31 mai 2011

Emmêlée










Les mots se bousculent, parfois me dépassent, plus souvent me manquent, à l'image de ce murmure, une voix fragile qui ose à peine s'aventurer, échoue parfois à traverser (faire ?) le mur, ou encore déborde allègrement au-delà - quand elle ne s'emmêle pas, comme ces filets de pêche revenus d'on ne sait quels grands fonds, pour amener à la lumière - mais quoi ? Patience, autant que possible, m'efforcer de revenir au silence, au j'EXISTE - petit j', grand EXISTE - à la vie qui donne sans compter, à ce qui en nous est plus grand que nous.

26 mai 2011

Eclipse de Lune




Chez Cali

...que je lis souvent (site ici), une idée géniale, que j'aurais adoré avoir, mais que je relaye avec BONHEUR (donc, c'est elle qui écrit, hein, moi je jubile seulement ;-))) :
Soyez heureux (je le veux)
jeudi 19 mai 2011 à 16:12 -
Vrac & Déconnage
Programme de l'après-midi : activisme de rue à base de collage d'affichettes.
But : faire sourire des gens.Street Art - Affichettes
Plantée devant mon texte pendant trois bonnes minutes, la première personne à s'arrêter semblait avoir beaucoup de mal à reconnecter son cerveau.
Mon message étant collé juste à côté de l'étal précaire d'un marchand de fruits de type tout aussi précaire, la maréchaussée s'empressa de débarquer (à 6 vélos) pour faire circuler ce dangereux malfaiteur. Un des agents s'est mis à rigoler en lisant le texte et a prélevé une bandelette qu'il a remis à un collègue. Pour mes empreintes, sûrement. Après quelques minutes, ils sont partis, s'égaillant telle une volée d'oiseaux bleus à contre-sens sur le trottoir. Le petit marchand est bien vite revenu, on allait lui piquer ses melons.Street Art - Affichettes
Et là mes Zamis de le Ouèbe, quel bonheur fut le mien. Je risque de recommencer.
(ajout : la prochaine fois, penser à prendre un téléobjectif, ce sera moins risqué !
point AJOUT du 21 mai : par commentaires ou par mail, vous êtes pas mal à me demander à utiliser mon affichette chez vous : bien entendu, j'en serais ravie !

Elle se trouve ICI, imprimable sur un A4.

21 mai 2011

Un petit créneau...

...dans nos vies, près de quatre ans après la fin de la formation ! Sur le sentier côtier de Dinard, dans le petit bateau qui relie Dinard à Saint-Malo, sur les remparts de la ville, le temps d'échanger, de se retourner sur l'année écoulée, bonheurs et coups durs, projets, maladies, amours, vieillissement, enfants qui grandissent, amitiés... Quel bonheur, ce petit groupe sans tensions ni langue de bois, mais langue du coeur, et ce plaisir simple d'être ensemble, tremper les pieds dans l'eau (froide malgré le soleil), se régaler d'huîtres et de langoustines du marché, manger des galettes bretonnes en terrasse - quel bonheur de constater que ce petit groupe ne vit pas que de souvenirs, mais de partage au présent - dialogue qui se renoue comme si l'on s'était vus la veille !

16 mai 2011

Vivante

Quand j'aurai couru longtemps après dix mille printemps
Et soufflé essoufflée toutes ces mèches allumées
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai pris tous les trains qui m'attendaient en chemin,
Des papillons tout autour, sous le ciel trop lourd,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai fait de mon ventre un royaume un coeur un centre
Et puisé épuisé tout ce qui s'y trouvait,
Plus rien ne me fera mal (...)

Quand j'aurai tant embrassé, quand j'aurai tant caressé,
Que je n'aurai plus faim, plus rien...
Ne me fera mal, ne me fera mal, ne me fera mal (...)

Jeanne Cherhal

N'empêche... le choix de l'amour offert plutôt que retenu, de l'amour qui accueille plutôt que de celui qui divise, de la liberté dans le respect, de la vérité au plus près de soi, de l'autre... ce n'est pas reposant tous les jours.

Pourtant... je nous aime vivants, sur le fil, tâtonnants, fragiles, maladroits parfois, mais aimants. Les coups de coeur ne vont pas sans coups au coeur, mais comment en serait-il autrement ? Si j'aime en moi ce désir têtu qui va à la rencontre de l'autre, se pose là où le coeur résonne, comment ne l'aimerais-je pas en toi ? Il y a peu de guides sur ce chemin, encore moins de repères ; à l'exception de ceux-ci : entre nous aussi, le regard qui s'étoile, le coeur qui bat.

