22 mars 2011

L'amande

Ca s'appelle L'amande. Un roman érotique écrit sous pseudo par une femme musulmane, qui se donne pour tâche de redonner aux femmes la parole confisquée par les hommes, de rendre hommage à l'ancienne civilisation arabe qui, écrit-elle, inscrivait le désir jusque dans l'architecture et pour qui jouir et faire jouir était un devoir du croyant. Elle ajoute que rendre aux femmes la parole sur le corps, c'est à moitié guérir leurs hommes.

Magnifique projet... et belle intuition – que la guérison des femmes ne pourra passer que par celle des hommes, et réciproquement.

Le livre est cependant loin de tenir cette belle promesse : un homme initiateur, inoubliable, follement séduisant autant que follement maltraitant – une femme victime, jouissant malgré – ou à travers (et cette ambiguïté invalide la promesse initiale) ce statut de victime, mais qui le fera payer au prix fort, et dans tous les sens du terme, à la gent masculine...

Pour voir au quotidien les ravages pour les femmes comme pour les hommes de cette confiscation de la parole et de la liberté féminines, je rêverais pour ma part d'un roman de la réconciliation, D'une « Parole de femme » musulmane, transgressive et heureuse, transgressive parce qu'heureuse. Et plus encore, d'une parole d'homme, qui oserait dire ce que signifie grandir dans un monde qui pousse jusqu'au délire la dichotomie entre la maman et la putain, qui oserait dire le prix à payer de l'ignorance du corps de l'autre et ce qu'elle engendre de troubles de la sexualité, qui oserait dire la frustration imposée, et la violence inévitable et malheureuse.

Une parole de femme qui ne serait ni victime ni manipulatrice, une parole d'homme qui ne serait ni agresseur ni par principe dénué de coeur – un livre qui resterait à écrire...

18 mars 2011

Stade du miroir

Je lis toujours avec bonheur les poèmes affichés dans les rames ou sur les quais du métro (un peu de poésie dans ce monde de brutes). Ce matin, peut-être parce que je lis en ce moment sur la construction précoce de l'identité dans le regard de la mère, celui-là m'a frappé par son intuitive pertinence clinique : Devant la mer, j'ai besoin que tu aies un visage pour savoir où je suis.

16 mars 2011

L'hôpital et la charité

Mon ami Sarkozy est devenu fou, estime le colonel Khadafi. Commentaire de lecteur sur le site de Libé : Le colonel ne connaissait pas bien son "ami", sinon, il aurait dû établir le même diagnostic depuis longtemps.

Tout bouge autour de moi

On n'a pas idée de ce qui nous attend dans les prochaines années. Les gens, comme les maisons, se situent dans trois catégories : ceux qui sont morts, ceux qui sont gravement blessés, et ceux qui sont profondément fissurés à l'intérieur et qui ne le savent pas encore. Ces derniers sont les plus inquiétants. Le corps va continuer un moment avant de tomber en morceaux un beau jour. Brutalement. Sans un cri. Car ils auront refoulé à l'intérieur d'eux tous les cris. Ils risquent d'imploser un jour. En attendant, ils donnent l'image d'une personne en parfaite santé. Une sorte de bonhomie alliée à une grande énergie. Un bonheur qui vient du fait d'avoir frôlé la mort.

Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi. Magnifique livre sur le séisme... en Haïti.

Trésor

Je bouquine au lit, Elsa vient m'offrir un fil de nylon sur lequel sont enfilés un petit coeur, une étoile et un papillon en verroterie.

- Mais, ce sont des perles de ton trésor ? lui-dis-je, un peu étonnée (car le dit trésor est dans une cachette que seule Elsa connaît).
- Mais c'est parce que tu fais partie de mon trésor ! me répond-elle très sérieusement. Seulement, tu ne peux pas tenir toute entière dans un coffret !

14 mars 2011

Pile et face

Coté face : le marshall de True Grit (suis tombée instantanément amoureuse de Jeff Bridges, même si je pense que je préfèrerais l'original, moins bavard semble-t-il), le roi du Discours (joli film sur l'alliance thérapeutique) et le sauvageon de la Permission de minuit (remarquable de justesse et d'émotion contenue ; bonheur compte double : partager avec les enfants un film destiné aux adultes, et les sentir émus, pensifs, concernés).

Le merveilleux portrait de femme libre de Toute une histoire - chez Actes Sud. Un des meilleurs, et plus jolis bouquins que j'aie lu ces derniers temps. Une recommandation spéciale 8 mars !

Un concert de Jamait - voix bouleversante et textes rares ; pour les suberbes Mains de femmes, Quitte-moi et Dimanche (caresse-moi), le malicieux Les deux amants, et le revigorant OK tu t'en vas.

Une trop bonne adresse à partager entre gourmands gourmets : Les Papilles (le menu dégustation, qui change chaque jour avec le marché, est à tomber par terre... réservation indispensable).

Un déjeuner de famille... sans la famille ! Enfin, sans la nôtre... pour un premier anniversaire. C'est bien aussi, ce plaisir du repas partagé sans les agacements historiques, juste le plaisir d'être ensemble.

Et... côté pile ? Des liens de coeur bousculés, essentiels pourtant ; des histoires de patients, tragiques ou émouvantes (il m'a semblé cette semaine que les femmes payaient un tribut particulièrement lourd à la souffrance - mais bien sûr, le lieu où je travaille appelle ces histoires complexes de féminité, de sexualité et de maternité)... des moments ces derniers temps où je me sens dépassée par les enfants et notamment par l'effronterie grandissante d'Elsa - prix d'une complicité affectueuse trop peu distanciée ? toujours est-il qu'il y a un immense désarroi à me sentir épuisée sur tous les fronts... et à payer le prix d'une angoisse diffuse mais récurrente, qui me serre alternativement la gorge et le coeur, bouscule mes nuits, sans que je puisse la nommer tout à fait - ni dire ce qui appartient aux intermittences du coeur, à ces entretiens dont je ne sors pas forcément indemne (et le jour où ce sera le cas, il sera temps que je pense à faire autre chose), ou encore à ..?

Doublure

Ce blog a l'âge de raison. Sept ans d'instantanés, de portraits esquissés, de mots d'enfants, de lectures, de films et de musiques à partager. Sept ans sans jamais plus de quelques jours sans quelques lignes. Une histoire de fous, au regard des blogs qui s'ouvrent chaque jour et disparaissent tout aussi vite...

Et depuis deux semaines... une question insistante, qui a, momentanément je pense, arrêté l'écriture : pourquoi écrire ? Pourquoi continuer - ou pourquoi ne pas arrêter ? Pourquoi, je le sais... la première version s'appelait la Boîte à Bonheur. Et mon souhait alors, était d'exercer mon regard - de trouver chaque jour, quelle qu'ait été la journée, un petit trésor à garder, un petit bonheur qui serait autrement passé inaperçu. Avec le temps, la Boîte à Bonheur devenue Care Box est devenue aussi un album de souvenirs doublement précieux : ceux qui y sont épinglés (j'aime bien cette image de l'épingle, du bâti, de l'atelier, de quelque chose d'un work in progress), et ceux que j'y retrouve entre les lignes, et qui font de la Care Box cet espace sur la frontière entre l'intime et le secret.

Sur l'envers de ce patchwork, visible dans la doublure pour peu que l'on y soit un peu attentif, il y a donc aussi la face cachée de la Lu - une mélancolie discrète au coeur de chaque instant de bonheur, et ce besoin de retenir l'instant précisément parce que je le ressens toujours comme menacé et fragile - une conscience de la perte toujours possible, et d'une certaine façon toujours certaine, qui me suit depuis l'enfance.

David me faisait remarquer hier qu'il me sentait plus touchée par les information sur le tremblement de terre au Japon que par les autres drames humains - politiques, militaires, sanitaires, qui frappent actuellement la planète. C'est vrai... il y a quelque chose de l'invraisemblable fragilité de nos vies et de l'irrémédiable, et aussi, la dignité des populations, qui m'accroche et me retient là.

Au regard des ces événements, la Care Box apparaît à la fois comme un exercice bien narcissique (pourquoi continuer à écrire ?), et pourtant sans doute essentiel pour moi - pour les mêmes raisons... mon propre petit barrage contre le Pacifique - une réponse minuscule à ce sentiment de la fragilité humaine.

02 mars 2011

Au coeur, extrait

Depuis aussi loin que je me souvienne, mon moteur c’est le lien, la rencontre, l’émotion et l’échange. Je ne sais pas faire autrement. Ni sans la liberté que cela suppose. Je ne sais pas si c’est bien ou mal – mais je sais que c’est… et que je suis comme ça. Eteinte sans ça. Et, comme disait un homme que j’ai beaucoup aimé, il vaut mieux être allumé(e) qu’éteint. Je n’ai plus de jugement là-dessus, ni l’espoir d’une hypothétique guérison ? maturité ? qui ferait que par je ne sais quel miracle je me contenterais de rester à ma place, et d’espérer un petit bonheur raisonnable si je suis bien sage.

Mais alors ? Alors ?

Alors "peut-être faut-il l'accepter tout simplement cette complexité, et d'en être heureuse et/ou malheureuse, et de partager cela avec l(es) autre(s) concerné(s)." Oui. Peut-être en effet n'y a-t-il rien d'autre à faire. Et aussi - ne pas oublier de respirer.

La grâce d'être fragile

Nous sommes des hommes de guerre,
Nés pour combattre

Nous heurtant, nous abîmant
La guerre est une mise en abîme

Nous sommes des êtres de verre,

Nés sous le signe de la fragilité
Nous cassant, nous brisant,

Mourant chaque jour

Nous sommes errants

Terrorisés, dociles,
Et pourtant émouvants, subtils
La grâce d'être fragile

Alain Delourme, été 2006

28 février 2011

Prague, quatre jours d'escale

...tout a été dit je pense, sur cette ville magnifique, musée d'architecture en plein air ( c'est Rilke qui dit ça je crois - ou Apollinaire ?..), dans les petites rues de laquelle il fait bon se perdre. Dans mon album du coeur - cet album invisible mais si précieux, qu'en restera-t-il ?

La soirée à l'Opéra - très démocratique là-bas, pour une émouvante Traviata (aussi pour la fête bohême du 2ème acte, d'une sensualité... inattendue ; et pour le cosaque à barbe et longs cheveux de la baraque à crêpes, juste après, qui écoutait lui aussi... de l'opéra - le même, d'ailleurs : Libiamo...).

Une initiation au snooker au Café Louvre (pour l'émotion fragile avant, et aussi, les journaux européens annonçant une nouvelle chute de dictature dans le monde arabe, celle de la Libye).

Une visite guidée franco-espagnole du quartier juif (pour le mémorial et les dessins d'enfants de la synagogue Pinkas, et le vieux cimetière, à l'atmosphère incroyablement habitée).

Le Pont Charles la nuit, le Pont Charles le jour, désert ou grouillant de touristes, par grand froid ou réchauffé d'un beau soleil...

La Maison Municipale, délire Art Déco qui n'est pas sans rappeler la Casa Batllo à Barcelone, pour ses incroyables détails qui font appel à tous les métiers de l'artisanat : ferronerie, verrerie, céramique, menuiserie.

Les bières locales, le goulasch épicé et brûlant, les cafés 1900 magnifiquement restaurés qui offrent de petites haltes bienvenues aux promeneurs fatigués (et un peu frigorifiés il faut bien le dire).

