06 janvier 2021

Ouvrir les fenêtres

Ce mercredi de rentrée, juste après un coup de fil qui m'invite à penser les possibles plutôt que l'impossible, il y a d'abord cette trentenaire qui ne supporte plus cette société qu'on nous prépare, ce monde qui ne ressemble en rien à celui où elle souhaite vivre. Et son intuition qu'il faudrait larguer les amarres pour de bon, ne pas chercher à négocier des sécurités qui n'en seront pas, et la retiendront dans cet élan vital, cette naissance imminente - douloureuse peut-être mais re-mise au monde.

Puis cette Italienne qui fêtera ses 50 ans en avril prochain, et qui arrive avec sa bucket list pour l'année, si pleine de projets et d'enthousiasme malgré ce monde (co)vidé de son sens, la ménopause qui guette, les soucis conjugaux, et la mélancolie de ce premier Noël sans les tortellinis de sa Mamma.

Puis cette jeune ingénieure Asperger qui déploie son désespoir d'appartenir au monde des hommes, qu'elle ne comprend ni n'estime guère, et qu'elle envisage de quitter parfois, mais qui termine la séance sur un vibrant hommage à la créativité du vivant.

Cette même semaine, il y a eu aussi cette jeune femme qui avance avec détermination dans la reconnaissance des abus qu'elle a subis adolescente (je l'entends dans son discours : ça y est, elle est passée, sortie de la confusion dans laquelle l'avait laissée l'agresseur). Cette autre qui arrive en annonçant son souhait d'interrompre les séances avant de se jeter à l'eau sur ce qu'elle n'osait pas encore aborder ; et cette autre encore qui de plus en plus, s'enhardit à parler ouverture de conscience, médiumnité, tarots et expériences para-psychiques...

Toutes me touchent par leur courage, leur confiance, leur lucidité ; si j'aime à penser que je peux avoir fait ma part dans leurs évolutions parfois bouleversantes, je leur dois aussi beaucoup : elles sont une inspiration, une respiration aussi - autant de rencontres qui existent certes dans une asymétrie, mais cependant dans une réciprocité. Pour le reste, comme l'écrit Giono : Je suis seulement l'ouvreur de fenêtres, le vent après entrera tout seul.

31 décembre 2020

De l'espoir pour 2021

30 décembre 2020

Jeanette

La vérité est une chose très complexe pour tout un chacun (...). Nous taisons tant de ces choses trop douloureuses. Nous faisons le vœu que ce que nous pouvons raconter apaisera le reste, l'atténuera d'une façon ou d'une autre. Les histoires sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, hors de contrôle. Raconter une histoire permet d'exercer un contrôle tout en laissant un espace, une ouverture. C'est une version, mais qui n'est jamais définitive. On se prend à espérer que les silences seront entendus par quelqu'un d'autre, pour que l'histoire perdure, soit de nouveau racontée. En écrivant, on offre le silence autant que l'histoire. Les mots sont la part du silence qui peut être exprimée.

Jeanette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

Et c'est juste une des perles de ce petit trésor... quel bonheur de lecture ! J'ai ri souvent, été émue aux larmes tout autant. Et ça faisait longtemps, si longtemps que je n'avais pas éprouvé le besoin de lire un crayon à la main, pour retrouver ensuite chacun des passages qui m'est allé droit au coeur, longtemps que je n'avais pas eu immédiatement envie d'offrir ce même livre à ceux que j'aime, longtemps que je n'avais pas négocié avec le temps pour finir la page, le chapitre, le livre avant de revenir à la vie dite... normale. 

25 décembre 2020

Un Noël si fragile

Ce Noël-là aura tenu du miracle. Pour que nous soyons tous encore là... et là aussi les absents  mais présents dans nos coeurs - Covid chez YoYo et Bizzou, Patrice à l'hôpital la veille des fêtes, tous à peu près debout finalement. Parce qu'il aura fallu aussi qu'après la maladie de Léo, tous nos tests soient négatifs pour que ce modeste temps ensemble, après ces longs mois de distance, soit possible. Parce que nous sommes tous si fragiles encore qu'il aurait suffi d'un rien pour que l'atmosphère vire à l'orage. Mais nous avons réussi. A improviser avec les contraintes du moment, les anxiétés sous-jacentes, les chagrins silencieux, un Noël funambule dont nous pouvons, je crois, tous être fiers.

24 décembre 2020

Voilà.

20 décembre 2020

12 décembre 2020

Let it snow, let it snow, let it snow...

