26 juin 2020

#lesamiscestlavie


19 juin 2020

Carillon

Je commence à jouer avec le carillon et c'est délicieux, les sons sont comme une caresse, une petite pluie amicale et bienfaisante, je suis celle qui fredonne la chanson et le bébé "enchanté" à la fois, je recommence, déplace le son, fais sonner une note, découvre jusqu'où aller exactement pour produire un son, ou plusieurs, ou aucun, c'est un moment de pur jeu et de vrai bonheur. 

Je prends conscience de ceci : pour le carillon comme pour l'âme, pas de contact, pas de rencontre, pas de musique. Quand je ne suis pas en contact avec ce qui me fait vibrer, je reste silencieuse, absente, éteinte. Au mieux, le son est étouffé... Je veux que ça sonne, je veux que mon âme chante à nouveau, ne plus en étouffer ni les larmes ni les rires - ni l'ombre, ni la lumière.

Faire halte

Parce qu'il faut vivre au quotidien, et essayer dans la mesure du possible de ne pas additionner nos angoisses, parce qu'il faut soutenir l'espoir, la possibilité d'un projet, j'oublie - provisoirement. 

J'ignore plus ou moins délibérément les stratégies d'évitement, pourtant omniprésentes. Je dénie l'anormalité de la situation, sa durée, les traumas cumulés, la fragilité de chaque moment, le traitement médicamenteux. Parce que ce n'est pas vivable autrement - pour personne. Parce qu'il faut donner une chance au meilleur. Parce que rien n'est certain, mais qu'il est nécessaire de croire. Parce que chaque petit moment de dialogue, de légèreté, de soins, est une maille retissée, une conquête provisoire mais toujours émouvante. 

Je propose - des appuis, du soin, des aménagements. C'est une attention constante, un questionnement sans fin sur le trop, le pas assez, le judicieux instant après instant. J'essaie. Et j'échoue sans cesse, bien sûr.

Et puis... il suffit d'un détail, pour que les paravents tombent, et que le vertige revienne. L'impossibilité de faire seule une course simple, d'aborder même de loin un aspect scolaire, la souffrance qui explose en détresse ou en colère devant le constat commun de cette insupportable vulnérabilité envahissent à nouveau l'espace. L'impuissance réciproque, face à l’humeur incontrôlable comme aux angoisses paralysantes, ajoute à la peine, à l'inquiétude quant à l'avenir.

Je ne souhaite à aucun parent d'être confronté à la souffrance profonde, durable de son enfant, tout en étant dans l'impossibilité de le soulager. A fortiori si celui-ci a toute l'intelligence et la sensibilité requises pour en mesurer les implications possibles. Je suis bouleversée par son courage, dont je sais qu'il n'est pas forcément perçu comme tel par notre entourage, parce que comme le dit le Petit Prince, c'est tellement mystérieux, le pays des larmes. Celui de la souffrance psychique aussi.

Je sais que je vais retrouver le mien, de courage. Et que nous allons continuer à remonter nos manches, réajuster nos sacs à dos, et reprendre la marche. Et que comme le dit mon amie Lalie, on n'est pas à l'abri d'avoir de la chance ! Mais ce matin... j'avais besoin de poser cette douleur, là.

01 juin 2020

28 mai 2020

Toute ressemblance...

Un Etat qui se projette en mère toute-puissante est un Etat fascisant. Le citoyen d'une dictature revient au stade du bébé : langé, nourri et tenu au berceau par une force omniprésente, qui sait tout, qui peut tout, a tous les droits sur lui, pour son propre bien. L'individu est débarrassé de son autonomie, de sa faculté de se tromper, de se mettre en danger. 

Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006

...bref, débarrassé de son identité de sujet singulier, et de ce qui fait aussi sa capacité (et son bonheur) de vivre... Nous y sommes non ? Obéissants, parqués, infantilisés, abreuvés de peurs construites par les dirigeants, bien sages derrière nos black mirrors, priés de de ne pas accompagner nos proches en fin de vie, fliqués par des hélicoptères sur les plages, taxés pour le soutien d'industries dévastatrices et mourantes, abrutis par des statistiques absconses qui ont pour principal effet de nous empêcher de penser les questions de fond...

22 mai 2020

Il faut vivre

Il faut vivre, l'azur au-dessus comme un glaive
Prêt à trancher le fil qui nous retient debout
Il faut vivre partout, dans la boue et le rêve
En aimant à la fois et le rêve et la boue
Il faut se déplacer d'adorer ce qui passe
Un film à la télé, un regard dans la cour
Un coeur fragile et nu sous une carapace
Une allure de fille éphémère qui court
Je veux la chair joyeuse et qui lit tous les livres
Du poète au polar, de la Bible à Vermot
M'endormir presque à jeun et me réveiller ivre
Avoir le premier geste et pas le dernier mot
Étouffer d'émotion, de désir, de musique
Écouter le silence où Mozart, chante encore
Avoir une mémoire hypocrite, amnésique
Réfractaire aux regrets, indulgente aux remords

Il faut vivre, il faut peindre avec ou sans palette
Et sculpter dans le marbre effrayant du destin
Les ailes mortes du Moulin de la Galette
La robe de mariée où s'endort la putain

Il faut voir Dieu descendre une ruelle morne
En sifflotant un air de rancune et d'espoir
Et le diable rêver, en aiguisant ses cornes
Que la lumière prend sa source dans le noir
Football, amour, alcool, gloire, frissons, tendresse
Je prends tout pêle-mêle et je suis bien partout
Au milieu des dockers dont l'amarre est l'adresse
Dans la fête tzigane et le rire bantou
On n'a jamais le temps, le temps nous a, il traîne
Comme un fleuve de plaine aux méandres moqueurs
Mais on y trouve un lit et des chants de sirènes
Et un songe accroché au pas du remorqueur
Jamais ce qui éteint, jamais ce qui dégoûte
Toujours, toujours, toujours, ce qui fait avancer
Il faut boire ses jours, un à un, goutte à goutte
Et ne trouver de l'or que pour le dépenser
Qu'on s'appelle Suzanne, Henri, Serge ou que sais-je
Quidam évanescent, anonyme, paumé
Il faut croire au soleil en adorant la neige
Et chercher le plus-que-parfait du verbe aimer

Il faut vivre d'amour, d'amitié, de défaites
Donner à perte d'âme, éclater de passion
Pour que l'on puisse écrire à la fin de la fête
Quelque chose a changé pendant que nous passions.

Claude Lemesle  (chanson pour Serge Reggiani)

11 mai 2020

Clinique pour le temps présent

Cette étrange clinique au téléphone me donne parfois l'impression d'être le passe-muraille, de voyager d'un monde à l'autre, bien plus que lorsque je reçois les patients dans une unité de lieu et de temps. 

