard des ces événements, la Care Box apparaît à la fois comme un exercice bien narcissique (pourquoi continuer à écrire ?), et pourtant sans doute essentiel pour moi - pour les mêmes raisons... mon propre petit barrage contre le Pacifique - une réponse minuscule à ce sentiment de la fragilité humaine.

02 mars 2011

Au coeur, extrait

Depuis aussi loin que je me souvienne, mon moteur c’est le lien, la rencontre, l’émotion et l’échange. Je ne sais pas faire autrement. Ni sans la liberté que cela suppose. Je ne sais pas si c’est bien ou mal – mais je sais que c’est… et que je suis comme ça. Eteinte sans ça. Et, comme disait un homme que j’ai beaucoup aimé, il vaut mieux être allumé(e) qu’éteint. Je n’ai plus de jugement là-dessus, ni l’espoir d’une hypothétique guérison ? maturité ? qui ferait que par je ne sais quel miracle je me contenterais de rester à ma place, et d’espérer un petit bonheur raisonnable si je suis bien sage.

Mais alors ? Alors ?

Alors "peut-être faut-il l'accepter tout simplement cette complexité, et d'en être heureuse et/ou malheureuse, et de partager cela avec l(es) autre(s) concerné(s)." Oui. Peut-être en effet n'y a-t-il rien d'autre à faire. Et aussi - ne pas oublier de respirer.

La grâce d'être fragile

Nous sommes des hommes de guerre,
Nés pour combattre

Nous heurtant, nous abîmant
La guerre est une mise en abîme

Nous sommes des êtres de verre,

Nés sous le signe de la fragilité
Nous cassant, nous brisant,

Mourant chaque jour

Nous sommes errants

Terrorisés, dociles,
Et pourtant émouvants, subtils
La grâce d'être fragile

Alain Delourme, été 2006

28 février 2011

Prague, quatre jours d'escale

...tout a été dit je pense, sur cette ville magnifique, musée d'architecture en plein air ( c'est Rilke qui dit ça je crois - ou Apollinaire ?..), dans les petites rues de laquelle il fait bon se perdre. Dans mon album du coeur - cet album invisible mais si précieux, qu'en restera-t-il ?

La soirée à l'Opéra - très démocratique là-bas, pour une émouvante Traviata (aussi pour la fête bohême du 2ème acte, d'une sensualité... inattendue ; et pour le cosaque à barbe et longs cheveux de la baraque à crêpes, juste après, qui écoutait lui aussi... de l'opéra - le même, d'ailleurs : Libiamo...).

Une initiation au snooker au Café Louvre (pour l'émotion fragile avant, et aussi, les journaux européens annonçant une nouvelle chute de dictature dans le monde arabe, celle de la Libye).

Une visite guidée franco-espagnole du quartier juif (pour le mémorial et les dessins d'enfants de la synagogue Pinkas, et le vieux cimetière, à l'atmosphère incroyablement habitée).

Le Pont Charles la nuit, le Pont Charles le jour, désert ou grouillant de touristes, par grand froid ou réchauffé d'un beau soleil...

La Maison Municipale, délire Art Déco qui n'est pas sans rappeler la Casa Batllo à Barcelone, pour ses incroyables détails qui font appel à tous les métiers de l'artisanat : ferronerie, verrerie, céramique, menuiserie.

Les bières locales, le goulasch épicé et brûlant, les cafés 1900 magnifiquement restaurés qui offrent de petites haltes bienvenues aux promeneurs fatigués (et un peu frigorifiés il faut bien le dire).

Le musée Mucha, dont l'histoire est si étroitement liée à l'avénement d'une nation tchèque indépendante - ce qui est presque un pléonasme, compte tenu de l'histoire du pays : hussites s'élevant contre les catholiques avant l'avènement du protestantisme, nobles moldaves en rébellion contre l'empire austro-hongrois, peuple portant démocratiquement les communistes au pouvoir avant de les contester activement puis de les renverser sans violence - la "Révolution de velours" dès décembre 1989...

20 février 2011

Lu, vu, entendu

Déshabillez-mots : sur scène, les deux comédiennes chroniqueuses de France Inter interviewent tour à tour le viril Déclic, la redoutable Décision, la pénible Pusillanimité, et même le charmant Onanisme - pour finir par une sensuelle déclaration d'amour à la Lecture.

