12 août 2018

Le Clos des Fées

 C'est un joli vin, ce pourrait être aussi le nom de cette maison, non que les hommes n'y soient charmants, mais parce qu'elle m'apparaît comme puissamment habitée par une forte lignée de femmes, et aussi comme bénie des dieux (avec ou sans majuscule - hantée par quelques démons aussi), tant elle déborde de talents divers.

Les maisons de famille sont mon talon d'Achille et ma drogue douce, depuis toujours ; celle-ci, que je retrouve d'année en année, m'est tout particulièrement chère. 

Des bonheurs-poupées-russes (comme les filles de la maison, aux prénoms de princesses slaves) : une région toute de bleu et de lumière, et dans cette région, une maison paisible et ouverte, et dans cette maison, des êtres à retrouver ou à découvrir, comme autant de trésors.

Cette année, un trio de jeunes gens lumineux, drôles, curieux, si vivants - et un couple de créateurs trop poétiques pour ce monde - des humains émouvants par leur force autant que par leur perceptible fragilité. Comme tous les humains ? Oui, mais un peu plus, ou un peu autrement... légèrement extra-terrestres. Flottant un tout petit peu au-dessus de notre sol. 

Le Clos des Fées, donc. Fées qui circulent aussi discrètement dans la lumière sur la terrasse au couchant, qui s'invitent dans les tableaux de Marina (dans un regard, ou sous une plume), qui scintillent sur la crête des vagues, qui s'évanouissent dans l’œil bleu glacier du chat Queenie, qui s’endorment dans la sérénité des jardins de la Fondation Maeght, ou sous la robe d'un vin gorgé de soleil. Voilà, je reviens d'un séjour chez les fées !

10 août 2018

Un moment de liberté

Les horaires de la vie devraient prévoir un moment, un moment précis de la journée, où l'on pourrait s'apitoyer sur son sort. Un moment qui ne soit occupé ni par le boulot, ni par la bouffe, ni par la digestion, un moment parfaitement libre, une plage déserte où l'on pourrait mesurer peinard l'étendue du désastre. Ces mesures dans l’œil, la journée serait meilleure, l'illusion bannie, le paysage clairement balisé. Mais penser à notre malheur entre deux coups de fourchette, l'horizon bouché par l'imminente reprise du boulot, on se goure, on évalue mal, on s'imagine plus mal barré qu'on ne l'est. Quelquefois même, on se suppose heureux !

Daniel Pennac, Au bonheur des ogres

J'adore. Le ton, l'humour, l'ambivalence de la chute. L'effet de vérité. C'est le luxe de ces jours-ci - mesurer l'étendue du désastre (voir posts précédents), mais aussi la taille du bonheur (qui prend de l'embonpoint), la surface de la chance. Plonger dans le passé, photos, courriers, souvenirs, mesurer le chemin parcouru, retrouver des émotions, des éclats de rire, toute une richesse dont les fils forment la trame de ce que je suis, même quand je ne m'en souviens plus. Regarder avec tendresse la Lu que j'étais, constater les invariants (ouch ! ça fait un peu mal à l'ego :-))), les évolutions aussi. Choisir de garder le tout, comme à la fin de Eternal Sunshine of the spotless mind : s'il faut tout faire disparaître ou tout garder, la douleur et la joie, alors je garde tout. 

06 août 2018

Un cadeau tombé du ciel

(...) je sais que je ne le montre pas beaucoup mais Ronan et toi comptez tellement pour moi. Je vous aime fort, gros bisous de la miss Za !

30 juillet 2018

Disney Thérapie

Du coup j'ai pris le temps de revoir Bernard et Bianca. Et j'ai compris pourquoi il avait longtemps été mon Disney préféré. Tout me parle chez Penny, sa solitude, son insatiable désir d'être adoptée, sa fragilité lorsque Medusa lui balance que jamais personne ne voudra d'une petite fille quelconque comme elle. Mais aussi son courage, sa capacité à s'auto-rassurer (avec l'aide de son fidèle Teddy), à garder l'espoir, et aussi l'énergie et l’inventivité de l'enfance, et à savoir s'accrocher aux plus petites mains tendues (même si ce sont celles de deux petites souris).