Comme si je me transportais de bulle en bulle, invisible et pourtant apparaissant subitement dans leur environnement intime et quotidien - dont je ne vois cependant rien. Le regard est absent, mais la voix chuchote au creux de l'oreille, le souffle est si proche mais le corps est manquant, et l'image des bulles successives m'évoque irrésistiblement la scène d'Amélie Poulain où elle se demande combien de couples ont un orgasme à ce moment-là. 

Décidément, les questions de distance, de sensorialité, d'intimité vue ou voyeuse sont omniprésentes dans cette nouvelle configuration ! Sauf demande expresse des patients, j'ai choisi de ne pas voir, évitant la vidéo autant que possible. La lucarne plus ou moins figée altère mon écoute, me rend moins disponible à ce qui s'exprime, aux subtilités de la voix. Les décalage de temps, même légers, me perturbent, la confrontation à ma propre image là où j'ai besoin de m'effacer pour accueillir l'autre également.

Là où l'autre habituellement vient, demande, ne serait-ce qu'en se présentant à son rendez-vous, il faut aller le chercher ; jusque dans les silences qui ne sont plus, ou tellement moins, un temps de retour sur soi, mais un risque renouvelé de discontinuité de la présence...

Cette situation inédite génère aussi une parole différente. Chez celui-ci elle s'appauvrit, bute sur le réel dont le récit impossible s'enlise lentement. Chez cet autre elle se déploie, libérée du regard - comme un écho du dispositif analytique ? Pour les plus inquiétants, elle se hache, déraille ou se referme sur elle-même...

Chez tous ou presque elle interroge les priorités, les choix de vie, le sens - qui se heurtent à une seule certitude, celle de l'incertitude.

Chez moi aussi la parole tangue, se fait un peu trop proche ou un peu trop lointaine, insuffisamment soutenue par une enveloppe institutionnelle qui se désagrège et incontestablement plus affectée qu'en temps normal par mes propres mouvements psychiques. Un temps épuisant que ce temps présent. Jamais la locution "faire attention" n'a aussi bien porté son nom, il s'agit vraiment d'un acte, d'une volonté renouvelée, d'un effort différent. De mon mieux, je (me) fais attention.

05 mai 2020

Patiences

C'est un homme en profonde souffrance, qui décrit sa difficulté à se lier, se relier aux autres comme un handicap, une "malformation" - ce sont ses mots - qui s'enracine dans un deuil traumatique à l'âge de quatre ans. Il déploie cette thématique de l'attachement impossible, d'une incapacité première à maîtriser ce qui lui semble être une évidence pour tous les autres - c'est comme si je n'avais jamais appris à faire mes lacets ! dit-il. Et soudain l'image fait sens, il associe sur l'âge de ce traumatisme qui est justement celui où l'on apprend à faire ses lacets, à nouer des liens... nous sommes émus tous les deux par la justesse de cette intuition - par cette pensée qui relie.

C'est une jeune scientifique probablement Asperger, enchantée d'être confinée chez elle, ce qui lui permet de poursuivre ses recherches sans être perturbée par les interactions humaines souvent indéchiffrables pour elle. Aujourd'hui notre échange a porté sur les avantages comparatifs entre être un humain et être un robot (nous avions des points de vue différents...) et son regret de ne pas pouvoir se mettre sur Off ; sur l'organisation sociale des fourmis ; sur la possibilité de l'émerveillement devant le monde naturel, qu'elle préférerait à l'activisme destructeur de l'homme : simplement observer ; sur les limitations trop humaines de nos systèmes de compréhension du vivant. Elle est dans l'incapacité de répondre à la question : comment allez-vous ? qui suppose un décodage des émotions qui lui est étranger et la plonge dans la perplexité. Mais elle s'anime sur ces sujets, se laisse rencontrer là, dans un touchant mélange de rigueur scientifique et de poésie involontaire.

C'est une élève infirmière faisant fonction d'aide-soignante dans un service Covid, qui attire mon intention sur un autre effet secondaire de l'interdiction des visites en réanimation : comment investir un patient sédaté s'il n'y a personne pour nous raconter son histoire, pas d'entourage pour l'inscrire dans un réseau de sens, de liens, nous le rendre proche, émouvant ? Et de me raconter l'histoire d'une collègue qui s'était attachée à un patient à travers le récit si amoureux que lui en faisait sa femme lors de ses visites - mais ça, c'était avant...

27 avril 2020

Et pourquoi pas ?

Une épidémie mondiale est en train de se propager à une allure vertigineuse : l'OMB (Organisation Mondiale du BONHEUR ) prévoit que des milliards d'individus seront contaminés dans les années à venir.

Voici les symptômes de ce terrible état  :

1 - Tendance à se laisser guider par son intuition personnelle plutôt que d'agir sous la pression des peurs, idées reçues et conditionnements du passé.

2 - Manque total d'intérêt pour juger les autres, se juger soi-même et s'intéresser à tout ce qui engendre des conflits.

3 - Perte complète de la capacité à se faire du souci (ceci représente l'un des symptômes les plus graves).

4 - Plaisir constant à apprécier les choses et les êtres tels qu'ils sont, ce qui entraîne la disparition de l'habitude de vouloir changer les autres.

5 - Désir intense de se transformer soi-même pour gérer positivement ses pensées, ses émotions, son corps physique, sa vie matérielle et son environnement afin de développer sans cesse ses potentiels de santé, de créativité et d'amour.

6 - Attaques répétées de sourire, ce sourire qui dit "merci" et donne un sentiment d'unité et d'harmonie avec tout ce qui vit.

7 - Ouverture sans cesse croissante à l'esprit d'enfance, à la simplicité, au rire et à la gaieté.

8 - Moments de plus en plus fréquents de communication consciente avec l’Âme, Non-Duelle… Être, ce qui donne un sentiment très agréable de plénitude et de bonheur.

9 - Plaisir de se comporter en guérisseur qui apporte joie et lumière à tous plutôt qu'en critique ou en indifférent.

10 - Capacité à vivre seul, en couple, en famille et en société dans la fluidité et l'égalité, sans jouer ni les victimes, ni les bourreaux, ni les sauveurs.

11 - Sentiment de se sentir responsable et heureux d'offrir au monde ses rêves d'un futur abondant, harmonieux et pacifique.

12 - Acceptation totale de sa présence sur terre et volonté de choisir à chaque instant, le beau, le bon, le vrai et le vivant.

Si vous voulez continuer à vivre dans la peur, la dépendance, les conflits, la dysharmonie la maladie et le conformisme, évitez tout contact avec des personnes présentant les symptômes cités ci dessus .