Avoir acquis cette sagesse : que ce n'est pas tout le temps, que l'autre n'est pas tout ; que rien pourtant n'est plus précieux que ce lien tissé dans le temps et au travers des tempêtes ; et que ce coeur qui bat, ce regard qui s'étoile, nous avons à en répondre : que nous en sommes créateurs ou destructeurs, mais toujours responsables.

14 mai 2011

Fêtes

Emmener Elsa, le soir de ses 8 ans, voir l'adaptation française de Mamma Mia, à Mogador. En groupie trip total, avec le t-shirt collector et le CD dédicacé par la chanteuse principale à la sortie des artistes. Admettre que l'effet euphorisant est le même sur les adultes - même si je préfère ABBA en VO.

Fêter les 40 ans d'une amie au champagne dans le parc Montsouris. Me réjouir des menus détails, qui n'en sont pas tant que ça. La joie des enfants présents, partager avec leurs parents ces moments de fête, qu'ils n'oublieront pas. Le constat que les amis de mon amie sont mes amis, ou pourraient le devenir. Ces visages qui ponctuent depuis longtemps chaque moment fort de nos vies - aux heures de joie, comme aux moments de peine... Les petites attentions préparées avec amour, qui touchent juste : ce côté "collectif du bonheur". Danser avec David, dans la légèreté et le rire.

Emmener les enfants voir le film de Wenders sur Pina Bausch. Comme une petite fenêtre ouverte sur un autre monde. Ils n'ont pas vraiment aimé, c'était assez prévisible, mais ce n'est pas grave, ils ont goûté : ce qui suffit à me réjouir.

09 mai 2011

Leo's nonsense

Léo à Hippo : "Eh je sais hein, j'ai été plus petit que toi avant toi !!!"

Nous sommes à table, Elsa a disparu.
David : "Elle est (encore) perdue dans les toilettes !"
Léo part en fou-rire...
Lulu : "On peut rire avec toi ? "
Léo, à bout de souffle : "Oui !"
(sans autres explications bien sûr, sinon, c'est pas drôle !)

David : "Trop de bonheur tue le bonheur !"
Léo : "Heureusement que j'suis pas heureux..."

07 mai 2011

On dirait le Sud...

Une journée de soleil, famille, amis, enfants d'amis, bref, famille de coeur - réunis pour les 8 ans d'Elsa. Un délicieux repas au jardin, une bataille d'eau mémorable, des rires en cascade, si ce n'est pas le bonheur, ça y ressemble bien non ?!?

05 mai 2011

Tout Eddy

Il n'a plus Dix-huit ans demain (ni Seize ans aujourd'hui) mais il a toujours la classe, la voix de crooner et l'ironie distanciée qui le caractérisent... Puisqu'il n'y aura paraît-il pas de Come-back, suis heureuse d'avoir ressenti en live l'énergie intacte de Pas de Boogie Woogie ou de Lèche-Bottes Blues, et la tendresse mélancolique de Toujours un coin qui me rappelle ou de Sur la route de Memphis. "Comme disent nos cousins de Louisiane Laisse le bon temps rouler Le bon temps rouler Fais vibrer ton coeur et ton âme sera sauvée Laisse le bon temps rouler rouler rouler..."

Arbitre des élégances

En bonne lectrice de ELLE, Elsa détaille ma tenue ce matin avant mon départ au travail : "La tunique c'est bien, le blouson c'est bien, les ballerines c'est bien, par contre le sac poubelle c'est pas terrible, tu devrais prendre un sac à main ???".

(Navrée ma chérie, même les fashion un peu victims sont soumises aux basses contingences de la vie matérielle...)