Au cinéma, Sex friends (le titre original était meilleur, No strings attached), parfait film de filles pour la Saint-Valentin, soulève cette intéressante question : peut-on vraiment n'être que sex friends (et le rester) ? La réponse est attendue - c'est une comédie romantique, mais la question demeure.

(Ah, et je crois qu'il faut arrêter de faire semblant de mépriser ladite Saint-Valentin : le 14 et le 15, je n'ai pas un(e) patient(e) qui n'ait pas mentionné ce qu'il/elle avait fait, pas fait, souhaité, redouté, reçu, offert...)

Le livre des brèves amours éternelles
(quel titre magnifique...) tient ses promesses (voir post Retenir) - face aux grandes utopies ou aux grands drames humains (ici, ceux de la Russie d'avant la chute du Mur), un éloge de l'instant, du fugace et du don...

Enfin vu les Monologues du vagin ! Jubilatoire, émouvant, sensuel, drôle et tragique à la fois... Tout y passe, les poils, un hilarant "atelier du vagin", l'excision, les premières règles, toute la gamme (!) des gémissements, le viol, la naissance, et les questions indiscrètes : et si votre vagin portait un vêtement, lequel serait-ce ? Et s'il pouvait parler, en deux mots, que dirait-il ? Le plus émouvant peut-être, cette parole de femme qui témoigne de sa réconciliation avec cette partie de son corps si secrète, intime, dissimulée, parce qu'un homme a su prendre le temps de la regarder là...

Le meilleur remède...

... au post Presque rien ?

Ne me dites pas qu'à peine éclose
La fleur de l'âge se flétrit
Je vis avec ce genre de rose
Au parfum tout juste fleuri

Le temps qu'il a mis à figer
Sur son regard quelques ridules
D'autres ont tenté de les cacher
En maquillage ridicule

Bien sûr la jeunesse suppose
Quelques atouts innocents
Qui font que le regard qu'on pose
Sur elle semble vite indécent

La facilité qu'une jupe
A de se lever me ravit
Mais voilà je ne suis pas dupe
De ces fausses facéties

Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Et dont je suis l'amant
Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Mmmh

Les filles de papier glacé
A peine au sortir de l'enfance
Viennent tout juste éveiller
Le plus sensible de mes sens

Elles ont pourtant la fraude habile
Dans leur refus d'être des mômes
Et trompent les yeux les plus subtils
De leur sensualité fantôme

Mais être une femme suppose
Bien d'autres arguments
Que ceux que ces filles exposent
Inexorablement

Si ton corps galbe cette jupe
C'est mon regard que tu ravis
Mon âme que tu préoccupes
Et mon corps qui crie merci

Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Et dont je suis l'amant
Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Mmmh...

Yves Jamait

Presque rien

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien... (Barbara)

Chez la longue dame brune, c'est le mal de vivre ; et chez moi, depuis quelques temps, c'est presque rien aussi – des rondeurs qui s'installent, deux ou trois bobos inattendus, une ligne de menton un peu moins nette, quelques cheveux blancs, des cernes qu'une bonne nuit de sommeil n'efface plus...

Rien que de très normal, rien d'affolant non plus – j'ai conscience de ce luxe inouï, habiter un corps qui bouge, parle, danse, nage, respire, jouit, bref, vit, à ce jour sans douleur – tout simplement vit. Mais d'où me vient alors, cette envie d'appeler au secours ?

16 février 2011

Humilité

Accepter de ne pas comprendre. Et d’offrir à celui ou celle qui parle cette capacité à ne pas savoir ensemble – partager un espace d’impuissance, humanisé d’être partagé. Pressentir que quelque chose est à l’œuvre, qui ne se laissera pas saisir comme cela - et que ce n’est peut-être ni le lieu ni le moment - ou déjà le lieu, mais pas encore le moment.

Ou bien - comprendre et n'en rien dire, laisser cet autre qui parle suivre son propre chemin, qui conduira peut-être vers de toutes autres issues, inédites - accepter, jusqu'à un certain point, de se laisser modeler par son attente...

Cette femme qui souffre depuis des mois d’une "relation" qu'elle désigne de ce nom mais qui n’existe que dans ses rêves – non que cet homme n’existe pas, mais elle n’a (ni n’a eu) d’autre contact avec lui que des textos épisodiques et banals.

Cette autre qui pleure de renoncer à une grossesse non désirée d’un compagnon qu’elle n’aime pas – sans vouloir ou pouvoir dire quoi que ce soit de ce chagrin.