D'une façon plus large, les Disney me font du bien. Fonctionnent comme un lieu sûr en EMDR - un endroit où le système nerveux s'apaise, où les ressources sont activées, notamment à travers les chansons. C'est à la fois une surprise (et un petit secret vaguement honteux :-))) et une évidence - si on en écoute plusieurs à la suite, tirées de films différents, elles font toutes appel aux qualités énumérées ci-dessus, et aussi au rêve et à l'appel du large, qui me constituent tout autant.

27 juillet 2018

Lâcher prise

De la nécessité de pouvoir me déprimer. Parce que ça fait sept ans que je lutte pour continuer d'avancer, faire des projets, offrir une belle vie aux enfants « quand même », me relever toujours. Et dix-huit mois qu'avec la maladie d'Elsa, cette lutte est devenue non plus de maintenir de la vie, mais déjà de survivre psychiquement. Je suis épuisée, j'ai besoin de faire le deuil de ce qui ne sera plus, de regarder cette dernière année et de pouvoir dire à quel point c'était intolérable. Arrêter de tout tenir, d'être un bon petit soldat. Arrêter d'être dans le soin, partout, tout le temps, avec tous. Me laisser plus de place, enrayer la machine contre-dépressive. Accepter d'être vulnérable, pouvoir demander à être accueillie, rassurée, bercée.


Maintenant c'est possible - parce qu'Elsa va mieux, parce que je suis plus en sécurité sur tous les plans. Maintenant c'est possible, parce que les enfants ne sont pas là, que je ne travaille qu'a minima ce mois-ci. Souffler. Ralentir. Pleurer quand c'est nécessaire, et rire quand c'est possible. Redécouvrir qu'il peut y avoir une lueur de sérénité dans le chagrin, quand celui-ci est juste. Ne rien faire mais le faire bien, me suggérait mon ami Stéphane.

PS : quelques jours plus tard Léo m'a envoyé cet extrait de livre : "Je ne veux plus de tes mensonges, c'est fini ! Arrête de vouloir être la plus forte partout... tout le temps, je m'en fous, Mom ! Tu m'entends... Je m'en fous. Ce n'est pas pour ça que je t'aime. Je t'aime quand tu ne penses pas comme moi et que tu me le dis. Je t'aime quand tu me dis "Non !". Je t'aime quand tu n'aimes pas toujours ceux que j'aime. Je t'aime quand tu as peur et que tu me l'avoues. Je t'aime quand tu es jalouse. Je t'aime pour rien. Je t'aime pour tout. Je t'aime sans raison. Je t'aime parce que je suis capable de t'aimer."

05 juillet 2018

Kifs de voyage Bangkok-Cambodge, été 2018

Au début je me suis dit que j'allais en choisir un pour chaque jour, mais il y en a trop qu'il aurait été dommage de passer sous silence. Et puis il y a les "kifs transversaux", comme la chance et le privilège considérables d'avoir pu faire ce voyage à quatre, de découvrir le monde ensemble.

Comme la conscience que vivre des moments comme ceux-là après l'année que nous avons passée est un petit miracle et une grande récompense pour toute l'énergie investie. Non que tout soit simple ou parfait ; mais parce que déjà avoir pu faire ce projet et le réaliser est un vrai cadeau et  le signe du chemin déjà parcouru.

Comme la concrétisation d'une ligne de vie à laquelle je crois profondément : Collect moments, not things. Et d'une autre : celle d'accepter de se laisser surprendre : sans l'annonce de Pierre et Sabine, pas de Cambodge. Mais aussi de se donner les moyens de la chance : sans Trocmaison, pas de Cambodge non plus !

