31 octobre 2009

Cristallin

Dans le jardin le long des quais d’Austerlitz, en passant sous un pont, une voix étrange et superbe – un chant pénétrant – musique médiévale, probablement un chant religieux – et dans un premier temps, impossible d’identifier la provenance du son. Jusqu’à apercevoir, dans un renfoncement, un étrange petit homme à tête de faune – l’air tout droit sorti du Songe d’une nuit d’été. Probablement haute-contre – il précisera ensuite, falsetti, ce qui désigne l’extraordinaire amplitude de sa tessiture.

Il ne fait pas la manche, il n’arrête pas les passants – il ne répète pas non plus, puisque pas une fois je ne l’entendrai revenir sur un phrasé ou une note. Puisqu’il se veut invisible, je m’installe à mon tour discrètement juste à la sortie du pont, sous le charme. Le son roule, tourne, m’apaise… un bon quart d’heure plus tard, je sors de mon rêve éveillé, comme nettoyée de l’intérieur, et reprends ma promenade.

Au retour il est toujours là, et je vais à sa rencontre… Ce qu’il chantait tout à l’heure ? Après des chants du XIIIème siècle, des chants bien plus anciens encore, chants de guérison dont j’ai en effet ressenti la bienfaisante vibration.

Il est gai, malicieux presque – à la fois extraordinairement cultivé et technique, et joueur. Il ne vit pas de son art, mais accepte de chanter pour d’autres – anniversaires, inaugurations, funérailles – moins c’est classique et plus il s’amuse, raconte un vernissage dans lequel il était lui-même… peint, et chantant en ventriloquie – son amusement devant les invités incapables de trouver la provenance du chant.

Dans son discours, pêle-mêle, la musique, l’ésotérisme, les passerelles entre musique et architecture, la note de tel ou tel ou tel bâtiment ou de tel ou tel être, une réflexion cadeau sur nos auras – mais chut, dit-il, je n’en dis pas plus : la suite sera pour la prochaine rencontre…. – une allusion aux recherches d’Emoto sur les effets du son sur l’eau, le sable, nos cellules, un prénom – polonais – prédestiné : Karol...

Une carte de visite ? Il n’en a pas. La prochaine rencontre ? Quand elle se fera. Quand les conditions météo le permettent, il se produit parfois le vendredi soir dans la Cour Carrée du Louvre, sur un répertoire plus baroque – il y a ses aficionados paraît-il – je le crois volontiers…

30 octobre 2009

Ai retrouvé mes 17 ans

...dans la voix de Sinead O'Connor ;-)

26 octobre 2009

All that you have

Oh my mama told me
Cause she say she learned the hard way
Say she wanna spare the children
She say don’t give or sell your soul away
Cause all that you have is your soul (...)

I was a pretty young girl once
I had dreams I had high hopes
I married a man he stole my heart away
He gave his love but what a high price I paid
And all that you have is your soul

Why was I such a young fool
Thought I’d make history
Making babies was the best I could do
Thought I’d made something that could be mine forever
Found out the hard way one can't possess another
And all that you have is your soul (...)

Here I am waiting for a better day
A second chance
A little luck to come my way
A hope to dream a hope that I can sleep again
And wake in the world with a clear conscience
And clean hands
Cause all that you have is your soul

Tracy Chapman

22 octobre 2009

Petit grand sage

- Dis Maman, tu crois que je vais avoir les cadeaux que je veux pour mon anniversaire ?
- Je ne sais pas, je ne sais pas ce que tu aimerais comme cadeaux ?
- Bah, moi non plus...
- Mais alors, comment tu vas savoir si ce sont ceux que tu voulais ?
- Ben comme ça, ce sera ceux-là !

19 octobre 2009

Grand-mère l'a dit

Delphine se balade, Titouan vient de s'endormir, Antonin veut une histoire, la première qui me tombe sous la main : "Anatole en est certain, les grands aussi ont des doudous. Mais ils ne veulent pas le dire, c'est tout."