Cette maladie est extrêmement contagieuse !

Si vous présentez déjà ces symptômes, sachez que votre état est irréversible.

Les traitements médicaux peuvent faire disparaître momentanément quelques symptômes mais ne peuvent s'opposer à la progression inéluctable vers le développement harmonieux 

Aucun vaccin anti-bonheur n'existe.

Comme le bonheur provoque une perte de la peur de mourir, qui est l'un des piliers centraux des croyances de la société matérialiste moderne, des troubles sociaux risquent de se produire, tels des grèves de l'esprit belliqueux et du besoin d'avoir raison, rassemblements de gens heureux pour chanter, danser et célébrer la vie, des cercles de partage et de guérison, des crises de fou-rire et des séances de défoulement de joie profonde collective.

Grand Hug et grand Sat Nam à tous les infectés !
PUISSENT TOUS LES ÊTRES DE LA TERRE ÊTRE HEUREUX... ET EN PAIX !

20 avril 2020

Une vie bouleversée

Je ne me souviens plus de la première fois que j'ai lu le Journal d'Etty Hillesum. Ni même comment ce livre est arrivé jusqu'à moi (Bobin ? Comte-Sponville ?). Mais je sais que c'est probablement un de ceux que j'aurai le plus relus. Celui que j'emmènerais sur une île déserte. J'adore Etty, comme une amie intime, une grande soeur de coeur. Parce qu'elle est tellement vivante, incarnée, désirante, tellement tendue entre le ciel et la terre, comme la Sagittaire que je suis, les sabots bien plantés dans la boue mais la tête levée vers les étoiles.

Etty qui, comme la petite Thérèse de Lisieux, dit : Je choisis tout. Qui écrit en 1942 à Amsterdam, alors qu'elle vit les brimades et les persécutions, voit venir la déportation : Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant.

Etty qui tutoie Dieu ou ce qu'elle nomme Dieu en elle, et élargit son amour des hommes - au sens le plus terrestre, sensuel, amoureux du terme - jusqu'à l'amour de l'humanité. Dont les mots mêlent trivialité et spiritualité, humour et sagesse, racontent une histoire, celle de la fille qui ne savait pas s'agenouiller - et qui s'agenouille pourtant. L'histoire d'une âme qui n'en finit plus de s'élever malgré l'étau qui se resserre - parce que cette vie s'accomplit sur un théâtre intérieur : le décor a de moins en moins d'importance.

Etty qui témoigne sa gratitude pour chacun des petits bonheurs qu'elle vit tant qu'il en est encore temps - une chambre propre, un repas préparé, des livres, de bons amis, parce qu'elle voit tous ces possibles s'évanouir peu à peu, et dont les mots prennent une résonance toute particulière en cette période : Même si on ne nous laisse qu'une ruelle exiguë à arpenter, au-dessus d'elle il y aura toujours le ciel tout entier.

Je ne sais pas à quoi ressemblera le monde d'après le virus, et moins encore celui d'après la bascule climatique. Mais je suis certaine que ce texte restera pour moi une source majeure d'inspiration - plus simplement, une source.

17 avril 2020

Ray's wisdom

...Everyone feels this way sometimes. All of us. Me too. About all I can do is to give you some suggestions of what works for me.
Brother, life is VERY realistic... but it ain’t real. None of this is real. I don’t put much stock in the idea that this world is all there is. This is a very, very small part of the infinite whole.
I like to think of myself as an actor in a play. I am playing a very small, but very important part in this play. This is not real, it is just a very realistic drama. A play. A movie.
This movie is a place where God can pretend that he is not God.
God isn’t a person. God is everything and everyone who has ever been. Every tse-tse fly and bacteria. Every stone and all the cosmos. We are all God.
You have forgotten who you really are. You are an infinitely powerful being. You have a purpose in life but you have forgotten what it is.
You are here to Love.
So.... how are you going to do this Love thing? Where to find it? You are going to need to take some small steps to pull yourself out of the pain... but you will find Love when you do.
What should you do? I am pretty sure that you are hoping to find answers to the big questions, that these answers will give you hope. But I think that you will find answers in the small things in life, not the big questions (...)

14 avril 2020

Parenthèse

C'est paradoxal, probablement politiquement incorrect, mais... ça va bien. Ça va de mieux en mieux, en fait. C'est embarrassant, presque culpabilisant, mais C'EST. Après la sidération des deux premières semaines, le sentiment de ne pas pouvoir décrocher de l'écoute téléphonique, les deux suivantes, il y a cette conscience croissante, individuelle mais aussi collective, d'un temps d'exception non pas uniquement dans la tragédie présente ou les catastrophes à venir, mais aussi possiblement fécond.

Mon amie Céline, CCF, nous parle de ce point de rencontre surprenant entre coronavirus et grossesse non désirée : l'irruption dans le quotidien de cet inattendu si difficile à réaliser, mais qui force à s'arrêter, et oblige à penser. Arrêt sur image. J'en suis où dans ma vie ? Et éventuellement, à côté de quoi suis-je passé.e ? A quoi vais-je devoir renoncer si je veux me retrouver ? Quel chemin choisir après tout ça ? 

Ce matin j'ai moi aussi écouté une femme longuement naviguer entre les question liées à la mort de son père et à son désir d'enfant. Elle qui s'était jusque-là bâti une vie à l'abri de toute incertitude et de tout questionnement, de toute rencontre avec elle-même comme avec l'autre, se trouve soudain elle aussi confrontée à la question de sa croissance en tant qu'être (qui ne va pas sans douleur), de l''existence de l'âme, de la nécessité du sens... Ses questions ne sont pas nées de l'épidémie ; et pourtant elles rejoignent un choeur qui me semble aller croissant, comme une grande interrogation existentielle, voire spirituelle, qui se répand comme une traînée de poudre, et me touche d'autant plus que je me sens comme entraînée dans ce mouvement (qui pour moi aussi, préexiste à la crise actuelle).

Je suis de plus en plus contemplative. Au ras des pâquerettes et le regard tourné vers ce qui en nous est plus grand que nous (et qu'on aperçoit très bien lorsqu'on a le nez dans l'herbe). Non, je ne l'ai pas fumée (l'herbe). Oui, je suis toujours bouleversée par ce qui se joue actuellement. 

Mais je suis aussi sensible à cette période de suspension, à ce qu'elle génère d'interactions nouvelles, avec ceux qui sont là auprès de moi comme avec ceux dont je n'entends plus que la voix, mais dans une parole possiblement différente, possiblement plus pleine. 