02 mai 2011

Noces de coton

Nous nous sommes rencontrés il y a dix-sept ans. Mariés voilà treize ans. Nous sommes devenus parents il y a onze et huit ans. Et ce jour, nous avons fêté par un chouette concert de jazz (ici) nos un an de "re-mariage" - une année pleine, vivante, expérimentale, créative. Je crois que je verrais d'un bon oeil aussi de nouvelles fiançailles... :-)

26 avril 2011

Bonheurs

Trouver du muguet sur la table en arrivant à la maison des vendangeurs. Rentrer à Paris avec du lilas.
Retrouver les petits et grands cousins, et la joie d'être perdus au milieu des vignes, loin de l'agitation parisienne et de la consommation frénétique.
Emmener les enfants assister au concours d'équitation d'Emilie - dressage, obstacles et cross - en ramener une Zaza émerveillée et partante pour un stage de poney cet été.
Se balader dans les arbres (ramener quelques bleus de l'acrobranches).
Lire au soleil : une biographie de Jeanne Moreau, décevante (la bio, pas Jeanne !). Bienheureuse Infidélité, décidément inspirant. Une nouvelle revue sur la sexualité, pour le boulot, GQ, pour le fun (les rédactrices mode des féminins sont des petites joueuses à côté de leur brigade du style), Nouvelles clés, pour soutenir l'envie de simplifier, élaguer, trier, aller à l'essentiel.
Réunir pour la première fois les six petits-cousins pour une chasse aux oeufs dans le jardin.
Fêter l'anniversaire de ma maman.
Découvrir de nouveaux artistes - L. et son étrange Initiale, et les toniques Brigitte (Irrésistiblement amoureuse c'est emmerdant - irrésistiblement emmerdeuse c'est amusant...).
Avoir la surprise de trouver dans la boîte aux lettres du retour, un délicieux bouquin pour vrais amoureux des livres, Pourquoi lire ? de Charles Dantzig.
Me régaler de la folie douce et sympathiquement incorrecte de Thomas Fersen à la Cigale.
Remettre la Care Box à jour.

14 avril 2011

Malaise dans la civilisation

...pour le mépris de l'humain, de l'intime, mais aussi de la jutice et de la dignité qui éclatent de façon de plus en plus nauséabonde ces jours derniers - en une semaine, le voile, les jurés en correctionnelle, la pénalisation des clients de la prostitution, l'effarante loi sur la psychiatrie, et j'en passe - sans parler des démantèlements de fond de l'éducation, de la santé et de la justice...

Coup sur coup, deux jolis coup de gueule sur ce mépris du sujet : celui de Caubère, dans Libé, sur la pénalisation des clients de prostituées, qui défend vigoureusement le droit à une certaine forme de "gratuité" du sexe tarifé entre adultes consentants - comme espace de liberté, et stigmatise l'obscénité des médias qui mettent en scène les "chasses policières" à des clients nécessairement considérés comme agresseurs - de prostituées nécessairement victimes et décérébrées.

Et dans le Monde celui d'une avocate à la Cour, maître Dosé, qui s'interroge sur la peine hors justice, publique, et sans fin infligée à Bertrand Cantat - une "mise au pilori qui finit par devenir l'instrument d'une dictature de l'émotion, celle des victimes", un "fantasme propre à nos sociétés, celui d'éliminer socialement tout condamné ayant purgé sa peine, de nettoyer le corps social". Bref, des questions qui vont bien au-delà de l'affaire Trintignant. Sans parler de la peine intérieure, elle à perpétuité, d'un homme qui fut violent au-delà de l'imaginable mais n'en reste pas moins un homme, et dont la sensibilité écorchée est bien antérieure au drame ?

Discutable, tout cela ? Mais oui, ô combien, et tant mieux. Ce qui me terrifie, c'est de vivre dans un Etat où l'on n'en discute plus.

08 avril 2011

Lulu in the Sky

Mercredi soir, enfin de retour après une journée de... quatorze heures, je bulle sur le canapé, et ma Zaza n'a toujours pas renoncé au Maman ! Il faut que je te dise... A la cinquième édition, la mère indigne répond, il va falloir que t'aies un truc VRAIMENT intéressant à me dire, sinon... Réponse de l'intéressée : Maman, j'ai INVENTE une constellation. Dessins à l'appui. Ok, ça l'fait...

03 avril 2011

Et il m'a fallu des années avant d'esayer d'imaginer ce que pourrait être d'avoir un père "normal" (...). Ce cliché, il me semble que je l'ai composé à partir d'images auditives, de ce mélange d'assurance et d'enfantillage qu'ont dans la voix les filles-qui-ont-un-père (ou, pire encore, qui écrivent sur leur père). Mais le plus difficile, et le plus intéressant, c'était d'essayer d'en capter l'effet : autour de cette image, le monde était raffermi, recomposé, sillonné de routes droites et claires, et j'avais la sensation précise, quoique fugace, que sur ces routes je pouvais avancer, droite, moi aussi, et ferme, et campée, sans inquiétude ni curiosité, ignorante des marges et des dérives, radieuse et bornée.

