To care : j'aime ce mot, qui dit à la fois la précaution, l'attention, la responsabilité, le souci, l'importance, le soin. Care box : un néologisme pour quelque chose comme, boîte à attention (littéralement en anglais imaginaire, trousse de secours).
24 juin 2023
Elémentaire
17 juin 2023
Merci la vie
Décidément, ce mois de juin ! Souvent, je pense à cette phrase de Teresa : What is not to love ? Bien sûr, je la trouve magnifique en toutes circonstances - comme un mantra, une invitation - qu'est-ce qui sur cette Terre, ou dans cette vie, ne serait pas à aimer, même quand c'est tellement difficile, ou si fragile ? Mais il faut bien reconnaître qu'il y a des moments où c'est plus facile qu'à d'autres : gratitude !
Un bonheur n'arrivant jamais seul, ce week-end il y a eu aussi le coup de fil d'Elsa pour partager sa joie : stage en alternance trouvé, chez une fleuriste dont le travail l'intéresse et avec qui le contact est tout de suite bien passé : tellement heureuse pour elle !
09 juin 2023
On dirait le Sud...
07 juin 2023
Un discours
Bonjour à tous,
Laissez-moi commencer par tous vous remercier d'être là ; ça signifie tellement pour Cyril et Lika, et pour moi aussi, de les voir si bien entourés.
Cyril, Marion m'a mis la pression en me disant que tu comptais sur mon speech, je vais faire de mon mieux !
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m'appelle Lucile, et je suis la grande sœur de ce séduisant jeune marié ; je sais, je pourrais presque être sa mère, mais je vous promets, je suis vraiment sa sœur.
Plus précisément, je suis sa grande demi-soeur. Alors on va se mettre tout de suite d'accord : demi ? Quel demi ? Qui pourrait n'aimer Cyril qu'à moitié ? Au-delà des liens du sang, il y a avant tout des liens de cœur, une famille choisie, des souvenirs qui se construisent et des affinités qui se confirment.
Cyril, quand j'étais gamine, j'aurais rêvé d'avoir un grand frère ; bon, ça c'est raté, mais je suis tellement heureuse d'avoir un frère comme toi, qui partage mon goût pour le bon vin et la... plus ou moins bonne chanson française (oui, tu as massacré le Coup de soleil en karaoké pour tes 30 ans, ne nie pas), mais aussi, pour parler plus sérieusement, un frère avec qui la confiance, le dialogue et la solidarité réciproque vont de soi.
Et puis c'est la classe d'avoir un petit frère à la fois brillant, mature et beau gosse (même avec la moustache !), et pourtant gentil, simple et généreux.
Avant cette semaine, je n'avais rencontré Lika qu'une seule fois, mais le coup de cœur a été immédiat. Sa vivacité, son naturel, son attention à l'autre m'ont conquise tout de suite – te souviens-tu de cette coupe de champagne surprise sur la Limmat ?
Très vite, j'ai pensé, cette ravissante jeune femme, c'est Cyril au féminin – à moins qu'il ne soit une Lika au masculin ? Des jumeaux amoureux, la même énergie à laquelle rien ne résiste, le même rayonnement, une dream team que j'imagine sans peine s'épauler pour le meilleur pendant les 100 prochaines années.
Je comprends tellement que vous vous soyez choisis ; un amour comme celui-ci n'est pas facile à trouver, et c'est une chance de le vivre : prenez-en grand soin. (Un petit conseil au passage : Cyril, la meilleure façon de terminer une discussion en étant sûr d'avoir le dernier mot, c'est : tu as raison, ma chérie).
J'ai attendu cette journée avec impatience, car j'étais certaine qu'elle refléterait votre créativité, votre goût et votre générosité ; elle est effectivement merveilleuse, et elle vous ressemble : merci pour tout ce que vous avez préparé.
Avoir des frères et sœurs beaucoup plus jeunes, c'est vraiment chouette. Ça permet d'aller de nouveau à des mariages (quand tous vos copains sont en train de divorcer), ça permet de croire à nouveau en l'amour et d'avoir des étoiles plein les yeux (et moi je suis une grande romantique, définitivement fleur bleue).
Ça permet même de s'attendrir à nouveau devant des bébés – Clara et Thibaud ont déjà commencé, Cyril et Lika, je compte sur vous. Dans cette famille de cœur, je suis très heureuse d'avoir une nouvelle sœur, et bientôt je l'espère, une petite nièce ou un petit neveu !
