«Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais.»
Christian Bobin
To care : j'aime ce mot, qui dit à la fois la précaution, l'attention, la responsabilité, le souci, l'importance, le soin. Care box : un néologisme pour quelque chose comme, boîte à attention (littéralement en anglais imaginaire, trousse de secours).
14 novembre 2022
Grizzly
13 novembre 2022
06 novembre 2022
Dire Oui
Pas de projet ou de révélation, de but à atteindre pour cette seconde partie de vie, mais un chemin : dire oui. Avoir confiance que ce qui est, est bien. Avoir confiance tout court (...). Je constate : le oui n'a amené que du bon ces derniers temps (...).
Du coup j'explore un peu plus loin : est-ce que je peux dire oui aussi aux événements du passé ? Hum, ça c'est beaucoup plus difficile... mais en même temps, je vois, sous différentes formes, ce que ça m'a coûté de dire non à différentes étapes de ma vie. De lutter. De ne pas accepter ce sur quoi je n'avais pourtant pas de prise.
Un poème me vient, dont chaque phrase commence par, Je dis oui...
03 novembre 2022
Sur le fil
12 octobre 2022
Célébration
10 octobre 2022
Toujours ou à nouveau vrai ?
Supprimer l'oppresseur revient à nier le problème, mais non à en trouver la solution. Car les hommes sont NOS hommes. Toute la difficulté tient dans l'usage de l'article ou du pronom. De défini/lointain au possessif/commun. (...) Nous aimons nos hommes, leur compagnie, leur corps, leur sexe. Nous aimons avec eux l'échange intellectuel, le jeu existentiel (...).
Les outrances de l'ère zéro du féminisme répondaient à un besoin de société. Mais elles ne pouvaient se prolonger au-delà du temps et de la démesure sans troubler notre propre histoire. Ce désordre massif se révéla porteur d'autres désordres féconds. Mais exiger une égalité totale, donc réductrice, ajouta l'excès à l'excès. La femme n'est pas l'homme et l'un n'est pas l'autre (...)
L'égalité ne prend son sens humaniste/féministe que dans la suppression de la hiérarchie. Et non par la disparition des différences.
Gisèle Halimi, Le lait de l'oranger
08 octobre 2022
Habiter un nouveau lieu
Ce week-end c'est la première fois depuis longtemps que j'ai du temps seule, au calme, et en fait j'aime bien, ça me reconnecte à d'autres facettes de moi. Le spectacle vivant avec le théâtre local hier, tout ce que j'aime, un théâtre engagé, vivant, littéraire et émouvant à la fois. Un premier passage au marché couvert après les patients de ce matin. Découvrir qu'il y a à Villejuif une petite librairie coopérative, sympa et engagée elle aussi, adhérer direct à leur asso, qui promeut la lecture auprès des enfants de la ville et prépare l'ouverture d'un café culturel. Acheter un bouquin de plus. M'inscrire aussi à la médiathèque. Prévoir le repas d'anniversaire de Léo mardi, passer chez le caviste. Danser et chanter à tue-tête, seule dans cette nouvelle maison qui me ravit. Ouvrir enfin mes cours d'hypnose pour préparer la validation de novembre. Papoter avec Elsa sur le coin de notre bar, et au téléphone avec mon copain voileux de Toulon – j'adore, on se parle tous les six mois et c'est comme si c'était la veille. Etre invitée à naviguer au printemps... Tomber amoureuse d'un duo piano-violoncelle. Ecrire...
01 octobre 2022
27 septembre 2022
Drôles de zèbres
Semaine de reprise chez les étudiants - mais qu'est-ce que j'ADORE ce job, la diversité des profils, ces petits prodiges cultivés et fragilissimes qu'il s'agit d'apprivoiser dès la première rencontre - si l'interlocuteur ne va pas à leur vitesse, ils abandonnent - c'est un challenge à chaque nouvel étudiant... et certains lundis matin, c'est un peu raide pour moi au démarrage : est-ce que je peux d'abord reprendre un café s'il vous plaît ?
Souvent au-delà du scolaire ou du familial, ce qui permet de les accrocher, et qui parle d'eux bien mieux que leur pedigree académique, ce sont leurs centres d'intérêt, tout l'extra-scolaire, les œuvres artistiques, livres, films, musiques, les engagements militants ou les rencontres - qui les ont marqués... et là ça devient passionnant.