A l'absence de désir de consommation. A l'abandon des masques, au renoncement à l'agitation, à ce que Bobin appelle l'imaginaire du plein. Au questionnement de mon, de nos modes de vie. A mon émerveillement devant les mondes qui se déploient dans notre minuscule jardin - floraison du lilas, du muguet, du jasmin... et de ces humbles pâquerettes dont j'aime la modestie et la ténacité. Je ne suis pas loin de retrouver dans cette période la même plénitude qu'en bateau, le même retour à l'essentiel. 

Le même retour aussi à une certaine humilité, la même nécessité de faire confiance. Le lien en plus, ou vécu, ressenti différemment, peut-être.

La possibilité d'une présence en silence, ressentir l'être de l'autre - c'est peut-être la seule chose qui me manque.

12 avril 2020

Confinés

Celle qui se confine en secret avec son nouveau chéri
Celle qui partage avec son public un poème et une chanson "live" par semaine
Celle qui tangue dangereusement au bord de la crise suicidaire
Celle qui s'éteint de ne plus pouvoir marcher en forêt
Celui qui commence une vie sous le même toit en famille recomposée
Celle qui attend la ré-ouverture des frontières pour poursuivre son projet de PMA à l'étranger
Celle qui confine avec un chat infernal devenu adorable parce qu'il n'est plus jamais seul
Celle qui a vu sa gardienne monter les voisins contre elle parce qu'elle était malade
Celle qui n'a plus accès au traitement de sa maladie auto-immune parce qu'il contient de la chloroquine
Celle qui remet en question ses vieux schémas relationnels
Celui qui découvre la méditation et s'y applique
Celle dont l'appartement a été cambriolé alors qu'elle était confinée chez son amie
Celle dont le travail à l'hôpital la laisse complètement dissociée, anesthésiée
Celle qui offre un petit concert de harpe à ses amis sur WhatsApp chaque soir
Celle qui se sent bien mieux chez elle et n'a aucune envie d'en ressortir
Celle qui appelle le SAMU à chaque fois qu'elle fait une crise d'angoisse
Celui qui s'interroge sur son couple
Celle qui attend cet enfant qui ne vient pas
Celui qui se réjouit du départ à l'étranger de son compagnon
Celle qui n'a pas pu enterrer son grand-père
Celui qui organise une solidarité de voisinage
Ceux qui marchent sur la pointe des pieds dans une famille qui n'est pas la leur
Ceux qui n'en parlent pas, comme si rien ne pouvait altérer leur discours
Ceux qui ne supportent plus leur solitude
Ceux qui ne supportent pas de n'être jamais seuls
...aucun n'est indemne ; mais je suis touchée par ce qui se dessine entre les phrases, la prise de conscience de notre fragilité mais aussi de ressources inattendues, et l'envie croissante de vivre autrement, après.

10 avril 2020

En ton absence

Comment être présent en l'absence du regard, du corps, du non-verbal réduit à sa facette sonore - silence, souffle, tonalités de la voix...Comment écouter cet autre que je ne vois pas - a fortiori si cet appel est un premier contact, que nous n'avons même pas la représentation de l'autre ? Comment imaginer, au premier sens du terme ? En ce moment, c'est d'ailleurs bien cette capacité à imaginer ou non qui se révèle, soutient, nourrit, ou fait défaut et fragilise un peu plus.

Comment parler de cette qualité d'attention nécessaire, si différente de celle de la présence incarnée, de ce qu'elle a d'épuisant, et par conséquent de la tentation de la fuite qu'elle induit et permet - c'est si facile de jeter un coup d'oeil aux messages, de caresser distraitement le chat, de s'arrêter sur un gros titre, de se servir un thé...

Fuir, pour quelles raisons ? Parce que c'est toujours un petit peu ou beaucoup trop, d'avoir à recevoir la parole de l'autre dans notre espace privé, parce que c'est déstabilisant, cette porosité des frontières, et l'absence des sas habituels. Parce que cette angoisse que la personne déplie, ses incertitudes, ses interrogations, cette fois nous les partageons - certes avec notre histoire et nos ressources singulières, mais pour la première fois, nous partageons une situation identique, sommes soumis à la même temporalité. Comment métaboliser pour l'autre ce que nous peinons déjà à transformer pour nous-mêmes ? Comment garder une pensée alerte, là où l'angoisse, la peine ou la colère nous ralentissent sourdement ? 

Les premières semaines, j'aurai donc souvent fui. Dans l'idée d'amortir un peu la brutalité de cette configuration nouvelle, de la maintenir un minimum à distance. Avant de me rendre compte que cela augmentait mon épuisement : parce que je ne suis pas aussi multi-tâches que les adolescents, mais aussi parce que je me suis privée toute seule de ce qui fait l'intérêt de la rencontre, fût-elle téléphonique : la joie d'être là. De me rendre pleinement disponible. Celle qui s'enracine justement dans cette qualité de présence pour se renouveler, et qui se disperse autrement. 

Il y a tout à gagner, pour moi et pour l'autre, à faire une seule chose à la fois. Ce qui est, si je me souviens bien, une des définitions possibles de la méditation...

06 avril 2020

Le calme et la tempête : le calme

Ça fait trois semaines, et jusqu'ici je n'ai pas écrit une ligne. Trois semaines que je vis dans un espace-temps où il est difficile de penser, de formuler, de prendre du recul. Trois semaines que j'essaie de le faire cependant pour les étudiants de la permanence, pour ceux des patients du cabinet qui ne sont pas eux-mêmes trop sidérés pour poursuivre la rencontre. Trois semaines qu'après le dernier entretien de la journée, je n'ai plus assez de mots ni pour moi ni pour les autres.

Pourtant ici tout est calme. La vie à la maison est paisible, je sais Léo en sécurité aussi, le jardin prend ses couleurs de printemps, et nous savourons cet immense luxe d'une ouverture vers l'extérieur - nous déjeunons sur la terrasse, je travaille quelquefois au soleil, assise sur un tapis de pâquerettes. Elsa n'est plus seule, nous posons des jalons pour sa rentrée de septembre, là où nous semblions être dans l'impasse il y a encore quelques semaines. 

Les nôtres vont bien - nous avons aussi cette immense chance - quelques amis, quelques patients ont été bien malades mais sont déjà en convalescence, nos parents et proches sont en bonne santé à ce jour.

L'actualité ne rentre que de manière filtrée - pas de télévision, peu de radio, les articles du Monde auquel je me suis enfin abonnée - moins de bruit, plus de fond, et surtout, choisir - le moment, le thème, la qualité de l'information - enfin, dans les vertigineuses limites des incertitudes actuelles.