Kifs donc. 
- Le soleil qui se lève en avion. Je ne m'en lasserai jamais, j'epère
- Le premier temple à deux pas de l'hôtel, les bonzes en robe orange
- Madame Musur ! Un délicieux petit restau de Rambuttri Soi, devenu notre QG : bon, beau, bon marché, cadre cool et exotique à la fois (et la WiFi of course ;-)))
- Les moyens de transports : tuk-tuks, vélos, taxis, ferries, long tail boats et l'avion, donc
- La balade en vélo à Bangkok, avec étape en bateau sur les klongs
- Les piscines - sur le toit à Bangkok, toute en pierre avec cascade à Siem Reap, nichée dans la verdure à Phnom Penh
- Les esprits farceurs du temple Wat Pho à BKK
- Les marchés - fleurs, fruits, légumes, soieries... me faire faire une robe sur mesure
- La nourriture, variée et délicieuse
- Les merveilles de chez Ambre
- Le bar à chats et son chat nu
- Accéder à l'histoire : S21 et le documentaire de Rithy Panh, un autre sur Angkor, le film d'Angelina Jolie sur la période Khmers Rouges. un autre kif, voyager au temps d'Internet où toute l’information vient enrichir ce que l'on découvre.
- L'échappée verte dans la campagne de l’île de la Soie
- La chef française super sympa du délicieux Bistrot Pepe, juste en bas de "chez nous"
- Les dédales des temples d'Angkor, la vibration spirituelle qui s'en dégage encore (malgré les cars de Chinois !), l'incroyable poésie des ruines dont la nature a repris possession, la richesse technique, esthétique, architecturale de cette civilisation
- Pub Street à Siem Reap, et la folle ambiance de la finale de la Coupe du Monde de foot dans un minuscule bar rempli de Français
- La  déception que la saison des pluies nous ait privés de notre escale "Île paradisiaque" (et même du plan B à Kampot), mais notre capacité de rebond : matches de boxe locaux, cours de cuisine, et l'émouvante visite de Pour un sourire d'enfant, là aussi après avoir revu Les Pépites grâce à Internet
- Rebond 2 : un vol annulé nous oblige à reprendre une nuit à Bangkok ? Nous y avons fait deux de nos plus belles expériences : le bar en rooftop pour découvrir la ville à nos pieds, quasi en exclusivité car la pluie juste avant avait découragé les touristes ; la merveilleuse maison-musée de Jim Thompson, un joyau caché dans un jardin-écrin ravissant
- Un moment d'exception à quatre, initié par Léo : le temps d'échanger, avec infiniment d'authenticité, sur nos qualités et nos défauts respectifs, tels que nous les percevons et tels qu'ils sont perçus
- La douceur et la gentillesse des gens, le sourire omniprésent. La confiance possible, les échanges courtois, le service attentionné et prévenant, le sens de l'esthétique - chambres préparées, plats joliment décorés, et même dans les rapports marchands, de la négociation dans le respect et le rire.

26 juin 2018

Ivry-sur-Espoir

Ça me trotte dans la tête depuis longtemps - quelle forme d'engagement citoyen trouver. Aussi, quand j'ai entendu parler du Centre d'Hébergement d'Urgence pour les Migrants, destiné spécifiquement aux familles et aux femmes isolées et situé à deux pas de la maison, je me suis dit qu'il fallait que j'aille les rencontrer. Le lieu est exemplaire - super projet d'architecture, très justement primé, lumineux, propre, et très vivant du fait de la présence d'enfants de tous les âges et de toutes les nationalités.

La gestion est assurée par Emmaüs, d'autres associations sont présentes sur le Pôle Santé, géré par le Samu Social. Mon souhait à ce jour est plutôt de participer à des choses simples, plutôt qu'ajouter du psy (dont ils sont au demeurant déjà pourvus). Mais à voir... Le lieu donne envie en tout cas, laisse de la place à la souplesse dans l'engagement dans le temps (ce qui le rend possible), et à la créativité. A expérimenter au retour des vacances, mais comment refuser l'appel silencieux de cette minuscule gamine venue glisser sa main dans la mienne lors de la visite ? 

