06 juillet 2006

Multicolore

Cette semaine, j’ai vu un homme cambodgien, dont toute la famille avait été massacrée par les Khmers rouges, malade d’un remariage qui n’avait sans doute pas d’autre raison d’être que de procurer des papiers à sa seconde femme.
Cette semaine, j’ai vu une famille congolaise, réfugiés politiques d’un pays à feu et à sang, se déchirer autour d’un enfant atteint de troubles du comportement – C.M.P.P. ou marabout – recours d’ici ou de là-bas ?
Cette semaine, j’ai vu des femmes enceintes, l’une africaine, l’autre brésilienne, une autre chinoise, une autre encore maghrébine, échanger sur ce qui leur a été transmis autour de la grossesse et de l’accouchement dans leurs cultures respectives, sur les conditions et les raisons de leur exil ou de celui de leurs parents, les raisons de leur présence ici.
Et puis cette semaine, j’ai vu les drapeaux tricolores brandis place de la Bastille, les voitures folles dans Paris, klaxons, Marseillaise à fond dans les auto-radios, et je n’ai pas pu me défendre d’un vague sentiment de malaise – joie populaire et bon enfant, ou nationalisme exacerbé – ces Français qui ont triomphé devant leur poste de télévision, qui descendent dans la rue pour un ballon de foot mais plus pour quelque cause humaine que ce soit, qui n’aiment la France black-blanc-beur que sur les pelouses des stades – quelle France célèbrent-ils, pour quels lendemains ?