Un temps inédit, arraché aux transports, à un agenda perpétuellement surchargé, mais un temps pour le moment  finalement peu créateur, en tout cas sur les journées travaillées. Mon cerveau est indisponible - assez peu d'angoisse en tant que telle - une vague qui monte le soir parfois, ou un réveil précoce, la gorge serrée ou les larmes aux yeux à la lecture d'un article - mais pas davantage.

Peut-être aussi ce sentiment qu'il y aurait une forme d'indécence, dans ce contexte, à se montrer par trop affecté : nous ne sommes pas en danger ; nous ne sommes pas en première ligne ; notre environnement est incontestablement privilégié sur tous les plans.

Cette angoisse, je la ressens cependant dans ce ralentissement sournois, silencieux, ce bruit de fond constant dont j'essaie de me désengluer parfois - par un temps de méditation ou de prière, quelques postures de yoga, une lecture apaisante, un coup de fil affectueux.

Dans tout ce qui précède il y a de la gratitude à reconnaître, à ressentir - pour tout ceci, merci. Pour la santé, pour les liens, pour l'environnement de vie, pour ce rythme différent - malgré les inquiétudes financières j'apprécierais de travailler moins, pour pouvoir aller plus loin sur ce chemin qui nous oblige à nous tourner vers l'intérieur, à puiser dans nos ressources, notre imaginaire, à redécouvrir une certaine forme d'humilité aussi - comme en mer, il nous faut faire avec les éléments.

Je ne vois déjà plus comment ce monde pourrait revenir à une supposée normalité ; mais là encore, les suites économiques, politiques, sanitaires, sociales, écologiques sont à la fois tellement imprévisibles, démesurées et communes qu'à ce jour j'ai du mal à m'en faire pour nous individus - j'avance pas à pas, interrogative mais pour le moment tranquille. Non pas sereine - cette tranquillité n'exclut pas la peur, ni l'accueil de la peur - mais tranquille.

28 mars 2020

Et encore de la poésie

De tout, il resta trois choses : la certitude que tout était en train de commencer, la certitude qu'il fallait continuer, la certitude que cela serait interrompu, avant d'être terminé. Faire de l'interruption, un nouveau chemin, faire de la chute, un pas de danse, faire de la peur, un escalier, du rêve, un pont, et de la recherche... une rencontre.

Fernando Pessoa

25 mars 2020

Retrouver le goût...

...de la poésie.

Nous devrions cesser de croire que la bienveillance est une vertu infaillible.
Que la douceur est solide. 
Que l'oreille qui écoute jamais ne tombe malade.
Toute personne qui apporte de la légèreté échange sa chaleur contre un morceau de vos abysses.
Et nous en redemandons, encore et encore, sans chercher à savoir où s'entassent ces mauvais moments dans la vie de ces autres qui nous prêtent leurs nuances quand nous manquons de couleur.

Cécile Coulon, Abîmer la douceur

La prison

Mon adresse a changé.
L’heure de mes repas,
Ma ration de tabac, ont changé,
Et la couleur de mes vêtements, et mon visage et ma silhouette.
La lune,
Si chère à mon cœur ici,
Est plus belle et plus grande désormais.
Et l’odeur de la terre : parfums.
Et le goût de la nature : douceurs.
Comme si je me tenais sur le toit de ma vieille maison,
Une étoile nouvelle,
Dans mes yeux, incrustée.

Mahmoud Dawish

19 mars 2020

Nous ne sommes pas en guerre

NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE et n'avons pas à l'être...
Il est intéressant de constater combien nous ne savons envisager chaque événement qu’à travers un prisme de défense et de domination.
Les mesures décrétées hier soir par notre gouvernement sont, depuis ma sensibilité de médecin, tout à fait adaptées. En revanche, l’effet d’annonce qui l’a accompagné l’est beaucoup moins.
Nous ne sommes pas en guerre et n’avons pas à l'être.
Il n'y a pas besoin d’une idée systématique de lutte pour être performant.
L’ambition ferme d’un service à la vie suffit.
Il n’y a pas d’ennemi.
Il y a un autre organisme vivant en plein flux migratoire et nous devons nous arrêter afin que nos courants respectifs ne s'entrechoquent pas trop.
Nous sommes au passage piéton et le feu est rouge pour nous.
Bien sûr il y aura, à l’échelle de nos milliards d’humains, des traversées en dehors des clous et des accidents qui seront douloureux.
Ils le sont toujours.
Il faut s’y préparer.
Mais il n’y a pas de guerre.
Les formes de vie qui ne servent pas nos intérêts (et qui peut le dire ?) ne sont pas nos ennemis.
Il s’agit d’une énième occasion de réaliser que l’humain n’est pas la seule force de cette planète et qu’il doit - ô combien- parfois faire de la place aux autres.
Il n’y a aucun intérêt à le vivre sur un mode conflictuel ou concurrentiel.
Notre corps et notre immunité aiment la vérité et la PAIX.
Nous ne sommes pas en guerre et nous n’avons pas à l’être pour être efficaces.
Nous ne sommes pas mobilisés par les armes mais par l'Intelligence du vivant qui nous contraint à la pause.
Exceptionnellement nous sommes obligés de nous pousser de coté, de laisser la place.
Ce n’est pas une guerre, c’est une éducation, celle de l’humilité, de l’interrelation et de la solidarité."

Sophie Mainguy, médecin urgentiste

17 mars 2020

Liens thérapeutiques

Bonjour,
Cela fait des mois maintenant que je suis censée vous donner des nouvelles. Mais comme vous le savez, je ne suis pas très douée pour ce genre de choses... 
Les circonstances actuelles me poussent cependant à cesser de procrastiner. Je ne suis pas mise en danger par le virus mais la panique ambiante m'a fait reconsidérer mes appréhensions.
Je ne vous écris donc pas pour vous dire ce que je deviens mais plutôt pour m'assurer que vous, (...), vos proches et toute l'équipe (...) alliez bien.
C'est un peu étrange, je l'admets... Mais j'espère sincèrement que tout se passe bien de votre côté et vous souhaite le meilleur en dépit de la situation actuelle.

Prenez soin de vous

On nous a demandé de fermer nos portes, et de mettre nos pas en sommeil.

Ça ne veut pas dire que nous devons hiberner. Ce confinement ne nous rend pas moins beaux, moins drôles ou moins doués. Alors montrons-le.

Si tu n'as jamais eu le temps de te mettre à écrire ce roman fantastique, à reprendre ta guitare, à créer cette chaîne de tutos beautés, à te remettre au chant lyrique, fais-le. Et montre-le, que tu t'estimes doué ou pas.