Changez tout

Je veux aller où l'air est plus doux,
Où la colombe vole en-dessous,
Où le printemps entre un jour comme un fou,
Vous saisit au revers,
Au détour d'un chemin vert
Et vous dit : Ca va pas comme ça.

Changez tout, changez tout.
Vot'monde ne tient pas debout.
Changez tout, changez tout, changez tout.

Je veux aller dans l'après-midi
D'un jour où rien n'est interdit,
Où le bonheur, sans faire de comédie,
Vous salue sans manières
Et vous parle à cœur ouvert
Et vous dit Qu'est-c'que t'as bien fait
D'changer tout, changer tout,
Pour une vie qui vaille le coup.
Changez tout, changez tout, changez tout.

Michel Jonasz

Neruda

Il meurt lentement
Celui qui ne voyage pas,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
Celui qui détruit son amour-propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
Celui qui devient esclave de l'habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repères,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
Celui qui évite la passion et son tourbillon d'émotions
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap
Lorsqu'il est malheureux au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques
Pour réaliser ses rêves,
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
N'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !

Pablo Neruda

18 octobre 2009

Attention fragile

Quand Léo est rentré de chez ses grands-parents ce soir, il a dit, la maison paraît vide. Ce que j'ai d'abord pris au pied de la lettre - j'ai profité du week-end pour ranger toutes les pièces. Avant de saisir que peut-être, il fallait l'entendre d'une autre façon...

Avons fait des crêpes, préparé tous les trois des petites décos pour ses 10 ans vendredi, relu ce soir le délicieux Livre des grands contraires philosophiques, pages raison et passion, liberté et nécessité. La vie est presque comme d'habitude, sauf qu'elle n'est pas, comme d'habitude...

Mais ces moments d'échange autour d'un livre au calme sur leur lit le soir restent un instant privilégié pour leurs questions de tous ordres (et Dieu sait qu'il y en a en ce moment), et un grand, grand bonheur.

PS

...au post Colères. Ce gamin que j'avais fait mettre à l'abri (avec un dossier accablant monté avec l'infirmière et l'assistante sociale) - a été rendu par le service concerné au père, qui a montré patte blanche, fait amende honorable, demandé de l'aide, mea culpa, promesse de suivi familial, etc. Bilan de l'opération ? Depuis, il a disparu. Le collège n'a pas de nouvelles, l'association qui était supposée le suivre non plus. Il peut être au pays, à l'hôpital, séquestré chez lui - tout est possible. Certes, le juge des enfants est maintenant sur le coup. Mais s'il est en Algérie... PUTAIN MAIS COMMENT C'EST POSSIBLE QU'ILS L'AIENT LAISSE PARTIR ??? Ce gamin qui m'avait dit, en observant le ventre arrondi de notre assistante sociale, "Ce bébé, j'espère qu'il n'aura pas la même vie que moi..."

16 octobre 2009

Choc des cultures

Il a treize ans, sweat à capuche, acné de rigueur et grosses baskets. Son horizon culturel ? Le rap, les magazines de foot et, probablement, les pornos sur internet, même s'il ne s'en vante pas. Il trouve les profs trop nazes, et affirme qu'ils n'enseignent que ce qu'ils aiment.

A l'entendre énumérer (non sans humour d'ailleurs) ce qu'il travaille en cinquième, je me le demande ; mais surtout, je mesure l'ampleur du décalage et le choc des cultures : sa prof de français se propose de lui faire étudier La farce de maître Pathelin, en musique il fait de la... flûte à bec, le prof d'anglais se contente de repasser les vieilles bandes magnétiques que son grand frère a connues dix ans avant lui - et tout le reste est à l'avenant. Je ne dis pas que j'approuve son désinvestissement scolaire ; mais je peux le comprendre.

De toute façon, il s'en fout - livré à lui-même, il ne se couche pas avant deux heures du matin, et donc, en classe - il dort...