Depuis ce seul lundi, il y a eu - entre autres :
13 septembre 2022
08 septembre 2022
Le bleu du ciel
07 septembre 2022
Faire surgir la parole
Vous savez ce que c'est une interview ratée ? C'est une interview où j'ai mal fait mon boulot, moi, pas l'invité. Je vais vous dire pourquoi, c'est parce que ma grand-mère et ma mère me l'ont toujours appris : tout le monde a quelque chose à dire, et tout le monde peut être passionnant, à condition qu'on puisse l'écouter, qu'on sache faire surgir cette parole, mais vous savez, c'est un travail, c'est un métier...
Augustin Trapenard
Je crois que c'est vrai aussi dans mon métier. La rencontre qui ne se fait pas, le suivi qui patine, l'ennui qui s'installe - c'est sans doute aussi parfois parce que j'ai mal fait mon boulot. En tout cas - cette humilité me parle, et ce présupposé aussi : tout le monde a quelque chose à dire, et tout le monde peut être passionnant. Avec un nouveau patient, le premier moment où j'entends sa petite musique singulière, où quelque chose - un tout petit détail quelquefois, m'émeut, je sais que notre travail a commencé.
30 août 2022
At last
15 août 2022
Atelier Climat
13 août 2022
Un demi-siècle d'amitié
12 août 2022
Dire oui
Aux bouffées de bonheur récurrentes. A l'admiration sans cesse renouvelée devant la beauté de la nature. Aux retrouvailles avec l'enfance (voir post précédent), à ma tendresse débordante pour ces magnifiques jumeaux et pour leur père (dont la beauté ne m'émerveille pas moins).
A la stupéfaction attendrie devant ce lien qui à ce jour déjoue tous les pronostics, où tout se fait si naturellement - le quotidien, les enfants, l'argent, la maison, tout roule, c'est si incroyablement tranquille. Au respect spontané des temps de retrait de l'autre - de lecture et de rêverie solitaire pour moi, donc... Aux allers-retours entre la raison qui dit non, et le coeur qui dit oui...
J'adore cette histoire improbable - parce que c'est ce qui en fait la beauté : elle n'était pas écrite, pas prévue, et pourtant elle est - et elle est lumineuse et fluide. Je suis profondément touchée par la façon dont cet homme silencieux m'a ouvert la porte auprès de ses enfants - et même de la famille élargie qui vit dans la région. J'aime sentir le respect et la curiosité tendre avec lesquels nous approchons nos grandes différences.
Et, contrairement à ce qu'il en pense, j'adore aussi le fait de ne pas me projeter ni d'avoir d'attentes, mais de juste être - respirer côte à côte, nous endormir ensemble. Il y a là une liberté, une gratuité qui m'enchantent absolument. Peut-être est-ce que toutes les relations devraient s'écrire ainsi - dans ce respect infini de la liberté de l'autre : c'est Rilke qui écrit quelque chose comme cela à propos de l'amour : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s'inclinant l'une devant l'autre.
09 août 2022
Jusqu'à la lune et retour
Et j'ai adoré. Sentir des petites mains se glisser dans les miennes. Aller à la bibliothèque puis lire des histoires. Chanter des rondes enfantines. Jouer aux sept familles. Chahuter dans l'eau, les embarquer en canoë, en paddle, en vélo. Préparer des petits déjeuners, et des macaronis au gratin comme Mémé ! Et, posée dans un fauteuil, voir arriver la tornade Naïm qui m'a sauté dessus : "Câlin à deux !", suivi de près d'Imrane, pourtant plus long à apprivoiser : "Câlin à trois !" - ce jour-là, j'ai su que c'était gagné.
Grâce à la confiance de leur papa bien sûr, mais aussi grâce à eux : jamais vu d'enfants de six ans qui se couchent sans problème, ne font pas (trop) de bruit le matin, mangent ou en tout cas goûtent ce qu'on leur propose, pleurent trente secondes pour une chute à vélo ou une piqûre de guêpe puis passent à autre chose, font une rando vélo de plus de vingt kilomètres sans protester, ne se bagarrent pas une seule fois en deux semaines mais sont au contraire constamment complices et solidaires, dans la négociation et pas dans l'affrontement...
Je leur ai offert un des livres fondateurs pour mes propres enfants, Devine combien je t'aime. Le lendemain, ils la connaissaient par coeur, cette histoire d'un petit lièvre (mais pourquoi pas deux ?) qui cherche à mesurer jusqu'où va l'amour... "Jusqu'à la lune, et retour."