Mais avant que ce ne soit le bon moment pour cela... rêvez grand. Sachez qu'on ne se souvient pas des jours, mais des instants : créez-vous des instants extraordinaires - je sais que vous avez ce talent-là. Mais n'oubliez pas non plus qu'il y a aussi un bonheur secret dans le fait de faire ensemble des choses ordinaires. Et remerciez-vous d'exister – il n'y a pas de plus belle déclaration d'amour.
Trois jours de rêve
Et surtout - parce que c'était émouvant cette cérémonie en plein air, ces vœux en allemand/français/anglais/polonais où ce qui ne se saisissait pas du fait de la barrière de la langue se communiquait cependant dans l'émotion palpable des mariés et de leurs proches. Un mariage inoubliable. Et j'aime assez l'idée que ces vœux soient prononcés en dehors de tout cadre administratif ou religieux - un engagement en toute liberté, un lien qui s'affirme simplement face à ceux qui comptent pour Cyril comme pour Lika, en même temps qu'un magnifique cadeau pour tous.
27 mai 2023
Le prix de la liberté
Cependant, créer ce foyer, un espace pour une mère et ses filles, a été une telle leçon d'humilité, une expérience si dure, profonde et intéressante qu'à ma grande surprise j'ai découvert que je travaillais très bien au milieu du chaos. J'avais les idées claires, j'étais lucide ; l'installation en haut de la colline et la nouvelle situation avaient libéré en moi quelque chose jusque-là enfermé et étouffé. J'ai gagné en vigueur à cinquante ans, à un âge où mes os étaient censés se fragiliser. J'avais de l'énergie parce que je n'avais pas d'autre choix que d'en avoir (...).
La liberté n'est jamais libre*. Quiconque s'est battu pour être libre sait ce qu'il en coûte.
La seconde - j'avais compris je crois, et je me suis sentie portée par cet élan vers une construction neuve, ce regain d'énergie incontournable lorsqu'il faut à nouveau tout assurer seule (mais aussi par la fierté qui l'accompagne). Et le plaisir d'explorer une identité nouvelle, lorsqu'on n'est plus la compagne et, les enfants ayant grandi, lorsqu'on a moins besoin d'être la mère.
Déborah Levy écrit longuement sur le bonheur que lui apporte son vélo électrique, qui lui donne des ailes et le sentiment de maîtriser sa vie (dans une modeste mesure) : je suis tellement d'accord !
25 mai 2023
Juste cet après-midi
Juste cet après-midi, il y a eu J, qui a perdu si brutalement sa meilleure amie, sa sœur de coeur élue, et sa joie de vivre. Dont la peine indicible croît avec cette absence qui n'en finit plus de s'imposer, et s'immisce dans chaque souvenir. J'imagine et elle me le confirme, les jumelles de Demy, qui dansent et chantent dans un monde arc-en-ciel - et puis Catherine sans Françoise...
Et puis V, une étudiante ukrainienne dont le frère est en ce moment sur la ligne de front, et qui présente pour sa fin d'études le projet d'un centre de soins psychiques à destination des traumatisés de guerre inspiré du kintsugi : dans un bâtiment éventré par un missile, ne pas chercher à restaurer à l'identique mais utiliser l'espace ainsi créé pour proposer de nouvelles circulations, un tissu cicatriciel visible mais créateur de nouveaux possibles.
Et puis A, livrée à elle-même depuis toujours, poly-consommatrice à quinze ans, sous emprise à dix-sept, submergée par l'angoisse aujourd'hui - logorrhéique, insomniaque, infiniment fragile et pourtant si résistante, résiliente. Une maturité bien trop précoce aussi - je la vois comme un petit esquif dans la tempête, sur une mer sombre dont elle seule sait ce qui se dissimule dans les abysses.
Et puis L, ce petit génie mathématique chinois à l'anglais traînant avec qui je poursuis depuis presque trois ans un dialogue intermittent (car à qui adresser cet ovni ?), qui gagne en profondeur à chaque rencontre, et révèle un questionnement existentiel et un humour insoupçonnables autrefois. Et je vois progressivement émerger du gamin terrifié de nos tout premiers échanges autrefois un jeune adulte qui revendique de plus en plus son indépendance de pensée et d'action.