Et puis quelquefois, il y a des petits moments de grâce et de douceur, qu'il faut savourer : aller chercher de la déco de Noël, faire le sapin 2020 (en écoutant l'incontournable Quand Noël s'en vient d'Anne Sylvestre bien sûr, et Mariah Carey, et White Christmas...), piquer un fou rire en essayant de dessiner avec de la fausse neige sur les vitres, préparer des muffins au chocolat avec NOTRE recette : l'espace d'un après-midi, la vie fut joyeuse et chaleureuse. J'ai été très émue qu'Amaury ait souligné notre plaisir à partager ces moments en famille, et les échanges affectueux entre nous. J'ai tellement le sentiment parfois que c'est un temps révolu... mais pas cette après-midi-là. Et sa réflexion m'a fait l'effet d'un grand bol de chocolat chaud (avec des petites guimauves !)

11 décembre 2020

Garder la flamme

- L'enfance ça représente quoi pour vous, Anouk ?
- Peut-être c'est ce qu'on était avant qu'on nous fasse tout ça. Cette chose qui était intacte et qui, tous les jours, risque de s'abîmer, voire de s'éteindre, et qu'il faut rallumer, c'est... Des fois je vois les enfants dans les poussettes, les petits enfants, et je me souviens d'avant, quand je savais pas que la vie ce serait... comme ça, je me souviens que j'avais confiance. Et cette confiance, elle est tous les jours abîmée, et tous les jours, je veux la rallumer. 

Anouk Grinberg dans Boomerang

05 décembre 2020

Vivante

Ici, je peux entendre battre mon coeur.

03 décembre 2020

 
 
LE CREDO DE L'OPTIMISME.
« Je suis optimiste parce que je trouve le monde féroce, injuste, indifférent.
Je suis optimiste parce que j'estime la vie trop courte, limitée, douloureuse.
Je suis optimiste parce que j'ai accompli le deuil de la connaissance et que je sais désormais que je ne saurai jamais.
Je suis optimiste parce que je remarque que tout équilibre est fragile, provisoire.
Je suis optimiste parce que je ne crois pas au progrès, plus exactement, je ne crois pas qu'il y ait un progrès automatique, nécessaire, inéluctable,un progrès sans moi, sans nous, sans notrevolonté et notre sueur.
Je suis optimiste parce que je crains que le pire n'arrive et que je ferai tout pour l'éviter.
Je suis optimiste parce que c'est la seule proposition intelligente que l'absurde m'inspire.
Je suis optimiste parce que c'est l’unique action cohérente que le désespoir me souffle.
Oui, je suis optimiste parce que c'est un pari avantageux : si le destin me prouve que j'ai eu raison d'avoir confiance, j'aurai gagné ; et si le destin révèle mon erreur, je n'aurai rien perdu mais j'aurai eu une meilleure vie, plus utile, plus généreuse. »
 
- Eric-Emmanuel Schmitt

28 novembre 2020

2020

Et dire que le 11 janvier 2015, même Renaud voulait embrasser les flics...

27 novembre 2020

Humilité

Tiago Rodrigues, metteur en scène

(Peut-être cela a-t-il toujours été vrai... 
mais nous en prenons conscience seulement maintenant ?)

26 novembre 2020

Une bouffée d'air frais

 "Il faut fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient."

Ariane Mnouchkine

20 novembre 2020

Belles et rebelles


Parce que la chaleur humaine et les rires partagés passent avant la crainte du virus. Choisir entre deux urgences, aller à l'essentiel : être en lien, être ensemble. Encore meilleur parce que c'était une surprise ! Je ne pouvais pas rêver plus beau cadeau - nous voir tous réunis ce soir-là.

15 novembre 2020

Un envoi d'Elsa


12 novembre 2020

Je n'ai pas vu les sables mouvants

Ce soir j'ai reçu par la Poste un cadeau qui m'a fait fondre en larmes. De la part d'une jeune femme que j'ai accompagnée jusqu'à l'été dernier. Ce cadeau est le premier tome du journal d'une renaissance, le récit de ces mois qui l'ont vue sombrer, puis se remettre debout, et de ce qui l'a conduite jusque là. Un petit livre imprimé en auto-édition, illustré de dessins originaux, accompagné d'une lettre rédigée par la jeune femme sur une face, par sa mère sur l'autre.

Celle-ci écrit : (...) si la vie est faite de rencontres, nous sommes heureux que vos chemins se soient croisés. Même éloignée (confinement, puis retour en province), vous lui avez encore tenu la main (...). Nous ne vous connaissons pas, mais nous sommes heureux que d'autres puissent bénéficier de votre écoute et de vos conseils. 

L'étudiante elle, a pris le temps de marquer les pages me concernant d'un petit signet. Si vous pouviez les lire, surtout celles de la fin, c'est en ces pages que réside mon véritable cadeau. 

Je les ai lues bien sûr. Et oui, ces dernières pages sont un inestimable cadeau, qui tombe à point nommé, dans ces jours où me hante la tentation d'abandonner, de changer de métier, de cesser de me confronter sans relâche à la détresse psychique alors que l'impuissance me submerge quant à celle qui règne à la maison. Alors merci à vous Chloé, d'accord, je vais continuer. Vous m'avez redonné courage.