22 juillet 2022
18 juillet 2022
L'envers du décor
Je n'en peux plus.
Des patients lourds des derniers mois, des messages suicidaires de ma patiente alpha, et même des patients plus "légers" actuellement - chaque fin de rendez-vous est un Everest, à grimper à nouveau l'heure suivante. Pourtant, je fais mes premiers pas en hypnose, et me régale - mais peut-être en sous-estimant le coût énergétique inédit de ce travail en état de conscience modifié.
Des incertitudes sans fin sur le devenir de mon projet d'achat d'appartement - avec ce qu'il draine de sécurité dans l'avenir ou non, de sentiment d'impuissance, de vulnérabilité et d'injustice - car ce n'est pas faute de travailler beaucoup, mais les banques n'aiment pas que j'aie deux jeunes adultes à charge et un seul revenu. A ce stade, je me permettrai de respirer à la signature définitive, soit pas encore.
Des dépenses incontrôlables qui s'accumulent - le budget initialement prévu pour travaux et équipements qui part en apport, les taux qui grimpent, le véto, le dentiste, le semestre de Léo à Berlin... De gérer seule l'essentiel des charges de notre maisonnée - et pas uniquement sur le plan matériel.
De l'avocate supposée m'aider rétablir un semblant de justice quant aux coûts et aux responsabilités parentales, si inepte que je suis parfois tentée d'annuler une procédure dans laquelle je ne fais plus confiance ni à elle, ni à la partie adverse. Pendant ce temps, un petit frère est né, ce que Léo a annoncé sur fond noir et sans autre commentaire sur son compte Instagram.
De la course contre la montre pour espérer avoir bouclé travaux et déménagement en deux semaines fin août afin de ne pas payer le mois de septembre en double, et des to do lists qui vont avec cet objectif.
Des nouvelles - de l'économie, de l'écologie, de la politique locale et internationale, de la canicule qui m'affole - était-ce une erreur d'acheter sous les toits ? Je ne comprends plus, comme si ce monde s'auto-détruisait sous nos yeux impuissants...
Bref, j'ai zéro recul, et impossible de décrocher, de réguler les pics d'angoisse, de dénouer cette gorge serrée en permanence, de modérer mon hypersensibilité en roue libre, de retrouver un peu d'énergie - même pendant les quelques jours à Trouville, malgré les irremplaçables bouffées d'oxygène par moments là-bas. Un stupide hamster dans sa roue, une éponge, saturée - d'habitude, c'est une force et un atout, mais là c'est autre chose, la sensation inconnue d'une limite franchie, d'un dérapage pour le moment hors de contrôle.
14 juillet 2022
Just kids
Il y avait longtemps que nous n'avions pas eu un temps hors Paris juste ensemble. Enfin presque : le dimanche précédent, les enfants et moi étions à Montlevon, et j'avais déjà retrouvé un petit goût de cette complicité, chanter à tue-tête en voiture, saisir les blagues au vol, découvrir un nouveau jeu. Et c'était joli aussi, la façon dont ils se sont éclipsés le temps que j'accompagne leur grand-mère endeuillée avec un peu de ma boîte à outils professionnelle.
Et puis à nouveau ces quatre jours au bord de la mer - sauvés in extremis par le prêt d'une voiture par Ronan, car trains annulés un 13 juillet, c'était sans espoir d'un plan B train, bus ou location de voiture. Quatre jours dans l'accueillante maison de Philippe et Marion, des baignades, des rires, une soirée blind tests et karaoké, un achat de maillot pour Amaury chez Texti, des glaces tous les jours (des huîtres, des crevettes et un Chablis bien frais aussi pour moi), et deux feux d'artifice. Me baigner en mer, un de mes plus grands bonheurs dans cette vie - cette sensation de me laver de tout, d'être portée, bercée, libre un instant. Des moments légers, jolis, pas parfaits - une engueulade, quelques larmes, du télétravail pour Léo et moi, mais des moments précieux tout de même, parce que si rares aujourd'hui. Je suis vraiment heureuse et pleine de gratitude que nous ayons pu partager cela - grâce aussi à l'amitié des proches, donc. Collectionner les moments plus que les objets reste ma ligne de vie, dans le double sens de guide de conduite et de point d'appui protecteur, comme en voilier...