Le musée Mucha, dont l'histoire est si étroitement liée à l'avénement d'une nation tchèque indépendante - ce qui est presque un pléonasme, compte tenu de l'histoire du pays : hussites s'élevant contre les catholiques avant l'avènement du protestantisme, nobles moldaves en rébellion contre l'empire austro-hongrois, peuple portant démocratiquement les communistes au pouvoir avant de les contester activement puis de les renverser sans violence - la "Révolution de velours" dès décembre 1989...

20 février 2011

Lu, vu, entendu

Déshabillez-mots : sur scène, les deux comédiennes chroniqueuses de France Inter interviewent tour à tour le viril Déclic, la redoutable Décision, la pénible Pusillanimité, et même le charmant Onanisme - pour finir par une sensuelle déclaration d'amour à la Lecture.

Au cinéma, Sex friends (le titre original était meilleur, No strings attached), parfait film de filles pour la Saint-Valentin, soulève cette intéressante question : peut-on vraiment n'être que sex friends (et le rester) ? La réponse est attendue - c'est une comédie romantique, mais la question demeure.

(Ah, et je crois qu'il faut arrêter de faire semblant de mépriser ladite Saint-Valentin : le 14 et le 15, je n'ai pas un(e) patient(e) qui n'ait pas mentionné ce qu'il/elle avait fait, pas fait, souhaité, redouté, reçu, offert...)

Le livre des brèves amours éternelles
(quel titre magnifique...) tient ses promesses (voir post Retenir) - face aux grandes utopies ou aux grands drames humains (ici, ceux de la Russie d'avant la chute du Mur), un éloge de l'instant, du fugace et du don...

Enfin vu les Monologues du vagin ! Jubilatoire, émouvant, sensuel, drôle et tragique à la fois... Tout y passe, les poils, un hilarant "atelier du vagin", l'excision, les premières règles, toute la gamme (!) des gémissements, le viol, la naissance, et les questions indiscrètes : et si votre vagin portait un vêtement, lequel serait-ce ? Et s'il pouvait parler, en deux mots, que dirait-il ? Le plus émouvant peut-être, cette parole de femme qui témoigne de sa réconciliation avec cette partie de son corps si secrète, intime, dissimulée, parce qu'un homme a su prendre le temps de la regarder là...

Le meilleur remède...

... au post Presque rien ?

Ne me dites pas qu'à peine éclose
La fleur de l'âge se flétrit
Je vis avec ce genre de rose
Au parfum tout juste fleuri

Le temps qu'il a mis à figer
Sur son regard quelques ridules
D'autres ont tenté de les cacher
En maquillage ridicule

Bien sûr la jeunesse suppose
Quelques atouts innocents
Qui font que le regard qu'on pose
Sur elle semble vite indécent

La facilité qu'une jupe
A de se lever me ravit
Mais voilà je ne suis pas dupe
De ces fausses facéties

Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Et dont je suis l'amant
Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Mmmh

Les filles de papier glacé
A peine au sortir de l'enfance
Viennent tout juste éveiller
Le plus sensible de mes sens

Elles ont pourtant la fraude habile
Dans leur refus d'être des mômes
Et trompent les yeux les plus subtils
De leur sensualité fantôme

Mais être une femme suppose
Bien d'autres arguments
Que ceux que ces filles exposent
Inexorablement

Si ton corps galbe cette jupe
C'est mon regard que tu ravis
Mon âme que tu préoccupes
Et mon corps qui crie merci

Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Et dont je suis l'amant
Ne cherche pas à vouloir
Arrêter le temps
J'aime la beauté dont il te pare
Mmmh...

Yves Jamait

Presque rien

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien... (Barbara)

Chez la longue dame brune, c'est le mal de vivre ; et chez moi, depuis quelques temps, c'est presque rien aussi – des rondeurs qui s'installent, deux ou trois bobos inattendus, une ligne de menton un peu moins nette, quelques cheveux blancs, des cernes qu'une bonne nuit de sommeil n'efface plus...

Rien que de très normal, rien d'affolant non plus – j'ai conscience de ce luxe inouï, habiter un corps qui bouge, parle, danse, nage, respire, jouit, bref, vit, à ce jour sans douleur – tout simplement vit. Mais d'où me vient alors, cette envie d'appeler au secours ?

16 février 2011

Humilité

Accepter de ne pas comprendre. Et d’offrir à celui ou celle qui parle cette capacité à ne pas savoir ensemble – partager un espace d’impuissance, humanisé d’être partagé. Pressentir que quelque chose est à l’œuvre, qui ne se laissera pas saisir comme cela - et que ce n’est peut-être ni le lieu ni le moment - ou déjà le lieu, mais pas encore le moment.

Ou bien - comprendre et n'en rien dire, laisser cet autre qui parle suivre son propre chemin, qui conduira peut-être vers de toutes autres issues, inédites - accepter, jusqu'à un certain point, de se laisser modeler par son attente...

Cette femme qui souffre depuis des mois d’une "relation" qu'elle désigne de ce nom mais qui n’existe que dans ses rêves – non que cet homme n’existe pas, mais elle n’a (ni n’a eu) d’autre contact avec lui que des textos épisodiques et banals.

Cette autre qui pleure de renoncer à une grossesse non désirée d’un compagnon qu’elle n’aime pas – sans vouloir ou pouvoir dire quoi que ce soit de ce chagrin.

Cette autre encore qui s’étonne qu’à l’annonce d’une grossesse imprévue, son très sporadique amant ne lui dise pas simplement « fais ce que tu veux, ça m’est égal… » - comme si l’annonce d’une paternité possible était un non-événement, et l’embryon une réalité simplement biologique qui ne concerne qu’elle seule (alors même qu’elle n’a pas de désir d’enfant très défini, ni ne se projette dans un avenir où cet enfant semble avoir la moindre réalité).

Cet homme qui revient à quelques mois de distance après un unique rendez-vous, dépose un récit de rêve trop transparent pour le prendre au pied de la lettre, et repart sans vouloir reprendre date.

Cet autre qui ne vient que pour faire le compte-rendu de l’avancement de ce qu’il appelle « ses dossiers » - une enfance violente et malheureuse, des prises de risques aux conséquences graves, un deuil à venir et… son projet d’arrêt du tabac – le tout traité avec la même impassibilité, et de manière à ne laisser aucun espace à la question, à l’émotion, au vacillement qui pourraient surgir…

Et tant d'autres encore...

11 février 2011

Petits drôles

Gaïa : - C'est quoi ton signe biologique ?
Elsa : - ???
Gaïa : - Ben, oui, ton signe de l'espace ! Moi, je suis Jumeaux !

Nous regardons une vieille version de Michel Strogoff. Le héros (acteur inconnu au bataillon, pas de la première jeunesse et relativement corpulent) apparaît.
Lulu : Ah bah j'suis déçue, je m'attendais à un jeune premier !
Léo, toujours aussi sarcastique : - Ben tu vois, c'est un vieux dernier...

05 février 2011

Retenir

"Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes (...). Cette obsession de la durée nous fait manquer tant de paradis fugaces (...). Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder."

Andreï Makine, Le livre des brèves amours éternelles

03 février 2011

Diagnostic

N'est pas dépressif celui qui peut rire de ce qui le fait pleurer.
(Copyright David)

31 janvier 2011

Délicieux enfants

Elsa pinaille devant sa galette oeuf-fromage (faut le faire, quand même !)
Lulu à David : - Je peux la passer par la fenêtre, tu crois ?
Elsa, pleine d'espoir : - La crêpe ?
Léo, coup d'oeil torve à sa soeur : - Nan, la quiche...

Léo : - Maman, tu sais, des fois j'ai des bonnes notes, et des fois non ? Eh bien, dans ma classe, il y a un garçon, il PLEURE quand il peut pas faire un devoir, même quand ce n'est pas noté. Et la fille qui a presque tout le temps des 18, l'autre jour, elle a eu un 12, et elle a pleuré pendant UNE heure !
Lulu : - Oui, et alors, tu veux me faire passer un message, là ?
Léo, avec un grand sourire : - Ben oui, hein, tu vois, MOI, je suis pas monomaniaque :-) !

30 janvier 2011

Rébus

...laissé par la Zaza sur le tableau de son papa...



Blague à Léo

- Que fait une fraise sur un cheval ?
- Tagada !

24 janvier 2011

Chiffons & secrets

Depuis Zélia et ses robes de rêve, Elsa veut devenir styliste. Lit mes ELLE aux toilettes. Commente les pages de mode et les photos de défilés - parfois avec une certaine pertinence, d'ailleurs. Alors, samedi, nous sommes allées toutes les deux voir l'expo Haute Couture 1990-2000 au Musée des Arts Décoratifs. Un moment entre filles, à commenter ce que nous aimions ou pas, et pourquoi - et pour moi, le plaisir d'expliquer certains aspects du métier, la façon dont les créateurs peuvent s'inspirer d'une époque, d'un tableau, d'un livre, ou encore de chercher façon jeu de piste, dans une même vitrine, ce qui fait le style, la "patte" de tel ou tel créateur...

Perplexes devant les créations expérimentales (Helmut Lang ou Watanabe), émerveillées par les incontournables (Lacroix, Alexander Mac Queen, Lagerfeld pour Chanel), et plus partagées pour d'autres - pour ma part, je suis complètement sous le charme des créations d'E2 et de Yohji Yamamoto. Mais je crois que celui dont Elsa est réellement tombée amoureuse n'était pas un de ces grands artistes... mais cet effectivement très mignon étudiant en architecture (beaux yeux bruns aux longs cils, petit bouc et longs cheveux) en train de crayonner un modèle de Viktor & Rolf.

Je suis encore touchée de sa confiance, et de ce moment de complicité, d'un "entre nous" mère et fille, que je n'ai jamais connu, d'un "entre nous" entre cette encore si petite femme à venir et la femme que je suis - quelque chose d'infiniment précieux, et de délicat - un passage sur le fil entre l'ouverture et la retenue, entre le rire et la pudeur...

Je l'entends dire, tu as vu le garçon là-bas, c'est ce genre-là de garçon qui me plaît, je la revois tourner autour et se troubler si visiblement, et me transformer en émissaire, parce que trop intimidée... Je ne sais pas ce qu'Elsa retiendra de l'exposition ; mais elle a réussi à se faire offrir le croquis de ce charmant jeune homme, et je crois qu'elle n'aurait pas pu recevoir de plus beau souvenir - ni moi, de plus jolie marque de confiance.

22 janvier 2011

Le ça-sac


...ou it-bag, en ELLE-langue dans le texte. A moins que ce ne soit, le sac à "ça" ? Celui qui, comme les pochettes de chez Merci, contient "vos désirs, votre eye-liner, vos idées, votre vaporisateur, vos ballerines, votre nuisette, votre amour, votre conscience, votre brosse à dents...". Et aussi, votre téléphone, votre plaquette de pilules, votre carnet secret, vos photos, votre baume à lèvres, vos porte-bonheurs, et j'en passe (que rangez-vous dans le vôtre ?).

Le ça-sac, objet du désir, couteau suisse, trousse de secours et territoire intime - les enfants ne sont pas autorisés à l'ouvrir, et mon homme me demande toujours la permission avant d'y repêcher les clés ou le mouchoir en papier dont il a besoin - délicatesse que j'apprécie.