Last but not least : le livre s'appelle "Je n'ai pas vu les sables mouvants". Et il est sous-titré "Partie 1 : Comprendre et accepter l'épuisement". Ce même soir, Anna D. m'a dit, si j'étais votre médecin, je vous ferais hospitaliser. Parce que ce n'est pas chez vous que vous allez pouvoir vous reposer. Et aussi quelque chose sur la folie qu'il y a à ne pas reconnaître ses propres limites pendant qu'il en est encore temps. Ces deux messages, ce même soir - ça m'interpelle, comme une paire de claques aimantes et vigoureuses - et toi, est-ce que tu les vois, les sables mouvants ?

11 novembre 2020

Un jour gris

08 novembre 2020

Un monde parfait

C'est un monde parfait, presque aussi parfait qu'il est plat...

Ces jours-ci j'ai constamment les chansons des Innocents dans la tête - comme une tentative de me relier à celle que j'étais hier et qui me semble si loin déjà, ou simplement, parce que ces bribes me parlent d'aujourd'hui, comme ici

Sans l'espoir d'apprendre à leur apprendre
À ne pas compter les heures
Qui s'enroulent et qui meurent
Que leur dire ?
Qu'ils viennent sur terre juste pour y répandre
Un peu d'amour et quelques cendres (...)

Ou encore :

Et je m'éloigne pour savoir enfin tout ce qu'on gagne à n'être qu'en chemin
Je vais à Bang-Bang sécher au vent mon coeur humide de ses rêves qui fondent           
M'échouer à Bang-Bang trouver le temps d'attendre un guide qui n'est pas de ce monde
Qui sait ?

Ou même celle-ci, qui parle si délicatement du dés-espoir...

Partir, rouler jusqu'à la mer
Prendre un navire, voir s'éloigner la terre
Partir, maintenant ou jamais
Ou jamais

Jodie, c'est là que tu descends
Jodie, referme ton roman
Referme la page, laisse partir ce train
Tu sais, le grand voyage ce n'est pas pour demain
Jodie, tu descends là
Jodie, tu descends là
Jodie

03 novembre 2020

Réciprocités

Contre toute attente, je suis heureuse de pouvoir continuer à travailler. Pour des raisons matérielles évidentes, mais aussi et surtout parce je garde ma liberté d'aller et venir. De sortir de la maison. D'échanger avec d'autres humains, de me confronter à d'autres détresses que celles qui règnent ici. D'être émue par d'autres êtres, pour qui la vie n'est pas plus simple ; d'être touchée par leur courage et leur engagement dans leur volonté d'aller sinon bien, en tout cas de leur mieux ; et, parce que nous avons les patients qui nous ressemblent sans doute (je n'ose pas écrire, que nous méritons), j'ai le sentiment d'être parfois moi-même aidée par la teneur de nos échanges, comme dans le billet précédent. 

Parce qu'ils sont inspirants, me donnent envie de lire, d'écrire, de voir ce film dont ils parlent, et même de danser. Il y a celle qui profite de cette immobilité forcée pour explorer toutes les nuances d'une chanson au travers d'un projet de chorégraphie. Celui qui interroge sa représentation du couple et de la fidélité en faisant dialoguer son projet de mémoire et sa propre expérience. 

Il y a celle qui me raconte l'apprivoisement de ses peurs au hasard d'une sortie au parc d'attractions, son émerveillement lors d'une dernière visite au Louvre, juste avant le confinement - la façon dont la beauté l'a emportée, et le partage de cette émotion avec la classe qu'elle accompagnait. Celui qui raconte comment la littérature et l'histoire le sauvent, lui qui relit Camus, Dante et les stoïciens. 

En fait, même si ceux qui parlent le langage de la culture et la création me touchent tout particulièrement, j'ai le sentiment de recevoir de chacun. Et dans ce moment, c'est une ressource inespérée et précieuse.

01 novembre 2020

Ouvertures

Une patiente artiste me dit, paradoxalement, peut-être que nous les intermittents du spectacle sommes les mieux armés pour vivre cette période : cette incertitude constante, nous l'avons acceptée, nous savons la vivre ; et nous avons nos mots, nos musiques, notre capacité de créer et de symboliser, toujours à notre portée...

La même me raconte que, lorsqu'un attentat a lieu dans un pays du Maghreb, pendant 24h, les médias ne diffusent plus que des versets chantés du Coran. Nous sourions à l'idée que l'idée risque de ne pas prendre en France ; mais sérieusement, 24h de prière et de musique, un temps de deuil et de retour à soi, le silence imposé aux commentateurs de toute espèce, à la récupération obscène, aux experts de leur propre discours, ce ne serait pas une magnifique idée ?