J'ai eu un père. Ce père n'était ni un héros, quoique sa vie entière il ait combattu l'ombre en lui, ni un homme ordinaire. Mais il m'a légué un monde héroïque, un monde infini et labile, opaque et foisonnant, plein de chausse-trapes et de coulisses, de bas-côtés et de lignes de fuite, de monstres, aussi, et de spectres plus ou moins arrangeants, et avec ce monde le désir de l'arpenter et de le dire.

Gwenaëlle Aubry, Personne

Qui est un livre magnifique et profond sur la folie et sur l'écriture, sur la douleur des enfants de grands malades psychiques, sur l'élan et la créativité qui peuvent naître de cette proximité, promiscuité avec la souffrance de l'âme.

01 avril 2011

Décadrage

J'aime beaucoup me laisser surprendre par la tournure de pensée d'Elsa, souvent imprévisible...

Elsa s'interroge sur ce que mangent les petits Africains. Léo : En tout cas, ils ont pas de Nutella ! Elsa, pensive : En plus, sur eux, on ne verrait même pas s'ils ont des moustaches...

Nous jouons au Taboo. Je cherche à faire deviner : dolmen. - Obélix il porte des ...menhirs ! Et... l'autre mot ? Elsa : Des Romains ???

Complètement siphonnées : 22h30, je trouve Elsa dans la salle de bains, la ventouse sur la tête. - Bah oui, il faut se débourrer le crâne avant d'aller se coucher, sinon il y a trop d'idées et on ne dort pas bien ! (Tu m'étonnes... lui ai demandé de m'appliquer le même traitement, ça marche très bien.)

Elsa essaye de longs clips d'oreilles en forme de coeur. Lulu : Garde-les, c'est rigolo ! Elsa : Ah non, ça fait "quiche" !

Regret

C'était son dernier jour - menacé d'exclusion, sursitaire, changé de classe, jamais en cours, faisant le mur à chaque occasion, exclu à nouveau, définitivement ce soir, mêlé hier à une histoire de départ de feu dans le collège, puis à une bagarre à coups de livres - j'avais parlé de lui déjà, ici. Je l'avais reçu ce matin - semi-dialogue, la violence du père, qui va enfin faire l'objet d'un signalement mais - trop tard ? - sa colère à lui contre l'Etat - les professeurs, les policiers, les administrations dont le père dépend pour sa carte de séjour - tous ces gens titulaires de droits qu'il n'a pas, et qu'il n'a de cesse d'outrepasser.

Aussi quand il a voulu profiter de ma sortie de l'établissement pour une fois de plus filer en douce, j'ai dit non. Un peu inquiète, un peu en colère, un peu contre lui pour sa toute-puissance, un peu contre l'institution pour son impuissance... Mais je n'étais pas prête à me démarquer de l'équipe éducative, ni prête à prendre la responsabilité de la énième sortie clandestine, toujours susceptible d'amener à la énième ânerie - qui se terminera un jour ou l'autre par la convocation dans un commissariat d'un père violent et sans-papiers - et après ?

J'ai donc résisté à la tentative de charme, et prévenu la tentative de choc - en appelant un surveillant à la grille. Car je le sentais fermement décidé à tenter le passage en force, et ne voyais aucun sens à m'opposer physiquement à cette boule de nerfs et de désespoir de treize ans...

Ce soir pourtant je m'en veux. Qu'est-ce qu'il a d'autre ce môme que sa vitalité, sa capacité à résister, à refuser, à préférer sa liberté ? Quel sens cela pouvait-il avoir, dans ce contexte, quatre heures de consigne supplémentaire ? Est-ce que je n'aurais pas été plus à ma place en lui permettant de quitter à sa manière cette école qui l'exclut et qu'il abhorre ? Est-ce que la position juste n'était pas de délivrer ce message, je comprends que tu sois infiniment en colère, et l'importance pour toi de t'en sortir par toi-même, la tête haute ? Si. Je crois. Si c'était à refaire...