Cette autre encore qui s’étonne qu’à l’annonce d’une grossesse imprévue, son très sporadique amant ne lui dise pas simplement « fais ce que tu veux, ça m’est égal… » - comme si l’annonce d’une paternité possible était un non-événement, et l’embryon une réalité simplement biologique qui ne concerne qu’elle seule (alors même qu’elle n’a pas de désir d’enfant très défini, ni ne se projette dans un avenir où cet enfant semble avoir la moindre réalité).

Cet homme qui revient à quelques mois de distance après un unique rendez-vous, dépose un récit de rêve trop transparent pour le prendre au pied de la lettre, et repart sans vouloir reprendre date.

Cet autre qui ne vient que pour faire le compte-rendu de l’avancement de ce qu’il appelle « ses dossiers » - une enfance violente et malheureuse, des prises de risques aux conséquences graves, un deuil à venir et… son projet d’arrêt du tabac – le tout traité avec la même impassibilité, et de manière à ne laisser aucun espace à la question, à l’émotion, au vacillement qui pourraient surgir…

Et tant d'autres encore...

11 février 2011

Petits drôles

Gaïa : - C'est quoi ton signe biologique ?
Elsa : - ???
Gaïa : - Ben, oui, ton signe de l'espace ! Moi, je suis Jumeaux !

Nous regardons une vieille version de Michel Strogoff. Le héros (acteur inconnu au bataillon, pas de la première jeunesse et relativement corpulent) apparaît.
Lulu : Ah bah j'suis déçue, je m'attendais à un jeune premier !
Léo, toujours aussi sarcastique : - Ben tu vois, c'est un vieux dernier...

05 février 2011

Retenir

"Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes (...). Cette obsession de la durée nous fait manquer tant de paradis fugaces (...). Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder."

Andreï Makine, Le livre des brèves amours éternelles

03 février 2011

Diagnostic

N'est pas dépressif celui qui peut rire de ce qui le fait pleurer.
(Copyright David)

31 janvier 2011

Délicieux enfants

Elsa pinaille devant sa galette oeuf-fromage (faut le faire, quand même !)
Lulu à David : - Je peux la passer par la fenêtre, tu crois ?
Elsa, pleine d'espoir : - La crêpe ?
Léo, coup d'oeil torve à sa soeur : - Nan, la quiche...

Léo : - Maman, tu sais, des fois j'ai des bonnes notes, et des fois non ? Eh bien, dans ma classe, il y a un garçon, il PLEURE quand il peut pas faire un devoir, même quand ce n'est pas noté. Et la fille qui a presque tout le temps des 18, l'autre jour, elle a eu un 12, et elle a pleuré pendant UNE heure !
Lulu : - Oui, et alors, tu veux me faire passer un message, là ?
Léo, avec un grand sourire : - Ben oui, hein, tu vois, MOI, je suis pas monomaniaque :-) !

30 janvier 2011

Rébus

...laissé par la Zaza sur le tableau de son papa...



Blague à Léo

- Que fait une fraise sur un cheval ?
- Tagada !

24 janvier 2011

Chiffons & secrets

Depuis Zélia et ses robes de rêve, Elsa veut devenir styliste. Lit mes ELLE aux toilettes. Commente les pages de mode et les photos de défilés - parfois avec une certaine pertinence, d'ailleurs. Alors, samedi, nous sommes allées toutes les deux voir l'expo Haute Couture 1990-2000 au Musée des Arts Décoratifs. Un moment entre filles, à commenter ce que nous aimions ou pas, et pourquoi - et pour moi, le plaisir d'expliquer certains aspects du métier, la façon dont les créateurs peuvent s'inspirer d'une époque, d'un tableau, d'un livre, ou encore de chercher façon jeu de piste, dans une même vitrine, ce qui fait le style, la "patte" de tel ou tel créateur...

Perplexes devant les créations expérimentales (Helmut Lang ou Watanabe), émerveillées par les incontournables (Lacroix, Alexander Mac Queen, Lagerfeld pour Chanel), et plus partagées pour d'autres - pour ma part, je suis complètement sous le charme des créations d'E2 et de Yohji Yamamoto. Mais je crois que celui dont Elsa est réellement tombée amoureuse n'était pas un de ces grands artistes... mais cet effectivement très mignon étudiant en architecture (beaux yeux bruns aux longs cils, petit bouc et longs cheveux) en train de crayonner un modèle de Viktor & Rolf.