Les obligations professionnelles seront sans doute toujours aussi fortes, l'angoisse peut-être aussi, mais prends du temps pour faire quelque chose qui te plait. Et partage-le. Qu'on fasse du bruit et de la lumière. Qu'on montre qu'on est tous là. Que ce moment n'est qu'un déplorable épisode, et qu'à notre façon, on essaye de le rendre moins pénible.

Pour ceux qui s'inquiètent, pour ceux qui sont en train de se battre contre la maladie, pour les guerriers qui les assistent de toutes leurs forces, et pour nous, tout simplement. On peut faire un petit peu de beau. Tous on a ce pouvoir. Alors faisons-le. Chantons, écrivons, faisons des blagues nulles, dessinons et animons.

Faisons de petites étincelles.

Prenez soin de vous.

Hugo

06 mars 2020

Revenir à soi




01 mars 2020

Transmission

C'est très étrange, ce qui se grave ou pas dans la mémoire des enfants, c'est incompréhensible. Ils prennent ce qu'ils doivent prendre, mais on ne saura jamais ce que ce sera ni l'importance que cela aura. Mais après tout, c'est leur histoire. Ça ne sert à rien de se poser la question de la transmission, elle est insoluble.

Tout cela est très mystérieux et passe bien au-dessus de tous les mots, de toutes les volontés. Je ne crois pas au passage de relais, même avec ses propres enfants. La seule transmission qui vaille, c'est une vraie générosité, sans espoir de retour. Une confiance qui s'entête, même si elle peut être déçue. 

Accepter de donner et de recevoir, de recevoir et de donner. Du bon ou du mauvais, peu importe puisque de toute façon on ne sait pas ce qui va infuser ni comment.  

Il n'y a que des relais d'amour.
La volonté n'a rien à voir là-dedans.

Gérard Depardieu, Monstre

23 février 2020

Moins seule

Ça m'a fait du bien je crois, d'échanger avec une autre femme sur ce que signifie être la mère d'un enfant en souffrance psychique - a fortiori quand on est soi-même un soignant. Sur ce que cela signifie vraiment, et constamment : la sortie du monde des parents ordinaires, ceux qui se réjouissent, se félicitent ou s'agacent des menus aléas de parcours de leur progéniture - et aussi la souffrance des frères et sœurs qui eux, poursuivent leur route de leur mieux, et des proches, qui font ce qu'ils peuvent.

La confrontation continue à la culpabilité, à l'impuissance, à la violence de ce qui circule, à la thématique suicidaire - toutes ces choses dont personne n'a envie de savoir quoi que ce soit, et qui restent inimaginables tant qu'on ne les a pas vécues. 

Les interrogations sans fin sur ce qu'il convient de faire, ou de ne pas faire. La disponibilité et la patience quotidiennes - épuisantes. La pensée encombrée, et la légèreté enfuie. La maltraitance culpabilisatrice de certains soignants, qui n'est pas sans laisser des cicatrices supplémentaires.

L'incompréhension des proches, même bien intentionnés, même sensibilisés, qui isole encore davantage, parce que nous n'avons plus l'énergie d'encore expliquer, justifier, et puis, expliquer quoi ? alors que nous en comprenons finalement nous-mêmes si peu

Accepter de ne pas comprendre, ne pas y renoncer pourtant.

La recherche constante de nouvelles pistes, les élans d'espoir, les désillusions cycliques. L'empathie déchirante, le collage inévitable et mortifère à la fois. La sensation d'imposture, les blessures narcissiques tous azimuts : mère nulle, thérapeute nulle - de quel droit, de quelle place prétendre accompagner l'autre, là où nous sommes impuissantes à aider nos enfants ?

Il faudrait pouvoir dire aussi ce combat permanent pour se dégager de cette marée noire, parler du deuil de l'enfant parfait comme de la mère idéale, de ce lent travail de séparation, de l'acceptation de cette deuxième mise au monde : ni irrémédiablement impuissantes, ni tragiquement toutes-puissantes, mais traversées par la Vie. Parler du courage, de la volonté, de l'amour en mouvement.

Et nous féliciter pour les montagnes soulevées en silence, et reconnaître qu'en travaillant sans relâche à éviter le pire, nous donnons une chance au meilleur.

PS : En écrivant ce billet, j'ai réalisé ceci  : ce que je dis ici de nous mères, pourrait à chaque ligne se dire aussi de nos filles. 

15 février 2020

Rencontres

Parfois, il y a des petits moments de grâce. Parce que certains patients sont diplômés, cultivés, littéraires, hypersensibles (toute ressemblance...) et qu'à les écouter je me surprends soudain à sourire bêtement, simplement charmée par l'histoire qui m'est racontée, la question qui s'ébauche ou la suggestion de lecture qui m'est indirectement faite - momentanément boutée hors de mon écoute de pro.

Ce matin j'ai entendu parler par l'une d'amants nomades qui se refusent à la banalité triste des hôtels, des dérives publicitaires d'un grand groupe de presse contre lesquelles seul l'humour fait encore rempart, des retrouvailles avec un piano nommé Roland et de la joie de constater que dans ses mains de pianiste si longtemps oubliées, se cache un trésor de souvenirs et de rencontres précieuses qui resurgissent à travers la musique...

Et, par l'autre, de Nietzsche lu trop tôt, du désespoir chez Romain Gary, et de sa découverte récente d'Annie Ernaux - lui qui est comme elle un transfuge et se demande encore et toujours, malgré un poste à responsabilités, "où il a le droit de s'asseoir". 

Avec lui, j'ai partagé une question ouverte sur la place possible de la spiritualité comme réponse à son intranquillité. Ce qui m'a valu cette bouleversante réponse : "J'aurais bien trop peur de me mettre à croire en quelque chose".

Avec la première, une citation d'Henry James qui m'avait émue récemment : "Les histoires n'arrivent qu'à ceux qui savent les raconter."

14 février 2020

Hypersensibles et empathes

Le souci à travailler avec ceux-là - et je travaille souvent avec eux, ce qui n'a rien d'un hasard, c'est qu'il n'est possible de rien leur cacher. Comme cette élève infirmière qui s'est assise devant moi ce matin, et a commencé direct par - Je sais que ce n'est pas ma place de vous demander ça, mais j'ai l'impression que vous n'allez pas très bien ?

Yup. A lire beaucoup sur ces questions - pour Elsa et pour mes patients, je me dis que je ne suis en fait pas différente d'eux. Juste un peu plus âgée, avec des stratégies de défense un peu plus solides, une capacité acquise à littéralement oublier à quel point un mot malheureux peut me blesser, un détail anodin faire resurgir un chagrin intact, mais aussi à quel point un hasard poétique, un rayon de soleil sur un visage, un geste délicat peuvent m'enchanter.