15 octobre 2009

My Favourite Things

Suite à ma recherche pour le post "So cute", j'ai aussi trouvé ce qui suit (so Care Box !) :

Raindrops on roses and whiskers on kittens
Bright copper kettles and warm woolen mittens
Brown paper packages tied up with strings
These are a few of my favorite things

Cream colored ponies and crisp apple struedels
Doorbells and sleigh bells and schnitzel with noodles
Wild geese that fly with the moon on their wings
These are a few of my favorite things

Girls in white dresses with blue satin sashes
Snowflakes that stay on my nose and eyelashes
Silver white winters that melt into springs
These are a few of my favorite things

When the dog bites
When the bee stings
When I'm feeling sad
I simply remember my favorite things
And then I don't feel so bad

12 octobre 2009

Premiers recours

La Care Box s'agite, la Lu se calme. (J'avais écrit, se clame... c'est une idée oui - me dire, m'affirmer.) J'avais envie d'un billet-tribut à ce qui est recours depuis toujours - j'ai parlé des livres il y a peu, mais, également transmise par ma maman, une gratitude pour les créateurs de tous ordres, qui inspirent, éclairent, nourrissent.

Pour le beau portrait de femme de Non ma fille, tu n'iras pas danser. Pour la loufoquerie intacte du Quatuor, ex-Violons Dingues. Pour la radicalité du Prophète. Pour la mélancolie poétique, la drôlerie cruelle de Mary and Max - touchée au coeur par cette déclaration d'amour à la fragilité humaine, et au lien. Pour la voix de Maurane au service des textes de Nougaro - autre magnifique histoire d'amitié, et de filiation artistique.

Pour le bonheur de transmettre à mon tour - ce week-end, les enfants ont découvert l'euphorisant Chantons sous la pluie - en VO, ce qui n'était pas un choix mais la magie de la danse et des couleurs a emporté leur adhésion. Et su apprécier, pour le plus grand bonheur de leur maman, un spectacle sur Prévert d'abord pas si facile, une scénographie originale dans laquelle le public se déplace au coeur d'un labyrinthe vaguement inquiétant mais aux belles trouvailles lumineuses (théâtre d'ombres, praxinoscope, jeux de miroirs).

11 octobre 2009

Mettre à la cape

Lorsque la tempête est telle qu'il n'est plus envisageable, à ce moment-là, de choisir et encore moins de maintenir un cap, il reste la possibilité de mettre à la cape : réduire la voilure au maximum, mettre grand-voile et foc à contre, de façon à ce que le bateau ne gîte plus, mais reste au contraire aussi stable que possible. Afin déjà de ne pas sombrer, puis de garder la liberté de mouvement nécessaire - la dérive induite crée au vent un remous protecteur contre les vagues déferlantes, dit Wikipedia... Enfin - rester à la barre.

08 octobre 2009

Tilt !

Les enfants qui rejettent avec force la vie de leurs parents ont peur de vivre ce que ces derniers ont vécu. De le revivre, parce qu’ils l’ont déjà vécu (…). La peur de revivre ce que le père et la mère ont vécu est viscérale, elle n’obéit ni à la logique ni à la raison. Retrouver confiance dans une relation unique demande à retrouver en soi une qualité d’union du père et de la mère qui n’a jamais existé. A réconcilier le père et la mère (…)

Comme pour ceux qui ont souffert d’une absence, l’autre ne peut être qu’absent. « Quand j’ai besoin de lui, il n’est jamais là. Mon père non plus n’était jamais là. » Il est des besoins dont la réponse se fait attendre depuis si longtemps qu’ils ne peuvent plus se dire, même se penser. L’autre a été et continue à être absent, dans sa présence, dans son écoute, dans son attention à l’autre (…)

Catherine Bensaïd, Jean-Yves Leloup, Qui aime quand je t’aime ?