Mon rêve de soldes, c'était donc... ça : un nouveau ça-sac. Aucune idée de la marque ou du modèle, mais un cahier des charges conséquent et contradictoire : pas trop grand mais pas trop petit (assez grand pour contenir des documents en A4 ou les bouquins que je balade partout avec moi, mais pas cabas à légumes), idéalement à géométrie variable donc, un peu cartable mais moins carré dans les coins, pas trop élégant mais suffisamment pour que je puisse le sortir le soir, pas fragile (car je transporte encore parfois des goûters, des bouteilles d'eau et des feutres) mais dans une belle matière, portable à la main, à l'épaule ET en bandoulière (pour ne pas me le faire piquer dans le panier du Vélib'), avec un tas de petites poches accessibles (pour ne pas devoir le retourner pour y retrouver les petits objets du quotidien) et des détails sympas.

Ce trop-beau-sac-trop-beau existe, je l'ai rencontré (en mieux : last but not least, il a un petit miroir intégré à l'intérieur de la poche extérieure). Je n'ai pas dormi avec la première nuit, mais presque... :-)

18 janvier 2011

Générations

Elsa a des questions sur les ateliers "vie affective et sexuelle" que j'anime parfois dans les établissements scolaires. De fil en aiguille, je me retrouve à expliquer - en version très allégée, comment sont faites les filles, et les garçons, et puis les règles, l'accouchement, et puis le préservatif... Elsa est ravie, pose beaucoup de - très bonnes - questions, et me remercie spontanément à la fin de notre échange, toute fière de savoir ce que - lui dis-je - beaucoup de filles plus âgées ignorent. Et ma belle-maman, qui nous écoutait d'une oreille dans la pièce voisine, ajoute : "Tu sais, je n'en savais pas autant à la veille de mon premier accouchement !".

17 janvier 2011

Dialogue

Je me souviens comme je t'ai attendu.

Comme on attend toujours, tous, peut-être - comme une femme de marin sur la grève, ou comme le prisonnier la fin d'une longue peine...

J'avais pensé que tu serais celui qui me consolerait.

Peut-être est-ce toujours ce que nous attendons, de chaque amour - une tendresse qui ne se démente pas, une consolation qui aussi profonde qu'elle semble, ne peut pourtant donner au présent ce qui ne l'a pas été au passé ?

Tu me consolerais du sentiment déchirant de se savoir en vie et pourtant que de passage. Tu me consolerais de ce que la vie ne soit qu'une insupportable succession de pertes. De ce que rien ne dure et que tout s'efface. De ce qu'on s'efface.

Oui. Il manque cependant l'autre face, de la perte...

Depuis une dizaine d'années a passé. Ma vie n'est plus la même. J'éprouve pourtant toujours au fond de moi, comme un sanglot que je cache à tous, le même besoin de consolation.

Blessure identique. Un sanglot caché, oui. Parfois même, oublié. Retrouvé dans le soir qui tombe, le dimanche qui s'achève, la gorge soudain nouée sans raison.

Mais je crois avoir compris que personne, jamais, ne pourra me consoler. On devrait peut-être apprendre aux enfants qu'on reste à jamais inconsolable.

Parole d'adulte, qui me fut offerte, il y a quelques années : il n'y a que les enfants, qui sont inconsolables... Nos peines inconsolables sont celles d'autrefois. Celles d'aujourd'hui, nous avons en nous les ressources pour les traverser. Toujours.

Que ça ne sert à rien de chercher ça. Que ça n'existe pas. Que c'est un rêve qui n'existe pas.

Et pourtant - il n'y a rien de plus puissant, de plus dévastateur, de plus précieux que ce rêve - celui qui renaît dans chaque lien d'amour naissant... celui auquel il faut pourtant renoncer pour naître à nouveau.

Laurence Tardieu, Un temps fou & Lulu

14 janvier 2011

Le même regard ?

Bribes d'images furtives, transgressives, haletantes, hallucinées, fragmentaires, tronquées, hors sens, hors syntaxe, flash ! flash ! flash ! Mon regard veut au contraire aller lent et profond, c'est pourquoi je ne me sers jamais de flash, mets toujours un filtre sur la source de lumière pour qu'elle n'éblouisse pas, cherche à faire vibrer l'instantané pour suggérer la durée.

Mon credo : ne photographier que ce que je me sens capable d'aimer. Que mon regard
soit cet amour, toujours. Rien d'autre.

Nancy Huston, Infrarouge

Un autre petit garçon

Arrivé à 7 ans du Mali. Chez un père (?) qu'il ne connaissait pas, ou à peine. Dans l'espoir de ses parents qu'il ait "une vie belle", selon ses propres dires. Mais... le père, en situation irrégulière, travaille le soir et la nuit - sans protection sociale aucune, évidemment. Un père à la main trop leste, qui lui fait porter la responsabilité de ses difficultés - le retrait du permis de séjour, le fait que la mère ne puisse venir sur le sol français, tout cela, mis sur le compte de ses démêlés avec l'école...

Quand il pense à lui laisser quelques euros, le gamin dîne d'un kebab qu'il va se chercher seul - dans un quartier où même les adultes hésitent à se risquer la nuit tombée. Sinon, il va frapper chez les voisins - qui le reçoivent plus ou moins aimablement... Sympathise avec d'autres enfants en errance. Vient à l'école quand il a le temps, mais il n'en supporte quère les contraintes. Vole à l'étalage - cf Un petit garçon. Un enfant intelligent, souriant, trilingue français-bambara-soninké. Qui appelle encore sa mère, là-bas au Mali, mais de moins en moins - "ça ne sert à rien", dit-il. A quoi bon en effet - si c'est pour dire ce qu'il est supposé dire - que tout va bien, qu'il travaille bien en classe, que son espoir d'une vie meilleure ne sera pas déçu ?

13 janvier 2011

Lyrique

Bastille, générale de Madame Butterfly : déjà, c'est un bonheur - et un privilège. Premier rang deuxième balcon : impression de plonger dans la fosse d'orchestre, et première émotion quand l'orchestre s'installe, s'accorde - ensuite, à l'ouverture. Mise en scène épurée (Bob Wilson), puissance émotionnelle du chant - allez savoir où l'opéra nous accroche, qu'on en soit féru ou simplement amateur occasionnel... Toujours est-il qu'en sortant, j'avais l'impression d'avoir voyagé dans un autre monde.

Pour dire quelque chose de cette émotion, il faudrait parler aussi je crois des souvenirs d'opéra - liés à mon père et à ma grand-mère, des réminiscences de cinéma - La Bohême dans Eclair de lune - et la Traviata - évidemment ! - dans Pretty woman, la Flûte enchantée filmée par Bergman, de ma voisine qui pleurait à chaudes larmes (que lui rappelait, à elle, Madame Butterfly ?), des caprices de diva du metteur en scène pour les décors et les costumes, du petit garçon Dolore, et de la statue de Nikki de Saint-Phalle et Tinguely en sortant...

11 janvier 2011

Et le silence est d'or

Je suis parfois saturée de la souffrance et de la folie d'autrui - mais il suffit souvent d'un entretien pour me rendre la flamme, me redonner l'envie. Ai reçu en fin de matinée un couple assez sérieusement déglingué - individuellement et dans la relation, elle logorrhéique, destructrice, et relativement hors réalité - lui presque mutique, déjà ailleurs. Et puis, il y a eu ce petit moment de grâce où l'homme - un grand black placide mais un peu inquiétant, a profité de l'espace que je lui ouvrais pour prendre la parole, au sens fort du terme.

Une parole pleine, habitée, posée, pour dire, voilà, ça je ne te l'ai jamais dit, et exprimer une souffrance profonde, qui lui a arraché des larmes - ce qui ne doit pas lui arriver souvent - quant à sa place dans sa famille d'origine, garante pour lui de sa valeur personnelle, et la façon dont il avait le sentiment que sa compagne s'y était attaquée.

S'en est suivi un silence d'une densité remarquable - d'un seul coup, la machine à griefs s'était arrêtée, chacun enfin seul avec lui-même plutôt que dans une lutte à mort - et peut-être, peut-être, avec une chance de considérer enfin la souffrance de l'autre...

10 janvier 2011

Un petit garçon

...et un document adressé au collège, dans l'espoir de donner à penser, infléchir, peut-être, le cours des choses ?

Je connais B. depuis l’année dernière, quand il ne posait encore que des problèmes mineurs – résultats insuffisants, difficultés de comportement et agitation dont il disait que c’était parce qu’il ne comprenait pas et se sentait incapable de rattraper ses lacunes. C’était encore un petit garçon, triste et désabusé mais ouvert au dialogue, quoique pas très mûr pour son âge.

En novembre 2009, j’ai rencontré le père, qui semblait attentif mais un peu dépassé par le fait d’élever seul ses deux garçons (le frère aîné de B. ne présente cependant pas les mêmes problèmes). Il a alors donné des éléments essentiels pour comprendre la trajectoire de son fils.

Les parents étaient officiellement séparés mais la mère était encore au domicile familial car dans l’incapacité de se prendre en charge (souffrance psychique grave ayant entraîné des hospitalisations répétées, tentatives de suicide, dégradations dans l’appartement). L’histoire de B. a été rythmée depuis sa naissance par les apparitions et disparitions de sa mère, aujourd’hui hébergée par sa famille en Algérie.

Une présentation en équipe pluridisciplinaire a été faite, l’équipe a ensuite pris contact avec le père en vue de proposer des appuis éducatifs et un suivi au CMPP, qui semblait impératif. Le père a décliné la première proposition et fait échouer la deuxième, au motif qu’il ne pourrait pas conduire B. aux séances (alors que l'équipe pouvait en assurer les conduites).

J’ai eu M. H. plusieurs fois au téléphone et ai constaté le durcissement de sa position et sa fermeture progressive au dialogue, les seules actions envisagées étant du côté de la privation de tous les espaces de loisirs ou de plaisir partagé, le centrage exclusif sur la question du scolaire, et je pense – bien que B. ne l’ai pas confirmé, peut-être de la violence physique – psychique en tout cas c’est certain (dévalorisation constante). Je trouve touchant que ce soi-disant délinquant ait utilisé l'argent de son larcin pour s'offrir... une paire de rollers d'occasion, pour aller jouer sur la rampe avec les garçons de son âge.

Le virage de B. vers des comportements qui vont à leur tour se durcissant ne m’étonne pas. Les conduites de vol sont par ailleurs très symptomatiques des enfants carencés affectivement (un des spécialistes de la question signale que les enfants voleurs sont cependant ceux qui n’ont pas perdu tout espoir de trouver une réponse adulte adéquate).

Il faut bien entendu sanctionner le vol de l’enveloppe – de façon juste et équilibrée. Exclure définitivement un élève déjà sur le chemin d’une auto-exclusion et d’un glissement vers des conduites qui peuvent effectivement devenir délinquantes me semble regrettable, d’autant que B. est encore accessible à des mesures d’accompagnement – si tant est que le père puisse y être associé.

Je ne sais pas, si l'exclusion sera évitée, ou tout au moins suspendue. Mais je sais l'importance de recevoir des retours comme celui-là :
Bravo du travail que tu fais, ta force c'est toute l'énergie que tu mets dans tes écrits. Le monde appartient à ceux qui savent lire et écrire... Si le monde doit s'effondrer je sais qu'il tiendra encore en ces quelques signes inscrits sur du papier.

09 janvier 2011

Reconnaissance

Ca reste gravé au plus profond de vous, dans un endroit très secret que vous êtes la seule à connaître, un endroit qui parfois vous fait du mal, parfois du bien. Ca dépend des jours. Ca dépend de la mélancolie des jours (...).