J'ai juste appris à faire semblant, y compris pour moi-même. A endosser le costume de la G.O, de celle qui tient les choses et se tient elle-même, celle qui anticipe, organise, réalise. Je suis celle-là aussi. Je suis également celle qui prétend que ce que je vis depuis des années, la fin de notre famille, la souffrance d'Elsa, le suicide d'Hugo, la précarité professionnelle, n'est pas insupportable. Mais qui consacre tellement d'énergie à maintenir le barrage qu'elle n'a plus d'espace pour être - simplement être.

Évidemment j'ai le sentiment de m'y perdre, de vivre trop souvent trop loin de ce que je suis. M'interroge sur cette part parfois écorchée, parfois exaltée, qui demande à la vie d'être bigger than life et s'y cogne sans cesse, cette part qui ne renonce à rien, ni au passé pourtant révolu ni aux lendemains qui chantent, mon insistante petite Antigone intérieure :

Vous me dégoûtez tous avec (...) votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. 

Cette part où la créativité le dispute à la violence, la vitalité au désespoir. Cette part que l'adulte tait, et que mes proches ignorent la plupart du temps, ou considèrent comme un discret grain de folie, qui fait mon charme sans porter à conséquence car comme dans la chanson de Lynda Lemay, globalement, " bravo, je suis grande, je suis raisonnable, je donne l'exemple, je suis responsable..."

Cette part qui en ce moment et pour un oui ou pour un non affleure sous ma peau, déborde en chagrin ou en colère, et secoue mes rêves. Cette part qui n'est autre que moi.

13 février 2020

Ouvrir l'avenir

Ceci est un billet d'auto-congratulation. Pour l'accompagnement pour Elsa au quotidien (qui est en fait de loin le plus exigeant au jour le jour, et le plus périlleux à divers titres). Pour les recherches depuis des années d'options toujours nouvelles de soins et de scolarisation. Pour les deux petites victoires de ces dernières semaines.

Celle d'avoir trouvé un pédo-psychiatre privé expérimenté et bienveillant, pour pallier le non-remplacement de celle du CMP. Avec le secret espoir qu'en plus nous y gagnions au change (en disponibilité, c'est déjà certain).

Et celle d'avoir relancé un bilan COREP, en soi une expérience de réussite et d'encouragement à la confiance en soi (97ème percentile, ça signifie que seuls 3% des jeunes de sa classe d'âge feraient mieux - et encore, sans tenir compte du fait que les résultats ont probablement été minorés par le manque de confiance en soi et le perfectionnisme d'Elsa justement). 

Mais qui surtout, ouvre sur des idées de scolarisation alternative inconnues jusque là, et à ce cadeau d'entendre un tiers neutre dire oui, objectivement, tu as toutes les possibilités de réussir des études, et tu n'es pas seule, il existe des solutions pour les élèves comme toi, et cette émotivité exacerbée, elle n'est pas ou pas seulement un trouble psychique, mais aussi une spécificité fréquente des enfants à haut potentiel. 

Alors bien sûr, il faut encore décrocher une place dans une de ces structures aussi peu nombreuses que coûteuses. Et espérer que les soins permettent une stabilisation suffisante à la prochaine rentrée pour que ce projet tienne dans le temps. Mais en sortant du rendez-vous, j'étais sur le point de fondre en larmes - de soulagement, de fierté, et d'espoir. 

11 février 2020

Santiano

Ça m'a tellement touchée, quand Yves m'a laissé un message pour me proposer de réfléchir au nom de son prochain bateau. Baptiser un bateau ? Son bateau ? Dans la liste des cadeaux de rêve (ceux que je n'aurais même pas osé imaginer), je crois que cette proposition pourrait figurer en bonne place.

Parce que c'est un bateau. Parce que c'est un voilier (sinon, ce n'est pas un bateau, de toute façon !)
Parce qu'il s'agit de nommer une infinie liberté flottant sur la mer immense, deux grandes ailes blanches qui tracent une route sous les étoiles. Et que j'adore absolument cette idée.
Parce que c'est Yves bien sûr, avec j'ai cette connivence des gens de coeur qui ne se dément pas, et derrière lui cette famille chaleureuse et vivante, celles que je connais - Agnès, Mamé, qui me fait tellement penser à ma petite Mémé, et celles que je ne connais pas, Maryne, sa fille, et ses deux petites-filles, Lylwenn et Leana. 
J'ai joué, bien sûr, et tout de suite.

Alors... je ne sais pas s'il choisira une de mes propositions. C'est tellement intime, le nom d'un bateau... mais quoi qu'il advienne, son geste est déjà un très beau cadeau.

Quelques idées :
Un oiseau justement : Le Morskoul : c'est le Fou de Bassan en breton
Un vent : Le Kornog : c'est le vent d'Ouest breton (qui descendrait vers Toulon !)
Les étoiles : Polaris, ou encore l'Astrolabe
Le Vent Debout (un de mes préférés)
Le Veille-au-grain (j'aime bien aussi)
Les Ailes des îles (du Levant bien sûr) que tu peux aussi écrire Les L des îles (pour les deux petites-filles)
Le Chasse-Rafale (mon chouchou si bateau un peu sportif)
Le Brise-Vent
L'Aigue-Marine (évidemment ;-))

10 février 2020

Printemps

...alors justement regarde l'optimisme là où il n'est pas. Certaines fleurs apparaissent en une nuit. C'est une vérité pour les plantes et aussi pour nous qui sommes plantes. Il nous faut regarder là où nous n'avons jamais vu. 
H.

07 février 2020

En plein coeur

Coucou Lulubelle,
Je te souhaite de chercher et de trouver ce qui te manque...
Bisous ++++
YoYo

02 février 2020

Construire un Nous


...demande tellement d’engagement, de volonté, d'amour et de courage... un immense merci aux enfants pour cette idée cadeau d'une séance photo tous les quatre, qui permet à la fois un moment partagé, une trace durable et partageable à l'infini, et, peut-être, une petite brique de plus dans l'édification  d'un commun que nous avons bien du mal à fonder tout à fait. Ce qui est certain, c'est que j'étais radieuse après la séance, et super happy du résultat !

Le photographe est un artiste, et il a su bien voir votre côté profond, amusé, naturel, pensif, coquin, réel, sérieux, heureux, mais, je n'en dirai pas plus ! 
(...)
et aussi de la fragilité et aussi de la tristesse....... 
YoYo 
Ce qui m'a le plus touchée, c'est qu'elle en ait dit plus finalement - la deuxième ligne est arrivée dans un deuxième message...

31 janvier 2020

Trajectoires étudiantes

Un Suédois anglophone au débit de mitraillette (et à la destructivité équivalente), en fragile équilibre sur le bord d'une psychose non décompensée.