Et encore J, une autre intelligence affûtée autant que perturbante, qui tente désespérément de trouver le chemin qui lui permettrait de ressentir une émotion, quelle qu'elle soit, sans pour cela avoir à se plonger dans des situations où la souffrance, la sienne ou celle de l'autre, parvient seule à lui donner la sensation d'être un peu vivante.
Chez tous, la rapidité de pensée, la lucidité sont vertigineuses. Et le désespoir, tout autant. Leur intelligence, leur beauté, leur jeunesse ne les sauvent de rien, les sauveront peut-être. Ils sont incroyables. Ils sont bouleversants.
23 mai 2023
Association de malfaiteurs
14 mai 2023
Une si jolie journée
Qui nous aime nous suive ! Ce jour-là, un mélange de générations, d'histoires et d'horizons, juste réunis par l'envie de célébrer ensemble les 20 ans de notre Ellie dans la joie et la bonne humeur. J'adore - l'idée d'une tribu évolutive de gens de coeur, au-delà des conventions et des ruptures, où les traditionnelles frontières amis, amours, familles n'ont pas lieu d'être. Pourquoi Ellie ? Peut-être parce qu'il y a des facettes d'Elsa que ma petite fleur a envie, en tout cas à ce jour, de laisser dans le passé... alors va pour Ellie (ou Rose ? Ou Marguerite ? Est-ce qu'Ellie évoluera un jour vers Lily - qui peut signifier lys ou muguet ?), l'essentiel, c'est qu'elle fleurisse. Ce fut joyeux, bruyant, chantant, et délicieux - autant d'instants précieux.
09 mai 2023
Personne n'est parfait

25 avril 2023
Bonbons des Vosges
21 avril 2023
Haut-le(s)-coeur(s)
"Un ordre social est machinal. Il nous agit. On l'a toujours déjà oublié.
(...) La norme une fois posée, elle n'est plus questionnée. C'est comme ça qu'on fait. La norme est invisible, même si elle est partout, même si elle est atroce. On ne la voit plus, on la prolonge."
Sandra Lucbert, Personne ne sort les fusils
Un livre coup de coeur mais aussi coup de poing. Qui relate le procès Orange, mais aussi bien plus largement dénonce la novlangue néolibérale, et la façon dont elle soutient, justifie, invisibilise la violence du monde du travail et la folie destructrice du capitalisme forcené. C'est brillant - et terrifiant. Ce mépris assumé de l'humain, que l'actualité politique, sociale, écologique met en évidence jour après jour - les quelques hommes qui machinent et dirigent ne prenant même plus la peine de faire semblant d'être au service du collectif.
Personne ne sort les fusils - et pourtant il y aurait de quoi.
15 avril 2023
Illuminations
Dans la sécurité du cercle de femmes, je nomme cette façon que nous avons d'encaisser en permanence, toutes et tous, des micro-chocs (ou pas micro d'ailleurs) qui s'accumulent, s'additionnent, finissent par nous fabriquer une peau apparemment épaisse, un supposé détachement - une armure si poreuse en réalité. Un risque majoré par nos métiers - cette façon de nous effacer devant l'émotion de l'autre, de faire comme s'il n'y avait pas d'impact sur nous-mêmes - ou si peu, juste assez pour lui communiquer une empathie profonde, donc encore à son service.
Je me demande comment ce serait, si je m'autorisais à ressentir pleinement, constamment, ce qui vient me chercher, m'atteint, me bouscule - invivable, probablement, la peau de mon âme (ou de mon ventre ?) est en réalité si fine et sensible...
L'autre apprentissage de cette rencontre, en tout paradoxe, c'est cependant la possibilité de choisir : accueillir l'émotion, la laisser me traverser - acceptation salutaire ; ou pas, et c'est jouissif aussi : je constate que j'ai le choix, que je peux dire non, prendre de la distance, refuser le pathos interne et externe.
A plusieurs reprises l'idée s'impose que ce choix est toujours possible, se laisser abuser ou pas par les apparences, comme si là je pouvais toucher du doigt concrètement le fait que tout cela est un jeu, une projection, une fiction – la vie qui (s')expérimente, rien de plus.
Et puis il y a eu cette jolie de phrase de C. sur son étonnement devant la persévérance de la nature, le bourgeon qui ne se pose pas de questions mais croît et fleurit au printemps, quelques soient les circonstances extérieures... la vie têtue, inébranlable.