Les vies sont si fragiles, si incertaines. On croit parfois leurs fondations solides, on s'émerveille du chemin parcouru, puis, comme ça, soudainement, pour un éblouissement, elles volent en éclats, se fracassent contre un rêve. Qui peut se prémunir de ça ? Qui peut se croire assez fort pour ne jamais chuter, pour ne pas désirer céder à ce qui instant l'a fait défaillir (...)?

...je me sens pourtant si proche de cette enfant un peu perdue, un peu effrayée, qui tout à coup pour un rien, pour un peu de blanc, un peu de féérie, est rendue à la vie. Je me demande s'il en est de même pour les autres, si toutes les vies n'ont pas besoin de se laisser griser pour se délivrer de la peur, l'espace de quelques instants du moins, pour savoir qu'elles sont au monde, vibrantes, éphémères, magnifiques.

Laurence Tardieu, Un temps fou

Je ne sais pas encore comment ce livre se poursuit. Mais j'en ai lu assez pour en reconnaître la petite musique, qui est celle qui m'habite aussi - une écriture qui cherche à retenir ce qui nous glisse entre les doigts, à cerner l'invisible. Une écriture vacillante et volontaire, au plus près de ce nous ce que nous sommes : vibrants, éphémères, magnifiques.

Cours !

Ok, je n'achète pas de fourrures, mais porte des chaussures de cuir. Et nous avions mangé la veille, sans culpabilité aucune, un délicieux gigot d'agneau. Mais... quand nous avons vu traverser devant la voiture et deux chasseurs postés sur le bord de la route (je croyais que c'était interdit, si près de la circulation ?) un chevreuil affolé, nous n'avons pas pu nous empêcher - voiture arrêtée, histoire de ne pas se prendre une balle perdue - de l'encourager. "Cours ! Cours ! Cours !". Deux balles, manqué : le chevreuil a rejoint le bosquet au bout du champ. Oeil mauvais des chasseurs, jubilation des enfants !

06 janvier 2011

Le coeur sur la main

Il était une fois, un homme qui avait le coeur sur la main. Cette particularité le gênait beaucoup. Il avait peur du ridicule. Quand quelqu'un approchait, plutôt que de tendre la main pour dire bonjour, il la cachait derrière son dos et les gens trouvaient ça louche (...) et les railleries le ramenaient sur terre, où son coeur de géant l'empêchait de marcher. Quelquefois, il avait le coeur si gros et si lourd qu'il ne savait plus comment le dissimuler. Alors, il faisait le pitre, il le mettait sous sa chemise et il disait : - Oh, regardez ! j'ai un gros ventre ! Ca faisait rire ses collègues, mais ce n'est pas vraiment ce qu'il cherchait.

Et puis l'homme fait une rencontre :

- Tu as peur du ridicule. Pourtant il existe un endroit où tu ne le seras pas et où ton coeur sera un outil merveilleux. C'est endroit, c'est la scène.

Et c'est ce qu'il fit. D'ailleurs, vous pouvez le voir ici !

Bien fait !

Ai fait la surprise à Léo d'aller le chercher au collège. Pas à la grille devant les potes, hein (sympa la mère) - un peu plus loin. Réaction du fils indigne :
- T'es qui toi ?
- Je suis la dame qui est venue t'offrir un Panini Nutella.
- Ouais ça m'va !
- On t'a jamais dit qu'il ne fallait pas accepter ce genre de propositions ???

01 janvier 2011

...and a happy New Year

Un réveillon qui s'annonçait plein de charme, et qui le fut - rencontre imprévue de gens issus d'horizons très différents, mais dans la même simplicité de coeur. Un repas exquis, des enfants presque parfaits (les nôtres se tiennent si bien... chez les autres), et un petit cadeau d'invités "spécial Parisiennes-qui-assument-de-l'être", la petite médaille 2011 made by Merci.

Le lendemain, journée exceptionnelle au Musée des Arts Forains - nous étions partis pour deux heures et y avons passé la journée, car le lieu, déjà remarquable (attractions anciennes, manèges de chevaux de bois), était animé pendant les vacances par des artistes divers, clowns, magiciens, jongleurs...

31 décembre 2010

I wish you a merry Christmas...

Un Noël en Alsace, dans des paysages enneigés comme il n'en existe habituellement que sur les cartes de voeux ! Un Noël chaleureux, rythmé par des repas délicieux et de vrais échanges - souvent dans l'intimité de la cuisine, mais aussi, le soir du réveillon, autour d'une jolie discussion sur la façon dont les grands courants spirituels et humanistes se rejoignent. Des frère et soeur aujourd'hui devenus de jeunes adultes - et de chouettes jeunes adultes - comme ils ont grandi depuis notre mariage, dont nous avons revu la vidéo à cette occasion... Bref, Noël 2010, excellent cru.

Dans la foulée, une douce journée jeux de société et confidences au coin du feu, famille de coeur cette fois. Un chiot cocker adorable fraîchement arrivé sur ses papattes maladroites, et, pour clore la journée, Some like it hot en home cinema pour quatre adultes et cinq enfants ravis. Une adaptation de la Flûte Enchantée pour les enfants, inventive et joyeuse. Des hommes et des dieux, enfin - poignant. Revu aussi le superbe Les caprices d'un fleuve, suite à la lecture du Marin à l'ancre de Giraudeau. Des journées flemmardes et joueuses. En bande-son, tous les standards de Noël, d'Ella Fitzgerald à Mariah Carey. Quelques jours de douceur dans un monde de brutes... et ce soir, un réveillon improbable mais qui s'annonce plein de charme.

27 décembre 2010

Alzheimer

Les familles, les soignants, se rassurent ainsi : il ou elle est perdu dans son monde, ne vous inquiétez pas, et ça vaut mieux comme ça. Une idée bien réconfortante, devant ces établissements remplis de personnes âgées immobiles et silencieuses.

Mais - lorsque nous sommes allés voir ma grand-mère, j'ai eu le sentiment qu'elle me reconnaissait, même si son signe de tête en assentiment à ma question n'est peut-être pas un indice tout à fait suffisant. Et Elsa s'est vue gratifier d'un chaleureux "Bonjour ma chérie !" - juste avant qu'elle ne retombe dans son mutisme.

Lorsque nous lui avons dit au revoir, j'ai eu l'impression de voir son regard perdu se voiler de tristesse, comme si elle avait compris ; et je n'ai pas pu m'empêcher de penser que, si veille quelque part en chaque être un autre niveau de conscience que celui du corps épuisé, elle savait peut-être, comme moi, que cet au revoir pouvait être le dernier...

25 décembre 2010

Noël au balcon


22 décembre 2010

Beauty tips

Les phrases suivantes ont été écrites par Audrey Hepburn, que l'on avait interrogée sur ses secrets de beauté.

1. For attractive lips, speak only words of kindness.
2. For beautiful eyes, look for the good in others.
3. For a slim figure, share your food with the hungry.
4. To have a beautiful hair, let a little boy or girl stroke it at least once a day.
5. For poise, walk with the knowledge you never walk alone.
6. People, even more than things, have to be restored, renewed, revived, reclaimed and redeemed : never throw out anyone.
7. Remember, if you ever need a helping hand, it's at the end of your arm. As you get older, remember you have another hand : the first is to help yourself, the second is to help the others.
8. A woman's true beauty is not in her figure, in the way she dresses, in the clothes she wears, or in the way she does her hair. A woman's beauty is seen in her eyes, because they are the window to her soul, the place where love dwells.
9. The beauty of a woman is not on superficial fashions. A woman's true beauty is reflected in her soul. In her kindness and loving care, and in the passion she shows.
10. A woman's true beauty increases with years.

A l'opposé...

...de ce qui précède en termes de prise en compte de l'humain et de la relation dans le soin, il y a ce vieux médecin, qui, interrogé par une femme enceinte sur l'hygiène alimentaire et les compléments nutritionnels (notamment la supplémentation en fer et en acide folique, aux conséquences potentiellement sérieuses), l'a renvoyée vers... Google. Idem pour les informations sur les médicaments (n'importe qui peut accéder en ligne au Vidal - hélas). Et de blaguer en disant qu'il a inversé la proposition : Don't ask Google, ask me. S'il en est fier...

Histoires

21 ans, elle est enceinte pour la 3ème fois, veut garder cette grossesse-là, ce qui a entraîné son exclusion de la famille. Elle occupe clandestinement la chambre du foyer de jeunes travailleurs de son compagnon - au parcours chaotique également, placé à 13 ans, actuellement sous contrat jeune majeur (et donc, en risque de perdre sa place au foyer). Elle a appelé le 115, qui lui demande un certificat de grossesse, mais ne réalise pas que le CHRS ne sera pas la solution, et qu'elle y croisera des détresses bien plus aiguës que la sienne. L'échographie dit, qu'elle peut encore faire marche arrière. Mais montre aussi une petite silhouette déjà assez individualisée...

Comme pour la jeune femme de Question de vie, ce désir de garder la grossesse semble défier la raison. Et comme pour la jeune femme de Question de vie - je suis prête à parier qu'il sera pourtant le plus fort. Rien d'autre à faire que de garder une grande humilité - et d'accompagner au mieux...

63 ans, en couple avec une femme de 15 ans sa cadette, papa d'un petit garçon de 3 ans, et malheureux... c'est que la sexualité déraille - mais après avoir essayé les petites pilules bleues, prescrites par son médecin, après avoir réfléchi à la pertinence d'une démarche individuelle, nous éclairons ce qui me semble une évidence : les troubles de l'intime sont toujours la rencontre de deux histoires singulières, mais aussi un symptôme inscrit dans une dynamique relationnelle...

Ce qui le rend émouvant, c'est sa capacité à s'engager dans la recherche de solutions, à faire, dans son discours, de la place à l'autre, et à son désir à lui de protéger la relation avec la femme et avec l'enfant. Il y a tant d'autres entretiens dans lesquels le seul discours est celui de la plainte narcissique, dans lesquels l'autre n'existe pas...

Elle a 20 ans, elle est arrivée du Mali il n'y a pas si longtemps, elle était hébergée par sa soeur et son beau-frère, parents d'un bébé tout juste arrivé au monde. Logement insalubre, incendie, drame - seuls le bébé et cette jeune femme ont survécu. En France elle n'a qu'un fiancé, qui l'accompagne ce jour. Elle est quasi-mutique, plus ou moins cataleptique.

Lui décrit de façon bouleversante l'enfer qu'il vit au jour le jour, face à une situation dont il n'a pas les clés. Je ne sais pas comment était cette jeune femme avant le drame, mais je présume une fragilité antérieure. Aujourd'hui elle a manifestement décompensé, et il explique qu'il ne la reconnaît plus, qu'elle reste des heures dans le vague, dont elle ne sort que pour des cauchemars éveillés, qu'il l'a parfois fait hospitaliser en urgence - ce qui est un excellent réflexe mais ne change pas la situation en profondeur, d'autant qu'elle arrête les traitements sitôt sortie.