So cute

Rentrer de concert et trouver la baby-sitter scotchée devant La mélodie du Bonheur (film-culte à la maison), baby-sitter qui demande à rester encore un peu, "parce que c'est sa séquence préférée" (celle dans laquelle les soeurs s'interrogent sur ce qu'il convient de faire de l'ingouvernable Maria : Oh, how do you solve a problem like Maria? How do you hold a moonbeam in your hand?), ça n'est pas adorable ça?

07 octobre 2009

Les idées floues

J’aimais mieux avant
Quand pour mes beaux yeux
Tu perdais tout ton temps
Quand tout simplement
Je t’allais comme un gant
A l’étroit à présent
Dans ton regard mon ange
Quand au fond je sens
Qu’si t’avais du cran
Tu t’en irais vlan
De larmes de fond en boniments
Comment peux-tu ficher le camp
On valait quand même autre chose

(Refrain 1) Quel fichu sentiment
Ces idées floues
On méritait mieux quand même
Je sais tu t’en fous
C’est un brouillon
Des trémolos qui valent au mieux
Quelques clous

J’aimais bien avant
M’allonger sur tes ailes
Pour passer le temps
C’était plus facile
C’était différent
Non pas de solo maintenant
Tâchons encore d’être élégants
On valait quand même autre chose

(Refrain 2) Ces idées floues
Y a comme un serment qui gêne
Je sais tu t’en fous
C’est un soupir un frisson qui ne vaut pas
Ces trois francs six sous

T’en vas pas maintenant
Raccrocher les gants
De dérapage en boniments
Tâchons de redresser avant
Que ça n’ressemble plus à grand-chose…

Enzo Enzo

Ca vaut d'être écouté, c'est

06 octobre 2009

Mots du mois

Un câlin entre adultes désorientés dans la cuisine. Léo se glisse derrière moi : "Moi, je me mets dans la chaîne calinentaire", rigole-t-il !

Elsa cherche son pantalon : "- Où étais-tu quand tu l'as enlevé hier ? - Attends, je retourne dans le passé en arrière... Bingo !"

Papi va étendre la dernière machine de linge pendant que Elsa essaie de "grimper" sur le gros tracteur vert qui se trouve sur la terrasse. Papi appelle Elsa : "Elsa, veux-tu me donner un coup de main" ? Elsa lui répond : "Non, merci, je me donne déjà un coup de main pour monter sur le tracteur" !!!

05 octobre 2009

Colères

...contre les médecins qui s'arrogent le droit de choisir la contraception de leurs patientes, et les histoires tragiques qui en découlent : 20 ans, une IVG tardive, une grossesse extra-utérine, une IMG, un bébé de 7 mois, et une nouvelle grossesse, non désirée... Elle avait réclamé un stérilet pourtant, bien consciente que la pilule n'était pas adaptée à son mode de vie (et à ses démêlés internes avec la maternité, mais ça, c'est une autre histoire...). Mais Mademoiselle, vous êtes trop jeune pour le stérilet, et puis, il y a des risques d'infection (ce qui est médicalement inexact), la pilule, c'est très bien...

...contre le médecin qui accueille comme un chien dans un jeu de quilles une jeune femme enceinte de trois mois, sans papiers, qui vient se faire prescrire les premiers examens, et s'en débarrasse en l'adressant sans même un coup de fil préalable vers... une structure privée qui ne la prendra pas, puisqu'elle est sans papiers, et que les femmes qui veulent accoucher chez eux doivent s'incrire dès le retard de règles...

...contre la loi française, qui ne permet pas de mettre immédiatement à l'abri un mineur qui vient déclarer qu'il est gravement maltraité depuis des années, détails sordides à l'appui - du genre de ceux qu'on n'invente pas - s'il ne porte pas de marques de coups précisément ce jour-là...

...contre le médecin scolaire du collège précédent dudit mineur, qui lui avait constaté, mais s'est contenté de convoquer le père (que pensez-vous qu'il arriva ?).

Des colères, oui, et de menues joies aussi, quand il est possible d'enrayer la machine, de rattraper le coup, de proposer un autre accueil - quand la personne le permet encore...