Une Juliette libanaise, en couple secret avec un Roméo Polonais athée, tiraillée entre deux mondes, vivante incarnation du "on ne peut contenter tout le monde et son père".

Un.e  étudiant.e  qui se décrit comme trans et bi, trop préoccupé par la question de son coming out auprès de ses parents (et notamment autour de son souhait de transition) pour continuer à investir des études choisies sans réel désir déjà.

Une future brillante avocate en double voire triple cursus qui passe comme une flèche évoquer les violences graves subies dans l'enfance mais qui comme le lapin blanc d'Alice, n'a surtout pas le temps de se poser - parce que les cours, les stages... quel sens aura eu pour elle cet unique entretien ?

Une jeune Africaine dont le voile, choisi lors d'une conversion à l’adolescence, est une fragile tentative de maitrise d'une vie chaotique depuis l'enfance, un mince paravent contre la dureté de ce monde. A qui j'ai prêté - oui, prêté, un livre de Maya Angelou.

Une ex-volontaire de l'humanitaire qui n'en finit plus de se dégager des traumas vécus sur le terrain, qui viennent perturber l'écriture de sa thèse. 

Un paranoïaque désireux de me convaincre que telle fac de banlieue est aux mains de complotistes islamistes - tout en admettant que son avocate semble dépassée par les arguments qu'il invoque (comme je la comprends...).

Une jeune femme dont les phobies l'amènent à se méfier de tout ce qui peut entrer dans son corps, jusqu'à l'eau de cuisson des pâtes, entraînant de sérieuses carences alimentaires.

Un ex-ingénieur en cours de reconversion dans l'écriture de scénario après un burn-out dans un monde industriel auquel il ne s'est jamais senti appartenir.

Dans les motifs récurrents par ailleurs, il y a presque toujours un parent ou un proche en grande souffrance psychique, que celle-ci soit reconnue comme telle ou non, souvent des deuils traumatiques, et le cumul de difficultés sociales, académiques, émotionnelles. La première année post-bac est souvent une précaire planche de radeau pour échapper à des familles dysfonctionnelles, mais sans avoir l'équipement nécessaire pour la poursuite du voyage ; les dernières années sont aussi souvent de grands moments d'angoisse avant d'affronter la vie adulte, et parfois la remise en question d'un choix d'études qui s'est vidé de son sens avec le temps.

Et pourtant... c'est une joie et un privilège de travailler avec eux. Parce qu'ils sont un public attachant, intelligent, plein de vie et parfois d'un invraisemblable courage ; parce que la souplesse psychique de cet âge permet parfois des progrès étonnants ; parce que même les plus déprimés savent qu'ils ont la vie devant eux, que les projets sont encore possibles, et qu'ils communiquent quelque chose de cette fraîcheur, de leur espoir.

23 janvier 2020

Coming home

Before you open the door, put a smile on your face ! It doesn't matter how your day went. Or what you're doing next. Or if you're starving. For 30 seconds, at least pretend that you're elated to see them. Make them feel like you were looking forward to getting back home. After all, they're your favorite people in the whole world. I hope.

Now, I know what you're thinking: "That seems like a cheesy, tiny thing, man. Hardly an earth-shattering revelation."
 

 Your attitude sets the tone for the rest of the evening within 15 seconds of walking in the door. So really, it's not tiny at all. It's a huge deal. Because you come home every day. And the things you do every day grind on you. Jordan Peterson says if you can fix 25 little things like "coming home," you will have an extraordinary life. Taking your family to Disneyland is insignificant. Your kid's expensive birthday party will be forgotten within weeks. Coming home ? That's your whole life. Fix it. Start today. It’s the small things done often that make the biggest difference over time.

17 janvier 2020

Quelques pense-bête




12 janvier 2020

Mens sana

Réguler les horaires de sommeil en mettant le réveil toujours à la même heure, refaire du sport sur une base régulière, aller chaque semaine au marché pour faire de vraies soupes et manger davantage de légumes, méditer chaque soir... oh là là là cette vie trop saine, il va falloir que je me remette à faire des conneries moi :-) !

10 janvier 2020

Un peu d'humilité ;-)

Si vous pensez être devenu un être éclairé, passez donc une semaine avec votre famille !
Ram Dass

09 janvier 2020

Un petit secret

Quelqu'un se rappelle ce qu'il y avait dans la boîte de Pandore, une fois tous les malheurs sortis ?
- L'amour !
- Non, l'espoir.
- Ah, mais monsieur, c'est parce que l'amour est sorti tout doucement pour nous aider que personne ne l'a vu.

Hugo, ami et éleveur de poètes en REP

Subversion douce

En vieillissant, je ne suis pas certain que ma langue ne réclame pas une autonomie plus grande. J’expérimente avec Gil une langue subversive. Une langue subversive, c'est pour moi introduire une idée, aborder un sujet lors d'un repas avec des amis.ies. Les invités s'emparent du sujet et Gil participe (difficile de se dérober). Lui lire à haute voix de la poésie, de la littérature sur le présent et le futur. Utiliser avec force un vocabulaire cru en direction des très proches ce qui n'enlève rien à l’amour porté. S'autoriser ses envies à bas bruits. Ne jamais passer en force, être à l'origine d'une situation originale et créatrice ;-).

Eric, ami et poète du pas de côté

06 janvier 2020

Jolis moments (2)

Un marathon Seigneur des Anneaux version longue. Un déjeuner amical et bavard à la BnF. Un entraînement de bad (qui l'eût cru !) avec les zouzous. Une journée loisirs & créations avec Sissou. Un troisième Noël tout simple et tout doux aussi. Un long massage à l'huile chaude au Laï Thaï, qui m'a ré-incarnée et apaisée. Deux verres de Gueule de Loup à la Manufacture avec Marion. Une jeune nouvelle collègue stimulante. Une chouette équipe à retrouver, et un nouvel emploi du temps franchement optimal. Deux nouveaux pulls (c'est officiel, je suis pullophile, et même pullomane). Un psy pour une fois pas trop paternaliste et bougon, mais toujours percutant. Il faut enfiler les petits bonheurs comme un collier de perles, et les inclure dans ce petit temps de prière-méditation-connexion qui se maintient presque parfaitement depuis plusieurs semaines maintenant, et dont je peux retrouver l'ouverture dans la journée... parfois :-). Les autres fois :

03 janvier 2020

Jolis moments



01 janvier 2020

Gratitude réciproque

(...) je tenais tout particulièrement à vous adresser une pensée pour cette nouvelle année. Vous donnez tant à vos patient.e.s, je vous souhaite de recevoir beaucoup de ceux que vous aimez (...).