Evidemment hébergés, sans-papiers, sans travail... ce qui le rend invraisemblablement touchant, c'est son obstination à prendre en charge l'intolérable, à espérer des "retrouvailles", au sens où "elle ne se retrouve pas" - dit-il à plusieurs reprises. Lorsque je risque une question sur la famille restée au Mali, il hausse les épaules et dit que là-bas, les "êtres perdus", quand ils ne répondent pas à la médecine traditionnelle, sont abandonnés à leur sort - et que lui ne l'abandonnera pas. J'explique, il faut des soins réguliers, gratuits, faciles d'accès pour qu'ils n'aient pas à se risquer dans les transports en commun, adresse vers la psychiatrie de secteur. Mais je pense qu'ils reviendront...

24 ans, papa d'un petit garçon de 4 ans qui vit en province, et pour lequel il s'inquiète beaucoup depuis l'arrivée d'un beau-père, mais pour lequel il n'arrive pas à mettre en place une organisation de visites. Il a repris des études, il est en foyer, ce qui ne lui permet pas de l'accueillir, n'a guère d'argent, mais surtout, il se sent démuni face à ce petit garçon, et aussi dans une peine si profonde qu'elle entrave son désir néanmoins sincère de rester en contact. Son ancienne compagne travaille activement à l'effacer autant que possible de sa vie et de celle de l'enfant, et son histoire familiale à lui le laisse désemparé - c'est le terme qu'il emploie - face à cette situation. La justice suit son cours - et ce cours est bien lent... En attendant, le Point Rencontre semble une option intéressante, qui leur permettra d'avoir un lieu, des jouets, la médiation d'un professionnel par rapport au couple, une présence tierce par rapport à l'enfant...

21 décembre 2010

Merci pour le chocolat

Hier soir, première des Emotifs Anonymes - deux fois meilleur de nous être vus refuser l'accès à la salle, soi-disant complète, et de nous être faufilés quand même, parce que c'est vraiment ce film-là que nous avions envie de partager. Des émotifs émouvants, dans lesquels chacun peut, à des degrés divers, reconnaître ses maladresses, ses failles et ses faux-pas... Des émotifs qui évoquent irrésistiblement les Gens qui doutent, d'Anne Sylvestre.

J'aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté
J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons
J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot
Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire :
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"

J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants (...)

Anne Sylvestre

18 décembre 2010

L'empreinte de l'ange

Ce matin, j'ai raconté à Elsa cette légende qui veut qu'avant leur naissance, un ange pose son doigt sur les lèvres des nouveaux-nés - comme un "Chut..." - pour leur faire oublier tout ce qu'ils savent du monde d'où ils viennent. Ce qui m'a valu cette ébouriffante question : Maman, quand je suis née, tu étais là ou tu étais dans la pièce à côté ?

Après être restée un moment interloquée (et avoir bien ri, aussi...), j'ai compris qu'elle voulait simplement savoir si j'avais vu l'ange...

16 décembre 2010

Ils sont fous...

...ces Romains : avons piqué un bon fou-rire hier avec les enfants, en imaginant ce que pouvait signifier : compter en chiffres romains. Alors, ça donne (lire à haute voix) : hi ! hihi ! hihihi ! hiv ! vé ! véhi ! véhihi ! véhihihi ! ixe ! x ! xi ! xihi ! etc, etc...

14 décembre 2010

Gratitude

"Merci vers le haut, merci vers le bas, merci à l'espace entre les deux, merci dans toutes les directions, merci à ceux qui me permettent d'être heureuse aujourd'hui et merci à moi-même".

J'avoue, j'ai été grognon souvent ces jours. Malade, fatiguée, frigorifiée, épuisée psychiquement par des patients, des groupes, et... des proches trop chargés de souffrances, et par mes propres doutes. Incapable de prendre du recul. Peut-être le serai-je à nouveau demain. Mais là, tout de suite, je retrouve un espace intérieur pour juste me réjouir de ce qui est.

13 décembre 2010

Mon bébééééééé...

...est parti ce matin sac au dos pour une journée à Aix-La-Chapelle avec sa classe d'allemand. A 6h30, coup d'interphone rigolard des copains qui partaient en même temps vers la gare du Nord (accompagnés d'un parent tout de même), et puis petites voix : C'est Léo ! Il arrive ! - et moi, j'ai raccroché doucement, un peu émue quand même !

Dans le même ordre d'idées, premier ciné sans papa-maman - mais avec un de ses meilleurs amis... Bon, faut dire, 2h25 des Reliques de la mort, Harry Potter 7, première partie, j'étais moyennement motivée.

06 décembre 2010

Nouveaux nez

Dimanche passé, une journée-plaisir : ça clown de source ! Tout en douceur, tout petit groupe, climat de simplicité et de sécurité. Avec le plaisir enfantin de se déguiser, de jouer - au sens créatif du play - d'être parfois drôles et parfois maladroits, empruntés, suspendus - mais toujours accueillis. Une excellente façon de se désencombrer la tête - d'entrevoir aussi, les ressorts du (sou)rire : amplification, miroir, décalage, lâcher-prise, vérité.

Deux remèdes

Deux griffes sur le coeur ces jours, l'absence de l'un, la peine sans fin de l'une. Mais là, j'ai trouvé apaisement :

...j'ai choisi d'explorer la douleur de l'absence d'un être aimé. Il m'est aussitôt apparu que cette douleur était une maladie guérissable (...). Plutôt que de t'enfermer dans le chagrin ou l'indifférence, cultive les sensations que l'être aimé a laissé en toi, redonne vie, dans tes dedans, à la tendresse, à la douceur. Si tu revivifies ces instants de bonheur passés, si tu les aides à pousser, à s'épanouir, à envahir ton être, la distance peu à peu se réduira, la douleur s'estompera. (...) Je me suis émerveillé de ce pouvoir et de mes capacités à explorer cette vaste bibliothèque que j'avais en moi. Alors j'ai choisi, entre mille autres choses, une journée d'amour éblouissante et douce. (...) Je suis entré dedans. (...) J'ai pensé, pourquoi ne ferais-je pas de ce jour-là, de temps en temps, ma prière du matin ?

- Faire que son enfant soit plus léger que soi, c'est un grand bonheur pour un père, et pour un homme pauvre, une grande fierté (...). Il nous a dit que chacun, quelle que soit sa vie, devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour se débarrasser de ses propres fardeaux et malédictions, afin de ne pas avoir à les charger, au moment de quitter le monde, sur le dos de son propre fils. Car selon lui nos peines ne s'effaçaient pas avec nos existences, elles demeuraient vivantes, et nos enfants en héritaient aussi naturellement que l'on hérite d'un âne ou d'une maison lézardée.

Henri Gougaud, Les sept plumes de l'aigle

02 décembre 2010

Naître au monde

Achever de naître au monde et à soi-même.
Ne pas achever avant l’heure de vivre, d’imaginer, de créer.
Aider les autres à avoir une vie achevée.

Sacrifier avec élégance, avec sobriété, avec humour,
aux exigences contraires des principes de plaisir et de réalité,
de répétition et de différenciation,
de constance et de changement.

Marier le masculin et le féminin dans l’esprit,
l’immobilité et le mouvement dans le corps.

Tolérer l’angoisse et la joie, la haine et le rire.
Maintenir l’amour dans l’écart
entre l’abandon à l’autre et l’abandon de l’autre.

Déjouer les séductions, les perversions, les ruses
de la pulsion de mort.
Retourner le négatif contre lui-même.
Nier, trancher, s’arracher, transgresser, pour progresser.
Envelopper, déplier, dérouler, s’emboîter
pour exister, pour co-exister.
Pour donner indéfiniment, de notre humaine finitude,
une forme jamais définitive.

Didier Anzieu

01 décembre 2010

Question de vie

23 ans, études tôt arrêtées, une expérience comme AMP auprès d'enfants handicapés, un retour aux études dont elle se rend compte qu'il ne sera pas couronné de succès. S'amuse, comme elle dit - profitant d'une vie d'étudiante qui n'aura été qu'un court répit (bien fragile : elle est hébergée, vit d'aides précaires). Mais... elle est enceinte... et dans l'entretien je sens bien que l'idée de l'IVG est loin d'être arrêtée, et puisque la date déterminée par l'échographie nous le permet, je lui propose qu'on se revoie tranquillement quelques jours plus tard.

Second entretien, elle arrive, contre toute attente, accompagnée de son partenaire. Elle envisage de garder sa grossesse - avec ou sans lui. Il ne le souhaite pas, mais il est là, ne conçoit ni de chercher à imposer son souhait ni de se désintéresser du sort d'un éventuel enfant. 21 ans, tout autant en galère qu'elle - pas d'études, pas de travail - mais étonnamment structuré, responsable, respectueux. Un entretien rare - de par son positionnement à lui, tout aussi rare. Un entretien où il aura été possible d'explorer des pistes aussi variées que leurs contextes familiaux respectifs, et donc leurs représentations de la parentalité, l'avenir de leur relation - clairement positionnée, initialement, sous le signe du non-engagement, les circonstances de la grossesse, les représentations de l'avortement...

Je pressens que, dans son impossibilité à elle de renoncer - à ce jour - à cette grossesse, se jouent à la fois des questions de rempart contre la dépression (quel autre projet autrement ?) et de répétition familiale (elle n'a jamais connu son père, ses relations avec sa propre mère sont très difficiles). Je suis touchée aussi par sa douceur à lui, dans un contexte où il est tributaire d'une décision unilatérale qui l'engagera durablement... et inquiète pour les deux - car les aides et minima sociaux ne suffiront pas à leur assurer une vie décente, ni ensemble, ni séparément - et que cet enfant potentiel est de toute évidence un possible candidat au placement familial.

Que vont-ils pouvoir négocier, en eux-mêmes, l'un avec l'autre, et avec la réalité ? Puisque le délai le leur permet, je leur ai proposé une nouvelle rencontre.

Une semaine plus tard : ils ne sont pas venus. Mais ont pris la peine d'appeler, et repris rendez-vous pour la semaine prochaine - ensemble. Besoin de temps, encore...

29 novembre 2010

Bookcrossing & Birthday

Chaque année à la même époque, j'ai un fantasme récurrent : susciter des rencontres entre les gens que j'aime, et qui appartiennent à des horizons, ou à des strates de vie, différents. L'édition 2010 - autour du partage des livres - aura été particulièrement douce. Bien sûr, le vin chaud aux épices, brûlant et parfumé, a pu aider :-).

Mais au-delà de ça - une fois les livres choisis, et parfois négociés ! il y a eu un petit moment de grâce à entendre chacun dire - voilà pourquoi j'ai eu envie de partager celui-ci - ou bien pourquoi je l'ai choisi - le titre, la couverture, quelques lignes - et à bifurquer vers d'autres titres, d'autres histoires, les livres jamais terminés, les achetés mais jamais lus, et ceux lus et relus.... Un moment rond, parfait, tranquille, dans une jolie qualité d'écoute. Voir des amis repartir avec des listes de titres - sur un petit carnet, mais aussi (j'ai les noms !) griffonnés sur une serviette en papier, ou même sur le dos de la main, les mots doux, au moment du départ ou sur la boîte mail le lendemain, quel bonheur...

Les absents présents par leurs livres (j'en ai même reçu par la poste !), la mise en voix talentueuse des premières pages d'un roman que nous avons par conséquent tous eu envie d'emporter, l'adoption des livres restés ophelins (je n'avais pas pu m'empêcher d'en déposer plusieurs), les voyages de La Princesse de Clèves dans l'ascenseur (car les livres voyagent ou ils ne voyagent pas !), les gourmandises à partager, les petits cadeaux bien vus et délicats, quel bonheur...

Juste un monde

Mon plus joli cadeau d'anniversaire...