09 avril 2023
Les petites lumières
03 avril 2023
02 avril 2023
31 mars 2023
Du coin de l'oeil
Ce n'est pas tout le temps mais... depuis quelques semaines je me fais surprendre par des pointes d'angoisse, ou des pics de chagrin, sans raison immédiate apparente, même si en cherchant... le contexte politique, écologique et social, l'absence de Chamade, la surdité obstinée du père de mes enfants, la maladie de Marion, les grands-parents qui se fragilisent, et l'absorption quotidienne des affects qui se déversent dans mon bureau - angoisse, colère, deuils - y participent.
La remarque anodine d'une collègue, l'histoire douloureuse d'un étudiant, l'atmosphère des manifs, tout semble appuyer à la fois sur un sentiment de vulnérabilité et de solitude, pourtant pas totalement justifiés, et sur un appel urgent au temps, à l'espace, au besoin de prendre un vrai recul, mais comment ?
Trop longtemps sans quitter la ville, sans rupture d'un rythme intense, sans les petites libertés ou les menus luxes que ce qui était un (cependant très relatif) confort financier permet aujourd'hui de moins en moins ? Mon corps est lourd, ma concentration fluctuante, c'est comme s'il y avait un petit nuage noir que je m'efforçais de maintenir sans cesse en périphérie de mon champ de vision - dont j'ai l'intuition qu'il est la somme des émotions et des besoins petits ou grands que je mets de côté jour après jour - pas le temps, pas la place, et puis ce pli pris d'être toujours en réception, qui fait que je m'étonne, dans les rares moments où je dis quelque chose de moi-même qui ne soit pas de surface.
Ce matin, une étudiante m'a demandé si mes patients se souciaient parfois de savoir comment j'allais, et si, dans ce cas, je leur répondais sincèrement. C'est une bonne question...
25 mars 2023
Qui êtes-vous ?
"Quand je demande à ceux que je rencontre de me parler d'eux- mêmes, je suis souvent attristée par la pauvreté de ma moisson.
On me répond: je suis médecin, je suis comptable...j'ajoute doucement: vous me comprenez mal.
Je ne veux pas savoir quel rôle vous est confié cette saison au théâtre mais qui vous êtes, ce qui vous habite, vous réjouit, vous saisit ?
Beaucoup persistent à ne pas me comprendre, habitués qu'ils sont à ne pas attribuer d'importance à la vie qui bouge doucement en eux.
On me dit: je suis médecin ou comptable mais rarement: ce matin, quand j'allais pour écarter le rideau, je n'ai plus reconnu ma main...ou encore: je suis redescendu tout à l'heure reprendre dans la poubelle les vieilles pantoufles que j'y avais jetées la veille; je crois que je les aime encore...ou je ne sais quoi de saugrenu, d'insensé, de vrai, de chaud comme un pain chaud que les enfants rapportent en courant du boulanger.
Qui sait encore que la vie est une petite musique presque imperceptible qui va casser, se lasser, cesser si on ne se penche pas vers elle ?
Les choses que nos contemporains semblent juger importantes déterminent l'exact périmètre de l'insignifiance: les actualités, les prix, les cours de la Bourse, les modes, le bruit de la fureur, les vanités individuelles.
Je ne veux savoir des êtres que je rencontre ni l'âge, ni le métier, ni la situation familiale; j'ose prétendre que tout cela m'est clair à la seule manière dont ils ont ôté leur manteau.
Ce que je veux savoir, c'est de quelle façon ils ont survécu au désespoir d'être séparé de l'Un par leur naissance, de quelle façon ils comblent le vide entre les grands rendez- vous de l'enfance, de la vieillesse et de la mort, et comment ils supportent de n'être pas tout sur cette terre.
Je ne veux pas les entendre parler de cette part convenue de la réalité, toujours la même, le petit monde interlope et mafieux: ce qu'une époque fait miroiter du ciel dans la flaque graisseuse de ses conventions !
Je veux savoir ce qu'ils perçoivent de l'immensité qui bruit autour d'eux.
Et j'ai souvent peur du refus féroce qui règne aujourd'hui, à sortir du périmètre assigné, à honorer l'immensité du monde créé..
Mais ce dont j'ai plus peur encore, c'est de ne pas assez aimer, de ne pas assez contaminer de ma passion de vivre ceux que je rencontre".
Christiane Singer