26 mars 2011

Voyage

"Les questions sont dans la tête, les doutes sont dans le coeur. Une partie des réponses se trouve dans l'Etre. Il ne s'agit pas de supprimer l'un ou l'autre de ces plans - c'est d'ailleurs impossible, mais de pouvoir passer de l'un à l'autre en conscience." (Sudheer)

Ou l'art de revenir à soi, toujours. Non dans un égocentrisme forcené, mais dans le souhait de vivre, et d'offrir donc aussi à l'autre, une présence pleine, un Oui habité. Ce qu'il nous propose aussi : j'EXISTE. Avec un tout petit "je", et un EXISTE qui s'étend à l'infini, une vibration, un rayonnement qui est à la fois le nôtre et celui de la vie qui nous aime : c'est la même chose, de toute façon, et rien d'autre ne nous en sépare que nous-mêmes.

25 mars 2011

Message reçu

Petite phrase pour traverser la journée : "La joie est la seule solution." Pina Bausch

Journée traversée - un jour de printemps inespéré, dans le parc des Buttes-Chaumont.

23 mars 2011

Journée de (la) femme

Un soir de grande fatigue, portraits de femme esquissés.

Dans quel monde vivons-nous pour trouver forcément anormal que la première réaction d'une adolescente qui se découvre enceinte – avant que les contraintes de la réalité ne la rattrapent – soit la joie ?

Dans quel monde vivons-nous pour qu'une autre soit si seule avec une grossesse devenue hors délai d'IVG qu'elle ne trouve pas d'autre issue que de se faire rouer de coups pour que « l'enfant passe », comme on dit (et de la mort de quel enfant s'agit-il alors) ?

Et celle-ci, qui revient des mois après son avortement, parce qu'elle n'a trouvé personne – ni mère (probablement déprimée), ni père (vraisemblablement alcoolique), ni petit copain (qui la trouve « prise de tête »), ni frères et soeurs (ils sont pourtant quatre, même si elle est la dernière encore à la maison), ni camarades de classe, ni aucun autre adulte que la dame du Planning pour dire qu'elle n'en peut plus ?

Qui sont ces femmes qui arrivent lourdes d'une histoire dans laquelle la sexualité n'a jamais été synonyme d'autre chose que de douleur – au mieux d'indifférence – maltraitées par elles-mêmes car elles se forcent, par leurs compagnons aveugles ou complices, ou vite lassés, par les médecins qui multiplient les examens inutiles et invasifs quand ils ne prescrivent pas des séances de kinésithérapie périnéale – et qui bien souvent, ne sont pas moins hermétiques à une approche psychique tant elles se vivent comme des machines défectueuses, et non comme les êtres complexes, ambivalents et souffrants qu'elle sont ?

Mais il y a aussi...

Cette patiente pourtant gravement atteinte, qui s'est autorisée une toute première expérience sexuelle à la faveur d'un voyage à l'étranger qui était en lui-même un défi pour elle – et qui revient épanouie, émue par ce qu'elle a vécu, indulgente avec elle-même - c'est nouveau aussi - quant à l'angoisse qui l'a envahie si fort à l'issue de cette nuit, qu'elle n'a pas osé demander ses coordonnées à cet homme...

Cette autre entrée en thérapie il y a sept mois après le décès brutal de son frère, et qui s'est autorisée pour la première fois aujourd'hui à l'évoquer, à le pleurer, à nommer quelque chose de la culpabilité et de l'ambivalence à travers cette formule ambiguë : « Il nous a beaucoup laissé(s) ».

Et ces deux autres, petites soeurs de peine de la précédente, engagées sur le même chemin, celui de la levée du secret et du déni qui pèsent sur la violence et la folie familiales – transgénérationnelles dans les trois cas – pour aller à la conquête de leur propre autonomie ? Elles sont belles, intelligentes, dévastées, et incroyablement courageuses, s'affrontant à l'aveuglette à des démons familiaux redoutables.

Et celle-là, qui rit de se « retrouver elle-même » après quelques mois d'absence dépressive – le temps je crois de faire le deuil des idéaux infantiles pour accepter que le monde adulte serait « pas tout, pas rien » - et qu'il recelait cependant de multiples occasions de joie et de créativité...

Ce soir – je ne me sens pas moins vulnérable que toutes ces femmes – particulièrement touchée par ces histoires de vie qui se déploient dans la rencontre, consciente de la confiance qu'elles me font et de ce qui m'amène à occuper cette place mais aussi fragile : qui, même formé, supervisé, outillé, peut traverser ce que je ressens parfois comme un bombardement et prétendre en sortir tout à fait indemne ?