Je suis encore touchée de sa confiance, et de ce moment de complicité, d'un "entre nous" mère et fille, que je n'ai jamais connu, d'un "entre nous" entre cette encore si petite femme à venir et la femme que je suis - quelque chose d'infiniment précieux, et de délicat - un passage sur le fil entre l'ouverture et la retenue, entre le rire et la pudeur...

Je l'entends dire, tu as vu le garçon là-bas, c'est ce genre-là de garçon qui me plaît, je la revois tourner autour et se troubler si visiblement, et me transformer en émissaire, parce que trop intimidée... Je ne sais pas ce qu'Elsa retiendra de l'exposition ; mais elle a réussi à se faire offrir le croquis de ce charmant jeune homme, et je crois qu'elle n'aurait pas pu recevoir de plus beau souvenir - ni moi, de plus jolie marque de confiance.

22 janvier 2011

Le ça-sac


...ou it-bag, en ELLE-langue dans le texte. A moins que ce ne soit, le sac à "ça" ? Celui qui, comme les pochettes de chez Merci, contient "vos désirs, votre eye-liner, vos idées, votre vaporisateur, vos ballerines, votre nuisette, votre amour, votre conscience, votre brosse à dents...". Et aussi, votre téléphone, votre plaquette de pilules, votre carnet secret, vos photos, votre baume à lèvres, vos porte-bonheurs, et j'en passe (que rangez-vous dans le vôtre ?).

Le ça-sac, objet du désir, couteau suisse, trousse de secours et territoire intime - les enfants ne sont pas autorisés à l'ouvrir, et mon homme me demande toujours la permission avant d'y repêcher les clés ou le mouchoir en papier dont il a besoin - délicatesse que j'apprécie.

Mon rêve de soldes, c'était donc... ça : un nouveau ça-sac. Aucune idée de la marque ou du modèle, mais un cahier des charges conséquent et contradictoire : pas trop grand mais pas trop petit (assez grand pour contenir des documents en A4 ou les bouquins que je balade partout avec moi, mais pas cabas à légumes), idéalement à géométrie variable donc, un peu cartable mais moins carré dans les coins, pas trop élégant mais suffisamment pour que je puisse le sortir le soir, pas fragile (car je transporte encore parfois des goûters, des bouteilles d'eau et des feutres) mais dans une belle matière, portable à la main, à l'épaule ET en bandoulière (pour ne pas me le faire piquer dans le panier du Vélib'), avec un tas de petites poches accessibles (pour ne pas devoir le retourner pour y retrouver les petits objets du quotidien) et des détails sympas.

Ce trop-beau-sac-trop-beau existe, je l'ai rencontré (en mieux : last but not least, il a un petit miroir intégré à l'intérieur de la poche extérieure). Je n'ai pas dormi avec la première nuit, mais presque... :-)

18 janvier 2011

Générations

Elsa a des questions sur les ateliers "vie affective et sexuelle" que j'anime parfois dans les établissements scolaires. De fil en aiguille, je me retrouve à expliquer - en version très allégée, comment sont faites les filles, et les garçons, et puis les règles, l'accouchement, et puis le préservatif... Elsa est ravie, pose beaucoup de - très bonnes - questions, et me remercie spontanément à la fin de notre échange, toute fière de savoir ce que - lui dis-je - beaucoup de filles plus âgées ignorent. Et ma belle-maman, qui nous écoutait d'une oreille dans la pièce voisine, ajoute : "Tu sais, je n'en savais pas autant à la veille de mon premier accouchement !".

17 janvier 2011

Dialogue

Je me souviens comme je t'ai attendu.

Comme on attend toujours, tous, peut-être - comme une femme de marin sur la grève, ou comme le prisonnier la fin d'une longue peine...

J'avais pensé que tu serais celui qui me consolerait.

Peut-être est-ce toujours ce que nous attendons, de chaque amour - une tendresse qui ne se démente pas, une consolation qui aussi profonde qu'elle semble, ne peut pourtant donner au présent ce qui ne l'a pas été au passé ?

Tu me consolerais du sentiment déchirant de se savoir en vie et pourtant que de passage. Tu me consolerais de ce que la vie ne soit qu'une insupportable succession de pertes. De ce que rien ne dure et que tout s'efface. De ce qu'on s'efface.

Oui. Il manque cependant l'autre face, de la perte...