25 juin 2018

Le mieux est l'ennemi du bien

...disait Papi, et ça m'énervait, parce que je trouvais ça petit joueur, un peu désengagé. Mais parfois...

Il aura fallu pas mal de vagues émotionnelles depuis un an et demi (début des troubles sérieux), depuis 12 mois (hospitalisation temps plein), depuis 4 mois (hospitalisation de jour), depuis 3 semaines (le dernier entretien avec la psychiatre) pour que j'arrive à formuler ceci à Elsa, qui me reproche de lui mettre "trop de pression" (ce qui n'est pas faux) et de la considérer comme autant en souffrance que l'année passée (ce qui est résolument inexact) : 

Parce que je t'aime tellement, j'ai eu tellement peur, depuis tellement longtemps, et je me suis sentie bien trop seule face à cette angoisse. 

Alors oui, peut-être qu'aujourd'hui j'avance moins vite, par rapport à cette angoisse et à cette solitude, que toi tu ne guéris - et que ça me fait sur-réagir, souvent. C'est possible. C'est probable, même. OK.

Et probablement aussi que cette pression, mi-objective mi-subjective car largement interne, est contre-productive. Et sérieusement intriquée avec les blessures des adultes, et celles des enfants-dans-les-adultes.

Ce que je pense cependant, c'est que la vérité est bien plus complexe que ça - et qu'il reste des motifs d'inquiétude - a minima, d'interrogation. Mais d'accord, je prends, et vais faire ma part - sur l'angoisse et la solitude, et le sentiment d'injustice et de non-reconnaissance, qui ne sont pas nés avec les difficultés d'Elsa, mais trouvent leurs racines dans ma propre histoire et dans ce que la séparation d'avec David a laissé à vif. Pas tous les jours facile d'être parent, et adulte, et ex-enfant... et de repérer (le correcteur suggère, réparer :-)) les endroits où ça s'emmêle !

20 juin 2018

Voir les étoiles tomber

I try, I cry, I live, I die

J'avance sans peur dans la dead zone
De toute labeur tenir la chose
A marcher seule sur le volcan
Le feu déclenche parfois le vent

Le doute est un collier d'épines
Je reste pour percer l’énigme
L’énergie sismique qui nous guide
Déclenche parfois de longs soupirs

J'ai toujours aimé danser sur les chemins de traverse
Le temps est mon allié il n'y a rien que je regrette
Une seule crainte peut être à force de tant parier
C'est un jour ou l'autre de voir les étoiles tomber

Toujours je tremble face à l'éclipse
La lumière est mon meilleur guide
C'est contrôlé, pas de côté
Il faut être bien accompagnée

Toute chance n'est pas bonne à saisir
La peur du vide et ses abysses
Ne prenons plus les autoroutes
Où se posent nos pieds l'herbe repousse

J'ai toujours aimé danser dans les jardins de l'ivresse
Le temps est notre allié il n'y a rien que l'on regrette
Une seule crainte peut être à force de tant planer
C'est un jour ou l'autre de voir les étoiles tomber


Barbara Carlotti

Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas eu un coup de foudre pour une chanson :-)!

18 juin 2018

Ça me rappelle quelqu'un

Soixante-trois ans. Vouloir la vie comme si j’en avais trente. Un sac à dos épuisant. Des bouts de santé qui foutent le camp. Être au mieux avec la mémoire. En couleurs ou noir et blanc. Selon le bouleversement. Toi qui lis ce bouquin, j’écris le désir de la vie. Écrire à toutes pompes. Comme un fou. Ne pas savoir où aller. Se perdre. Me réfugier.

(...) -Écrire par tous les temps. Au bout des champs. Derrière l’horizon. Les phrases odeurs, les phrases souvenirs. Il y aura celles écrites, il y aura celles sans traces. Juste pensées. Juste vécues. Tout ne sera pas écrit. Trop d’intime à deviner entre les lignes.

- Richard Bohringer, L’ultime conviction du désir

Et j'espère que ça me rappellera moi, aussi, quand j'aurai cet âge.