Je ne me limite pas
A ce qu'il faudrait faire ou pas,
Fais ci, fais ça, les conventions qui font les lois,
Ce n'est pas pour moi

Je veux juste un monde
Où l'amour est la loi
Juste un nouveau monde,
Bien loin du quant à soi

Les personnes que j'aime me prennent comme je suis,
Elles font tourner les moulins de mon coeur,
Un jour à deux, une semaine ou une vie
T'es sincère, un peu brut, même pas peur

Je veux juste un monde
Où l'amour est la loi
Juste un nouveau monde,
Que je ne connais pas

Je ne sais pas où cela me mène
Mais la vie me danse comme ça
Je sais pourquoi parfois tu m'aimes :
Je suis femme, je suis libre, et vraiment là

Je veux juste un monde
Où l'amour est la loi
Juste un nouveau monde,
Entre toi et moi

David

22 novembre 2010

Cousins de coeur

Nos enfants n'ont pas de cousins. Enfin, pas de vrais cousins. Mais... il y a les enfants des amis de toujours, ou presque - ces amis témoins de nos vies - parfois aussi témoins de mariage, parrains et marraines, etc. Et quand on les mélange - ces enfants que nous avons vus naître, ça ressemble quand même drôlement à une famille de coeur. Hier à la maison ils étaient sept entre 6 et 12 ans - et même un huitième, petit voisin adopté au passage, et le temps d'une après-midi de novembre, même sans cheminée, les Pictionnary et autres Taboo ont eu un petit goût de fête de famille - chocolat chaud et clémentines compris.

20 novembre 2010

Colloques

Le premier - sur la prévention des violences sexistes et l'éducation à la sexualité. Gargarismes, ronds-de-jambe, pieuse exhortation à faire encore davantage. Oubli : tant qu'il n'y aura pas plus de moyens humains, tant que les dits moyens humains seront payés au royal salaire de neuf euros de l'heure, je ne vois pas comment tous ces magnifiques projets pourront voir le jour. Neuf euros de l'heure - le prix alloué à l'éducation et à la prévention.

Tant que l'Adjoint à je-ne sais-plus-quoi à la Mairie, seul homme de la tribune, se félicitera d'oeuvrer parmi ces femmes remarquables, mais se tirera sans avoir le respect élémentaire d'écouter leurs interventions, j'aurai du mal à croire aux grandes déclarations d'intentions.

Tant que j'entendrai des insanités du genre, la différence des sexes est une construction idéologique et sociologique (et donc dans un futur meilleur nous serons tous enfin pareils), j'aurai juste envie de quitter la salle - ce que j'ai fini par faire. Egaux car semblables - sans moi. Egaux ET différents, et heureux de cette différence, qui nous fonde, nous enrichit, nous réjouit - oui. Mais de cette belle différence, et de la nécessité de marcher main dans la main, dans cette assemblée quasi-exclusivement féminine, je n'ai pas entendu parler...

Le second colloque au contraire - fêtant les 25 ans de l'association Pikler - fut un bonheur. Bernard Golse, a commencé par souligner que nous vivions dans une société experte en production de biens inutiles mais aussi d'individus de plus en plus en défaut d'humanité. Et ensuite ?

Des professionnels se sont succédé pour expliquer comment, grâce à Emmi Pikler, ils travaillent au jour le jour dans un accompagnement humanisé, respectueux, sous le signe du lien et de la parole, auprès des plus petits (maternités, crèches, pouponnières...). Dans une attention aux plus petits détails, dans un respect infini de tout ce qui peut soutenir l'accès à l'autonomie et à l'authenticité affective - une véritable éthique du Care, qui trouve toute sa place dans cette Box !

La directrice de l'Institut Pikler en Hongrie, une très vieille dame (et fille d'Emmi Pikler elle-même), est venue tout exprès de Budapest partager dans un français émouvant son émerveillement intact et transmettre l'essentiel de l'esprit qui anime cette approche.

Loczy, c'est le "petit village hongrois" : des résistants à la pensée unique, productiviste et comportementaliste - la démonstration par l'exemple de ce que signifie réellement le mot prévention (et des moyens que cela exige - en temps, en disponibilité, en élaboration, en collaboration) - l'antithèse des creux discours de la veille : voir aussi là.

Entendre témoigner des équipes qui vont bien, qui s'interrogent, qui mettent en oeuvre cette idée "Loczyenne" des poupées russes (l'institution entoure les professionnels, qui à leur tour entourent les enfants), qui gardent intérieurement vivant le sens de leur démarche, m'a fait un bien fou. Redonné envie, et foi dans l'idée que c'est possible.

15 novembre 2010

La chanson

Celle qui entre par une oreille
Trouve l'autre fermée
Et ressort par la bouche
La chanson... (Claude Nougaro)


A la maison, c'est un jeu - involontaire souvent, volontaire parfois : l'un fredonne, et l'autre se retrouve sans savoir pourquoi à siffloter La chanson des Barbapapa, un jingle de pub ou Les demoiselles de Rochefort... chez nous, la musique est contagieuse ! Et jubilatoire, quand c'est un fait exprès.

Ca peut donner lieu à des dialogues savoureux, aussi : Elsa, c'est toi qui m'a encore mis La Banane dans la tête ? (Normalement, si vous la connaissez, là, vous êtes cuits : ça fonctionne aussi par écrit).

Et à de petits moments de poésie, quand un ouvrier dans la rue chantonne Come Prima, ou encore l'autre jour, le préposé à l'accueil de la Poste, l'Amant de Saint-Jean... Je suis repartie avec (l'Amant hein, pas le postier). J'aime beaucoup cette idée - d'un air qui circule et voyage à travers la ville. Sous les ponts de Paris s'envole une chanson...

14 novembre 2010

Esquisses

Cette année, envie de légèreté, de création, de partage. D'expérimentation aussi : le tango, la danse orientale, et ce week-end, la sanguine, ici. Les enfants sont là ? Pas de problème - au contraire : j'adore l'idée qu'ils soient en contact avec des adultes de tous âges et de tous horizons, mais vivants - je les ai donc pris sous le bras et nous sommes partis dessiner chez Marie-Madeleine. J'ai été bluffée par la capacité de concentration d'Elsa, qui est revenue enthousiaste. Et Léo, qui aime dessiner à peu près autant que moi j'aime disons le foot ou les jeux sur ordinateur, y a finalement pris plaisir aussi... Prochaines envies : la peinture, et le clown.

13 novembre 2010

Tissages

Un des passages que je préfère, en littérature, est extrait des Villes impossibles, d'Italo Calvino. Calvino y décrit une ville imaginaire, baptisée Eufemia, où les marchands de toutes nations se rassemblent à chaque solstice et à chaque équinoxe pour échanger des marchandises. Mais ils ne se retrouvaient pas à Eufemia uniquement pour faire commerce d'épices, de bijoux, de bétail ou d'étoffes. Ils y viennent pour se raconter des histoires - pour, littéralement, échanger du vécu.

Et voici comment ils procèdent : ces hommes, écrit Calvino, se rassemblent la nuit autour de feux de joie et chacun lance un mot tel que "soeur", "loup", "trésor enfoui". Ensuite, chacun tour à tour raconte une histoire personnelle de soeur, de loup, ou de trésor enfoui. Au cours des mois suivants, bien après avoir quitté Eufemia, lorsqu'ils traversent le désert, seuls à dos de chameau, ou voguent vers la lointaine Chine, ces marchands combattent leur ennui en draguant leurs souvenirs. Et ils découvrent alors qu'ils ont vraiment échangé leurs souvenirs - que, comme l'écrit Calvino, "ils ont échangé leur soeur pour une autre soeur, leur loup pour un autre loup" (...).

C'est ça, l'intimité : les histoires qu'on se raconte dans le noir. Ces bavardages nocturnes et paisibles illustrent pour moi, plus que toute autre chose, la curieuse alchimie du couple. Car, lorsque Felipe a évoqué pour moi la nage de son père, je me suis approprié cette image liquide, je l'ai cousue soigneusement dans l'ourlet de ma propre vie, et à présent, je la transporterai partout avec moi, aussi longtemps que je vivrai, même quand Felipe ne sera plus là : ses souvenirs d'enfance, son père, son fleuve, son Brésil - tout cela aussi est devenu une part de moi.

Elisabeth Gilbert, Mes alliances

10 novembre 2010

Simone

C'est mon deuxième prénom - celui de mes deux grands-mères (avec un "n" de différence). Enfant, je ne l'aimais pas. Adolescente, encore moins : un prénom de vieille ! Aujourd'hui, j'aime beaucoup mon second prénom. C'est qu'il a de belles marraines : les homonymes Weil et Veil, et Simone de Beauvoir, femmes d'amour et de combat, des "sorcières comme les autres", comme le chante Anne Sylvestre.

Mais surtout, j'aime l'idée que ce prénom désigne les petites filles, les jeunes filles et les femmes qu'ont été mes grands-mères. J'aime me rappeler qu'avant d'être une Mémé, une Mammie, une Grand-Mère, une Granny, on est avant tout, et pour tous les autres, une femme. Et, puisque je me plonge en ce moment dans les paroles de femmes (Benoîte Groult, Annie Leclerc), je m'interroge avec tendresse sur ce qu'elles ont vécu en tant que femmes...

Simonne a épousé un homme qu'elle connaissait depuis l'âge de 5 ans, grandi dans la même rue qu'elle. Simone a perdu son père à 13 ans, et la vie n'a plus jamais été la même. Simonne a accouché à 19 ans, seule sur une base militaire, sans autre aide qu'un médecin de l'armée pas vraiment préparé à ce genre d'événement. Simone a rencontré en 1942 un jeune ingénieur bien loin de sa Lorraine natale, et je porte sa bague de fiançailles. Simonne a travaillé toute sa vie et sait tout faire de ses dix doigts. Simone n'a jamais travaillé autrement que comme épouse modèle et faire-valoir de son brillant mari, qui l'a prodigieusement gâtée en retour. Lors du décès de celui-ci, elle s'est retirée du monde réel, dont elle ne reconnaît plus les habitants. Simonne est bien vivante - c'est la grand-mère du post Mémé-même-pas-peur.

Et moi - je suis fière de mon second prénom.

08 novembre 2010

Lecteurs voyageurs

Ca me trotte dans la tête depuis un moment, faire une série de photos sur le thème de la lecture dans le métro, le bus, sur les quais ou dans les abribus... Mais je ne me le permets pas - expliquer, négocier, interrompre - par définitition ! - cet instant d'intimité qu'est la lecture, je ne m'y vois pas - voler ces images, encore moins.

Alors - puisque l'outil de ce blog n'est ni le pinceau ni la caméra, j'ai décidé d'y épingler mes lecteurs voyageurs avec les mots. Un post évolutif donc, à compléter avec le temps...

- Journées du Patrimoine, file d'attente : au milieu des gamins bruyants et des retraités curieux, un homme jeune - mais pas un étudiant - est plongé dans L'Illiade. Inattendu... et élégant. Non ?

- RER B, une femme adulte, une vaste partition d'orchestre déployée sur les genoux. Le nom de l'oeuvre est invisible, elle n'a pas d'étui à instrument (ou un tout petit ? me revient un dessin de Sempé où l'on voit un musicien se préparer pour le concert, avant d'aller solennellement donner UN coup de triangle), elle bat la mesure au fur et à mesure qu'elle déchiffre - et j'essaie d'imaginer ce qu'elle entend.