Depuis une dizaine d'années a passé. Ma vie n'est plus la même. J'éprouve pourtant toujours au fond de moi, comme un sanglot que je cache à tous, le même besoin de consolation.

Blessure identique. Un sanglot caché, oui. Parfois même, oublié. Retrouvé dans le soir qui tombe, le dimanche qui s'achève, la gorge soudain nouée sans raison.

Mais je crois avoir compris que personne, jamais, ne pourra me consoler. On devrait peut-être apprendre aux enfants qu'on reste à jamais inconsolable.

Parole d'adulte, qui me fut offerte, il y a quelques années : il n'y a que les enfants, qui sont inconsolables... Nos peines inconsolables sont celles d'autrefois. Celles d'aujourd'hui, nous avons en nous les ressources pour les traverser. Toujours.

Que ça ne sert à rien de chercher ça. Que ça n'existe pas. Que c'est un rêve qui n'existe pas.

Et pourtant - il n'y a rien de plus puissant, de plus dévastateur, de plus précieux que ce rêve - celui qui renaît dans chaque lien d'amour naissant... celui auquel il faut pourtant renoncer pour naître à nouveau.

Laurence Tardieu, Un temps fou & Lulu

14 janvier 2011

Le même regard ?

Bribes d'images furtives, transgressives, haletantes, hallucinées, fragmentaires, tronquées, hors sens, hors syntaxe, flash ! flash ! flash ! Mon regard veut au contraire aller lent et profond, c'est pourquoi je ne me sers jamais de flash, mets toujours un filtre sur la source de lumière pour qu'elle n'éblouisse pas, cherche à faire vibrer l'instantané pour suggérer la durée.

Mon credo : ne photographier que ce que je me sens capable d'aimer. Que mon regard
soit cet amour, toujours. Rien d'autre.

Nancy Huston, Infrarouge

Un autre petit garçon

Arrivé à 7 ans du Mali. Chez un père (?) qu'il ne connaissait pas, ou à peine. Dans l'espoir de ses parents qu'il ait "une vie belle", selon ses propres dires. Mais... le père, en situation irrégulière, travaille le soir et la nuit - sans protection sociale aucune, évidemment. Un père à la main trop leste, qui lui fait porter la responsabilité de ses difficultés - le retrait du permis de séjour, le fait que la mère ne puisse venir sur le sol français, tout cela, mis sur le compte de ses démêlés avec l'école...

Quand il pense à lui laisser quelques euros, le gamin dîne d'un kebab qu'il va se chercher seul - dans un quartier où même les adultes hésitent à se risquer la nuit tombée. Sinon, il va frapper chez les voisins - qui le reçoivent plus ou moins aimablement... Sympathise avec d'autres enfants en errance. Vient à l'école quand il a le temps, mais il n'en supporte quère les contraintes. Vole à l'étalage - cf Un petit garçon. Un enfant intelligent, souriant, trilingue français-bambara-soninké. Qui appelle encore sa mère, là-bas au Mali, mais de moins en moins - "ça ne sert à rien", dit-il. A quoi bon en effet - si c'est pour dire ce qu'il est supposé dire - que tout va bien, qu'il travaille bien en classe, que son espoir d'une vie meilleure ne sera pas déçu ?

13 janvier 2011

Lyrique

Bastille, générale de Madame Butterfly : déjà, c'est un bonheur - et un privilège. Premier rang deuxième balcon : impression de plonger dans la fosse d'orchestre, et première émotion quand l'orchestre s'installe, s'accorde - ensuite, à l'ouverture. Mise en scène épurée (Bob Wilson), puissance émotionnelle du chant - allez savoir où l'opéra nous accroche, qu'on en soit féru ou simplement amateur occasionnel... Toujours est-il qu'en sortant, j'avais l'impression d'avoir voyagé dans un autre monde.

Pour dire quelque chose de cette émotion, il faudrait parler aussi je crois des souvenirs d'opéra - liés à mon père et à ma grand-mère, des réminiscences de cinéma - La Bohême dans Eclair de lune - et la Traviata - évidemment ! - dans Pretty woman, la Flûte enchantée filmée par Bergman, de ma voisine qui pleurait à chaudes larmes (que lui rappelait, à elle, Madame Butterfly ?), des caprices de diva du metteur en scène pour les décors et les costumes, du petit garçon Dolore, et de la statue de Nikki de Saint-Phalle et Tinguely en sortant...

11 janvier 2011

Et le silence est d'or

Je suis parfois saturée de la souffrance et de la folie d'autrui - mais il suffit souvent d'un entretien pour me rendre la flamme, me redonner l'envie. Ai reçu en fin de matinée un couple assez sérieusement déglingué - individuellement et dans la relation, elle logorrhéique, destructrice, et relativement hors réalité - lui presque mutique, déjà ailleurs. Et puis, il y a eu ce petit moment de grâce où l'homme - un grand black placide mais un peu inquiétant, a profité de l'espace que je lui ouvrais pour prendre la parole, au sens fort du terme.

Une parole pleine, habitée, posée, pour dire, voilà, ça je ne te l'ai jamais dit, et exprimer une souffrance profonde, qui lui a arraché des larmes - ce qui ne doit pas lui arriver souvent - quant à sa place dans sa famille d'origine, garante pour lui de sa valeur personnelle, et la façon dont il avait le sentiment que sa compagne s'y était attaquée.

S'en est suivi un silence d'une densité remarquable - d'un seul coup, la machine à griefs s'était arrêtée, chacun enfin seul avec lui-même plutôt que dans une lutte à mort - et peut-être, peut-être, avec une chance de considérer enfin la souffrance de l'autre...

10 janvier 2011

Un petit garçon

...et un document adressé au collège, dans l'espoir de donner à penser, infléchir, peut-être, le cours des choses ?

Je connais B. depuis l’année dernière, quand il ne posait encore que des problèmes mineurs – résultats insuffisants, difficultés de comportement et agitation dont il disait que c’était parce qu’il ne comprenait pas et se sentait incapable de rattraper ses lacunes. C’était encore un petit garçon, triste et désabusé mais ouvert au dialogue, quoique pas très mûr pour son âge.

En novembre 2009, j’ai rencontré le père, qui semblait attentif mais un peu dépassé par le fait d’élever seul ses deux garçons (le frère aîné de B. ne présente cependant pas les mêmes problèmes). Il a alors donné des éléments essentiels pour comprendre la trajectoire de son fils.

Les parents étaient officiellement séparés mais la mère était encore au domicile familial car dans l’incapacité de se prendre en charge (souffrance psychique grave ayant entraîné des hospitalisations répétées, tentatives de suicide, dégradations dans l’appartement). L’histoire de B. a été rythmée depuis sa naissance par les apparitions et disparitions de sa mère, aujourd’hui hébergée par sa famille en Algérie.

Une présentation en équipe pluridisciplinaire a été faite, l’équipe a ensuite pris contact avec le père en vue de proposer des appuis éducatifs et un suivi au CMPP, qui semblait impératif. Le père a décliné la première proposition et fait échouer la deuxième, au motif qu’il ne pourrait pas conduire B. aux séances (alors que l'équipe pouvait en assurer les conduites).

J’ai eu M. H. plusieurs fois au téléphone et ai constaté le durcissement de sa position et sa fermeture progressive au dialogue, les seules actions envisagées étant du côté de la privation de tous les espaces de loisirs ou de plaisir partagé, le centrage exclusif sur la question du scolaire, et je pense – bien que B. ne l’ai pas confirmé, peut-être de la violence physique – psychique en tout cas c’est certain (dévalorisation constante). Je trouve touchant que ce soi-disant délinquant ait utilisé l'argent de son larcin pour s'offrir... une paire de rollers d'occasion, pour aller jouer sur la rampe avec les garçons de son âge.

Le virage de B. vers des comportements qui vont à leur tour se durcissant ne m’étonne pas. Les conduites de vol sont par ailleurs très symptomatiques des enfants carencés affectivement (un des spécialistes de la question signale que les enfants voleurs sont cependant ceux qui n’ont pas perdu tout espoir de trouver une réponse adulte adéquate).

Il faut bien entendu sanctionner le vol de l’enveloppe – de façon juste et équilibrée. Exclure définitivement un élève déjà sur le chemin d’une auto-exclusion et d’un glissement vers des conduites qui peuvent effectivement devenir délinquantes me semble regrettable, d’autant que B. est encore accessible à des mesures d’accompagnement – si tant est que le père puisse y être associé.

Je ne sais pas, si l'exclusion sera évitée, ou tout au moins suspendue. Mais je sais l'importance de recevoir des retours comme celui-là :
Bravo du travail que tu fais, ta force c'est toute l'énergie que tu mets dans tes écrits. Le monde appartient à ceux qui savent lire et écrire... Si le monde doit s'effondrer je sais qu'il tiendra encore en ces quelques signes inscrits sur du papier.