- Ligne 3, un homme abondamment barbu est penché sur un volumineux Coran écrit en caractères arabes, enluminé comme un livre du Moyen-Age. Lui aussi chante dans sa tête.

- Ligne 6, rame bondée, une jeune fille s'accroche à la barre centrale et à Cent ans de solitude, et je l'envie, de lire ce livre pour la première fois - et pour la protection je pense efficace que peut offrir la prose de Garcia Marquez contre la foule et l'incivilité environnantes.

- RER, métros, bus, partout, des lecteurs de Métro, 20 minutes, et autres feuilles gratuites. Ceux-là me font peur : cette information soi-disant neutre, massivement diffusée, de quelles manipulations faciles pourrait-elle faire l'objet ?

- A suivre...

Trintignant, à propos du théâtre : Que ça ne laisse pas de traces ! Ce qui est beau, pour un acteur, c'est ce moment qui vit, qui meurt, qu'on ne retrouvera jamais plus. Qui ne sera jamais figé sur une pellicule, comme au cinéma, mais qui sera superbement perdu. Ce qui est beau et terrible à la fois, c'est ce sentiment de perte-là, d'éphémère. L'idéal d'un acteur serait de mourir à la fin de la scène...

J'ai goûté à cette même violence de l'instant quand je faisais de la photo. Des photos de gens, anonymes, et surtout sans qu'ils s'en rendent compte. J'avais déjà l'idée d'être metteur en scène, cinéaste ; et j'étais persuadé que pour en être un bon, il fallait être voyeur. Je me suis donc appliqué, je tenais mon appareil caché, Je prenais des clichés sans être vu. Et j'avais tant de joie à attendre - parfois des heures ! - que la lumière tombe sur un visage comme je l'avais imaginé que je me suis dit que ce n'était même plus la peine de mettre des pellicules. C'était le rêve autour de la photographie qui importait, et appuyer sur le déclencheur : c'était ce geste-là seulement qui était beau, et bien plus que toutes les photos ! Des années durant, j'ai ainsi "photographié". Sans pellicule.

04 novembre 2010

Bonne question

Elsa relit pour la nième fois l'hilarant "Comment on fait les bébés" de Babette Cole, notamment sa page favorite : Voici quelques exemples de Papa et Maman au travail - où l'on peut voir les parents faire l'amour sur un ballon sauteur, ou allongés sur une planche de skate....

Commentaire de Léo : Bah, moi je sais comment on fait les bébés ! Mais ce que je ne comprends pas, c'est comment on fait les grandes personnes...

01 novembre 2010

Tango si !

De cette semaine de découverte du tango à l'Espace, que dire ?

La chance d'avoir débuté avec deux couples de professeurs d'exception, internationalement reconnus ? Les similitudes troublantes avec le tantra, dans la danse entre le masculin et le féminin, la circulation d'énergie, l'invention instant après instant, la fluidité qui naît du lâcher-prise, l'exigence à la fois d'autonomie personnelle et d'ajustement à l'autre ?

Le plaisir de pouvoir faire quelques pas ensemble, après cette semaine intensive de découverte non seulement d'une danse, mais d'une culture (deux cours quotidiens, pratiques, bals, films tango, conférence tango, etc...) ? La sensation de littéralement voler sur la piste, conduite par un danseur semi-professionnel (mais pédagogue, et... indulgent :-)) - alors même que je ne sais rien faire d'autre que marcher, faire un demi-tour et esquisser de temps à autre un timide huit arrière ou avant ?

L'émotion devant les démonstrations des "maestros", et notamment celle de Claire et Dario, mes préférés dans la pédagogie comme dans la danse...

Et puis, tous les bonheurs de l'Espace - liberté, bord de mer illuminé par un soleil inespéré, atelier d'écriture avec Madeleine, pour moi, et de taille de pierre, pour David, chants devant la cheminée, soirées de danse déchaînée (notamment lors de la soirée des tubes ringards, parfaitement à mon - mauvais - goût), retrouvailles et belles rencontres... Dont deux drôles de dames - vous pouvez les trouver ici et là - pleines de vie, d'humour et d'expérience, auxquelles je me suis entendue dire (après un nombre non négligeable de flûtes de champagne), "Quand je serai grande, je voudrais être une femme comme vous !"

29 octobre 2010

Prends-moi pour une oie !

Ou : Cyrulnik me gave. Parce que cet ancien éthologue, et donc spécialiste du comportement animal, a fait son fond de commerce d’un déterminisme qui humainement me révulse (et qui fait le lit des thérapies comportementales et de la médicalisation à outrance de la souffrance psychique).

Nous ne sommes pas les oisons de Lorenz. Et nous ne sommes pas des êtres exclusivement environnement-dépendants. Le malaise a commencé avec la série sur la résilience (idée pourtant initialement sympathique) : en bref, soit on est résilient, soit on ne l’est pas – et nos capacités de résistance à une situation traumatogène sont déterminées par un environnement initial suffisamment bon. Autrement dit – si on a souffert du premier temps, on souffrira au second – et voilà pour l’espoir.

Ce que nie Cyrulnik à mon sens, c’est ce qui nous fait humains (et non oisons) : la conscience de notre liberté, et la responsabilité qui en découle.

Ce qu’il sous-entend, c’est que le changement ne peut advenir que de l’extérieur : si l’environnement change, alors je peux être différent. Ce que je défends, c’est que ma (seule) liberté réside dans la possibilité de changer moi-même – avec de l’aide si nécessaire – au lien d’attendre que très éventuellement l’environnement (et dans les relations humaines, l’autre) change.

Ce qu’il induit, c’est le discours de la passivité, de la plainte et de la victimisation : l’environnement (ma famille, mon patron, mon conjoint, la société) est seul responsable de ma souffrance. Ce que je défends, c’est que je suis responsable non des hasards de la vie mais de ma posture interne face à ce que je ne maîtrise pas.

Ce qu’il entretient par conséquent, c’est une position désespérée : puisque je ne peux pas faire en sorte que l’autre change (et encore moins la société), je suis donc condamné à la douleur (avec un bénéfice secondaire non négligeable : celui de me dispenser de toute responsabilité). Ce que je défends, c’est la possibilité de l’espoir, du changement, de l’engagement dans ma propre vie.

Et ce qu’il scie au passage, c’est la branche sur laquelle il est assis en tant que psychiatre : car si son déterminisme s’avérait exact, toute tentative d’élaboration psychique serait rigoureusement inutile – et par conséquent, toute proposition de travail thérapeutique serait nulle et non avenue, en tout cas vouée à l’échec. Ce que je défends, c’est que le travail thérapeutique soutient le passage à une posture interne responsable et potentiellement créative.

21 octobre 2010

Medecine Books

Ni l'un ni l'autre ne sont de la grande littérature, j'en conviens. Et contrairement à mes habitudes, je n'en ai isolé aucun extrait. Le prix est plutôt décerné "pour l'ensemble de l'oeuvre", dans la catégorie : Livres qui rendent la vie légère.

"L'île des Gauchers" est une utopie amoureuse, créative et impertinente - un stimulant renversement de nos perspectives affectives.

"Mange, prie, aime", sous ses allures de "Bridget Jones à l'ashram", est possiblement un petit traité de guérison émotionnelle et spirituelle - et Dieu (!) soit loué qu'il soit possible d'écrire à partir de la profondeur avec humour et légèreté.

"Un mot sanskrit est apparu dans le paragraphe : ANTEVASIN. Il signifie : "celui qui vit sur la frontière". (...) On peut vivre sur cette ligne chatoyante entre son vieux mode de pensée et sa compréhension toute neuve, tout en restant dans une phase d'apprentissage."

Voilà : sous leur apparente futilité - ces deux livres, pour qui les lit avec son coeur, vivent sur la frontière.

19 octobre 2010

Prévention

Je me rends bien compte, pour animer des séances de prévention collective ET recevoir ensuite les individus suite à des prises de risques, du décalage irréductible entre les messages de prévention, les savoirs plus ou moins approximatifs, le discours, et les actes.

Mais je suis désolée de constater que la plupart des recherches font l'impasse sur ce que nous savons pourtant que nous sommes : des êtres divisés entre des désirs contradictoires, entre corps et pensée. Des singularités irréductibles à quelque savoir extérieur que ce soit...

Le postulat reste immanquablement celui d'un individu rationnel, cohérent, observable, réduit à ses comportements ou à son "identité" supposée : migrant, gay, jeune... et qu'il s'agirait donc d'éduquer (quand ce n'est pas de ré-éduquer).

La position intermédiaire : "N'essayons pas de convaincre, contentons-nous de faire réfléchir", représente déjà une avancée appréciable. Mais encore insuffisante, je crois.

Aussi ai-je été ravie de découvrir le rapport de recherche remis à l'ANRS par un dénommé Lisandre, qui lui énonce les théorèmes suivants : ce que l'on fait n'est pas ce que l'on dit // celui qu'on écoute est celui qu'on aime // ce que l'on dit n'est pas ce qui est entendu // celui à qui l'on parle n'est pas celui dont on parle // celui qui passe à l'acte est celui qui ne parle pas, la meilleure arme préventive est donc la parole.

De quoi refonder entièrement le travail en prévention, n'est-il pas ? Seul hic : ce rapport a été remis en 1994. Décidément, le sujet divisé divise...

Tête en l'air

Joyeux Anniversaire Jaaaaaacques... Hier un Zénith entier, debout pour fêter les 70 ans d'un homme qui, c'est sûr, mourra de son vivant. Trois heures de concert menées tambour battant, sur la terre des damnés solitaire étranger aux vérités premières énoncées par des cons (...) coeur battant coeur serré par la colère par l'éphémère beauté de la vie !

16 octobre 2010

Modou

"Je te donne la vie pour unique désir."

Un cadeau sur un petit papier plié, tiré au hasard, lors d'une belle soirée ici. Une soirée toute simple, pour se sentir vivant, en lien, en corps (encore ? encore !), enjoués, ensemble.

Je pensais au Petit Prince et à ses questions sur l'amitié, à la réponse du Renard - c'est une chose trop oubliée... Voilà - au fur et à mesure que je découvre la Biodanza, il me semble que c'est de cela qu'il s'agit, un rappel à ceci : en lien, enjoués, ensemble.

Ah, et un merci spécial à la Grenouille et au Crapaud, qui ont gardé nos têtards.

14 octobre 2010

L'ombre d'un doute

Est-ce que toutes les histoires d'amour ne seraient que des fictions partagées ? Une histoire "où l'on s'en va deux cueillir en rêvant..." - qui naîtrait de la volonté partagée d'y croire, et s'arrêterait lorsque l'un ou l'autre serait atteint d'une progressive ou subite "crise de foi" - comme dans ces récits où les pays imaginaires n'existent qu'aussi longtemps qu'ils ont des lecteurs pour y croire, des enfants à émerveiller ?

Une histoire que chacun se raconte à sa manière bien sûr, mais avec cette idée d'un territoire imaginaire commun - encore que certains de ces territoires survivent à la rupture (et la provoquent, éventuellement) - le point final parfois se déplace.

Une nouvelle, un haïku, une tragédie, une histoire à l'eau de rose ou un roman-fleuve, remanié, repris, raturé, une oeuvre ouverte toujours sur un à suivre...

Aimer ce serait, écrire à quatre mains - une histoire qu'on se raconte à deux...