09 janvier 2011

Reconnaissance

Ca reste gravé au plus profond de vous, dans un endroit très secret que vous êtes la seule à connaître, un endroit qui parfois vous fait du mal, parfois du bien. Ca dépend des jours. Ca dépend de la mélancolie des jours (...).

Les vies sont si fragiles, si incertaines. On croit parfois leurs fondations solides, on s'émerveille du chemin parcouru, puis, comme ça, soudainement, pour un éblouissement, elles volent en éclats, se fracassent contre un rêve. Qui peut se prémunir de ça ? Qui peut se croire assez fort pour ne jamais chuter, pour ne pas désirer céder à ce qui instant l'a fait défaillir (...)?

...je me sens pourtant si proche de cette enfant un peu perdue, un peu effrayée, qui tout à coup pour un rien, pour un peu de blanc, un peu de féérie, est rendue à la vie. Je me demande s'il en est de même pour les autres, si toutes les vies n'ont pas besoin de se laisser griser pour se délivrer de la peur, l'espace de quelques instants du moins, pour savoir qu'elles sont au monde, vibrantes, éphémères, magnifiques.

Laurence Tardieu, Un temps fou

Je ne sais pas encore comment ce livre se poursuit. Mais j'en ai lu assez pour en reconnaître la petite musique, qui est celle qui m'habite aussi - une écriture qui cherche à retenir ce qui nous glisse entre les doigts, à cerner l'invisible. Une écriture vacillante et volontaire, au plus près de ce nous ce que nous sommes : vibrants, éphémères, magnifiques.

Cours !

Ok, je n'achète pas de fourrures, mais porte des chaussures de cuir. Et nous avions mangé la veille, sans culpabilité aucune, un délicieux gigot d'agneau. Mais... quand nous avons vu traverser devant la voiture et deux chasseurs postés sur le bord de la route (je croyais que c'était interdit, si près de la circulation ?) un chevreuil affolé, nous n'avons pas pu nous empêcher - voiture arrêtée, histoire de ne pas se prendre une balle perdue - de l'encourager. "Cours ! Cours ! Cours !". Deux balles, manqué : le chevreuil a rejoint le bosquet au bout du champ. Oeil mauvais des chasseurs, jubilation des enfants !

06 janvier 2011

Le coeur sur la main

Il était une fois, un homme qui avait le coeur sur la main. Cette particularité le gênait beaucoup. Il avait peur du ridicule. Quand quelqu'un approchait, plutôt que de tendre la main pour dire bonjour, il la cachait derrière son dos et les gens trouvaient ça louche (...) et les railleries le ramenaient sur terre, où son coeur de géant l'empêchait de marcher. Quelquefois, il avait le coeur si gros et si lourd qu'il ne savait plus comment le dissimuler. Alors, il faisait le pitre, il le mettait sous sa chemise et il disait : - Oh, regardez ! j'ai un gros ventre ! Ca faisait rire ses collègues, mais ce n'est pas vraiment ce qu'il cherchait.

Et puis l'homme fait une rencontre :

- Tu as peur du ridicule. Pourtant il existe un endroit où tu ne le seras pas et où ton coeur sera un outil merveilleux. C'est endroit, c'est la scène.

Et c'est ce qu'il fit. D'ailleurs, vous pouvez le voir ici !

Bien fait !

Ai fait la surprise à Léo d'aller le chercher au collège. Pas à la grille devant les potes, hein (sympa la mère) - un peu plus loin. Réaction du fils indigne :
- T'es qui toi ?
- Je suis la dame qui est venue t'offrir un Panini Nutella.
- Ouais ça m'va !
- On t'a jamais dit qu'il ne fallait pas accepter ce genre de propositions ???

01 janvier 2011

...and a happy New Year

Un réveillon qui s'annonçait plein de charme, et qui le fut - rencontre imprévue de gens issus d'horizons très différents, mais dans la même simplicité de coeur. Un repas exquis, des enfants presque parfaits (les nôtres se tiennent si bien... chez les autres), et un petit cadeau d'invités "spécial Parisiennes-qui-assument-de-l'être", la petite médaille 2011 made by Merci.

Le lendemain, journée exceptionnelle au Musée des Arts Forains - nous étions partis pour deux heures et y avons passé la journée, car le lieu, déjà remarquable (attractions anciennes, manèges de chevaux de bois), était animé pendant les vacances par des artistes divers, clowns, magiciens, jongleurs...

31 décembre 2010

I wish you a merry Christmas...

Un Noël en Alsace, dans des paysages enneigés comme il n'en existe habituellement que sur les cartes de voeux ! Un Noël chaleureux, rythmé par des repas délicieux et de vrais échanges - souvent dans l'intimité de la cuisine, mais aussi, le soir du réveillon, autour d'une jolie discussion sur la façon dont les grands courants spirituels et humanistes se rejoignent. Des frère et soeur aujourd'hui devenus de jeunes adultes - et de chouettes jeunes adultes - comme ils ont grandi depuis notre mariage, dont nous avons revu la vidéo à cette occasion... Bref, Noël 2010, excellent cru.

Dans la foulée, une douce journée jeux de société et confidences au coin du feu, famille de coeur cette fois. Un chiot cocker adorable fraîchement arrivé sur ses papattes maladroites, et, pour clore la journée, Some like it hot en home cinema pour quatre adultes et cinq enfants ravis. Une adaptation de la Flûte Enchantée pour les enfants, inventive et joyeuse. Des hommes et des dieux, enfin - poignant. Revu aussi le superbe Les caprices d'un fleuve, suite à la lecture du Marin à l'ancre de Giraudeau. Des journées flemmardes et joueuses. En bande-son, tous les standards de Noël, d'Ella Fitzgerald à Mariah Carey. Quelques jours de douceur dans un monde de brutes... et ce soir, un réveillon improbable mais qui s'annonce plein de charme.

27 décembre 2010

Alzheimer

Les familles, les soignants, se rassurent ainsi : il ou elle est perdu dans son monde, ne vous inquiétez pas, et ça vaut mieux comme ça. Une idée bien réconfortante, devant ces établissements remplis de personnes âgées immobiles et silencieuses.

Mais - lorsque nous sommes allés voir ma grand-mère, j'ai eu le sentiment qu'elle me reconnaissait, même si son signe de tête en assentiment à ma question n'est peut-être pas un indice tout à fait suffisant. Et Elsa s'est vue gratifier d'un chaleureux "Bonjour ma chérie !" - juste avant qu'elle ne retombe dans son mutisme.

Lorsque nous lui avons dit au revoir, j'ai eu l'impression de voir son regard perdu se voiler de tristesse, comme si elle avait compris ; et je n'ai pas pu m'empêcher de penser que, si veille quelque part en chaque être un autre niveau de conscience que celui du corps épuisé, elle savait peut-être, comme moi, que cet au revoir pouvait être le dernier...

25 décembre 2010

Noël au balcon


22 décembre 2010

Beauty tips

Les phrases suivantes ont été écrites par Audrey Hepburn, que l'on avait interrogée sur ses secrets de beauté.

1. For attractive lips, speak only words of kindness.
2. For beautiful eyes, look for the good in others.
3. For a slim figure, share your food with the hungry.
4. To have a beautiful hair, let a little boy or girl stroke it at least once a day.
5. For poise, walk with the knowledge you never walk alone.
6. People, even more than things, have to be restored, renewed, revived, reclaimed and redeemed : never throw out anyone.
7. Remember, if you ever need a helping hand, it's at the end of your arm. As you get older, remember you have another hand : the first is to help yourself, the second is to help the others.
8. A woman's true beauty is not in her figure, in the way she dresses, in the clothes she wears, or in the way she does her hair. A woman's beauty is seen in her eyes, because they are the window to her soul, the place where love dwells.
9. The beauty of a woman is not on superficial fashions. A woman's true beauty is reflected in her soul. In her kindness and loving care, and in the passion she shows.
10. A woman's true beauty increases with years.

A l'opposé...

...de ce qui précède en termes de prise en compte de l'humain et de la relation dans le soin, il y a ce vieux médecin, qui, interrogé par une femme enceinte sur l'hygiène alimentaire et les compléments nutritionnels (notamment la supplémentation en fer et en acide folique, aux conséquences potentiellement sérieuses), l'a renvoyée vers... Google. Idem pour les informations sur les médicaments (n'importe qui peut accéder en ligne au Vidal - hélas). Et de blaguer en disant qu'il a inversé la proposition : Don't ask Google, ask me. S'il en est fier...