12 octobre 2010

Papivores

De temps en temps, il y a de jolies surprises... Une collaboration s'ébauche avec la Cité Universitaire Internationale. A cette soirée-forum, je suis déjà dépaysée - variété des langues, des cultures, des allures - et un niveau d'études absolument inédit parmi les publics avec lesquels je travaille habituellement. Une association de bookcrossing, Le Bouquin Volant, a profité de l'occasion pour mettre à disposition des milliers de volumes gratuits, et c'est un bonheur de voir ces étudiants du monde entier, mais francophones, repartir les bras chargés - avec des sacs et des cartons débordants pour certains d'entre eux - de livres de toutes sortes.

J'ai fouiné à mon tour, bien sûr. Offert à un nouvel interlocuteur Le soleil des Scorta (dédicacé par l'auteur). Reçu en retour Mal de pierres. Conseillé Terre des oublis à un étudiant vietnamien. Trouvé une édition originale du livre de Benoîte Groult, Ainsi soit-elle. Discuté de l'art et de la manière de partager notre goût de la lecture avec nos enfants. Bref - me suis sentie chez moi...

Valeurs

With money you can buy a house, not a home. With money you can buy a clock, not time. With money you can buy a bed, not sleep. With money you can buy a book, not knowledge. With money you can see a doctor, not buy good health. With money you can buy a position, not respect. With money you can buy blood, not life. With money you can buy sex, not love.

Liste non exhaustive. Qui donne à réfléchir, non dans la façon dont elle met l'argent au centre, mais dont elle l'exclut au contraire de tout ce qui, en définitive... compte.

11 octobre 2010

Bonne question

- Dis-moi, y a-t-il encore d'autres voix intérieures, comme toi, que je ne connais pas ?
- Et comment ! Il y a beaucoup d'autres voix en toi qui n'ont pas eu l'occasion de s'exprimer. Crois-tu que je suis la seule ?
- D'accord, mais pourquoi se cachent-elles ?
- Elles ne se cachent pas. Elles sont là. Mais c'est toi qui ne les vois pas. Tu ne les perçois pas parce que tu ne regardes pas de leur côté. Depuis des années, tu accordes toute ton attention à Miss Intelligence Pratique, à Miss Cynique Intello, à Miss Ego Ambition et à Dame Derviche. En dehors de ce fameux quatuor, tu ne vois personne d'autre.


Elif Shafak, Lait Noir

Et moi, à quelles voix intérieures ai-je accordé mon attention ? Et lesquelles ai-je bien pu laisser de côté ?

Erreur de casting

Un petit moment d'agacement, à la lecture du dernier Marie-Claire...

Des stars, actrices, chanteuses, mannequins, et pour la 700ème couverture, une lectrice. Formidable !

ET, à quoi ressemble la lectrice de Marie-Claire ? A une… star, actrice, chanteuse, mannequin… 19 ans, blanche et blonde aux yeux verts, taille mannequin – à l’instar de ses deux «dauphines» (miss Poitou-Charentes et miss Limousin, je présume ?). Quelle audace dans le casting !

Moi qui pensais bêtement que la lectrice de Marie-Claire était une… femme – entre 30 et 60 ans, faisant un bon 40-42 (taille de la Française moyenne) et assumant ses rondeurs, élevant ou ayant élevé ses enfants, tout en étant une femme active et inscrite dans la société à travers un emploi et/ou des engagements associatifs, et… ayant une certaine expérience des hommes, de leurs petits défauts et de leurs grandes qualités, et de la vie en général…

Une femme avec un vécu, une profondeur, quelques rides et beaucoup d’humour – bref, une femme à laquelle j’aurais aimé ressembler – au lieu de me demander qui pouvait bien être la nouvelle starlette en couverture du dernier numéro ?

A moins que… mais bon sang mais c’est bien sûr, ce doit être ça… il doit y avoir une erreur… ce ne serait pas plutôt la gagnante du casting « Jeune et Jolie » ?

10 octobre 2010

Communion

Léo est baptisé. Nous ne l'avions pas inscrit au catéchisme - les rituels et dogmatismes chrétiens étant trop loin de notre inscription dans la spiritualité à ce jour. Mais sa grand-mère a pourvu à son éducation religieuse - ainsi qu'à celle d'Elsa - de la meilleure façon qui soit : à travers son propre engagement dans la vie paroissiale, sur un mode à la fois critique et créatif, cohérent avec les valeurs du christianisme plus qu'avec les rigidités ecclésiastiques ; et en invitant les enfants à des messes animées par un abbé sensiblement dans le même esprit, notamment dans l'ouverture aux petits enfants et à l'autre, à l'étranger, à la différence - ce qui représente une vraie prise de position dans ces petits villages majoritairement d'extrême-droite.

Moyennant quoi... notre Léo a demandé l'autorisation de faire sa communion privée, ce qu'il a fait ce week-end, est revenu l'autre jour avec l'envie de s'inscrire à l'aumônerie. Et, même si je ne le partage pas exactement sur ce mode, ce chemin me réjouit, et me touche, et je l'accompagne bien volontiers - bien plus que si nous avions cherché à lui imposer quoi que ce soit.

01 octobre 2010

Clochard existentiel

Dans le bus un homme - alcoolique ? psychotique ? marmonne en boucle d'une voix pâteuse : "Un qui, qui suis-je ? il y a toujours un qui... Malraux disait - il est mort Malraux : juger, ce n'est pas comprendre... qui je suis, moi ? Est-ce que j'aime la vie que j'ai ? Un qui, il y a toujours un qui..."

Les voyageurs l'ignorent, sourient vaguement, ou baissent la tête ; et je me demande : combien sommes-nous à nous sentir concernés par ce qu'il interroge ?

30 septembre 2010

Je suis une crypto-réac

Parce que, j'avoue - je suis assez d'accord. Pas tout le temps. Pas à sens unique. C'est ce qui fait la différence, peut-être. Mais : féministe ET féminine. Autonome ET fleur bleue. Attentive ET sensible aux marques d'attention. So what ?

Etre un homme, c'est prendre ses responsabilités, c'est essayer de soulager de plus en plus la vie des femmes, c'est essayer d'être à l'écoute, d'avoir une main un peu plus forte que celle de la mère quand on tient un enfant pour traverser la rue. Etre un homme, c'est ne pas trouver efféminé de faire des choses galantes et de s'occuper de sa femme comme un bijou (...). Il y a une époque où on a dit aux hommes que ça ne faisait pas viril d'aider une femme à mettre son manteau, de faire le tour pour lui ouvrir la porte, de lui donner du feu et de se lever de table quand elle se lève et d'attendre de passer sa commande avant qu'elle-même ne l'ait fait. C'est faux.

Vincent Lindon

27 septembre 2010

Mémé-même-pas-peur

Celle qui se réjouit de ce qu'elle a mais ne se plaint pas de ce qu'elle n'a pas, sait rire de tout à commencer par elle-même, ne dédaigne pas l'humour absurde ou noir, est venue passer un week-end avec nous - comme une grande (quoique ne dépassant pas le mètre cinquante-trois), toute seule par le train, sans le dire à ses filles qui le lui auraient probablement déconseillé. Une grand-mère déterminée et vivante, qui n'est pas sans me rappeler celle du très joli Poetry, vu cette semaine...

Elle a monté sans sourciller les deux fois trois cents marches qui mènent tout en haut du dôme du Sacré-Coeur (bientôt 85 ans !), et s'est baladée avec nous sur les quais de Seine pour le festival Spectaculaire - balade impromptue où nous aurons croisé les girls du Moulin-Rouge, un animateur d'atelier de comedia dell'arte, une chorale, le Grandiloquent Moustache Poésie Club, et des professeurs de tango... Je ne connais pas beaucoup de gens de cet âge capables de s'adapter à l'imprévu, de patienter pendant que les petits expérimentent un logiciel de création en 3D présenté sur un stand, de déjeuner sans couverts d'une pizza en plein vent... et de se réjouir du tout !

PS : Du cours de tango, j'ai retenu ceci : l'homme dirige, avec son coeur...

Katerine

Il est partout dans les médias - en couverture des Inrocks et de Chronic'art - mais que faut-il penser de l'inclassable Katerine ? Formidable canular, blague régressive pour écoliers attardés, ou, comme le laissent entendre certains articles, oeuvre méta-philosophique qui convoquerait à la fois Debord et le zen, offrant un démontage critique sans concession de nos réflexes de consommation, de langage et de pensée ? Ni l'un ni l'autre, à mon sens, ou peut-être un peu des deux... Toujours est-il que "Philippe" est un album vraiment drôle (ce qui n'est pas si fréquent), suffisamment rythmé pour donner envie de danser dans le salon ou de siffler sous la douche, à partager avec les enfants qui se délectent des gros mots et provocations "hénaurmes" du personnage - et peut-être effectivement, bien moins bête qu'il n'en a l'air...

23 septembre 2010

Et le souffle devient signe...

Permettez-vous d'être libre dans votre vie.

E.B.

20 septembre 2010

Pas de danse

Je ne sais plus combien j'ai essayé de cours de danse. Le classique, à six ans : expérience traumatique. Le modern jazz, à l'adolescence - et puis à nouveau, jeune adulte. La salsa, en stage de week-end. Rien de très concluant - j'ai déjà du mal avec la droite et la gauche, alors, faire marcher séparément les bras, la tête et les jambes (attends, je compte !)...

Mais...

Il y a eu la liberté de danser retrouvée au Hameau, et celle de la Biodanza, qui m'a redonné le plaisir du mouvement, le simple plaisir d'habiter mon corps - et tout ce chemin d'être-devenir femme, ces dernières années.

Cette semaine, deux pas (de danse) décisifs : me suis inscrite à un cours de danse orientale. Et - même pas peur ! - David et moi avons pris notre première leçon de Tango - exercice préparatoire au stage prévu à la Toussaint. Bonheurs : apprivoiser cette danse magnifique, que j'aurais crue à priori inaccessible. Le faire ensemble. Le soir même, aller esquisser quelques pas évidemment maladroits mais ravis parmi les danseurs du quai d'Austerlitz.

17 septembre 2010

Constat

Je crois que j'aime les hommes à failles...

Matinales

Elsa a récupéré la veste matelassée-surpyjama d'une petite amie. Ce n'est pas que la saison l'exige déjà, mais elle ne la quitte plus : "Elle est où ma veste du matin et du soir ?". C'est vrai que ça vous a une toute autre allure qu'une simple "robe de chambre"...

Lorsque le réveil se met en marche, et bien que j'en change régulièrement la mélodie, le chat arrive pour me saluer. Parfois suivi d'un Léo, puis d'une Elsa. C'était le cas, ce matin - le chat allongé sur mon ventre, un enfant au creux de chaque épaule. "Maman, ton coeur ronronne !", a dit Elsa.

Elsa toujours : "Moi, c'que j'adore dans les tartines grillées, c'est le grille-pain !"

16 septembre 2010

Paillettes

Halle Freyssinet, un show de strip-tease dit burlesque - cet art féminin et féministe de l'effeuillage, érotisme créatif et bon enfant si bien illustré par les danseuses de Tournée - sensuelles, décomplexées, drôles, et profondément humaines. Le plus joli ? Une coulisse improvisée, à peine masquée par un tissu noir qui, s'il donnait aux danseuses l'illusion d'être à l'abri des regards, laissait au spectateur une vison un peu voilée, poétique, de ce vestiaire de filles - la blondeur d'une chevelure, l'éclat des strass, la blancheur d'une peau.